Mes lectures

Serge JONCOUR, Combien de fois je t’aime

          Un très beau recueil de nouvelles, tendres et sensibles. Dix-sept histoires d’amour, ou de désamour. De quoi me donner envie de fuir. Pourtant, la plupart sont très réussies. Le seul bémol (auquel l’auteur n’est pour rien) : l’impression dégueulasse de J’ai lu qui ne donne absolument pas envie de se plonger dans la lecture ; ce qui serait un tort.

Dans le fond elle n’a pas tort de me laisser seul ainsi, de me laisser savourer le manque, un amour ça se vit aussi chacun de son côté, aimer c’est aussi une partition de soliste, aimer c’est un mouvement de l’intérieur, aimer c’est vivre des tas de petites choses rien que pour soi, aimer c’est rayonner de l’éclat intime d’une lumière qu’on s’invente à deux et qui est là même s’il n’y a que soi.

Mes lectures

Laurence COSSE, Au Bon Roman

          Au Bon Roman on ne trouve que des bons romans. Dans leur librairie, Ivan et Francesca ne veulent proposer que des chefs-d’oeuvre. Pour cela, ils décident de créer un comité d’experts chargés de la sélection. Mais quand le succès se fait trop insolent, les attentats contre la littérature ne se font pas attendre. Qui peut donc en vouloir à ce point aux bons romans ?

          L’idée de départ est à la fois originale et ambitieuse. Un pari plutôt réussi. La trame policière donne un rythme incroyable à la première partie du roman. Dommage qu’on la perde un peu de vue par la suite. Le texte est truffé de références littéraires, un vrai plaisir (même si on se sent con de ne pas en connaître la moitié). Un livre assez bien construit et très bien écrit. Un auteur à suivre.

De nombreux adultes vont te dire que non, que la littérature n’est pas la vie, que les romans n’enseignent rien. Ils auront tort. La littérature informe, elle instruit, elle entraîne.

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Il s’y vendait tout ce que ne vendait pas le Bon Roman, tous ces romans bâclés qui n’ont pas l’air méchant mais qui menacent de mort la littérature.

Mes lectures

Fiodor DOSTOIEVSKI, Humiliés et offensés

          Humiliés et offensés est considéré comme le premier grans roman de Dostoïevski. Si c’est loin d’être le plus abouti du point de vue du style (à en juger d’après les (excellentes) traductions d’André Markowicz), il est sans doute l’un des plus destructeurs. Les bons ne sont pas récompensés ni les mauvais punis, un roman profondément injuste, réaliste, aussi.

          C’est l’histoire d’un trio amoureux, de femmes à l’honneur bafoué, d’orgueils blessés. Vania aime Natacha, qui lui préfère Aliocha. Celui-ci tombera-t-il sous le charme de Katia, la femme qui lui est promise ? Et la petite Nelly, pourquoi se montre-t-elle si taciturne ?

          Une histoire cruelle, comme la vie. Pas le meilleur Dostoïevski mais un grand moment de littérature tout de même. Une fois habitué au style, on ne le lâche plus.

          Pour ceux qui voudraient commencer avec ce monstre sacré de la littérature russe, le meilleur parmis ceux que j’ai lus est pour moi Les démons, grande fresque sur la folie quotidienne qui nous emporte et nous laisse le souffle coupé. Quel que soit le titre, préférez à toute autre la traduction d’André Markowicz chez Babel.

Il est des natures, tendres et fines dans leur sensibilité, qui ont parfois comme une espèce d’entêtement, comme une espèce de refus pudique à s’exprimer et montrer leur tendresse, même à l’être qu’ils chérissent le plus, non seulement devant les autres mais aussi en tête à tête ; plus encore en tête à tête ; leurs caresses ne ne jaillissent que de loin en loin, et elles jaillissent encore plus chaleureuses, plus passionnées d’avoir été si longtemps retenues.

Mes lectures

Corinne POUILLOT, Dolorose

          C’est un livre un peu particulier que je vous présente aujourd’hui. En effet, il ne sera disponible en librairie que le 26 août. En voici donc la présentation en avant première.

          Dolorose est à la fois un roman historique (avec comme toile de fond la Seconde Guerre Mondiale), un roman régionaliste (Rouen et sa région servent de décor à l’histoire) et un roman d’amour (un amour impossible est au centre du récit). Avant la guerre, Marie tombe amoureuse de Werner. Cet amour est réciproque mais, tous deux étant mariés, ils choisiront d’y renoncer. Le hasard les réunira quelques années plus tard à Rouen, sous l’Occupation. Elle est résistante et lui officier de la Wehrmacht. Leur amour est plus impossible que jamais.

          Le récit est bien mené et les personnages ne tombent pas dans la caricature. L’écriture est agréable et le style soutenu. On se laisse prendre à l’histoire même si les grandes envolées lyriques ne sont pas trop à mon goût (mais bon, les histoires d’amour et moi, ça n’a jamais été ça, je suppose que je ne suis pas très objective sur la question). Une assez bonne surprise au final. Les âmes exaltées aimeront sans doute cette belle histoire.

Les jours d’Heidelberg déferlèrent soudain avec toute la force de l’émotion que Werner suscitait en elle. Assise derrière sa caisse, Marie avait envie de se jeter sur lui, de le toucher, de voir ses yeux tout près des siens, de sentir sa discrète odeur d’eau de Cologne. Au lieu de cela, elle resta immobile.

Mes lectures

Laurent MAUVIGNIER, Loin d’eux

          Loin d’eux est le premier roman de Laurent Mauvignier. C’est l’histoire de Luc, qui a force de ne pas trouver comment communiquer avec ses parents, finira par se suicider. On suit les pensées des personnages de l’intérieur : Luc, ses parents, sa cousine. L’écriture est saccadée, reproduisant le fil de la pensée, souvent décousue.

          Il m’a fallu un peu de temps pour m’habituer à l’écriture, très particulière, et au changement constant de point de vue. Mais si l’écriture est dérangeante, le sujet ne l’est pas moins. Au final, un roman sensible et touchant.

L’obscurité entre nous, j’ai dit, moi, Jean. L’obscurité où se disait vraiment qu’à la fin on ne se comprenait plus, ou même que si peut-être on avait cru des fois se comprendre on s’était trompés toujours, qu’on n’avait jamais su vraiment et maintenant c’était évident qu’on ne pourrait plus, qu’il fallait accepter ça, les lignes continues séparant l’espace de nos vies.