Mes lectures

4 thrillers

          Voici 4 thrillers lus récemment. 4 auteurs, 4 styles très différents. Vous y trouverez forcément votre bonheur.

Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre

 

          À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Couverture de Trois jours et une vieC’est le premier thriller que je lis de Pierre Lemaître dont je ne connaissais qu’Au revoir là-haut. J’ai de suite beaucoup aimé l’écriture, très fluide et agréable. Un vrai plaisir de retrouver sa plume ! L’histoire est assez originale et on se laisse vite prendre au jeu. Les personnages sont bien construits et les relations entre eux sont plutôt réussies. J’ai toutefois trouvé que ça l’enlisait un peu dans la deuxième partie du roman, j’ai eu plus de mal à m’y intéresser, le rythme y est moins soutenu et le suspens retombe. Il y a néanmoins un sursaut sur la fin, qui relance la curiosité et vient finir ce texte aussi bien qu’il a commencé. Un court roman prenant et bien écrit que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir.

Madame Courtin faisait en toutes choses ce qui devait se faire simplement parce que c’était ce que autour d’elle tout le monde faisait.

La fille du roi des marais, de Karen Dionne

 

          Enfin, Helena a la vie qu’elle mérite ! Un mari aimant, deux ravissantes petites filles, un travail qui occupe ses journées. Mais quand un détenu s’évade d’une prison de sa région, elle mesure son erreur : comment a-t-elle pu croire qu’elle pourrait tirer un trait sur son douloureux passé ? 

Couverture de La fille du roi des maraisAttention, coup de cœur de ce début d’année. Je ne suis pas vraiment sure que ce soit spécialement un grand texte, ou ce thriller soit mieux qu’un autre, mais peu importe, une fois la première page lue je n’ai tout simplement plus pu le lâcher. Je l’ai dévoré d’une traite, tournant frénétiquement une page après l’autre : totalement jouissif ! J’ai adoré cet univers à part, au milieu des marais, et la relation ambigüe de la narratrice à son père, entre amour filial, admiration et rejet. J’ai trouvé la psychologie du personnage hyper intéressante et j’ai beaucoup aimé voir comment elle s’était construite. Bon, et puis quand on aime la nature, aussi taré puisse être le personnage du père, le côté survivor fascine un peu quand même. On alterne entre les souvenirs de la narratrice et son présent, apprenant peu à peu son histoire, j’ai trouvé ça très bien construit et prenant. Très juste. Un roman dont l’univers m’a totalement happée d’un bout à l’autre. Un vrai régal.

– Je ne voulais pas te faire de mal, déclare-t-il. Tu m’y as contraint.
Discours typique du pervers narcissique. Quoi qu’il se passe, c’est toujours de la faute des autres.

Silver water, de Stuart Neville

 

          Audra Kinney a rassemblé ses dernières forces pour fuir son mari, mis ses enfants dans la voiture, et foncé à travers les paysages accidentés de l’Arizona. Mais, par un étrange coup du sort, elle est arrêtée par la police sur une route a priori déserte. Ils découvrent dans son coffre de la drogue qu’elle n’y avait pas mis. Et le cauchemar commence…

Couverture de Silver WaterJ’ai beaucoup aimé ce thriller qui par certains côté n’a pas été sans me rappeler Stephen King (le fantastique en moins). Sans doute est-ce l’effet petite route perdue au milieu du désert et flic taré, ça m’a vaguement rappelé quelque chose. En tout cas, ça a éveillé mon intérêt dès les premières pages. Et il n’a pas franchement faibli par la suite ! Dès le départ, on va assez bien où mène l’intrigue (à des embrouilles en gros), pourtant un certain suspense se met en place et j’avoue avoir dévoré ce roman en me rongeant les ongles. La galerie de personnages est assez réussie, avec des histoires fortes et un certain soin apporté à la psychologie de chacun, même si bien sûr, certains m’ont plus convaincue que d’autres. Il y a une sorte d’alternance entre les passages « d’action » et les souvenirs de la mère de famille que j’ai trouvée réussie. Ca donne un équilibre au roman. Les rebondissements ne manquent pas et ces parties plus introspectives donnent une certaine profondeur au texte. J’ai trouvé ce texte efficace et agréable à lire, une bonne surprise.

Audra avait le cerveau douloureux. Le monde était devenu si fragile qu’elle s’imagina pouvoir le transpercer du bout du doigt. Tout avançait par soubresauts, trop lentement ou trop vite, et tout le monde parlait par à-coups inintelligibles.

Une bonne intention, de Solène Bakowski

 

          Mati a neuf ans. Elle a perdu sa maman. Son père s’enlise dans le deuil et sa grand-mère s’efforce, à sa manière, de recoller les morceaux. Un soir, la petite ne rentre pas de l’école.
On imagine le pire, évidemment. Comment croire que tout, pourtant, partait d’une bonne intention ?

Couverture d'Une bonne intentionSur le papier, ce roman me tentait bien. J’aimais beaucoup l’idée, je me disais vraiment que ça pouvait être intéressant. Évidemment, le risque avec ce genre de sujet, c’est que ça vire mièvre. Sans aller jusque-là, disons bien que je n’ai pas trouvé ça terrible. Le style est assez plat et c’est plein de bons sentiments, souvent un peu maladroits. Ce n’est même pas que ce soit si mal, simplement j’ai eu beaucoup de mal à avoir la moindre empathie pour les personnages et il y a eu quelques passages assez convenus qui m’ont fait sortir de l’histoire (déjà que je n’arrivais pas à rentrer dedans !). Finalement, je n’ai pas réussi à aller au bout de cette lecture, faute d’arriver à m’intéresser vraiment au sort des personnages. Dommage.

On croit qu’on a oublié, on croit qu’on n’a pas fait attention, et puis il suffit d’un objet, d’une parole, d’une musique et tout remonte à la surface, y compris des détails qu’on ne pensait pas avoir relevés sur le moment.

Mes lectures

La quatrième dimension, de Nona Fernandez

          Le 27 août 1984, Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent du renseignement, dévoile à une journaliste la réalité de la torture, des enlèvements et des assassinats politiques. Ce témoignage bouleverse N. Fernández, alors âgée de 13 ans. Des années plus tard, alors que le gouvernement prône la réconciliation nationale, elle retrouve cet homme et écrit son histoire.

Couverture de La quatrième dimension

          Je ne connaissais pas du tout l’auteur de ce roman que j’ai choisi pour sa quatrième de couverture. Le sujet m’intéressait et je me disais que ce serait une bonne occasion d’en apprendre un peu plus sur l’histoire du pays. Dès les premières lignes, j’ai vraiment beaucoup aimé le style – très prenant, incisif, efficace – et j’ai lu ce court roman quasiment d’une traite. Le sujet est intéressant et j’ai beaucoup aimé la manière dont il est traité, à travers les souvenirs d’une petite fille, ça lui donne une touche bien particulière et une certaines fraîcheur. Elle évoque dans ce texte l’histoire de Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent des services de sécurité chilien qui a témoigné dans la presse des atrocités commises.

          Le texte est assez court mais j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs sur la fin, si l’histoire demeure passionnante, le dynamisme de l’écriture s’essouffle un peu. Bien que j’aie lu ce texte il y a peu et que je l’aie sur le moment beaucoup aimé, je me rends compte que j’ai le plus grand mal à m’en rappeler (heureusement que j’avais pris quelques notes !).C’est assez rare qu’un texte que je trouve bien écrit et intéressant laisse aussi peu de traces après la lecture. Pourtant, sur le moment je me rappelle avoir été extrêmement choquée par les horreurs commises, j’avais découvert pas mal de choses que j’ignorais et j’avais trouvé l’histoire marquante. Peut-être finalement la distantiation mise en place par le jeune âge de la narratrice et le ton employé auront-ils atténué cet effet. Ca n’en demeure pas moins une lecture instructive au style efficace à laquelle j’ai pris un grand plaisir.

Portrait de Nona Fernandez, auteur

Les images projetées exhument une période qui est davantage la sienne que la mienne, mais qu’elle a tenté sainement d’oublier, alors que j’en ai hérité comme une obsession maladive.

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Jamais il n’avait imaginé que la frontière qui séparait ses compagnons de ses ennemis était si mince.

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L’oiseau, le goudron et l’extase

          Quand il a rencontré Tess Wolff au cours d’un été pluvieux, Joe March a été saisi d’une violente transe amoureuse, un désir qui le dévore. Cette première déflagration sera suivie d’une seconde, encore plus forte : en ce même été, sa mère, son adorée, commet l’irréparable. L’oiseau, c’est l’existence de Joe qui explose en mille morceaux. Le goudron, c’est la peur qui l’engloutit. Et l’extase, c’est cet élan vital, qui chaque jour va lui donner la force d’avancer…

L'oiseau, le goudron et l'extase, Alexander Maksik

          Certains s’en souviennent peut-être, j’avais eu il y a quelques temps un immense coup de cœur pour La mesure de la dérive d’Alexander Maksik. Un roman absolument bouleversant dont j’étais ressortie sonnée. Merci encore à Filou de me l’avoir fait découvrir ! Quand j’ai vu que l’auteur sortait un nouveau roman, je n’ai donc eu qu’une hâte : le lire. Avec quand même une terrible peur d’être déçue parce qu’après un pur chef-d’œuvre, bien souvent vient le temps de la déception. Je ne vais pas vous faire languir. Est-ce que j’ai été déçue ? Non (ouf). Est-ce que j’ai autant aimé que le précédent ? Non plus (mais presque quand même). Explications.

          Si je n’ai pas tout à fait trouvé ce roman au niveau du précédent en terme de chamboulement et de cœur brisé en refermant le livre (mais comment aurait-il pu ?), je suis bien loin d’avoir été déçue. Déjà, le style est toujours aussi délicat, on se délecte de chaque phrase, simple et juste à la fois. Bravo d’ailleurs à la traductrice qui a restitué ce petit bijou de subtilité. Ensuite, le sujet est tout aussi fort, même s’il me touche un peu moins. Je n’ai pas le souvenir d’avoir déjà vu la bipolarité (j’espère ne pas me tromper en mettant un mot sur ce qui n’est jamais nommé) décrite avec une pareille force. On a l’impression de vivre la maladie de l’intérieur tant ce que décrit l’auteur est intense. L’empathie avec le personnage est énorme et j’ai trouvé le ressenti à la lecture d’une rare violence.

Portrait d'Alexander Maksik

          Je crois bien qu’en toutes ces années de lecture assidue, c’est la première fois que j’ai dû reposer mon livre aussi souvent parce que ce que je lisais était trop fort, trop dense. Toutes les 10 pages environ j’ai eu besoin d’une pause, de digérer toutes ces émotions. C’a donc été une lecture longue et fastidieuse. Mais terriblement belle aussi. Le genre qui remue et qui laisse un peu sonné. Seul petit bémol, j’ai trouvé que ça traînait un peu en longueur sur la fin, ça perd en intensité, on commence à se détacher du personnage. Pas vraiment au point de se lasser, mais suffisamment pour estomper l’effet coup de poing de la première moitié.

          Le roman pose également des questions intéressantes sur le couple, la famille, l’hérédité, l’amitié. Sur la culpabilité et le devoir aussi. Même si finalement, ce sont les passages les plus intimistes que j’ai préférés, ce sont les plus touchants et les plus justes. Certains aspects survoltés des personnages féminins m’ont parfois mise mal à l’aise (en même temps, ce n’est pas comme si l’auteur cherchait à nous épargner). Malgré une fin un peu en dessous du reste du roman et quelques longueurs, Alexander Maksik signe ici encore un grand texte, subtil et poignant. Bouleversant. Un auteur à découvrir absolument.

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L’empire de la Lune d’été

          Le livre de S.C. Gwynne retrace l’ascension et le déclin des Comanches, qui régnèrent sur les Grandes Plaines du Sud pendant plus de deux siècles. Cavaliers et guerriers hors-pair, craints par les Espagnols, les Français et plus tard les Mexicains et les Américains, ils ont mené une lutte acharnée pour défendre leur territoire face à l’envahisseur blanc. Un homme incarne par-dessus tout cette résistance : Quanah Parker. Dernier et plus grand chef de la tribu.

          On m’a prêté ce livre de Sam C. Gwynne il y a très longtemps et je ne l’avais jamais sorti de ma bibliothèque. A vrai dire, je ne savais même pas de quoi il parlait. Je l’ai attrapé au hasard un jour où tous les romans que je commençais me tombaient des mains. J’aurais voulu un texte léger, je n’aurais pas pu plus m’en éloigner ! C’est violent à souhait, souvent déprimant et  à désespérer de l’espèce humaine. Pourtant, j’ai de suite bien accroché avec cette lecture parfois un peu aride mais absolument passionnante sur les Comanches.

Couverture de l'Empire de la Lune d'été

          Si je m’intéresse à l’histoire des indiens d’Amérique que je trouve absolument fascinante, je dois bien admettre que mes connaissances sont pour le moins lacunaires. Cet essai passionnant aura donc été l’occasion d’apprendre plein de choses. Il couvre une large période et permet de mettre en avant les mécanisme qui ont permis l’essor de la culture comanche, mais également ceux qui ont mené à sa perte. Beaucoup des faits évoqués dans cet essai m’étaient totalement inconnus et j’ai trouvé intéressante la manière dont l’auteur soulignait les grands axes de l’histoire comanche. Toutefois, le récit couvrant une large période, j’ai également trouvé qu’il n’était pas toujours facile de s’y retrouver, notamment dans les liens entre les guerriers qui reviennent le plus souvent, même si l’essentiel du récit se construit autour d’une seule et même famille.

          Ce texte évoque de très nombreux sujets relatifs à l’histoire des Comanches et c’est parfois difficile de bien intégrer toutes les informations. Quand j’entends que « ça se lit comme un roman », je mettrais toutefois un petit bémol. Certes, l’histoire de la famille qui sert de fil rouge au texte est on ne peut plus romanesque, toutefois, il n’en demeure pas moins assez aride par moments. Je ne suis pas sure non plus d’avoir toujours bien saisi le point de vue de l’auteur, parfois un peu perturbant sur la lutte contre les indiens. Cet essai extrêmement bien documenté est dans l’ensemble agréable à lire et s’avère passionnant malgré un fourmillement d’informations et quelques longueurs.

Portrait de Sam C. Gwynne

À de nombreux égards, ils étaient des chasseurs-cueilleurs typiques. Mais, même parmi ces peuples, les Comanches avaient une culture remarquablement simple. Ils ne pratiquaient pas l’agriculture, n’avaient jamais abattu d’arbres, tressé de paniers, réalisé de poteries ou construit de maisons. Le groupe de chasse constituait à peu près leur seule organisation sociale. Ils n’avaient ni sociétés de guerriers, ni classe de prêtres permanente, ni danse du Soleil.

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L’agent de ce stupéfiant changement fut le cheval. Ou, plus précisément, ce que cette tribu de chasseurs arriérée de l’âge de pierre fit du cheval – un outil de transformation extraordinaire qui eut autant d’impact sur les Grandes Plaines que la vapeur et l’électricité sur le reste de la civilisation.

Mes lectures

Bluff, de David Fauquemberg

          « Silence quand il entra, pas un regard sur lui – il aurait pu être un fantôme. Dehors il pleuvait froid, c’était la tempête. Dockers et pêcheurs désoeuvrés : si cette assemblée d’hommes ne vous dissuadait pas, c’est que vous cherchiez les histoires. On ne poussait jamais par hasard la porte de l’Anchorage Café, surtout en plein hiver austral, quand les rafales soufflées de l’Antarctique tourmentaient sans répit le sud de la Nouvelle-Zélande. On apercevait d’ici la fumée blanche des déferlantes qui saccageaient depuis deux jours les eaux pourtant abritées de Bluff Harbour. Au large, c’était l’enfer. »

Couverture de Bluff de David Fauquemberg

          C’est avec beaucoup de curiosité que j’ai ouvert ce roman qui nous amène bien loin, en Nouvelle-Zélande, tout au sud du l’île du Sud. On y rencontre un français qui a traversé l’île à pieds et semble venu là pour se perdre loin de tout, dans une terre inhospitalière où l’hiver est une longue succession de tempêtes. Il est rapidement embauché sur un petit bateau de pêche en compagnie d’un vieux marin du coin et d’un géant taiseux. Autant vous dire qu’il n’y a pas masse de grands dialogues ! Je ne sais trop que penser de ce roman. Je crois que j’ai plutôt bien aimé mais j’ai aussi connu quelques moments d’ennui durant cette lecture.

          C’est dans l’ensemble assez lent, sans doute un peu trop à mon goût. Un chapitre particulièrement assommant m’a semblé être une redite du Vieil homme et la mer. D’autres sont plus réussis. C’est toutefois bien écrit et il y a de beaux passages. On alterne les chapitres sur le bateau et des chapitres sur de grands navigateurs du Pacifique ou sur la culture maori. En soi, c’est intéressant mais ça tombe parfois comme un cheveu sur la soupe. Le résultat est un peu brouillon, j’ai eu l’impression que l’auteur voulait caser trop de choses dans son roman et perdait de vue l’essentiel. J’ai toutefois beaucoup aimé l’histoire principale, sur le bateau de pêche, tout en sobriété mais qui prend au tripes. Rien que pour ça – et malgré certains défauts – ce roman méritait d’être lu.

Portrait de David Fauquemberg

Les hommes pêchèrent toute la matinée, traçant et retraçant le même sillon à portée de rivage.A chaque virement, Rongo Walker posait un pied dehors pour observer le français. Prendre un bleu à son bord, c’était toujours à quitte ou double.

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Les Polynésiens, trois choses nous importent : un lopin de terre où bâtir son Fare, un coin de lagon pour la pêche, une montagne à cultiver.