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Jean-Jean aux éditions Icinori

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          Quand j’ai vu ce petit livre, je suis instantanément tombée amoureuse. C’est une petite pépite d’édition, ou plus précisément d’imprimerie. Une vraie merveille. Bon évidemment, comme tout ce qui est rare est cher, le prix semblera à certains un peu excessif pour le faible nombre de pages (chaque exemplaire est vendu 10€ en librairie) mais c’est tellement plus précieux qu’un livre de poche au papier tout fin et à l’encre qui bave. Disons que c’est totalement autre chose surtout. Cette collection se construit autour de plusieurs numéros qui ont chacun un thème. J’ai en ma possession les n°2 et n°3. Je les ai choisis un peu au hasard, en fonction des titres (les livres sont sous blister donc impossible de les feuilleter).

Jean-Jean, Icinori

          J’ai commencé par le n°2, Jean-Jean parce que le n°1, Loi, m’inspirait moins. J’ai été impressionnée par la qualité du travail. Le livre s’ouvre en accordéon et on peut donc en embrasser le contenu d’un coup d’œil – à condition d’avoir un peu de place quand même. L’impression est bicolore, le papier de qualité et l’aspect gaufré lui donne un charme fou. Le texte est dérivé de la comptine « Jean qui rit et Jean qui pleure ». A vrai dire, j’ai été bien plus séduite par la qualité rare de l’impression que par le contenu, même s’il s’avère plutôt sympathique.

Jean-Jean, Icinori

          Le n°3, Dessus-dessous, est du même acabit. Visuellement c’est toujours impeccable et le contenu poétique m’a beaucoup fait rire. J’ai été totalement conquise. Ces petits livres « parfaitement déraisonnables » comme le souligne leur éditeur, Icinori, sont proposés et tirage limité et donc numérotés. Au catalogue de l’éditeur on trouve aussi des affiches ou des magnifiques pop-up (pas trop dans mes moyens malheureusement). Une maison d’édition qui propose un catalogue original axé sur l’illustration de qualité. Vous pouvez en apprendre plus sur eux ici. Une maison d’édition coup de cœur qui séduira tous les amoureux d’imprimerie.

Rentrée littéraire : sorties attendues

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          La rentrée littéraire est de retour avec ses 560 romans dont une soixantaine de nouveaux écrivains (66 précisément) et sa course aux prix littéraires. Cette année, beaucoup d’auteurs que j’aime sont au rendez-vous. J’avais trouvé la rentrée dernière un peu tristounette, m’y intéressant très peu (vous pouvez toutefois la retrouver ici), mais j’avoue faire preuve cette fois d’une certaine excitation à l’idée de retrouver mes chouchous. La rentrée littéraire pour moi c’est un peu un an sur deux… Je suis loin d’avoir parcouru la liste de toutes les sorties mais voici ce que j’ai retenu des sorties des prochaines semaines.

Les auteurs que j’attends :

          Serge Joncour, un auteur que j’affectionne particulièrement pour son humour noir et qui publie avec une régularité de métronome au rythme d’un roman tous les deux ans. Les retours sont très positifs (j’ai la vague impression que toute la bloguosphère l’a reçu sauf moi, snif) et j’ai hâte de le lire. Andréï Makine, un de mes auteurs préférés depuis La musique d’une vie et La vie d’un homme inconnu. Même si son œuvre oscille entre des demies réussites et des romans bouleversants, on n’est jamais réellement déçu. Laurent Gaudé, j’ai lu peu de choses de lui mais j’ai chaque fois été très convaincue. Sa plume poétique sort du lot, je ne sais pas encore si j’aurai l’occasion de l’acheter mais il fait partie des sorties que j’attends. Jean-Claude Lalumière, j’avais adoré son premier roman, détesté le deuxième et moyennement le troisième, qu’en sera-t-il du dernier ? Sophie Daull, il y a un an, elle était la révélation de la rentrée littéraire avec un roman bouleversant sur la mort de sa fille. Elle revient avec un texte sur sa mère qui je l’espère aura la même force. Jim Fergus, l’auteur de La fille sauvage. Fervent défenseur de la culture amérindienne, il signe une œuvre de qualité et ses romans sont bien trop rares à mon goût, la parution d’un nouvel opus, la suite de l’excellent Mille femmes blanches est un petit événement littéraire. J’ai découvert Joyce Maynard, il y a deux ans et j’aime beaucoup ce qu’elle fait. Des polars psychologiques assez sombres et diablement efficaces, je suis impatiente de découvrir le dernier. Jim Harrison, un maître de la littérature des grands espaces américaine. Il est mort il y a quelques mois et ceci est un roman posthume. Je préfère les œuvres achevées mais je serais quand même curieuse d’y jeter un œil.

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Les livres lus ou à lire :

          Déjà dans ma bibliothèque, des livres reçus en service de presse. J’en ai lus certains, d’autres pas encore. Pour la plupart, je n’en connaissais pas les auteurs. J’y ai déjà trouvé beaucoup de bonnes surprises dont je vous parlerai bientôt (d’ici la fin du mois, histoire qu’on ait un peu plus avancé dans les sorties).
Yaak Valley Montana, Voici venir les rêveurs, La légende, Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, Un travail comme un autre, Une nuit Markovitch, M pour Mabel, Muse, The girls, La suture, L’indolente, La tentation d’être heureux, Ainsi fleurit le mal, Watership down, Vintage. Et qui sait, peut-être que d’autres viendront.

Mais aussi :

          Laurent Mauvignier, Philippe Forest, Véronique Ovaldé, Amélie Nothomb, Yasmina Khadra, Yasmina Reza, Jonathan Coe, Sophie Adriansen, Jean-Paul Dubois, Karine Tuil, Eric-Emmanuel Schmitt, Audur Ava Olafsdottir, Antonio Muñoz Molina, Jean-Michel Guenassia, Amos Oz, Tonino Benacquista, Eric Faye, Laurence Tardieu, Philippe Delerm, Chloé Delaume, Philippe Sollers, Marie Ndiaye, Fannie Flagg, Pascal Quignard, Salman Rushdie, Nathacha Appanah, Jean d’Ormesson, Catherine Cusset, Jean Teulé. Liste non-exhaustive, cela va sans dire.

         Et vous, vous avez fait vos repérages pour la rentrée ? Lesquels prévoyez-vous de lire pour bien finir l’été ?

Rentrée littéraire 2014 : les sorties à surveiller

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          Ca y est, la rentrée littéraire est arrivée. Dès la semaine prochaine, les premiers romans seront exposés sur les tables des libraires. Cette année, ce sont 607 romans qui vont paraître d’août à octobre, 404 romans français, 203 étrangers et 75 premiers romans. Une fois encore il y a de quoi faire ! Voici une « petite » sélection des sorties que j’ai repérées, soit tout de même 35 livres dont 8 étrangers. Pas de premiers romans dans cette liste, ils sont toujours particulièrement difficiles à débusquer avant les premiers avis des critiques et libraires. Peut-être aurai-je l’occasion de vous parler de quelques-uns d’entre eux les prochaines semaines. Retrouvez la fiche Babelio de chaque roman – avec la description, la couverture et les premières critiques – en cliquant sur le titre.

Littérature française

Ceux que j’attends avec impatience :

L’écrivain national, Serge Joncour, Flammarion. Le jour où Serge arrive en résidence d’écriture dans une petite ville du Centre, un vieux et riche maraîcher disparaît. L’écrivain décide de mener l’enquête. Sortie le 27/08.

La dévoration, Nicolas d’Estienne d’Orves, Albin Michel. L’éditrice de Nicolas voudrait qu’il se renouvelle, il choisit alors d’écrire sur le cannibale japonais Morimoto et de se confronter à ses propres démons. Sortie le 20/08.

Terminus radieux, Antoine Volodine, Le Seuil. La Taïga est désertée après l’irradiation de la Sibérie suite à plusieurs accidents nucléaires. Pourtant, des êtres étranges tentent de continuer à faire vivre l’Union Soviétique. Sortie le 21/08.

Pas pleurer, Lydie Salvayre, Le Seuil. Récits croisés d’une mère et sa fille sur la guerre civile espagnole. Deux femmes, deux visions des événements et du monde. 21/08.

Mécanismes de survie en milieu hostile, Olivia Rosenthal, Verticales. Récit d’apprentissage, thriller métaphysique ou manuel d’exorcisme, ce livre raconte comment esquiver les coups et si possible comment les rendre. Sortie le 21/08.

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Les incontournables de la rentrée littéraire :

Oona & Salinger, Frédéric Beigbeder, Grasset. Le jeune écrivain Jerry Salinger rencontre Oona O’Neill, 15 ans, la fille du plus grand dramaturge américain, en 1940. « Ils ne se marièrent jamais et n’eurent aucun enfant ». Sortie le 20/08.

Charlotte, David Foenkinos, Gallimard. Charlotte Salomon, artiste peintre, est morte à l’âge de 26 ans. Portrait d’une femme exceptionnelle au destin tragique. Sortie le 21/08.

Pétronille, Amélie Nothomb, Albin Michel. « Au premier regard je la trouvai si jeune que je la pris pour un garçon de quinze ans. » Sortie le 20/08.

On ne voyait que le bonheurGrégoire Delacourt, JC Lattès. « Une vie, et j’étais bien placé pour le savoir, vaut entre trente et quarante mille euros. » Un assureur habitué à estimer la vie des autres commence soudain à s’intéresser à la valeur de la sienne. Sortie le 20/08.

Peine perdue, Olivier Adam, Flammarion. Après que les touristes aient déserté les lieux, les drames se succèdent dans une station balnéaire de la Côte d’Azur. 22 personnages se succèdent, en prise avec leur propre histoire. Sortie le 20/08.

Un secret du docteur Freud, Eliette Abécassis, Flammarion. En mars 1938, Freud convoque la Société psychanalytique pour une cession extraordinaire. Mais pourquoi ne quitte-t-il pas l’Autriche malgré l’invasion nazie ? Cacherait-il un secret ? Sortie le 27/08.

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Les grands noms :

Viva, Patrick Deville, Le Seuil. Au milieu de la révolution mexicaine, dans les années 20 et 30, se rencontrent Malcolm Lowry, écrivain, et son idole, Trotsky dans une période pour le moins agitée. Sortie le 21/08.

Le Royaume, Emmanuel Carrère, POL. « A un moment de ma vie, j’ai été chrétien […]. Ces chemins du Nouveau Testament que j’ai autrefois parcourus en croyant, je les parcours aujourd’hui – en romancier? en historien? Disons en enquêteur. » Sortie le 11/09.

Le monstre, Serge Doubrovsky, Grasset. Au début des années 70, l’auteur se lance dans la rédaction d’un ouvrage monumental qui devrait poser les bases de l’autofiction. Il est publié en intégralité pour la première fois. Sortie le 10/09.

Mourir de penser, Pascal Quignard, Grasset. Le 9° tome du Dernier Royaume est consacré à la pensée. Ce livre aborde la mort, la mélancolie et le traumatisme, arrivant au cœur de sa quête. Sortie le 10/09.

Autour du monde, Laurent Mauvignier, Minuit. Mars 2011, au Japon, le pays est traumatisé par le tsunami. Les destins se croisent, face au feuilleton médiatique. Sortie le 04/09.

L’Île du Point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma. Un roman d’aventure tourbillonnant où s’entremêlent par une mise en abîme le destin d’un riche opiomane et son majordome et les aléas d’une fabrique de cigares dans le Périgord. Sortie le 21/08.

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Mais aussi :

J’existe à peine, Michel Quint, Héloïse d’Ormesson. Sortie le 25/09.
Oeuvres vives, Linda Lê, Christian Bourgois. Sortie le 21/08.
Le Règne du vivant, Alice Ferney, Actes sud. Sortie le 20/08.
Un tango en bord de merPhilippe Besson, Julliard. Sortie le 04/09.
Le Triangle d’hiver, Julia Deck, Minuit. Sortie le 04/09.
Blond cendré, Eric Paradisi, JC Lattès. Sortie le 01/09.
Selon Vincent, Christian Garcin, Stock. Sortie le 20/08.
L’amour et les forêts, Eric Reinhardt, Gallimard. Sortie le 21/08.
Une éducation catholiqueCatherine Cusset, Gallimard. Sortie le 21/08.
Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, Christophe Donner, Grasset. Sortie le 20/08.

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Littérature étrangère

J’ai hâte de lire :

L’Île du serment, Peter May, Editions du Rouergue. Tout le monde croit que Kirsty Cowell a poignardé son mari. Pourtant, l’enquêteur chargé de l’interroger ne peut se résoudre à l’accuser. Parviendra-t-il à découvrir la vérité ? Sortie le 07/09.

Etranger dans le mariageEmir Kusturica, JC Lattès. Six nouvelles où la fantaisie côtoie la noirceur. Des personnages haut en couleurs inspirés des souvenirs de l’auteur, comme autant d’hommages à son pays. Sortie le 03/09.

Les célébrités :

L’Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, Haruki Murakami, Belfond. L’histoire de Tsukuru, à 16 ans d’intervalle, entre Nagoya et Tokyo. Rejeté il y a longtemps par ses amis d’enfance, il part à leur recherche afin de trouver une explication. Sortie le 04/09.

Pour IsabelAntonio Tabucchi, Gallimard. Depuis qu’Isabel à disparue, Waclaw la recherche désespéramment. Chaque chapitre est une rencontre avec quelqu’un qui l’a connue. Sortie le 09/10.

Maudits, Joyce Carol Oates, Philippe Rey. En 1905, Annabel Slade est enlevée le jour de son mariage. D’autres événements étranges surviennent. Serait-ce l’oeuvre du diable ? Sortie le 16/10.

Mais aussi :

Price, Steve Tesich, Monsieur Toussaint Louverture. Sortie le 21/08.
L’homme de la montagne, Joyce Maynard, Philippe Rey. Sortie le 21/08.
La lumière des étoiles mortes, John Banville, Robert Laffont. Sortie le 21/08.

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          Evidemment, qui dit rentrée littéraires dit prix. J’en profite pour vous donner un petit aperçu du calendrier 2014. Cette année, la saison des grands prix littéraires s’ouvre le 2 septembre avec la première sélection du Prix Renaudot. Le 4 septembre, ce sera au tour du Goncourt puis des prix Femina – le 17 – du Décembre – le 24 – et de l’Académie Française – le 25. Je vous épargne les sélections intermédiaires.
Le Prix de l’Académie Française est toujours le premier décerné, il ouvrira le bal le 30 octobre. Une fois n’est pas coutume, le Femina sera cette année prioritaire sur le Goncourt (les deux prix ne peuvent être attribués au même lauréat) et sera remis le 3 novembre. Le Goncourt suivra de près, le 5 novembre, même date que pour le Renaudot. Le prix Décembre sera quant à lui remis le 6 novembre. Manquent encore les calendrier des prix Médicis et Interallié.

Et vous, de quels livres attendez-vous la sortie ?

Collection .2 ou le format ultra poche

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          Voici environ 2 ans, La Martinière lançait un tout nouveau concept : le format ultra poche. Une collection qui propose des oeuvres intégrales dans un livre ultra léger qui tient dans la poche. Une idée originale et une mise en page qui ne l’est pas moins. Il y avait là largement de quoi éveiller ma curiosité…

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          Dès la sortie de cette collection, je m’en étais procuré un exemplaire afin de tester ce nouveau mode de lecture. Malheureusement, mes bonnes intentions se sont visiblement un peu perdues en route vu qu’il m’aura tout de même fallu deux ans pour m’y mettre enfin. Les livres de la collection .2 ne mesurent que 8 cm sur 12, soit environ la moitié d’un format poche classique (quant à l’épaisseur des ouvrages, elle est également minime). Ils sont donc les premiers livres de poche à tenir réellement dans la poche. Pour réduire à ce point l’encombrement des oeuvres sans les amputer, il a fallu ruser ! Comment ce tour de force a-t-il été rendu possible ?

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           C’est une mise originale qui a permis la mise en place d’un format aussi compact. Une fois ouvert, le livre ne se présente pas sous le schéma classique page de gauche/page de droite. On le tourne à 90° degré pour obtenir une page unique, ce qui permet de limiter la perte de place. Si l’idée est pour le moins ingénieuse, j’avais peur qu’elle s’avère déroutante, voire même assez désagréable (oui, je suis un peu vieux jeu parfois). Les marges sont réduites au minimum mais cela ne gène pas tellement la lecture étant donné la taille réduite de la page. Le corps employé pour le texte est assez petit mais demeure toutefois lisible. Quant à la prise en main de l’ouvrage, je dois admettre que le pari est réussi ! Le livre tient très bien en main (dans une seule main même), et s’avère très maniable. L’utilisation du papier bible réduit au minimum l’épaisseur et le poids, malheureusement ça rend également les pages un peu fragiles et pas toujours simple à tourner. Même s’il faut admettre qu’entre la pluie et le froid, mes doigts gourds n’aidaient pas beaucoup non plus.

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          La lecture s’est avérée assez agréable. Les ouvrages sont légers et très peu encombrants, à tel point que j’ai parfois eu du mal à le retrouver au fond de mon sac ! L’idée de cette collection était vraiment bonne et sa mise en oeuvre des plus réussie. Le format est très pratique, notamment dans les transports ou en voyage. Je ne suis pas une adepte du papier bible, un peu fragile, mais son utilisation est ici intelligente et ce n’est qu’un petit bémol face aux indéniables qualités indéniables de cette collection qui compte aujourd’hui un peu moins d’une centaine de titres. Je n’irai pas jusqu’à me convertir totalement à ce format, lui préférant une lecture plus traditionnelle et des mises en pages plus espacée (assorties d’un papier plus épais surtout) mais je n’hésiterai pas à y refaire appel à l’occasion. Une belle initiative et un résultat aussi pratique qu’original que je vous invite à découvrir, si ce n’est déjà fait.  

Retrouvez tous les détails ici.

Une littérature pour grands ados ?

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          Aujourd’hui, un article coup de gueule. La semaine dernière, Rue 89 publiait un article (à lire ici) sur la littérature pour grands ados, à savoir les 15/30 ans, nouveau créneau éditorial qui me sort par les yeux. Un papier qui m’a franchement agacée et m’a donné envie de me lancer dans un coup de gueule libérateur. En effet, cette « niche » des 15/30 ans me paraît être un vulgaire coup marketing fumeux que des pseudos journalistes, qui ont oublié en route leur esprit d’analyse, prennent visiblement tout à fait au sérieux. Mais non, comme toutes les femmes ne se nourrissent pas exclusivement de crudités sans sauce et de produits allégés, tous les moins de trente ans ne fuient pas les librairies et ne recherchent pas la légèreté à tout prix.

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          Je suis la première à défendre une littérature pour adolescents, parfois de très bonne qualité, qui avec des thèmes d’actualité et un vocabulaire moderne qui permettent de se mettre à la portée des plus jeunes. On ne s’initie pas à la lecture avec Proust et il est normal à 15 ans de lire de la littérature qui nous est destinée plutôt que de se lancer dans l’intégrale de Roland Barthes. De là à vouloir vendre la même chose aux trentenaires qu’aux adolescents, il y a un pas que je ne suis pas prête à franchir. Enfants, nos parents nous lisent des histoires, puis ce sont nous qui nous mettons à lire des albums puis les premier romans pour la jeunesse, illustrés d’abord, puis qui s’étoffent peu à peu. On passe par plusieurs phases : les grandes histoires d’amitié laissent la place à des livres d’horreur. Et puis l’adolescence, où on aime les séries, s’attacher aux personnages et les retrouver de livre en livre parce qu’il est rassurant de rester dans le même univers, empli de magie de préférence. Vient ensuite l’envie de lire autre chose, envie de grandir, de faire comme les adultes. Une évolution constante, une construction de ses goûts de lecteurs qui se fait peu à peu, d’où ma perplexité face une tranche d’âge qui durerait 15 ans et viserait pèle-mêle l’adolescente qui rentre au lycée et le jeune cadre dynamique.

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          Il y a de très bons romans pour adolescents ou jeunes adultes, là n’est pas le problème, mais comme on n’écrit pas des livres pour les 5/15 ans sans distinctions, on ne devrait pas en écrire pour les 15/30. 15/20 à la limite, et puis 20/30 à la rigueur… Ce sont des âges où on change encore énormément, où on vit tout un tas d’expériences : premiers amours, premier appartement, premier boulot ; on n’est clairement pas le même à 15 ans qu’à 30 et c’est bien normal. Je me demande à quel moment on a commencé à considérer les jeunes costards/cravate de La Défense comme de grands ados. L’infantilisation des jeunes adultes me laisse pantoise. J’ose espérer qu’à 25 ou 30 ans (c’est plus ou moins long selon les individus, je vous l’accorde), on est un adulte à part entière et non pas une espèce de grand enfant qui a besoin qu’on le prenne par la main. Je crois sincèrement que si à 30 ans on n’est pas encore sorti de l’adolescence, il n’y a plus d’espoir d’en sortir jamais. Je ne comprends pas cette infantilisation qui semble s’étendre d’année en année à des tranches d’âge de plus en plus vastes. Et je ne comprends pas que les premiers concernés se laissent ainsi faire sans broncher.

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          Je ne dénie à personne le droit de lire ce qui lui chante, on prend tous plaisir à lire des choses différentes et il n’y a aucun mal à cela ; en revanche, j’aimerais qu’on arrête de tout mélanger pour arranger les services commerciaux des grandes maisons. Personnellement je ne me considère pas comme une cible à part. Je lis à peu près de tout (sauf de la littérature pour jeunes adultes justement…). Je lis aussi bien des classiques que des nouveautés, de la littérature exigeante que des choses plus légères, de la littérature française que de l’étrangère, beaucoup de romans certes, mais aussi quelques essais, et un peu de poésie ou de théâtre à l’occasion. Bref, je lis ce qui me chante et essaie de me construire une culture littéraire acceptable, avec une constante soif de découverte. Je me sens donc vaguement insultée quand on m’explique qu’à mon âge, on va plutôt vers des choses plus légères et écrites pour nous, ce que j’ai plus ou moins abandonné depuis mes 12 ansQuand j’étais enfant, à 8 ans j’étais fière de lire des livres marqués « à partir de 12 ans », à 12 ans mes premiers romans « sérieux », à 15 les classiques piqués à la bibliothèque parentale. Je voulais grandir et la littérature était là pour m’y aider. Aujourd’hui, on ne veut plus que les livres nous fassent grandir, on veut qu’il nous ramène vers l’enfance dont on refuse de sortir.

SALON DU LIVRE ET DE LA PRESSE JEUNESSE 2010

          Je trouve ça d’une tristesse sans nom… On vendra bientôt l’intégrale de Oui-oui à de jeunes cadres dynamiques qui, les pauvres, n’ont pas le temps de lire des choses plus sérieuses. Ce qui m’agace, ce n’est pas que des trentenaires lisent de la littérature pour adolescent(e)s, s’il y trouvent du plaisir, ça ne regarde qu’eux, mais que les maisons d’éditions nous prennent par la main pour nous diriger vers cette littérature-là. Jusque-là la littérature adulte échappait un peu aux inepties publicitaires destinée à appâter le chaland. A 25 ou 30 ans, on est largement assez grand pour choisir seul ce qu’on veut lire, sans avoir besoin qu’on nous consacre des collections « adaptées ». Ces nouvelles prétendues niches m’exaspèrent au plus haut point. On a déjà des journées de dingues, surexploités, sur-diplômés et sous-payés, on n’a pas besoin de se sentir pris pour des imbéciles par dessus le marché. Moi qui a 15 ans était toute fière de lire enfin la même chose que les adultes, j’aimerais continuer à échapper à ces tranches d’âges improbables et restrictives. Ne peut-on pas dépenser son énergie à autre chose qu’à s’évertuer à coller les gens dans des petites cases bien étiquetées ? Non, vraiment, j’apprécierais que les jeunes cons du marketing éditorial qui n’ont jamais ouvert un bouquin nous foutent la paix et arrêtent un peu de nous prendre pour des buses.