Mes lectures

Réveiller les lions d’Ayelet Gundar-Goshen

          Le Dr Ethan Green est un homme bien. Il sauve des vies. Il aime sa femme. Il adore ses deux petits garçons. Le Dr Ethan Green a de la chance : il est né du bon côté. Cette nuit-là, pourtant, le neurochirurgien prend la fuite après avoir percuté un homme sur une route, dans le désert. Le lendemain, la femme de cet homme se présente à la villa du médecin : elle a tout vu. Sirkitt, qui partage une caravane avec d’autres clandestins soudanais ou érythréens, découvre un monde de confort. Cependant, ce qu’elle exige d’Ethan en échange de son silence ne se quantifie pas en argent… Alors que l’enquête sur le chauffard est confiée à son épouse, inspectrice de police, Ethan Green s’engouffre dans la mécanique de la double vie, sur fond de trafics, de violences – et de désirs inavouables.

Réveiller les lions

          Voici un des romans de la rentrée littéraire que j’attendais avec le plus d’impatience (même si je n’arrive décidément pas à retenir le nom de l’auteur). L’année dernière, Une nuit Markovich – son premier roman – avait été mon énorme coup de cœur de la rentrée : drôle, incisif, intelligent, ç’avait été ma lecture la plus enthousiasmante depuis longtemps. J’avais donc hâte de découvrir ce qu’elle avait écrit ensuite et de voir si l’essai allait être transformé. Je n’ai donc même pas pris la peine de lire la quatrième de couverture, j’y allais en toute confiance. Honnêtement les premières pages ont été une surprise. Ce n’est pas du tout le même genre… Rien de drôle ici et le personnage principal est un médecin qui ne m’a au premier abord pas été franchement sympathique. Au second non plus d’ailleurs. Je dois avouer avoir été assez déçue par cet univers beaucoup moins engageant.

          J’ai toutefois continué ma lecture malgré un enthousiasme sérieusement refroidi par ces premières pages certes toujours bien écrites mais autrement moins survoltées que dans le premier roman de l’auteur. Toutefois, peu à peu je suis rentrée dans l’histoire et il y a dans ce texte des choses intéressantes sur des sujets de société avec notamment en toile de fond le racisme envers les migrants. Les rapports de couples également sont abordés sous un angle plutôt inhabituel, même si en l’occurrence j’ai trouvé que ça manquait peut-être un peu de profondeur. L’histoire est sombre et prenante. Malgré quelques doutes parfois quant à sa crédibilité (ce qui au final importe assez peu tant que le récit est bien construit) je me suis vraiment laissée prendre par le récit.

          Si l’enchaînement des évènements peut sembler parfois improbable – même si certaines choses s’expliquent peut-être également par la différence de culture – il pose toujours des questions intéressantes. Dans l’ensemble, c’est assez fin psychologiquement et montre bien entre autres les mécanismes de protection que l’on met en place pour s’arranger avec sa conscience. Sur le rapport aux autres et à soi-même, le livre tombe souvent juste, même si parfois j’aurais aimé sentir une plus forte connivence avec le personnage, me sentir moins spectatrice. Je craignais un peu la fin, ne voyant pas bien comment l’auteur allait tirer son personnage de ce mauvais pas, mais c’est au final une réussite. Si ce roman n’a pas été le coup de cœur escompté et a quelques petits défauts, il n’en demeure pas moins bien écrit et intéressant à bien des égards. Une lecture agréable même si je ne saurais que trop vous recommander de commencer plutôt par le premier roman de l’auteur.

Ayelet Gundar-Goshen

Émigrer, c’est passer d’un endroit à un autre, avec, attaché à ta cheville comme un boulet d’acier, le lieu que tu as quitté. Voilà pourquoi il est si difficile d’émigrer: marcher à travers le monde en ayant les pieds entravés par un pays tout entier, c’est quelque chose qu’il faut être capable de supporter.

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Comme elle est belle, la terre, quand elle tourne rond. Comme c’est agréable de tourner avec elle dans le bon sens et d’oublier qu’un jour il y a eu un écart. D’oublier qu’un écart est toujours de l’ordre du possible.

Mes lectures

La maison des Turner d’Angela Fournoy

          Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.

          Rentrée littéraire encore et toujours. J’avais entendu dire le plus grand bien de La maison des Turner. Émouvant, tout ça tout ça. Le nom me tentait bien (même si ça n’a absolument aucun rapport avec le peintre, impossible de ne pas y penser). J’étais confiante. Vous remarquerez que malgré mes airs bourrus je suis souvent confiante. Et je suis souvent déçue. La vie est cruelle. Admettons-le, je n’ai pas du tout accroché avec le début de ce roman. Les histoire de famille nombreuse de fantôme, franchement, pfff, voilà quoi. Surtout les fantômes. Désolée, je ne suis pas toujours très ouverte, je l’admets, mais là, ça ne passait pas. Impossible de m’y intéresser.

Angela Fournoy roman

          J’ai quand même continué. J’en avais entendu dire du bien, je voulais quand même savoir pourquoi (serais-je finalement sensible à la pression sociale ?!). Et franchement, je me suis ennuyée ferme. Toujours impossible de m’intéresser au fantôme, la famille ne m’a pas passionnée plus que ça, non, vraiment, l’ennui. Le vrai. J’ai hésité à abandonner. Ce n’était même pas mal écrit, même pas mauvais, juste terriblement chiant. Je m’étais fixée d’arriver à la moitié, comme une sorte de défit lancé à moi-même. Et puis, vers la moitié justement, ça a commencé à m’intéresser. Vaguement plus du moins. Suffisamment pour avoir envie de continuer. Il était temps !

          Bon, certes, il faut beaucoup, beaucoup, beeaaaauuuucoup de temps pour rentrer dans cette histoire. Beaucoup trop même. Mais au final, on s’y fait, on rentre dans le rythme, on se familiarise avec ses nombreux personnages, on apprend à les connaître, à les apprivoiser. Et au final, ce n’est pas si mal. C’est même plutôt bien. Mais quelle lenteur ! Franchement je me demande encore par quel miracle j’ai bien pu avoir la patience d’en venir à bout. Pourtant les liens entre les personnages se tissent peu à peu, on finit par reconstituer leur histoire et c’est assez intéressant. Dommage que ça prenne autant de temps mais ce n’est finalement pas illogique avec autant de personnages.

          Au final, j’ai bien aimé ce roman familial mais ce n’aura pas été facile ! Ca met du temps à démarrer et surtout au début (enfin durant la première moitié même) j’ai eu du mal à saisir les différences de caractère entre les personnages, pas assez marquées pour qu’on s’attache à l’un ou l’autre, en dehors de celui qui voit le fantôme mais m’était assez antipathique. Cette histoire est inspirée de celle de la famille de l’auteur et ça se sent au fil des pages dans la tendresse qu’elle éprouve envers ses personnages et qu’on finit par ressentir. J’ai particulièrement apprécié les passages sur l’histoire des parents, qui sont pour moi les plus touchants. Malgré une incroyable lenteur et une histoire pas tellement palpitante, on finit par s’attacher à cette famille hors normes et à prendre un certain plaisir à la lecture de ce roman.

La maison des Turner

Les maisons sont plus hantées par des humains que par des fantômes. Les hommes et les femmes accordent de la valeur à la brique et au mortier, associent leur identité aux remboursements effectués à temps.

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Une ville a sa propre temporalité et sa propre cruauté. Il y avait de la cruauté à la campagne aussi, mais elle était franche. Pas voilée derrière des promesses de progrès, ni subtile dans ses manifestations.

Mes lectures

Les orphelins du mal, de Nicolas d’Estienne d’orves

          1995, en Allemagne. Le même jour, quatre hommes sont découverts, une ampoule de cyanure brisée dans la bouche, nus, la main droite coupée. Une seule certitude: les quatre hommes sont tous nés dans un Lebensborn, l’organisation la plus secrète des nazis, des haras humains où les SS faisaient naître de petits aryens pour réaliser leur rêve dément d’une race pure. Les autorités allemandes étouffent l’affaire.

Les orphelins du Mal

          Le premier roman que j’ai lu de Nicolas d’Estienne d’Orves, c’était il y a quelques années, lors d’une rentrée littéraire, Les fidélités successives. Ce roman chaudement recommandé par mon libraire avait été un véritable coup de cœur. Quand j’ai vu dans la bibliothèque d’une amie ce texte sur la même période, je lui ai donc immédiatement emprunté, même si j’aurai finalement mis bien du temps à me décider à le lire. Et j’avoue avoir été bien moins séduite que je m’y attendais… Je vais essayer de vous expliquer pourquoi. Ce roman m’a laissée très mitigée et trouver les mots justes ne va pas être une mince affaire.

          Au début, même si je n’ai pas trouvé le style aussi bon que dans ses romans suivants, j’ai bien accroché avec l’histoire, qui démarre franchement très fort. On sent vite que ça va être tordu à souhait. Finalement, d’un chapitre à l’autre, on suit plusieurs personnages, à plusieurs époques. Ce n’est pas si compliqué mais il m’a fallu un peu temps pour arriver à suivre sans m’y perdre. Certains personnages sont beaucoup plus réussis que d’autre, c’est de ce côté-là assez inégal. J’ai bien aimé l’enquêteur du sud-ouest, éminemment sympathique (chauvine, moi ?!), en revanche la jeune fille qui mène l’enquête m’a paru insipide et agaçante.

Nicolas d'Estienne d'Orves

          Plus les chapitres défilent, et plus j’ai trouvé le style un peu faiblard. Ca se lit, bien même, mais ça manque d’envergure, de tenue. Mais surtout, plus on avance plus l’histoire devient improbable. Au début, ça va encore, les premiers rebondissements piquent notre intérêt mais plus ça va, plus c’est le grand n’importe quoi. Pour atteindre sur la fin de véritables sommets en la matière (si, si, je vous jure…). Et pourtant, malgré un nombre de défauts incalculables, un style au mieux moyen, une histoire qui part dans tous les sens, on ne peut s’empêcher de tourner les pages de manière frénétique. A tel point que j’ai fini les 750 pages de ce roman en moins de 48h !

          Quelle explication à cela ? Euh… Un plaisir coupable ? Une fascination pour cette fresque délirante ? Aucune idée. Il faut noter toutefois que l’auteur est très bien documenté sur les croyances nazies les plus improbables – notamment une histoire avec les cathares – et les horreurs commises aussi bien que celles envisagées. C’est souvent assez glauque mais le fond historique est solide et n’est pas pour rien dans la fascination qu’exerce ce roman. Fort heureusement, depuis l’auteur a fait des progrès et a un peu canalisé la fougue de ses jeunes années, je suis très curieuse de lire son nouveau roman sur l’après-guerre, sorti ces jours-ci. Un roman assez mal écrit, improbable, dont les grosses ficelles et les rebondissements improbables épuisent le lecteur et qui pourtant garde un pouvoir de fascination tout à fait étonnant.

Mes lectures

Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

          L’écrivain analyse sa personnalité, ses réflexions et sa vie. Il s’amuse de ses petits travers d’humain et propose de se réconcilier avec ces derniers, en les associant à un trait positif de son caractère, ainsi son orgueil et son humilité, son indifférence et sa sensibilité, sa poésie et sa cruauté.  

        On continue dans la lignée des romans un peu glauques de cette rentrée littéraire, même si celui-ci est humoristique. Livre après livre, Jean-Louis Fournier décortique sa famille. Ses fils, sa femme, sa fille : tout le monde y est passé. C’est cette fois-ci à sa propre personne qu’il s’attaque à travers cette autopsie imaginaire. Je ne sais trop que vous en dire. L’auteur a un style léger et fluide qui est plutôt agréable et il ne manque pas d’autodérision. S’il y a pas mal de choses qui m’ont gênée dans ce roman, sur le moment j’en ai trouvé la lecture plutôt agréable.

Couverture de Mon autopsie de Jean-Louis Fournier

          Pourtant, avec le temps, mon avis s’est très sérieusement dégradé et avec le recul j’en viendrais même à dire que ce roman est particulièrement mauvais. S’il m’arrive de ne déceler les subtilités d’un roman qu’à postériori, l’inverse est franchement rare. Je vais tenter de m’en expliquer. Sur le moment déjà, ça n’a pas été le gros coup de cœur, j’ai même hésité à abandonner ma lecture assez vite, n’y trouvant pas de grand intérêt. Mais ce livre étant facile à lire, j’ai continué et je l’ai même lu très rapidement, ne prenant pas vraiment le temps de me pencher sur ce que j’avais aimé ou pas. Une lecture facile et rapide, sans plus.

          Avec le recul, tout ce qui m’avait gênée à la lecture sans que je mette le doigt dessus est ressorti : un récit totalement nombriliste et sans intérêt, un mec qui sous couvert d’autodérision se prend quand même sacrément au sérieux, un texte qui survole les faits et ne va jamais au fond des choses, n’effleure jamais le moindre sentiment. Bref, c’est totalement creux et insipide. « Moi je, moi je, moi je ». Rien que d’y repenser, je me demande comment j’ai bien pu tenir jusqu’au bout de ce texte terriblement narcissique. Une lecture qui ne m’a pas demandé de gros efforts et s’est avérée avec le recul décevante.

Pour moi l’humour était un dérapage contrôlé, un antalgique, une parade à l’insupportable, une écriture au second degré, une rame à double tranchant, un détergent. Il nettoie, comme la pyrolyse, brûle les saletés, efface les taches, les préjugés, les rancœurs et les rancunes.

Jeunesse·Mes lectures

Le maître des livres

          À la bibliothèque pour enfant « La rose trémière » vous êtes accueillis et conseillés par Mikoshiba, un bibliothécaire binoclard célèbre pour son caractère bien trempé. Mais contrairement à ce qu’il peut laisser paraître, c’est un professionnel de premier ordre. Aujourd’hui encore, adultes comme enfants perdus dans leur vie viennent à lui en espérant qu’il leur trouvera le livre salvateur.

Le maître des livres, couverture

          Vous le savez peut-être, je lis très peu de mangas, pour ne pas dire pas du tout. J’ai totalement échappé à la déferlante étant adolescente, leur préférant les classiques, version gros pavés de préférence. Ensuite j’ai rarement croisé leur route et je n’ai pas eu de coup de cœur suffisant pour un titre pour me donner l’envie de découvrir toute l’œuvre d’un auteur. J’en pioche donc un par-ci par-là sur les conseils d’amis ou quand la thématique m’intéresse. Il va s’en dire qu’avec un titre pareil celui-ci ne pouvait que m’intriguer. Il se trouve en plus qu’après l’avoir acheté j’ai lu pas mal de critiques positives dessus, j’avais donc hâte de me plonger dans ma lecture.

          Dès les premières pages, la déception a pointé le bout de son nez et j’ai senti que ma relation à ce livre risquait d’être compliquée. C’est… mièvre ! Ca dégouline de bons sentiments, c’est moralisateur, ça manque totalement de subtilité dans le message, bref, ça ne passait pas. Je me suis dit que j’allais quand même lui laisser une chance, après tout, ça pouvait très bien s’améliorer par la suite et devenir peut-être plus complexe. Je dois avouer que même l’arrivée du bibliothécaire passionné et acariâtre n’a pas suffit à m’adoucir. Je n’ai pas accroché du tout avec ce manga que j’ai trouvé terriblement niais par certaines réflexions et assez lourd. Une série que j’aurais pourtant tellement voulu aimer, j’en suis presque désolée.

Arriver à trouver le livre qui nous plaît parmi tout ce choix…C’est comme une sorte de chasse au trésor.
A quoi cela sert d’enlever ce plaisir aux enfants ?