Mes lectures

Rencontre avec un grand

          … éditeur. Je vais en étonner plus d’un mais oui, même dans l’édition, il y a des gens qui traitent bien leurs stagiaires. En deux jours à peine, j’ai déjà travaillé sur 4 livres, tous intéressants. Tout le monde est tellement sympa que je suis même contente de me lever le matin, oui oui, même avec le froid, les grèves et le soleil qui se lève à plus de 8h.

          Comme il y a des livres en libre service, j’en ai récupéré deux hier : Il ne vous reste qu’une photo à prendre de Laurent Graff et, J’ai 13 ans et je vais me tuer d’Othilie Bailly (non, ce n’est pas à cause de son prénom les envies de suicide, elle c’est la journaliste, pas la protagoniste…). Je l’ai pris en pensant très fort à Moi Christine F, 13 ans, droguée, prostituée, grand moment de littérature. Deux livres très courts qui viennent encore grossir ma bibliothèque et qui devraient bientôt se retrouver sur mon blog.

Mes lectures

Adam THIRLWELL, L’évasion

          Un vieil homme séjournant en Europe centrale teste son pouvoir de séduction au lieu de s’occuper de ses affaires d’héritage.

          Parlons peu mais parlons bien. Le jeune auteur de ce roman est considéré comme un enfant prodigue, salué par la critique et adulé par le public. Une fois de fois de plus, j’ai dû rater quelque chose. Certes le livre pose des questions universelles : le refus de vieillir, le désir de plaire ; l’écriture n’est pas mal. Et… et c’est tout ! Surtout, ce n’est pas assez. J’ai trouvé ça plein de potentiel mal exploité. Trop brouillon. Bref, je n’ai même pas réussi à le finir (pas que ce soit si mauvais non plus hein, juste pédant). Un livre dont on peut se passer.

Il ne désirait vraiment rien d’autre. Les femmes étaient le seul moyen de son triomphe, son corps vieillissant demeurant la pelote à épingles idéale pour que s’y plantent les flèches en plastique du dieu-enfant victorieux : Cupidon.

Mes lectures

Jean-Claude LALUMIERE, Le Front russe

          Oyez ! Oyez, braves gens ! Ouvrez grands vos oreilles et vos yeux. Voici LE roman de la rentrée littéraire ! Même la critique s’est levée en choeur pour saluer cet illustre inconnu, c’est dire !

          Rêvant de voyages, le narrateur décide d’épouser la carrière diplomatique et de passer le concours d’entrée au ministère des affaires étrangères. Il se voit déjà allant d’ambassade en ambassade dans des contrées lointaines et magiques… Malheureusement, un terrible coup de sort (son nouveau chef trébuchant sur une mallette offerte par sa bienveillante mère) l’enverra sur le front russe. La Russie, ce n’est pas si terrible me direz vous. Sauf que le front russe n’est pas en Russie (comme son nom ne l’indique pas), c’est une annexe du ministère située dans le 13° arrondissement de Paris où on relègue les fonctionnaires indésirables. Le début d’une aventure bien différente de celle qu’il avait imaginée…

          Le Front russe est le premier roman de Jean-Claude Lalumière. Et quel roman ! Enlevé, bien écrit, et extrêmement drôle. Une critique acerbe de l’administration servie par une bonne dose d’humour. Parfois, on se laisse séduire par le souffle d’un livre sans vraiment se soucier de l’écriture ; ici elle est irreprochable. Un style soutenu sans être lourd, une construction intéressante et un rythme infernal tenu de bout en bout. J’aurais aimé être capable d’une telle prouesse ! Si seulement mes déboires administratifs eussent pû m’inspirer de la sorte ! Peut-être ce livre ne révolutionne-t-il pas la littérature (quoi que^^). Certes, on en a déjà vu du même genre (peut-être). D’aussi réussis ? J’en doute fort ! Jean-Claude Lalumière est éblouissant (sans mauvais jeu de mots). Monsieur Lalumière, je n’ai qu’une chose à dire : Bravo, et vivement votre prochain roman !

Devant moi, se trouvaient trois niveaux de dossiers suspendus répartis en trois couleurs : marron, jaune et beige. J’eus soudainement la vision du séjour de mes parents. Ces trois étagères étaient presque assorties au décor du pavillon familial. […]

– Pourquoi ces couleurs

– C’est mon idée, répondit-il en bombant le torse. C’est en fonction de la couleur de peau des habitants du pays. Les plus clairs pour l’Europe de l’Est, les plus foncés pour le Moyen-Orient et les jaunes pour l’Asie. Simple, logique, imparable.

Je le regardai, un peu interdit par ce qu’il venait de me dire, puis lui fit remarquer que le procédé, s’il révélait des qualités pratiques et mnémotechniques incontestables, souffrait cependant d’une méconnaissance des régions dont il était question et que nous nous approchions des frontières du racisme. […] Il se tendit, se froissa, se crispa, passa par toutes sortes de manifestations physiques de l’énervement dont certaines m’étaient tout à fait inconnues, mais je venais de province et j’avais encore tant à découvrir.

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Et une phrase qui deviendra culte :

Je vis venir la fin des vacances avec la lenteur d’un courrier transmis par voie hiérarchique.

Jeunesse·Mes lectures

Alain LE SAUX, Comment élever son papa ?

On n’a qu’un papa. Comme il n’est jamais parfait, il est indispensable d’être informé sur les façons de bien l’éduquer. Un papa bien éduqué est un papa sans problèmes.

 Un petit livre très drôle sur l’éducation. Les rôles y sont inversés, cette fois c’est aux enfants d’élever leurs parents. Un très bon moyen de leur apprendre avec humour la nécessité de poser des règles. A moins que ce ne soient les parents qui soient visés…

Désopilant et éducatif, à lire absolument, quelque soit votre âge !

Quand mon papa regarde une émission débile à la télévision, je ne lui interdis pas, mais j’essaie de savoir pourquoi ça l’intéresse.

Il vaut mieux avoir un papa moyen qu’un papa malheureux.

Mes lectures

Mathias ENARD, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants

          Attention, attention ! Une des petites perles de cette rentrée littéraire.

          Ce court roman raconte le séjour de Michel-Ange à Constantinople, où le sultan l’avait fait appeler en 1506 pour construire un pont sur la Corne d’Or. Là-bas, il rencontrera le poète Mesihi avec qui il liera une amitié aussi trouble qu’intense, et une envoûtante chanteuse espagnole qui n’aura de cesse de le fasciner. Deux rencontres manquées pourtant inabouties, mais qui l’inspireront toute sa vie durant.

          L’écriture est classique mais de qualité. Mathias Enard maîtrise son sujet. Une histoire, un style, de la culture, que demander de plus ? Sans en faire des tonnes, en toute discrétion, Mathias Enard nous emmène à la rencontre à la fois d’un artiste mais aussi d’une époque et d’une culture. Sensible et bien écrit, un roman impeccable auquel il n’y a rien à redire.

En retraversant la Corne d’Or, Michel-Ange a la vision de son pont, flottant dans le soleil du matin, si vrai qu’il en a les larmes aux yeux. L’édifice sera colossal sans être imposant, fin et puissant. Comme si la soirée lui avait désillé les paupières et transmis sa certitude, le dessin lui apparaît enfin.

Il rentre presque en courant poser cette idée sur le papier, traits de plume, ombres au blanc, rehauts de rouge.

Un pont surgit de la nuit, pétri de la matière de la ville.