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La quatrième dimension, de Nona Fernandez

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          Le 27 août 1984, Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent du renseignement, dévoile à une journaliste la réalité de la torture, des enlèvements et des assassinats politiques. Ce témoignage bouleverse N. Fernández, alors âgée de 13 ans. Des années plus tard, alors que le gouvernement prône la réconciliation nationale, elle retrouve cet homme et écrit son histoire.

Couverture de La quatrième dimension

          Je ne connaissais pas du tout l’auteur de ce roman que j’ai choisi pour sa quatrième de couverture. Le sujet m’intéressait et je me disais que ce serait une bonne occasion d’en apprendre un peu plus sur l’histoire du pays. Dès les premières lignes, j’ai vraiment beaucoup aimé le style – très prenant, incisif, efficace – et j’ai lu ce court roman quasiment d’une traite. Le sujet est intéressant et j’ai beaucoup aimé la manière dont il est traité, à travers les souvenirs d’une petite fille, ça lui donne une touche bien particulière et une certaines fraîcheur. Elle évoque dans ce texte l’histoire de Andrés Antonio Valenzuela Morales, agent des services de sécurité chilien qui a témoigné dans la presse des atrocités commises.

          Le texte est assez court mais j’ai trouvé qu’il y avait des longueurs sur la fin, si l’histoire demeure passionnante, le dynamisme de l’écriture s’essouffle un peu. Bien que j’aie lu ce texte il y a peu et que je l’aie sur le moment beaucoup aimé, je me rends compte que j’ai le plus grand mal à m’en rappeler (heureusement que j’avais pris quelques notes !).C’est assez rare qu’un texte que je trouve bien écrit et intéressant laisse aussi peu de traces après la lecture. Pourtant, sur le moment je me rappelle avoir été extrêmement choquée par les horreurs commises, j’avais découvert pas mal de choses que j’ignorais et j’avais trouvé l’histoire marquante. Peut-être finalement la distantiation mise en place par le jeune âge de la narratrice et le ton employé auront-ils atténué cet effet. Ca n’en demeure pas moins une lecture instructive au style efficace à laquelle j’ai pris un grand plaisir.

Portrait de Nona Fernandez, auteur

Les images projetées exhument une période qui est davantage la sienne que la mienne, mais qu’elle a tenté sainement d’oublier, alors que j’en ai hérité comme une obsession maladive.

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Jamais il n’avait imaginé que la frontière qui séparait ses compagnons de ses ennemis était si mince.

Une femme fantastique

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          Drame chilien de Sebastián Lelio avec Daniela Vega, Francisco Reyes, Luis Gnecco
Marina et Orlando, de vingt ans son aîné, s’aiment loin des regards et se projettent vers l’avenir.
Lorsqu’il meurt soudainement, Marina subit l’hostilité des proches d’Orlando : une « sainte famille » qui rejette tout ce qu’elle représente. Marina va se battre, avec la même énergie que celle dépensée depuis toujours pour devenir la femme qu’elle est : une femme forte, courageuse, digne … une femme fantastique !

Affiche du film Une femme fantastique

          Ceux qui me lisent régulièrement l’auront remarqué, je ne vais quasiment plus au cinéma. C’est un phénomène assez curieux et inédit. J’ai toujours adoré aller au cinéma mais depuis quelques (longs, très longs) mois, c’est la disette. La flemme, pas envie, j’ai vraiment du mal à me bouger. Et donc forcément, je ne suis plus au courant des dernières sorties, ce qui n’aide pas à me motiver. Pourtant, j’avais entendu dire le plus grand bien de ce film et j’ai donc fait un petit effort pour aller le voir, sans savoir grand chose dessus. Franchement, c’était tant mieux parce qu’il est difficile d’en parler sans révéler toute l’intrigue – même si je vais essayer – mais en résumé, c’était vachement bien !

Image du film Une femme fantastique

          Comme je vous le disais, difficile de parler de ce film sans tout en dévoiler. Parce que les raisons qui font qu’il sort du lot, sa finesse dans la manière de traiter le sujet, sa force, tout ça découle d’une révélation qui arrive quasi dès le début. Je dois avouer que j’ai adoré avoir la surprise et ne rien savoir de ce film avant de le découvrir. Je vais donc tenter de ne pas vous dire de quoi il retourne, ma critique en pâtissant surement beaucoup. Il s’agit donc d’une femme, qui aime un homme plus âgé, et qui à son décès va devoir batailler avec une famille jalouse et pour le moins hostile. C’est assez banal me direz-vous. Alors oui. Et non à la fois, parce que leur relation si évidente, n’est pourtant peut-être pas si banale qu’il y paraît.

Image du film Une femme fantastique

          Toute la force de ce film est là. Dans la manière de traiter un sujet délicat. Dans la façon de filmer cette femme avec une certaine pudeur et tellement d’émotion. Dans le décalage aussi entre celle que l’on suit, si touchante, et la haine farouche que lui vouent les autres. Une femme à la vie ordinaire prise pour cible par la famille de celui qu’elle aime. J’ai trouvé ce film à la fois simple et magnifique. Il parvient à éviter les principaux écueils de son sujet. Il m’a redonné l’envie d’aller plus souvent au cinéma pour y dénicher ce genre de pépites. Le choix des acteurs est excellent. L’actrice principale notamment crève l’écran. Il y a également quelques très belles chansons. Un film profondément humain à l’histoire à la fois banale et différente. Touchant.

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Drame historique américano-chilien de Pablo Lorrain avec Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro

          En 1988, au Chili, Augusto Pinochet est contraint par la pression internationale à organiser un référendum sur sa présidence. Les dirigeants de l’oppositions confient leur campagne à un jeune publicitaire, René Saavedra. Avec peu de moyens mais beaucoup d’idées, il va essayer de faire tomber la dictature qui étouffe le pays.

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          Ce film me tentait énormément. J’aime le cinéma sud-américain, j’aime les sujets politiques et le petit plus : j’aime Gael Garcia Bernal. Et puis je trouvais intéressant que la dictature soit vue à travers la campagne de l’opposition, ce qui permet de ne pas traiter le sujet de front et de lui donner un peu de légèreté. Trêve de suspens inutile : je n’ai pas été déçue ! Le début est un peu surprenant. L’histoire semble filmée avec une technique et un matériel des années 80 : une lumière un peu jaune, une image saturée, des contre-jour assez inesthétiques… Je dois admettre que ça m’a un peu déroutée, voire franchement gênée. Je sais que le rétro peut avoir son charme mais je lui aurai préféré une réalisation un peu plus sobre. Ceci dit, je me suis peu à peu laissée prendre par l’histoire, et l’impression d’être dans une vieille série du début des années 90 a fini par s’estomper.

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          L’histoire est évidemment passionnante ! Un jeune publicitaire qui doit se creuser les méninges pour déloger un dictateur de sa place, il y a de quoi dire ! Le film est vraiment axé sur la campagne publicitaire et le côté très « marketing » de cette campagne pour le référendum. J’ai trouvé très intéressant cette manière de mettre en avant les ficelles de la communication. En effet, la campagne pour le nom est dirigée par quelqu’un qui au fond n’a pas de convictions politiques bien ancrées et veut surtout prouver son talent en temps que publicitaire. Il mise tout sur des spots dignes d’une publicité pour Coca-Cola. Une méthode qui a de quoi surprendre et que j’ai aimée voir décortiquée. Sans compter que ça donne au film un côté très frais. Une façon d’aborder l’histoire que j’ai trouvé très maline.

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          Mais la force de ce film est aussi sa faiblesse : en misant tout sur l’aspect publicitaire, certes très intéressant, la politique passe finalement au second plan. C’est peut-être un peu dommage. Certes, tout est esquissé et on devine sans peine le contexte et les enjeux, mais ça aurait sans doute mérité d’être mis un peu plus en avant, ça aurait sans doute permis de donner au film un peu plus de profondeur. Les acteurs sont convaincants et le film est très agréable à regarder. Un bon film qui a le mérite de traiter cette période d’une manière radicalement différente de ce que j’avais déjà pu voir. Dommage que l’aspect politique soit un peu mis en sourdine mais l’ensemble reste original et très agréable à regarder, un joli film, empreint d’humour et de bonne humeur.