Cinéma

Le médecin de famille

Drame, thriller, argentin de Lucia Puenzo Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Diego Peretti

21046883_20131004154745231.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

          Dans les années 60, une famille argentine s’apprête à ouvrir un hôtel et prend comme premier client un médecin allemand. Cet homme charmant, cultivé et élégant, s’intéresse particulièrement à leur fille, un peu petite pour son âge. Mais peu à peu son obsession va commencer à diviser la famille et à les mettre mal à l’aise.

MCDGEDO EC002

          Ce film faisait partie de ceux que j’attendais en cette fin d’année. J’apprécie généralement le cinéma latino-américain, bien qu’ayant trop peu l’occasion d’en voir, souvent des films assez sobres mais qui comportent une certaine violence. Le sujet de celui-ci était de plus fascinant., j’avais donc hâte de voir ce qu’il en était même si j’ai un peu tardé à me rendre au cinéma et plus encore à vous en parler. L’histoire démarre doucement. La famille fait la connaissance du médecin et si on sent dès le départ un certain malaise, l’homme est charismatique, laissant le spectateur dans le doute quant à ses intentions. La situation se met en place peu à peu, on voit naître la fascination pour cette petite fille un peu chétive et comment ils se lient peu à peu d’amitié. Mais plus on avance dans le film, plus les zones d’ombre apparaissent dans la personnalité du médecin et plus on se demande où il veut en venir, malgré son apparente prévenance.

PB_7Wakolda

          C’est la grande réussite de ce film, cette tension qui se met en place peu à peu et ne cesse de croître jusqu’au tout dernier moment, et ce même après que des éléments clef aient été dévoilés. Une ambiance aussi pesante et malsaine qui, je dois l’avouer est somme toute assez fascinante. La manière de filmer est sobre, dans des décors magnifiques. Une certaine élégance se dégage du tout avec quelques très belles images. Ce film aurait pu être un grand thriller, ou un drame familial bouleversant, mais la réalisatrice garde une certaine distance qui donne une froideur à l’ensemble qui fait sa force si particulière. L’histoire de ce personnage qui semble vouloir se défaire de son passé mais reste enfermé dans ses obsessions est passionnante mais il est toutefois dommage que le trait ne soit pas un peu plus appuyé, il y a des choses que j’ai bien failli ne pas saisir tant elles étaient (trop) subtilement présentées. C’aurait été bien dommage car l’intrigue est intéressante et croise une période de l’Histoire récente que je suis bien loin de maîtriser. J’ai beaucoup apprécié ce film à la beauté très particulière qui à l’art de mettre mal à l’aise.

Mes lectures

La cuisine du diable – Plongez au coeur de la mafia avec Damien Marie et Karl Tollet

9782749304915-L

          Le jeune Anthony grandit à Little Italy, à New-York, dans les années 30. En pleine prohibition, la mafia gangrène tout et il voit ses parents mourir sous ses yeux, fauchés par une rafale de mitraillette. Pour sauver sa peau et celle de ses frères, ce gamin va déclencher une véritable guerre des gangs.

9782749304915_4

          Je dois avouer que le titre ne m’inspirait guère… Mais cette BD m’avait été très chaudement recommandée, j’ai donc fini par me lancer. Grand bien m’en prit ! Quel régal ! J’ai beaucoup aimé le dessin, fin et précis, à l’aquarelle, un style que j’apprécie et qui m’aide à entrer plus rapidement dans l’histoire. Et celle-ci est passionnante. On plonge dans les bas-fonds de New-York pour découvrir les dessous de la mafia : la cuisine du diable.

cuisinedudiable02planche_51162

          Anthony est un personnage très attachant, tout comme Candice, sa jeune amie pour qui il serait prêt à tout. L’univers qui est le leur est très sombre : drogue, alcool, prostitution, meurtre et violence sont leur quotidien. L’incroyable détermination de cet adolescent donne envie de suivre jusqu’au bout ses aventures aux nombreux rebondissements. Un dessin accrocheur et un scénario passionnant font de cette BD un grand moment de lecture sur fond historique : une fois qu’on l’a ouverte, impossible de la lâcher !

chicago-1930-1

Mes lectures

Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary – Philippe Doumenc

          Et si Emma Bovary ne s’était pas suicidée ? Des marques sur le corps laissent penser qu’il pourrait s’agir d’un meurtre. Sans compter que le professeur Larivière affirme avoir entendu la jeune femme à l’agonie murmurer « assassinée, pas suicidée ». La police est dépêchée sur les lieux pour enquêter en toute discrétion sur l’affaire. 

contre_enquête

          Je dois admettre que je n’étais que moyennement emballée à l’idée de lire ce livre. Madame Bovary n’est déjà pas mon roman préféré, je ne me précipite donc pas sur ce qui s’y rapporte. Mais surtout, je n’aimais pas trop l’idée de cette enquête. Pour moi un roman est un roman, si le personnage se suicide, l’affaire est close, il n’y a pas à discuter étant donné qu’il n’existe que dans l’imagination de son auteur : il n’y a pas d’erreur possible. Aussi bien ficelé que soit ce livre, je ne voyais donc pas bien comment il pourrait parvenir à me convaincre puisque c’est sur son principe même que j’étais réticente. Pourtant, même si je n’ai pas réellement changé d’avis quant au bien fondé du procédé, j’ai été plutôt agréablement surprise.

accueil01

          Le début m’a laissée quelque peu sceptique. Ca m’a fait un peu bizarre de replonger dans l’univers du roman de Flaubert mais avec un style différent. C’est assez étrange de retrouver les personnages après la fin de l’histoire. Ca m’a donné l’impression de me placer un peu en voyeuse, ce que j’ai trouvé malsain et excitant à la fois. Le roman est construit comme un polar et finalement, même si parfois j’ai été un brin agacée par certains traits un peu forcés des personnages, je me suis assez vite laissée prendre au jeu. Le style est plaisant et on prend plaisir à déterrer les petits secrets de tout le village. D’ailleurs, pour ce livre, l’auteur s’est penché sur celle qui a inspiré Flaubert et essaie de rétablir la vérité sur son histoire ; il joue ainsi entre réalité et fiction. Un roman prenant qui se lit avec plaisir.

bovary

Il le trouva en robe de chambre et en bonnet de nuit, assis débonnairement avec sa mère dans la pièce à demi démeublée où d’Herville avait fait l’autopsie d’Emma et où maintenant, seul signe d’animation, le balancier de la grande horloge paysanne brune à longue caisse continuait de battre avec l’obstination domestique d’un bœuf qui rumine ou d’un feu qui brasille.

_______________

Les amours de jeunesse ressemblent à cette vaccine de Jenner que les médecins vous injectent contre la variole : elle vous immunise; mais en même temps qu’elle vous immunise, elle vous communique un peu de la maladie.

Expositions

Hugo politique à la Maison Victor Hugo

          J’avais visité la Maison de Victor Hugo peu avant de m’installer à Paris et j’avais apprécié cette visite, surtout pour le cadre avec vue sur la magnifique Place des Vosges, il faut bien l’admettre. J’ai donc voulu y retourner avec ma maman et une amie et – oh surprise – nous avons eu la chance de tomber par hasard sur les derniers jours de l’exposition Hugo politique. L’occasion d’en apprendre plus sur un autre facette de ce personnage qu’on croit pourtant si bien connaître.

hugo-politique_xl

          L’exposition a pour objectif de mettre en lumière toute la complexité de la conception hugolienne de la politique et l’originalité de son mode de pensée ainsi que les contradictions qui peuvent parfois apparaître entre ses engagements politiques et actes. Le parcours est construit autour de quatre thèmes majeurs : la peine de mort, la misère, la laïcité et l’enseignement et enfin, la violence en politique. De salle en salle, une frise au mur nous permet de découvrir les grands moments qui ont marqué la vie d’Hugo, mais aussi l’histoire et la vie politique de son temps, nous permettant de nous imprégner de l’époque et de contexte dans lequel il évoluait. Les plus flemmards ou les plus calés en histoires ne sont pas obligés de tout lire mais peuvent piocher quelques informations relatives à la période ou au sujet qui vous intéresse dans cette longue chronologie qui se dévide tel un fil rouge tout au long de l’exposition.

hugo_politique_6676_0

          Parmi les œuvres exposées, on trouve surtout beaucoup de lettres et manuscrits mais aussi des estampes et gravures illustrant les ouvrages originaux de l’auteur et quelques objets, tableaux ou photographies. Une fois n’est pas coutume, ce n’était donc pas tant pour l’esthétique de l’accrochage qu’il fallait aller voir cette exposition que pour son contenu très riche. Les panneaux explicatifs sont bien conçus et bien que denses et nombreux, j’ai pris plaisir à les lire. Quand aux citations mises en exergue sur les murs, variées et souvent bien choisies, elles viennent donner un peu de rythme à la lecture.  En parcourant cette exposition, j’ai un peu eu l’impression de me promener au milieu d’un essai illustré dans le genre des « Découvertes » Gallimard. Moi qui généralement déteste quand il y a trop à lire j’ai trouvé que c’était ici très intelligemment conçu. Une exposition passionnante qui se lit plus qu’elle ne se regarde et qui met en lumière des aspects très intéressants de la vie et de l’oeuvre de Victor Hugo. J’y ai appris beaucoup de choses et passé un très bon moment, comme quoi, des fois le hasard fait bien les choses !

fun-railles-hugo

Expositions

La mécanique des dessous

          Dessiner la silhouette fait depuis longtemps partie des préoccupations féminines, et, si cela nous semble sans doute moins évident aujourd’hui, les hommes ne sont pas en reste et ne sont pas avares d’artifices pour mettre en avant leur virilité. Du XIV° siècle à nos jours, l’exposition explore les mécanismes qui ont contraint les corps pour répondre aux modes et modeler le « corps parfait ».

4f8a98fa1a5446e1f8b1374abe1a87ec
©Patricia Canino

          Je ne suis une accro à la mode, on peut même dire que je n’y connais franchement rien, mais le thème de cette exposition m’intéressait beaucoup. J’ai toujours été fascinée par les crinolines, corsets et autres objets de tortures qui dessinent des silhouettes ubuesques et contraignent le corps dans des positions qui permettent à peine de respirer. Combien de ces tenues sont faites uniquement pour parader et empêchent à peu près tout mouvement ? Et pourtant, quelque part, je ne peux m’empêcher d’y trouver une certaine forme de beauté. On voit toujours les jolies robes, leurs décolletés, leurs hanches démesurées et leurs tailles si fines mais en dehors du corset, connaît-on si bien ce qui se cache dessous ? C’était l’occasion de le découvrir et de voir les évolution à travers les âges, un parcours instructif et passionnant.

cb407bea5e2fcc531c0be1756cd7246e
©Sylvain Norget

         L’exposition est construite chronologiquement ce qui permet de bien comprendre la manière dont s’est construite la silhouette au fil des siècles. Les panneaux explicatifs sont très  bien conçus avec à la fois pour chaque vitrine un présentation assez vaste du contexte, et d’autres, plus brèves, de l’utilité de chaque pièce. Il y a également des montages multimédias avec différentes représentations picturales qui montrent des effets donnés par chaque sous-vêtement et qui animent le parcours. La lumière est tamisée et met en avant les pièces exposées, qui ainsi nues sous l’éclairage dévoilent des formes pures semblables à des squelettes abandonnés. A la fin un espace est aménagé où il est possible d’essayer crinolines et autres corsets. Sans doute plus destinée aux férus d’histoire qu’aux adeptes du shopping , une exposition instructive, fascinante et ludique que je vous recommande. 

684d73e7735a8d4b51414690f7345114

La mécanique des dessous, une histoire indiscrète de la silhouette

Musée des Arts Décoratifs

107 rue de Rivoli, 75001 Paris

Du mardi au dimanche 11h-18h, nocturne jusqu’à 21h le jeudi pour les expositions

9,5€