Mes lectures

L’urgence et la patience

          Dans ce court essai, Jean-Philippe Toussaint, dissèque les mécanismes de l’écriture. On apprend ainsi à connaître cet auteur : ce qui l’a poussé à se lancer dans l’écriture, la manière dont il rédige ses textes, les auteurs qui l’ont inspiré. Selon lui, le processus de l’écriture peut se résumer en deux mots : l’urgence et la patience. Deux états antagonistes qui président l’écriture et dont le dosage détermine le style de chacun.

          J’ai beaucoup aimé cet essai. Tout d’abord, cette idée d’équilibre entre l’urgence (l’envie de voir naître un texte) et la patience (la construction, la recherche, le travail d’écriture) est absolument passionnante et, je trouve, très juste. Ensuite, cet ouvrage permet de découvrir un autre aspect de Jean-Philippe Toussaint, « l’envers du décor » si l’on peut dire. Ca donne d’autant plus envie de s’immerger dans son oeuvre. Enfin, le style est brillant sans jamais se prendre au sérieux. Un subtil mélange d’érudition et d’humour et un très bon livre sur l’écriture et un portrait d’écrivain passionnant.

Dès lors, je n’ai plus travaillé que porté par un élan, pendant des sessions d’écriture limitées dans le temps, de quinze jours à trois mois maximum, entrecoupées de longues périodes où je faisais autre chose, où je n’écrivais pas, où je vivais – ce qui peut également être utile.

_______________

Un livre doit apparaître comme une évidence au lecteur, et non comme quelque chose de prémédité ou de construit. Mais cette évidence, l’écrivain, lui, doit la construire.

Mes lectures

Méfiez-vous des femmes, Catherine EUVRARD

          Les femmes ont longtemps été considéré comme des choses fragiles et discrètes, pas bien méchantes et encore moins dangereuses. Mais les rapports de force ont changé, les femmes prennent le pouvoir. Elles aussi réclament l’indépendance, des responsabilités, les hommes se sentent menacés. Petit mode d’emploi des femmes d’aujourd’hui. 

          J’ai bien aimé ce petit livre plein de légèreté. Il dresse le portrait de 12 types de femmes qu’on a tous croisés et qui s’éloigne bien de l’image de la femme effacée. Des femmes qui nous font sans doute un peu peur et dont il est parfois bon de se méfier. Les portraits sont assez justes et point trop moralisateurs, ce qui est appréciable. En revanche, il y a un point sur lequel je suis en total désaccord avec l’auteur : le couple. L’homme semble être considéré comme une propriété privée, manquant de volonté face à une femme aux atouts généreux, et qu’il faut protéger à tout prix. La jalousie semble être de mise. Pour ma part je ne comprends absolument cette possessivité exacerbée. Un peu confiance que diable, en soi et dans son partenaire tant qu’à faire. Du coup, certains passages m’ont profondément agacée… Cela mis à part, un livre agréable tout de même. Le petit plus : une couverture rétro absolument charmante !

Les femmes ont changé, disais-je. Aux atouts qu’on leur reconnaissait traditionnellement dans leurs relations à l’autre sexe – l’art de la séduction et de la dissimulation, l’intuition, la persévérance… – elles ont ajouté de nouvelles armes, considérées jusqu’ici comme « masculines » : la confiance en soi, l’esprit de décision, la volonté de réussir à tout prix, le réseau de copains, l’égoïsme décomplexé, l’emploi immodéré de la goujaterie, de la brutalité et même de la force.

Méfiez-vous des femmes, Catherine Euvrard

Eyrolles, 120 pages, 12€90

Mes lectures

L’accent de ma mère, de Michel RAGON

          Un jour, au détour d’une conversation téléphonique, l’évidence est là : la propre mère de l’auteur a un accent. Et pire, cela signifiait forcément que lui avait perdu le sien. Comment se rend-on compte de ce terrible changement ? Qu’est-ce que cela implique ? Est-ce forcément le signe de la perte de ses racines ? L’auteur se penche sur le sujet au travers de sa propre histoire. 

          Ce livre me tentait beaucoup et ce pour deux raisons. La première, c’est que j’avais beaucoup aimé, du même auteur, La mémoire des vaincus ; la seconde, c’est que je me sens particulièrement concernée par le sujet (même si pour ma part, je n’ai pas encore perdu mon accent du sud). J’ai donc commandé ce livre chez mon libraire et me suis jetée dessus dès son arrivée. Eh bien… mon excitation est bien vite retombée. J’en attendais certainement trop de ce livre avec la belle image que je m’en étais faite et tous les articles élogieux que j’avais lus à son sujet. Je l’ai finalement trouvé… banal.

          Je ne sais trop quoi dire de cet ouvrage. On en dit le plus grand bien, un chef d’oeuvre paraît-il et pourtant je n’ai absolument pas vu le génie de la chose. Je me suis terriblement ennuyée à cette lecture. C’est étrange, d’un côté j’ai reconnu cette situation, cette question des racines lorsqu’on est « expatrié » à la capitale ; et pourtant, je n’ai pas ressenti le moindre atome crochu avec ce personnage qui a des réactions aux antipodes des miennes. Pourvu que ça dure et que jamais je ne devienne comme lui à la fois méprisante et vaguement nostalgique. Bref, étant donné que je n’envisage absolument pas cette situation (passer des années sans rentrer, ne pas s’occuper de sa grand-mère dépressive, refuser d’admettre que sa mère puisse préférer un bon pot-au-feu dans le bistrot du coin plutôt que du caviar dans un gastro, j’en passe et des meilleures), il m’a été extrêmement difficile de poursuivre ma lecture. Le livre typique du parisien reniant ses racines et ne l’assumant pas. 

Donc ma mère avait bien un accent. Mais cet accent, que je connaissais depuis ma naissance, cet accent qui était celui de ma langue maternelle, je ne l’entendais pas lorsque je le « voyais » parler. Je ne l’entendais pas parce qu’il m’était naturel. Il ne m’apparaissait qu’à travers l’anonymat de l’écouteur téléphonique. Je ne voyais plus alors ma mère, je ne percevais que l’accent.

Mes lectures

Petit traité sur l’immensité du monde, Sylvain TESSON

          Traité à l’usage du voyageur, essai sur les manières de parcourir le monde, en essayant de dompter le temps et cette perpétuelle envie de renouveau. Sylvain Tesson a durant ces dernières années parcouru l’Eurasie en long en large et en travers, par tous les moyens possibles : à pied, à cheval, à moto, en train, en vélo… Mais toutes les manières de voyager ne se valent pas. L’auteur dresse ici un condensé de son expérience, un précis de vagabondage.

          Bon, vous le savez, grand est mon amour pour Sylvain Tesson. Sa vie me fascine, son esprit m’éblouit, sa culture m’enchante. Bref, je suis sous le charme. Mais là, malgré toute la mauvaise foi dont je suis capable et un a priori des plus positifs, eh bien je me suis ennuyée ferme. Voilà pourquoi : ce que j’aime chez les écrivains voyageurs, c’est le voyage (aucune originalité, je sais). L’aventure, les expériences uniques, les rencontres, le vent de liberté, les anecdotes de la vie sur les grands chemins. La part de rêve quoi. Ici, comme le titre le suggérait d’ailleurs, c’est bien à un essai que nous avons affaire. En matière d’essai, je suis difficile. Je n’aime que : ceux écrits comme des romans (du style enquête à la Aubenas), l’ethnologie/anthropologie/sociologie (à faible dose) ou la littérature (assez peu, j’en ai assez mangé pendant mes études)/métiers du livre (seul domaine qui me passionne vraiment). Celui-ci avait une chance de se trouver dans la première catégorie : suspens…

          Non, rien à faire, les essais me font bailler. Qui dit essai dit généralités et j’aime justement le particulier (en matière d’aventures en tout cas). Aussi bien je ne compte pas partir avec mon sac à dos demain matin, il m’importe assez peu de connaître les différents types de voyageurs ou de savoir quel moyen de transport facilite le plus la méditation (réponse évidente de plus : la marche à pied, pour la contemplation, plutôt le cheval). Je me suis donc très peu intéressée à ces réflexions par lesquelles je ne me suis à aucun moment sentie concernée. Et qui m’ont un brin agacée en prime. Après tout, chacun voyage à sa guise, pourquoi vouloir hiérarchiser les raisons et manières de le faire ? Petite déception donc que ce livre que j’ai trouvé un peu  suffisant. J’aurais préféré moins de palabres et plus d’action et de rêve. Je m’en veux terriblement de faillir ainsi à mon amour inconditionnel pour l’écrivain-voyageur. Promis, je me rattraperai avec le prochain.

Mes lectures

Frédéric BEIGBEDER, Premier bilan après l’apocalypse

          Les 100 romans préférés de Frédéric Beigbeder. Triés sur le volet parmi les ouvrages du début du XX° s. à nos jours. Un condensé de littérature moderne dans lequel on trouve des choix parfois attendus (Gide ou Fitzgerald par exemple), parfois plus surprenants (pas d’exemples, il y en a trop que je ne connais pas). Un autoportrait de lecteur en 100 fragments amoureux. 

          Je dois l’admettre, je n’ai que feuilleté ce livre. J’ai lu l’introduction expliquant la démarche et les articles sur les livres que j’avais moi-même lus. Autant vous dire que ç’a été vite fait ! Je n’ai visiblement pas du tout les mêmes lectures que Frédéric Beigbeder. J’ai lu à peine 4 ou 5 livres de cette liste et s’il y en a quelques autres qui me tentent, il doit y en avoir une bonne moitié dont j’ignorais même l’existence. Ca limité mon intérêt pour la chose.

          L’introduction explique la naissance du projet. L’auteur avait déjà rédigé des commentaires sur les 100 livres préférés des français. La jugeant trop impersonnelle, il a choisi d’en faire une version qui lui corresponde. Si je trouve cela tout à fait louable et que j’aurais sans doute fait pareil si j’en avais eu l’occasion, de mon point de vue de lectrice, on échange une liste parlante contre une qui m’est totalement étrangère… Finalement, la version impersonnelle avait le bon goût de reprendre des livres qui nous évoquent quelque chose.

          Les résumés des ouvrages sont un peu légers à mon goût, on n’y apprend pas grand chose et ça ne donne pas vraiment envie d’en savoir plus. On aurait aimé une critique plus profonde. Ou plus de passion. Les extraits que j’ai lus restaient à la surface des choses et ne m’ont pas franchement convaincue malgré une belle preuve d’érudition (ce dont on ne doutait pas d’ailleurs). Heureusement, un peu d’humour vient arranger le tout, même si on a connu l’auteur plus incisif. Un essai égocentrique qui m’a laissée sur ma faim. Plutôt agréable mais conçu pour le seul amusement de l’auteur, le lecteur y est un peu laissé pour compte. Dommage.

Critères de notation pour établir cette liste :

1. Tronche de l’auteur (attitude ou manière de s’habiller)

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)

3. Vie privée de l’auteur (par exemple, un bon point s’il s’est suicidé jeune)

4. Émotion (un point par larme versée)

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis « Oh la la comme c’est beau » sans être capable d’expliquer pourquoi)

6. Présence d’aphorisme qui tuent, de paragraphes que j’ai envie de noter, voire de retenir par coeur (un point par citation produisant un effet sur les femmes)

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages)

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l’auteur est un mythe obscur, deux s’il parle de gens que je ne connais pas, trois si l’action se déroule dans des lieux où il est impossible d’entrer)

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j’ai ressenti l’envie de jeter le bouquin par la fenêtre)

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d’érection, deux en cas d’orgasme sans les mains).

 

Ceux qui pensent qu’on ne doit pas lire Vian après 25 ans vont devoir aussi prévenir tous leurs amis d’éviter les excréments de Rabelais, les farces lourdes de Molière, les « hénaurmités » de Jarry, les niaiseries d’Andersen, les puérilités de Grimm, les sortilèges amoureux de Tristan et Yseult ou Shakespeare, les néologismes de Queneau, les absurdités d’Ionesco, les nouvelles infantiles de Marcel Aymé, l’argot vulgaire de Céline, les blagues scatologiques de San Antonio et les calembours mélancoliques de Blondin. Déjà que c’est pénible d’être vieux, je trouve que ce ne serait pas très gentil d’obliger les personnes âgées à ne lire que du Richard Millet.