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Club-lecture de novembre : les classiques de l’anticipation

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          Notre club-lecture s’est réuni mardi soir autour de trois grands classiques de l’anticipation : 1984, Le meilleur des mondes et Fahrenheit 451. Chacun a lu celui qui l’inspirait le plus, plusieurs s’il le souhaitait. Nous avons ensuite rapidement résumé chaque ouvrage et comparé nos avis. Pour la présentation précise des romans, voir les articles que j’ai publiés sur chacun : 1984, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451.

          Dans l’ensemble on a tous plutôt apprécié nos lectures. On a trouvé les thèmes abordés très modernes et tout à fait d’actualité (même si l’écriture d’Orwell a peut-être un peu moins bien vieilli). Ces romans sont également très sombres, 1984 remportant la palme de l’univers le plus noir : aucune trace d’espoir n’y subsiste. Trois textes très forts chacun dans leur genre. 1984 est sans doute le plus marquant, presque oppressant. Le meilleur des mondes le plus cynique, parsemé de touches d’ironie bien placée. Fahrenheit 451 a quand à lui l’écriture la plus poétique. Trois romans proches par les sujets abordés mais avec chacun une identité forte.

          Les avis ont bien sûr divergé quant à l’aspect politique et social des textes. Sont-ils vraiment prophétiques ou pas ? Se dirige-t-on inexorablement vers un monde totalitaire ? La culture va-t-elle à sa perte ? Je laisse chacun libre de se faire une opinion en fonction de sa propre perception du monde qui nous entoure.

          Une fois de plus, ce fut une très bonne soirée. La prochaine fois nous nous réunirons autour d’une pièce de William Shakespeare et d’un repas de Noël.

Time Out, d’Andrew MURPHY

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          Science-fiction/thriller américain de Andrew Niccol avec Justin Timberlake, Amanda Seyfried, Cillian Murphy.

          L’histoire se déroule dans un futur où l’argent n’existe plus, il est remplacé par du temps. Comme l’argent, le temps se gagne et se dépense, il peut même s’échanger. Quand il n’y a plus de temps, c’est la mort. Le jour de ses 25 ans, chacun se voit attribuer une année. Certains ont rapidement des siècles devant eux quand d’autres vivent au jour le jour « pour une poignée d’immortels, beaucoup doivent mourir ».

          Vous l’aurez compris nous sommes dans un film d’anticipation. Le scénario est somme toute assez classique, cependant, l’idée de départ, quoiqu’un peu dure à mettre en oeuvre dans un film, n’était pas mauvaise. Le personnage principal est une espèce de Robin-des-bois moderne (il vole les riches pour donner aux pauvres) escorté par sa  Marianne (une riche qui le suit par amour).Malheureusement, le résultat est un peu léger. Certes, je ne m’attendais pas à voir un chef-d’oeuvre, mais j’espérais au moins avoir affaire à un bon film d’action (avec Justin Timberlake, j’avoue, c’était optimiste).

          Je me suis ennuyée devant ce film. C’est plat et un peu mollasson. On voit venir chaque rebondissement avec 1/4 d’heure d’avance. C’est très très convenu. Si au moins c’était parodique, mais même pas ! C’est très américain : tout le monde est beau (ça m’a outrée, ce n’est pas parce qu’on arrête de vieillir à 25 ans qu’on a nécessairement un physique de mannequin…), il y a moults sauvetages (et une mort) à la dernière seconde, des gentils très gentils et des méchants très méchants. Schéma classique quoi.

          Alors, qu’est-ce qui m’a dérangée ? J »aurais aimé un peu plus de fantaisie dans la réalisation. Ce genre de film nécessite un minimum de recul pour être réussi, un peu d’auto-dérision, un brin d’humour, il faut qu’on s’amuse. Là ça se prend très au sérieux et il n’y a vraiment pas de quoi, du coup, ça vire limite au ridicule par moments. Ensuite, côté action, on ne vibre pas tellement. Ca bouge pas mal, c’est vrai, ça gigote, ça s’agite mais ça manque surtout de suspens. Enfin, pour être bon, un film d’anticipation doit être politique. Ici la critique de la société est noyée sous une épaisse couche de bons sentiments, le tout manque cruellement de profondeur (la seule question que je me suis posée pendant tout le film est « Mais comment diable peuvent-elles courir des kilomètrse comme des dératées avec leurs talons aiguilles ?! »). C’est dommage, il y avait pourtant de quoi faire. Un film sans grand intérêt, un médiocre divertissement.

Ray BRADBURY, Fahrenheit 451

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          Guy Montag est pompier. Dans un monde où les livres sont interdits, les pompiers n’éteignent plus les incendies mais les allument. 451 degrés Fahrenheit, c’est la température à laquelle le papier s’enflamme. Dans une société où le questionnement et la réflexion sont découragés, il va peu à peu commencer à rêver à un monde différent, mettant en péril sa sécurité.

          J’avais lu ce livre il y a très longtemps. Il avait été pour moi une vraie révélation. Je me souviens avoir tremblé face au sort incertain du pompier pyromane qui m’inquiétais quelque peu. J’avais adoré cette histoire et s’il me semblait en garder des souvenirs assez nets, j’avais peur qu’ils soient faussés par le temps. Et plus encore, j’avais peur de ne pas y retrouver ce que j’avais tant aimé la première fois.

          J’ai vite été rassurée. J’ai retrouvé la même émotion qu’à la première lecture, et j’en ai sans doute bien plus apprécié le style. Je trouve ce texte d’une modernité déconcertante et l’écriture est limpide et agréable, ce qui vient encore renforcer ce sentiment de modernité. Je pense que j’aurais été bien incapable de dire à quelle date a été écrit ce texte si je n’avais pas lu la 4° de couverture. On y retrouve les ingrédients classiques des romans d’anticipation, notamment les réflexions sur le bonheur, la place de l’individu dans la société, l’importance de la culture, etc ; avec en plus une manière de traiter le sujet novatrice et une fraîcheur qui rend la lecture agréable.

          Le sujet me parle bien sûr tout particulièrement, ce qui ajoute à mon enthousiasme. J’aime aussi le côté ambivalent du personnage principal, qui est bien loin d’être un héros. L’action se déroule rapidement, on n’a absolument pas le temps de s’ennuyer, et je trouve cette histoire particulièrement prenante. Parmi les 3 grands classiques de l’anticipation au programme du club-lecture de novembre, celui-ci est mon préféré. Un roman qui mérite largement son titre de chef-d’oeuvre de l’anticipation et qui restera pour moi un grand moment de ma vie de lectrice.

Nous n’avons pas besoin qu’on nous laisse tranquilles. Nous avons besoin de vrais tourments de temps en temps.

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Nous ne naissons pas libres et égaux., comme le proclame la Constitution, on nous rend égaux. Chaque homme doit être l’image de l’autre, comme ça tout le monde est content ; plus de montagnes pour les intimider, leur donner un point de comparaison.

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Je ne parle pas des choses, avait dit Faber. Je parle du sens des choses. Là, je sais que je suis vivant.

Georges ORWELL, 1984

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      En 1984, dans un monde où aucune liberté de pensée n’est admise, Wintson commence la rédaction d’un journal intime. Il sait qu’il ne pourra échapper longtemps à la Police de la Pensée mais espère pouvoir d’une manière ou d’une autre pouvoir laisser une trace de son passage et de ses idées.

          Le deuxième livre au programme du club lecture du mois de novembre (qui, je vous le rappelle, se tiendra le mardi 29 novembre). Ici aussi, un classique de l’anticipation. Depuis longtemps j’avais le projet de lire ce roman, sans jamais m’être lancée. Voilà qui est chose faite ! J’ai eu beaucoup de mal à démarrer. L’écriture est assez aride, j’ai peiné avant de me prendre à l’histoire.

           J’ai retrouvé dans ce livre beaucoup de choses déjà présentes dans Le meilleur des mondes, trop peut-être. Orwell décrit un monde totalitaire, où l’individu n’a d’existence qu’au sein du groupe, pas réellement d’identité propre. Un homme seul détient le pouvoir. Le passé n’existe plus, chacun doit oublier ou changer ses souvenirs selon le bon vouloir de Big Brother. Ce livre est écrit en 1950 et les traces du III° Reich y sont clairement visibles.

          Le moins qu’on puisse dire c’est que le style ne m’a pas éblouie. J’avais aimé la légèreté et la verve de La ferme des animaux, ici, l’écriture est bien plus austère, nulle trace de fantaisie. Ce livre répond aux standards de l’anticipation, mais s’il développe ce qui existait déjà, je n’y ai pas vu de nouveautés majeures, ce qui m’a un peu déçue étant donné sa grande renommée. Malgré cette petite déception face à l’austérité du texte, je l’ai toutefois trouvé plein de bon sens. Il pose des questions intéressantes, notamment sur le pouvoir, et les travers de la société comme de la nature humaine y sont bien mis en exergue. Un texte difficile mais intéressant.

Comment communiquer avec l’avenir ? C’est impossible intrinsèquement. ou l’avenir ressemblerait au présent, et on ne l’écouterait pas, ou il serait différent, et son enseignement, dans ce cas, n’aurait aucun sens.

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Ils se révolteront quand ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés.

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Les meilleurs livres, se dit-il, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà.

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Rien n’existe que par la conscience humaine.

Aldous HUXLEY, Le meilleur des mondes

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          Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un ouvrage lu dans le cadre du club lecture avant que celui-ci ne se tienne. Nous avons choisi 3 livres au choix pour ce mois-ci, et il me semble difficile de les présenter tous à la fois. Je vais donc en parler au fur et à mesure de mes lectures et je m’attacherai aux considérations plus générales et aux avis de chacun pour le compte rendu de novembre.

         Le monde a changé, les hommes ne sont plus vivipares mais se reproduisent en éprouvettes (mis à part quelques sauvages parqués dans des réserves). Ils sont répartis en castes et conditionnés en fonction de leur place dans la société. Dans les couches les plus basses, les groupes de « jumeaux » jusqu’à 80 individus sont privilégiés pour accomplir le travail, quand les dirigeants sont eux uniques et capables de réflexion (dans une certaine mesure). Chacun apprend quelle est sa place dès son plus jeune âge grâce à l’instruction pendant le sommeil. Un conditionnement qui rend chacun heureux…

         J’avais lu ce livre il y a fort longtemps et, si j’avais trouvé le style un peu sec, j’avais adoré l’histoire. Eh bien, à la deuxième lecture c’est plus où moins pareil. Avec en plus une conscience du contexte d’écriture que je n’avais pas du tout lors de ma précédente lecture. Aldous Huxley était sans nul doute un grand visionnaire, ce qui est à la fois fascinant et terrifiant. Bien éléments de ce livre se sont vus réalisés (l’omniprésence de la télévision par exemple) et il semble incroyable qu’il ait été rédigé en 1932 tant il est criant de modernité. Ce classique de l’anticipation mérite sa renommée. Un livre politique qui pose des questions aussi dérangeantes qu’essentielles. A lire absolument.

Et c’est là, dit sentencieusement le Directeur en guise de contribution à cet exposé, qu’est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu’on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement : faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper.

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L’une des fonctions principales d’un ami consiste à subir (sous une forme plus douce, et symbolique), les châtiments que nous désirerions, sans le pouvoir, infliger à nos ennemis.