Cinéma

Même la pluie, d’Iciar BOLLAIN

          Drame historique franco-hispano-mexicain de Iciar Bollain avec Gael Garcia Bernal, Luis Tosar, Carlos Aduviri.

          Sebastian, jeune réalisateur passionné et son équipe arrivent dans le décor somptueux des montagnes boliviennes pour entamer le tournage d’un film. Les budgets de production sont serrés et Costa, le producteur, se félicite de pouvoir employer des comédiens et des figurants locaux à moindre coût. Mais bientôt le tournage est interrompu par la révolte menée par l’un des principaux figurants contre le pouvoir en place qui souhaite privatiser l’accès à l’eau courante. Costa et Sebastian se trouvent malgré eux emportés dans cette lutte pour la survie d’un peuple démuni. Ils devront choisir entre soutenir la cause de la population et la poursuite de leur propre entreprise sur laquelle ils ont tout misé. 

          Un film qui me tentait beaucoup et que j’avais bêtement raté au moment de sa sortie. Fort heureusement, Canal + m’a permis de réparer cette grave erreur ! J’attendais beaucoup de ce film dont on m’avait beaucoup parlé. J’aime généralement assez le cinéma sud-américain, surtout quand il est engagé (ce qui est assez souvent le cas). Je trouvais de plus l’idée de la mise en abîme très intéressante. Et puis il y a Gael Garcia Bernal. Qui dit mieux ?

          Avec pareil point de départ, difficile de ne pas ressortir déçu, et pourtant, c’est un pari réussi. Ce film est impressionnant. Le parallèle entre les indiens du temps de Colomb et le traitement qu’on leur inflige aujourd’hui, s’il demeure subtil, est particulièrement éloquent. On n’est pas dans une bête opposition gentils/méchants, courageux/couards, etc, etc. S’il y a forcément un peu de ça, parce que tout de même il y en a qui sont plus responsables que d’autres dans les atrocités commises, les personnages sont contrastés. Là encore, c’est valable tant pour les personnages que pour ce qu’on entraperçoit  à travers le film des hommes qui ont fait l’Histoire.

           Un film intelligent et bien mené. L’histoire, assez complexe, est efficace. Les acteurs sont très bons. Mais on savait déjà que Gael Garcia Bernal frôlait la perfection, je ne vous apprend donc rien. Je n’ai pas grand chose à redire à ce film. Sur la fin, c’est sans doute un peu tiré par les cheveux. Il y a une scène où on se croirait presque dans un film de zombis où le héros reste seul dans une ville dévastée. Cette fin pourrait être dommageable. Après tant de saloperies dites ou faites pour l’amour de l’art, se découvrir une conscience sur la fin est une concession aux normes hollywoodiennes dont le réalisateur aurait peut-être pu se passer. Cela dit, on lui pardonne parce que 1) il reste assez de protagonistes lâches et sans pitié pour que l’équilibre du monde soit préservé, 2) on a beau dire, au fond, on aime bien quand même les « belles » histoires quand elles sont bien racontées.

          J’ai beaucoup aimé ce film. Assez inhabituel dans la manière dont il est construit, avec une mise en abîme habilement réalisée. Il aborde la question épineuse du massacre des indiens assez intelligemment, tentant de présenter le sujet dans toute sa complexité. Le parallèle fait avec la manière dont sont actuellement traités les indiens est également intéressant. On peut peut-être toutefois regretter qu’il ne soit pas un peu plus appuyé et que le réalisateur ne prenne pas une position plus marquée. Cela dit, malgré mon amour pour les films engagés, cela aurait vite pu sombrer dans la caricature. Arrêtons donc de chipoter et concluons en disant que ce film a tout pour lui. Un grand moment de cinéma.

Culture en vrac

Janvier : le bilan

          Moi aussi je succombe à cette manie des bilans. Janvier a été un très bon mois pour ce blog avec un record de visites et commentaires. Le temps est passé très vite et je n’ai pas eu le temps de faire tout ce que j’aurais voulu. Comme promis, la mise en page du blog a changé. Moins de couleurs cette fois mais cette sobriété me repose. En revanche, le premier article thématique n’a toujours pas vu le jour. Le temps est passé vite et nous voilà en février sans que j’aie vu janvier passer. Avec un mois de retard je vous promets donc de m’y mettre pour le 15, date choisie arbitrairement pour ce rendez-vous mensuel.

          En janvier je ne suis pas beaucoup allée au cinéma, avec seulement 4 films vus sur grand écran. Côté livres, un mois en demi-teinte également. 7 livres lus mais pas de grande révélation (à vrai dire, si, mais je n’ai pas fini de le lire alors la révélation sera pour février). Le film que j’ai préféré ce mois-ci est A dangerous method. Pour les livres, mon choix s’arrêtera sur Lolita, parce que les premières pages sont une vraie splendeur et qu’une telle perfection force l’admiration. Et vous, quels ont été vos coups de coeur ce mois-ci ? Rendez-vous le 1° mars pour le choix de février.

Cinéma

L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder

Comédie romantique française de Frédéric Beigbeder avec Gaspard Proust, Luise Bourgoin, Joey Starr.

          Marc Marronnier est critique littéraire et chroniqueur mondain. Après son divorce, il se met à l’écriture d’un roman acide, « L’amour dure trois ans ». Ce pamphlet misogyne sera le succès de la rentrée littéraire. Mais sa rencontre avec Alice va bouleverser sa vie. 

          Comme vous pouvez le constater, rien de très original dans l’histoire. Tous les ingrédients classiques de la comédie romantique sont là. Un homme qui en croit pas à l’amour mais qui tomba amoureux et que son passé rattrape, un scénario pour le moins classique. Frédéric Beigbeder adapte ici son propre livre, l’actualisant au passage. Je ne sais trop que dire de ce film. Je l’ai trouvé assez réussi. J’ai passé un très bon moment, j’ai beaucoup ri et je me suis même laissée surprendre par moments. Je dirais que dans l’ensemble c’est une comédie qui fonctionne bien.

          Le choix de Gaspard Proust comme double de l’auteur semble assez naturel. Je ne dirais pas franchement qu’il joue bien tant ce rôle est proche du personnage qu’on connaît. C’est d’ailleurs assez perturbant au début. Joey Starr confirme quant à lui un certain talent comme acteur, ainsi qu’une bonne dose d’humour. Les acteurs semblent s’amuser et par la même occasion, nous aussi. Un concentré de bonne humeur. Pour le reste on retrouve tout l’univers de Beigbeder, intello mondain, talentueux et jemenfoutiste. Je craignais qu’il ne sombre une fois de plus dans la facilité avec ce film mais pas du tout.

          Le film est très soigné du point de vue des décors et de la mise en scène. On peut reconnaître les lubies du réalisateur sans peine (une bibliothèque avec des livres anciens dans une salle de bain, un hommage plus que marqué à Michel Legrand, et un appartement entier couvert de livres). J’ai beaucoup apprécié cette omniprésence des livres. D’ailleurs je rêve d’avoir le même appartement que Marc Marronnier. A son habitude, Frédéric Beigbeder alterne humour subtil et grivoiseries, mais échappe cette fois au mauvais goût. Il a su recréer dans ce film l’univers de ses meilleurs livres. Si le tout manque de profondeur, il demeure brillant. Beigbeder au mieux de son talent.

Cinéma

Les amours imaginaires, de Xavier DOLAN

Comédie dramatique québécoise de et avec Xavier Dolan, avec Monia ChoKri et Niels Schneider.

          Francis et Marie sont amis et colocataires. Lors d’une soirée, ils rencontrent Nicolas, dont ils vont tomber tous les deux follement amoureux. Une situation avec laquelle va jouer le jeune, entraînant le trio dans une relation toujours plus malsaine.

          Un film pour le moins surprenant ! Il a d’ailleurs été sélectionné à Cannes dans la catégorie « Un certain regard » en 2010. Tenues, déco, coiffures, musiques, on est propulsé dans les années 60. Ca frise parfois le ridicule, les couleurs ultra saturées surprennent, on est un peu perdus dans le décor. Côté histoire, on alterne celle de ce trio assez hérissant et des témoignages face à la caméra de jeunes sur leurs propres histoires d’amour foireuses. Ca semble partir un peu dans tous les sens et pourtant, petit à petit, on s’habitue à cet étrange mélange (et à l’accent, aussi).

          L’ambiance que crée le réalisateur est très particulière. L’aspect malsain de cette relation se ressent tout au long du film. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai adoré mais ce film m’a interpellée. C’est surprenant, plein d’idées, dérangeant souvent. Les acteurs aussi sont étonnants. On a parfois l’impression d’un film tourné à la va vite sans moyens et pourtant en y regardant de plus près, le tout reste très construit. Xavier Dolan a sans le moindre doute un immense talent et je suis curieuse de savoir comment va évoluer son cinéma. Au final l’ambiance de ce film m’a séduite et j’y ai repensé longtemps après son visionnage. Un OVNI cinématographique.

Cinéma

127 heures, de Danny BOYLE

             Biopic, aventure, drame américano-britannique de Danny Boyle avec James Franco.

         Un jeune ingénieur passionné de randonné par seul à la découverte des canyons. Un se fait piéger par un rocher qui tombe à son passage : son bras se retrouve coincer entre l’énorme masse de pierre et la paroi. Il lui faudra 127 heures pour arriver à se dégager en s’amputant lui-même du bras.

          J’avais voulu voir ce film à sa sortie mais l’avait finalement raté (trop d’autres films à voir, un sujet un peu particulier quand même, pas assez de temps et autres raisons habituelles). Il passe en ce moment sur Canal + mais je tombe toujours en cours et mon envie de voir quelqu’un se couper lui-même le bras avant de dormir est limitée. Je fais déjà assez de cauchemars au naturel. Mais hier matin tout était différent. Je suis tombée dessus pile au début, j’avais le temps et j’étais suffisamment détendue pour supporter (presque) toutes les horreurs. Je me suis donc lancée dans la grande aventure du visionnage de ce film qui a marqué tant d’esprits.

          Ce film est inspiré d’une histoire vraie. Un jeune américain a bien passé plus de 5 jours coincé dans un canyon, sans avoir dit à personne où il allait et sans pouvoir prévenir les secours. Il s’en est sorti en se coupant le bras avec son couteau suisse. Une histoire forte donc et assez impressionnante (notons par ailleurs qu’Aron Ralston continue ses excursions malgré son bras manquant). On pouvait pourtant craindre le pire avec un acteur seul face à la caméra, sans pouvoir bouger, pendant toute la durée du film. Une situation insoutenable qui pourrait rendre le film d’un ennui mortel.

          Je ne sais par quel miracle, il n’en est rien. Ce film est plein de trouvailles. L’acteur est excellent : il tient le film à lui tout seul. Une interprétation magistrale qui est pour beaucoup dans la qualité du film. Mais le jeu d’acteur n’est pas le seul point fort de ce film. Il y a de nombreuses trouvailles cinématographiques. Les plans sont très variés, les angles choisis pour filmer parfois très surprenants. Cette inventivité nous tient en haleine et rend ce film aussi surprenant que réussi. Et bien sûr, on ne peut que s’extasier devant le mélange d’inconscience et de courage dont fait preuve le héros.

          Il y a tout ce qu’il faut dans ce film. On s’inquiète, on frissonne (de dégoût, se couper le bras, beurk !), on espère, on ne peut s’empêche de sourire parfois et on en ressort franchement admiratif. Une réalisation admirable et ingénieuse, un acteur qui crève l’écran, une histoire invraisemblable : une combinaison gagnante. Bien sûr, on ne peut nier que ce film est un peu particulier. Il mérite toutefois le détour. Une très belle surprise.