Cinéma

Pas son genre, mais tout à fait le mien !

Comédie romantique française de Lucas Belvaux avec Emilie Dequenne, Loïc Corbery, Sandra Nkake

          Quand Clément, jeune professeur de philosophie parisien, est affecté à Arras pour un an, il frôle le désespoir. Là-bas, il trompe l’ennui avec Jennifer, la jolie coiffeuse qui partage sa vie entre son fils et le karaoké avec ses copines. Mais l’amour est-il possible entre ces êtres que tout oppose ?

479126.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          Ceux qui me suivent le savent sans doute, je ne suis pas une inconditionnelle des comédies romantiques. Bien que j’en voie finalement pas mal, je trouve le genre particulièrement casse-gueule, tombant trop souvent dans la facilité ou pire, la mièvrerie (quand ce n’est pas les deux). Je dois avouer que la première fois que j’ai entendu parler de ce film, je n’étais guère tentée, ni le titre ni l’affiche ne m’inspiraient confiance : quelle grave erreur ! Et puis, j’en ai entendu dire tellement de bien de toutes part, dans la presse comme sur les blogs ou dans mon entourage, il fallait que j’aille voir par moi-même. J’aurais eu tort de ne pas me déplacer, j’ai été loin d’être déçue !

499329.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          J’ai trouvé que ce film atteignait un bel équilibre. Les sentiments y sont décrits avec beaucoup de finesse et l’ensemble sonne très juste. Bien que les deux personnages soient extrêmement différents, on se retrouve un peu dans les deux et on comprend les motivations et réactions de chacun. La grande force de ce film, c’est que si les personnages peuvent sembler un peu fades, répondant aux clichés du genre, ils s’échappent rapidement des stéréotypes et gagnent peu à peu en épaisseur et en humanité. Cette évolution les rend plus touchants encore.

514835.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          Les acteurs sont absolument bluffants. Je n’avais jamais vu Loïc Corbery bien qu’il soit sociétaire de la Comédie Française à laquelle je suis pourtant abonnée depuis mon arrivée à Paris. Le hasard a fait que je n’ai jamais vu de pièce dans laquelle il jouait mais ce sera bientôt chose faite puisqu’il sera justement dans le dernier spectacle que j’avais réservé pour cette saison. Quant à Emilie Dequenne, je ne l’ai pas vue très souvent à l’écran mais je n’en gardais pas un souvenir impérissable. Si Loïc Corbery a été pour moi une véritable révélation, c’est bien la jeune femme qui crève l’écran dans ce film et le rend irrésistible. Elle insuffle à la petite coiffeuse qu’elle joue une telle énergie et une telle joie de vivre qu’on ne peut que succomber. Un charme fou et un sourire communicatif qui font franchement du bien.

327602.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          Je n’avais pas tellement apprécié le dernier film de Lucas Belvaux, 38 témoins, que j’avais trouvé terne. Il se rattrape largement ici en signant un film d’une grande justesse sur un sujet pourtant périlleux. Chacun s’y reconnaît un peu, y retrouve un peu de ses propres défauts, de ses propres blessures. Parce que l’amour c’est beau mais compliqué, et que c’est raconté avec une simplicité désarmante. Pour en avoir parlé avec d’autres personnes qui l’ont vu, si tout le monde l’a aimé, on y a tous trouvé des réponses différentes car on ne le regarde pas de la même façon en fonction de notre propre expérience. J’ai eu le sourire du début à la fin de la projection, ce qui est on ne peut plus rare. J’ai été émue aussi. Un film touchant et lumineux sur un sujet universel qu’on a envie de voir et revoir.

          J’ai eu un mal fou à écrire cette chronique tant il est difficile d’analyser des émotions nées avec une telle spontanéité. L’impression que tout a déjà été dit et de ne pouvoir faire que moins bien ne m’a pas aidée. A ce sujet, je vous conseille de lire la très bonne critique que Filou a faite de ce film. Il y dit exactement je ce que j’en pense mais en mieux. Bonne lecture et bon film à ceux qui ne l’ont pas encore vu.

Mes lectures

Confiteor – Jaume Cabré

          Adrià grandit à Barcelone dans les années 50, entre une mère effacée qui veut qu’il étudie le violon et un père autoritaire qui le pousse vers l’apprentissage des langues. Dans leur appartement empli d’œuvres d’art, il n’y a pas de place pour la fantaisie. Au fil du temps, le jeune garçon va découvrir la provenance des trésors qui l’entourent.

confiteor,M118831

          On m’avait grandement vanté les mérites de ce roman dont le sujet me tentait bien. J’avais donc hâte de m’y atteler bien que j’aie un peu traîné en raison de la taille du pavé (plus de 700 pages tout de même !). J’étais pour le moins enthousiaste en m’y attelant mais les premières pages m’ont très sérieusement refroidie. En effet, l’écriture est pour le moins déroutante ! Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est mal écrit puisque le style est très travaillé et même plutôt agréable d’un point de vue purement syntaxique, en revanche, c’est extrêmement confus. Le narrateur, atteint d’Alzheimer, raconte ses souvenirs. Il les raconte donc dans le désordre, s’y perdant souvent, et passant sans cesse du coq à l’âne. Mais plus que cela, c’est le changement constant d’énonciation qui m’a gênée. Il arrive fréquemment qu’il passe du « je » au « il » dans une même phrase, toujours parlant de lui-même. Pas toujours simple pour s’y retrouver…

          Du côté de l’histoire, il y a des choses passionnantes. Toutefois, là aussi c’est pour le moins brouillon. Tout en racontant son histoire, le narrateur raconte celle des objets qui l’entourent. Parfois, on passe d’une histoire à l’autre, d’une époque à l’autre, au sein du même paragraphe et il n’est pas toujours simple de s’y retrouver. Certes, cela rappelle constamment la maladie du narrateur mais ç’aurait sans doute pu être fait de manière un peu plus subtile, sans perdre le lecteur en route. Fort heureusement, ces histoires dans l’histoire sont très intéressantes, retraçant divers pans de l’Histoire à travers des destinées pour le moins diverses. C’est la culture qui transpire de ce texte qui m’a donné envie de le continuer malgré quelques difficultés à suivre le fil du récit. J’ai parfois eu l’impression que ce roman était un peu fourre-tout, avec des connaissances très diverses entassées qui m’ont parfois agacée en me donnant le sentiment que l’auteur en faisait trop. Cependant, c’est justifié par l’histoire et le plus souvent j’ai simplement

          Beaucoup se sont enflammés à la lecture de ce livre, sur sa beauté, son intelligence, sa finesse… Je dois avouer que pour ma part, si je lui reconnais certaines qualités de style comme de fond, j’ai eu du mal à réellement entrer dedans. Je l’ai lu avec un certain plaisir mais il n’a pas éveillé en moi la moindre émotion. Le personnage n’a pas suscité ma sympathie outre mesure et si certains événements relatés sont tragiques, je les ai trouvé plus intéressants qu’émouvants. Bref, rien à faire, j’ai eu beau m’intéresser à l’histoire d’un point de vue purement intellectuel, elle ne m’a pas bouleversée. Dans l’ensemble, j’ai trouvé ce roman extrêmement nébuleux de par sa construction assez anarchique ce qui le rend assez difficile, d’autant plus qu’il est particulièrement long. Si cela m’a un peu moins agacée au fil des pages, je n’irais pas jusqu’à dire que je m’y suis habituée. Je pense que ça en découragera plus d’un ! Malgré un fond passionnant, le style confus rend la lecture laborieuse, pour un résultat en demie-teinte. Si on en vient à bout, on referme toutefois ce livre en se sentant un peu moins bête.

Photo de Xabier Mikel Luburu Van Woudenberg
Photo de Xabier Mikel Luburu Van Woudenberg

Le musicien veut l’instrument pour en jouer. Quand il l’a, il en joue. Le collectionneur n’a pas à jouer : il peut avoir dix instruments et il les caresse de la main. Ou des yeux. Le collectionneur ne joue pas de l’instrument : il joue avec.

_______________

L’art véritable naît toujours d’une frustration. A partir du bonheur, on ne crée rien.

_______________

Je crois que nous faisons tout un trajet aller et qu’ensuite nous faisons le trajet retour vers le point de départ. Dans la vie de l’homme, il y a toujours un retour aux origines. A condition que la mort ne se soit pas interposée avant.

Cinéma

La crème de la crème

Comédie dramatique française de Kim Chapiron avec Thomas BlumenthalAlice IsaazJean-Baptiste Lafarge

540023

          Et si les lois du marché s’appliquaient aux relations amoureuses ? C’est la théorie que comptent bien expérimenter Dan, Kelliah et Louis, étudiants dans une prestigieuse école de commerce. Tout se vend et tout s’achète mais dans quelle limite ?

la-creme-de-la-creme

           A priori, ce film n’est pas exactement le style que j’affectionne mais j’étais curieuse de voir ce que ça pouvait donner. La jeunesse dépravée est un sujet assez fascinant même si ça fait rarement de bons films. Je trouvais toutefois intéressant de voir les dessous des grandes écoles qui derrière leur réputation de sérieux hébergent souvent de sacrés fêtards. Ce film m’a laissé une impression un peu mitigée. L’idée de départ pouvait sembler assez séduisante, pourtant, ça a comme un air de déjà vu. Le film apparaît comme un rien superficiel, malgré une volonté de se montrer novateur. Toutefois, il se laisse regarder non sans un certain plaisir. Il y a pas mal de bonnes idées (le parallèle entre les relations amoureuses et les lois du marché ne manque pas de sel) mais elles ne sont malheureusement pas suffisamment exploitées. On reste un peu trop à la surface des choses, n’allant jamais vraiment au bout des idées. Le réalisateur semble se chercher et ne pas oser aller à fond la carte de la provocation.

creme_de_la_creme_a

          Il y a une belle énergie dans ce film et les jeunes acteurs sont convaincants. C’est d’ailleurs ce qui fait son charme. Je craignais un peu que cette jeunesse dorée ne me soit franchement antipathique. Certes, je n’ai guère d’affinités avec les personnages mais ils ont tous leurs petites faiblesses qui les rend finalement assez attachants. Le déroulement de l’histoire est prévisible mais fonctionne tout de même plutôt bien. La romance qui plane est peut-être de trop et donne au film un côté naïf qui colle mal avec ses prétentions de subversion mais c’est également ce qui rend ses personnages parfois touchants et pas simplement têtes à claques. Le film joue aussi sur les effets de modes avec des Twitter, Facebook et langages SMS cités à tout va. Ca veut faire jeune mais ça en fait trop et manque de naturel. Un peu plus de sobriété dans la forme n’aurait pas fait de mal. Malgré un manque de maturité évident, ce film a toutefois des qualités avec une belle idée de départ et des acteurs prometteurs. Ce n’est pas du grand cinéma mais on passe un bon moment.

Cinéma

Her, le film qui va vous donner envie de tomber amoureux

Romance américaine de Spike Jonze avec Joaquin PhoenixScarlett JohanssonAmy Adams 

014107.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          Theodore est dévasté après sa récente rupture avec sa femme. Il achète alors un nouveau programme informatique capable de s’adapter à son utilisateur et son environnement. « Samantha » et lui vont peu à peu faire connaissance et tomber amoureux…

her_5085073

          Bien que le sujet ne soit a priori pas trop mon genre (anticipation et amour ne sont franchement parce qui m’attire le plus), la bande-annonce me semblait assez prometteuse et j’ai lu un nombre incroyable de critiques positives. Et j’avoue que j’étais assez intriguée par l’originalité évidente de cette histoire. Sans surprise, je vais me ranger à l’avis général : ce film sort du lot et est très émouvant. Le personnage de Theodore est très attachant. Il est à la fois drôle et sensible mais aussi extrêmement seul. Ca tient peut-être au fait qu’il a le travail de mes rêves mais bien que je ne me retrouve pas beaucoup dans son caractère, j’ai trouvé qu’il était facile de s’identifier à lui. En effet, il nous est à tous arrivé de nous sentir seuls, rejetés et perdus après une rupture et Joaquin Phoenix rend ce sentiment avec un grand talent.

3023517-poster-p-1-what-we-can-learn-about-the-future-of-ai-mobile-design-love-and-pants-from-spike-jonzes-her1

          La relation qui se construit peu à peu avec « Samantha », bien que complètement virtuelle, paraît incroyablement naturelle. Les prémices de l’amour, la découverte de l’autre, les joies des premiers moments passés ensemble, tout est d’une grande justesse. On se surprend même par moments à envier leur relation si particulière. Scarlett Johansson, qui a d’ailleurs été récompensé pour ce rôle, parvient à donner une présence palpable à cette voix et à la rendre très touchante. L’incroyable jeu d’acteurs et la voix sensuelle de « Samantha » sont d’ailleurs un des principaux atouts de ce film.

HER

          Pourtant,contrairement à ce que je craignais, on n’est pas du tout dans une vision idéalisée de l’amour. Cette relation virtuelle permet finalement de mieux mettre en évidence les difficultés de la vie à deux. La mise en scène est travaillée, avec des images intéressantes et une musique efficace. Si j’ai beaucoup aimé ce film, je lui ai quand même trouvé quelques longueurs. En effet, trop d’amour a tendance à m’assoupir un peu. Toutefois, ça reste léger et même pour les moins romantiques, l’histoire est convaincante sans en faire des tonnes dans l’eau de rose. Un film original et très bien interprété qui parle d’amour avec beaucoup de justesse et de sensibilité.

Mes lectures

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet

          Paul et Louise s’aiment et décide de se marier mais la Grande Guerre va les séparer. Dans les tranchées, Paul croit devenir fou et il profite de la première occasion pour déserter. Mais une fois à Paris, il est contraint à la clandestinité. Pour en sortir, une seule solution : il va se travestir et deviendra Suzanne. 

Couv_196455 (1)

          Dès sa sortie, cette BD me tentait beaucoup et les éloges que je n’ai cessé d’entendre dessus n’ont fait que renforcer mon envie de la lire au plus vite. Et puis, comme l’an passé, Priceminister nous a proposé lors du festival d’Angoulême de nous envoyer une BD de la sélection en échange d’une critique. C’est donc celle-ci que j’ai choisie sans la moindre hésitation. Après avoir entendu tant de louanges à son sujet, j’avais un peu peur d’être déçue, c’est toujours le risque quand on en attend trop. Pourtant, même si certains aspects m’ont quelque peu surprise, ç’a été loin d’être le cas.

mauvais-genre-3

          J’ai beaucoup aimé les dessins de cette BD : un univers très marqué, à la fois sombre et d’une certaine douceur. Tout est quasi en noir et blanc, avec simplement des touches de rouge qui ressortent et viennent illuminer les vignettes. L’histoire, inspiré de faits réels, est absolument passionnante. Je n’avais même pas jeté un œil à la quatrième de couverture avant d’entamer ma lecture et j’ignorais que l’histoire se déroulait pendant la Première Guerre Mondiale. Ce fut une excellente surprise.

93329661

          Le contexte historique est très intéressant et l’histoire aborde des thèmes et univers très différents : la guerre, l’amitié, le couple, le désir… L’évolution de Paul et Louise mais aussi et surtout de leur relation est rendue avec beaucoup de justesse. Des premiers regards aux disputes, on suit pas à pas ce couple que la guerre va amener hors des sentiers battus. Une histoire magnifique appuyée par un dessin très poétique. Entre humour et sérieux, entre noirceur et délicatesse : sublime. 

3489158_3_e30c_un-extrait-de-mauvais-genre_715e35b47ec5f9210d0d52d092739b20

Si je devais noter cette BD, je lui accorderais 18/20. Merci Priceminister pour cette très belle découverte.