Théâtre

Les Bodin’s, Retour au pays

          Les Bodin’s, c’est un inséparable couple mère/fils, Maria et Christian. Après 50 ans de célibat, ce dernier s’est marié et est parti vivre à la capitale, loin de la tendresse maternelle… La vieille bique vit mal la séparation, c’est qu’elle s’ennuie sans son petit à maltraiter ! Mais elle a plus d’un tour dans son sac et n’hésitera pas à employer les pires stratagèmes pour qu’il revienne enfin auprès d’elle.

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          J’ai découvert les Bodin’s il y a quelques années avec leur spectacle « Grandeur nature ». Depuis, je ne me lasse pas de leur humour corrosif et de leurs personnages hauts en couleurs. L’année dernière, lorsqu’ils étaient passés à Paris, je n’avais malheureusement pas pu aller les voir (je dois admettre m’y être prise comme un manche et avoir méjugé de leur succès…). Pas question de me laisser avoir une seconde fois ! dès que j’ai vu qu’ils seraient pour quelques jours sur la scène des Folies Bergères, je me suis jetée sur l’occasion ! C’est donc avec impatience que j’ai attendu le jour où je les verrai enfin sur scène pour la première fois.

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          Dans leur nouveaux spectacle donc, Maria est à la maison de retraite et manigance pour que son fils revienne vivre auprès d’elle à la ferme. Pour cela elle commence par lui-faire croire qu’elle a la maladie d’Alzheimer avant de lui léguer sa maison pour en faire une ferme auberge – à la seule condition rentrer vivre avec lui à la maison en cas de guérison miraculeuse. Le pauvre Christian, trop content de cette aubaine, se laisse embobiner, ce qui lui vaudra quelques ennuis. Le spectacle se passe en 3 temps : la maison de retraite, les vacances à la mer et le retour à la ferme. J’ai beaucoup aimé ces changements de décor qui sont également l’occasion de nouvelles situations cocasses.

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          L’énergie des Bodin’s est communicative et leur humour fait mouche. J’ai ri du début à la fin et n’ai pas vu passer les 2 h de ce spectacle survolté. Si leur humour est décapant, il est aussi plein de tendresse, et c’est bien là ce qui les rend si attachant. Ils ne se moquent pas des travers de leurs personnages, non, ils les aiment, et nous aussi ! Le trait est grossi mais tous ceux qui ont grandi à la campagne y retrouveront un peu des personnages qui ont peuplé leur enfance : quelques traits qui semblent piqués à une grand-mère, un vieil oncle ou un voisin. C’est pour cette raison qu’on en redemande, on rit beaucoup bien sûr, mais au fond, on est aussi un peu ému. Bien sûr, le trait est parfois un peu lourd et l’humour pas toujours très fin mais la variation de registres et l’énergie des deux acteurs fonctionnent à merveille.

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          Vous l’aurez compris, j’ai un véritable coup de coeur pour les Bodin’s et leur humour si particulier, bien plus profond qu’il n’y paraît. Ils seront en tournée pendant encore 2 ans avec ce spectacle, ils passeront forcément à côté de chez vous alors n’hésitez pas à aller les voir. Les dates, réservations et autres renseignements divers et variés sont disponibles sur leur site.

Chapeau les artistes !

Mes lectures

Green Manor – Fabien VEHLMANN et Denis BODART

          Le Green Manor est un club anglais très select. Les messieurs de la bonne société s’y retrouvent pour parler de l’actualité en sirotant un whisky. Pourtant, derrière les journaux et la fumée de cigares, se cache une bien sombre réalité : au Green Manor Club, de nombreux meurtres ont été commis… Oui, mais toujours avec classe, assassin ou pas, on reste un gentleman avant tout !

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          Ce très bel ouvrage compile l’intégrale de Green Manor, soit 3 tomes. La couverture est particulièrement réussie, avec un petit côté vieillot qui colle parfaitement au sujet : imitation cuir vieilli et papier de qualité se conjuguent en un très bel objet qui sera du plus bel effet dans votre bibliothèque. Mais bien sûr, cela ne saurait suffire. Et le contenu ? me direz-vous. J’y viens justement.  J’ai également beaucoup apprécié le graphisme. J’ai souvent du mal avec les dessins très modernes, ici on reste dans un univers visuel plutôt classique qui retranscrit très bien le côté désuet mais plein de charme des lords anglais : un régal pour les yeux ! Quant aux 16 historiettes, elles sont autant de perles d’humour noir. Les intrigues sont très bien construites et chacune se démarque de ses consœurs, bien qu’elles aient bien sûr le Green Manor Club en partage.

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          J’ai particulièrement apprécié celles où on homme infirme veut se venger de sa femme et de son amant, où un homme enquête sur un meurtre avant de découvrir qu’il en est lui-même le coupable, où des femmes montent un brillant stratagèmes pour cacher à leurs mari le crime de l’une d’entre elles ou encore celle où un homme insignifiant tue sans être inquiété avant de périr à son tour dans des conditions assez comiques. Il y a quelques trouvailles dans ces enquêtes élégantes et quelques jolies références aux classiques de l’énigme. On se délecte de ces histoires un rien macabre au cynisme irrésistible. A la fois un très bel objet et une excellente BD, un réel plaisir pour les yeux comme pour l’esprit !

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Le meurtre n’est rien sans un peu d’élégance.

Cinéma

7 psychopathes

Comédie, action britannique de Martin McDonagh avec Colin Farrell, Woody Harrelson, Abbie Cornish

          Marty est un scénariste en panne d’inspiration ; de son prochain film, il n’a que le titre : 7 psychopathes. Comme son nom ne l’indique pas, un film qu’il voudrait non violent, autant vous dire qu’il peine un peu dans le développement… Heureusement, son ami Billy va lui venir en aide en mettant sur sa route de véritables psychopathes qui a coup sûr sauront l’inspirer !

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          A la vue de la bande-annonce, je me suis dit que soit c’était du 36° degré et ça pouvait être drôle, soit c’était vraiment le film le plus pourri de l’année. Dans le doute, je ne comptais pas aller le voir. Et puis, des amis me l’ont chèrement recommandé et on a sollicité ma présence pour confirmer cette impression favorable. Autant vous dire que je n’étais pas très chaude, d’autant plus qu’aucune salle parisienne ne passait plus le film et qu’il nous a fallu aller jusqu’à Saint-Ouen pour aller le voir (inutile de préciser que ma carte illimitée n’avait évidemment pas cours là-bas). Le fait qu’il ne passe plus que dans des salles d’art et essai m’a quand même intriguée… Je partais donc plus que mitigée pour voir cette comédie a priori très grand public et pourtant cantonnée à des salles reculées. Etrange…

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          Je ne vous ferai pas une très longue critique de ce film, étant donné qu’il n’est pas franchement mon type de cinéma, je ne sais trop quoi en dire. Honnêtement, c’est très drôle ! Les scènes cocasses s’enchaînent avec une belle réussite. On rit franchement et si vers les 2/3 du film, on commence à se demander sérieusement où le réalisateur veut en venir, chaque détail finit par trouver sa place. Certes, l’humour n’est pas toujours très fin, mais le scénario est bien construit (il vous réserve même quelque belles surprises) et l’équipe parvient à nous entraîner dans son univers loufoque. Malgré des scènes complètement déjantées, on rit beaucoup et quelques passages resteront sans doute dans les anales. Certes, c’est con, mais ça reste drôle malgré tout ! Un film qui ne prend pas au sérieux et dont l’énergie est contagieuse à réserver plutôt aux cinéphiles adeptes de l’humour décalé. 

Mes lectures

L’art de choisir sa maîtresse – Benjamin FRANKLIN

          Dans ce recueil de courts textes, le rédacteur de la Constitution américaine et inventeur du paratonnerre nous livre des conseils aussi loufoques qu’indispensables sur des sujets divers et variés de la vie quotidienne. Vous apprendrez ainsi comment bien choisir votre maîtresse, pourrez lire la touchante supplique de la main gauche ou vous initier avec humour au commérage, entre autres utiles fantaisies.

          J’avais acheté ce livre en raison de son titre racoleur et de sa très jolie édition à la mise en page soignée imprimée sur un très beau papier. Un objet de très bonne facture, comme on en trouve trop peu à des tarifs encore relativement raisonnables. C’était donc l’objet plus encore que son contenu qui m’avait attirée. Je pense d’ailleurs aller voir d’un peu plus près le catalogue des éditions finitude… Cette lecture fut un plaisir. Je connaissais peu Benjamin Franklin et j’ai appris nombre de choses très intéressantes à son sujet dans l’introduction qui lui est consacrée. Quand à ses textes, ils sont des plus savoureux ! On y trouve un humour délectable qui n’a bien souvent pas pris une ride. J’ai beaucoup aimé cette lecture divertissante qui instruit et amuse tout à la fois.

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Les Commérages, comme toute vertu, portent en eux-mêmes leur propre récompense en nous donnant la satisfaction de paraître meilleure que les autres, tout en constatant qu’ils ne nous sont réellement pas supérieurs.

Mes lectures

La Campagne de France

          Alexandre et Otto organisent des voyages culturels en bus. Malheureusement pour les deux amis, la culture ne fait pas vendre et ils se voient dans l’obligation d’élargir leur gamme de voyages pour attirer les clients et échapper à la banqueroute. Ils vont donc se retrouver avec 12 retraités, en direction de Bergues, lieu de tournage d’un succès cinématographique récent. Le trajet va s’avérer empli d’embûches qui vont leur faire perdre peu à peu leurs dernières illusions. 

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          Vous vous en souvenez peut-être, j’avais adoré Le front russele roman choc de Jean-Claude Lalumière, excellente surprise de la rentrée littéraire 2011. Quand j’ai vu son nouveau roman en librairie en ce mois de janvier, j’ai donc sauté de joie et me suis jetée dessus sans la moindre retenue. Je n’étais toutefois pas enthousiaste au point de le faire passer avant le dernier Makine, il y a des choses qui se respectent tout de même ! Mais dès mes lectures plus urgentes refermées, je me suis lancée avec joie dans celle-ci. Je vous le dis tout net, sans suspens inutile, grande a été ma déception, et ce dès les premières pages. En effet, si j’avais ri des tribulations du personnage de son précédent roman, qui fleurait bon le vécu (avec une mauvaise foi délectable), j’ai trouvé cette histoire-ci autrement plus douteuse. Le postulat de départ aurait pu être drôle mais ça part rapidement dans tous les sens, souvent de manière fort peu crédible. J’ai trouvé l’humour de l’auteur plutôt lourd, parfois douteux et on est plus souvent dans la moquerie que dans la dérision, ce qui me gêne fortement.

          On retrouve dans ce roman un panel de caricatures assez impressionnant : nous avons tous types de retraités, avec un raciste, une femme atteinte d’Alzheimer et une autre à la coiffure improbable, ainsi qu’un ancien prof – évidemment ! – un jeune homosexuel et une vieille hippie. Nos voyagistes vont bien sûr de déconvenues en déconvenues, plus absurdes les unes que les autres. L’auteur se disperse, voulant tout aborder à la fois, y perdant une grande part de sa force comique. On ne peut pas parler à la fois des jeunes, des retraités, de la culture, et rester pertinent avec un tel patchwork. Le style ne fonctionne qu’à moitié ; si Jean-Claude Lalumière a une plume assez acérée, il accumule les bons mots et les phrases tarabiscotées, parfois fort mal à propos, nuisant à l’unité du texte. A vouloir en faire trop, l’auteur se perd quelque peu dans son propre propos, et nous avec. Si on retrouve bien le style de son précédent roman, le contenu est quant à lui autrement moins maîtrisé, avec une histoire décousue qui ne tient pas vraiment la route. Un roman un peu bâclé qui fait sourire parfois mais dans l’ensemble s’avère assez décevant.

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Improductifs, ses deux les cervicaux étaient à la réflexion ce que Véronique et Davina étaient au vélo d’appartement : un hymne à l’immobilité gesticulatoire.

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Il n’y avait pas une direction meilleure que les autres. Tous les chemins semblaient mener à rien.