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Janet, Michèle Fitoussi

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          L’histoire de Janet Flanner est indissociable de celle du New Yorker, dont elle fut la correspondante à Paris pendant un demi-siècle. Féministe, pacifiste, gay, séductrice, brillante styliste à l’humour mordant, cette Américaine fut une figure du Paris intellectuel et artistique d’après-guerre. Dès les années trente, elle perçut la menace totalitaire. Chroniqueuse de la vie parisienne, elle s’improvisa alors journaliste politique et enquêtrice, et parcourut l’Europe pour témoigner de son temps

          Quand j’ai ouvert ce roman, je n’avais visiblement pas bien lu la quatrième de couverture puisque je n’avais pas compris qu’il se déroulait quasi intégralement à Paris. Mon enthousiasme s’en est trouvé refroidi. J’avoue que quand je suis à Paris, j’ai tendance à préférer les récit d’ailleurs… Et puis une américaine, journaliste à Paris pendant l’entre deux guerres, ça sentait légèrement le cliché et le snobisme parisien. Enfin, aussi bien j’avais ce roman entre les mains, autant le lire.

Couverture du roman Janet de Michèle Fitoussi

          Les premières pages ne m’ont pas vraiment passionnée pour tout vous dire mais j’ai continué (un peu par flemme de choisir un autre moment dans une période où rien ne me plaisait) et finalement, petit à petit, ça devient plus intéressant. Assez vite même pour tout avouer. Il faut dire que le personnage de Janet est haut en couleurs. Un peu agaçant parfois mais loin d’être inintéressant. Plus on avance dans le roman et plus à travers elle c’est la scène culturelle parisienne de l’époque qu’on découvre. Un peu trop parfois, avec un amoncellement d’anecdotes et de noms célèbres qui a tendance à virer un peu à l’étalage indécent, sans apporter grand chose à l’histoire parfois.

          Mais dans l’ensemble, ce petit défaut qui aurait pu me décourager s’il avait pris de plus amples proportions, est contre-balancé par le peinture de la ville que peint l’auteur à travers les yeux de son personnage. Une femme qui voit son univers changer avec le temps, passer d’une époque à l’autre. J’ai aimé ce Paris depuis longtemps disparu vu par les yeux d’une américaine qui a finalement passé une grande partie de sa vie en France. J’ai aimé aussi découvrir le parcours de cette femme hors du commun. Sans être forcément un grand roman, il est très agréable à lire et aborde avec une certaine justesse l’évolution de la société. Mais surtout, il offre une belle rencontre avec son personnage et est un joli hommage à Janet Flanner et au New Yorker.

Michèle Fitoussi

Née peu avant le XXe siècle, elle avait tout connu de ses progrès, de sa beauté, de sa folie, de ses horreurs. rebelle géographique, elle avait eu de la chance d’habiter Paris, la plus belle ville du monde, qui l’avait fait renaître et l’avait modelée. Rester si longtemps en France ne l’avait pas rendue moins Américaine, mais sans doute plus civilisée.

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La télévision fit plus sa renommé auprès du public que quarante cinq ans de presse écrite et quelques recueils de textes. Et pourtant, elle n’aimait pas ce média qui distrayait les foules et les empêchait de lire.

Florence AUBENAS, Le quai de Ouistreham

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          En 2009, Flaurence Aubenas décide de s’immerger dans le quotidien d’une femme sans diplôme et sans expérience à la recherche d’un emploi. Elle s’invente une histoire : après son bac, elle a rencontré un homme qui l’a entretenue des années durant avant de la quitter. Elle se retrouve donc sans ressources et à la recherche d’un travail. Le Pôle Emploi lui propose de faire des ménages. La journaliste décide d’arrêter l’expérience le jour où elle décrocherait un CDI. Une immersion dans le monde de la précarité qui durera de longs mois.

          Ce livre est vraiment très prenant. Il est assez impressionnant de voir Flaurence Aubenas, journaliste célèbre, se fondre dans un milieu précaire. Dès les premiers jours, elle semble oublier totalement le milieu dont elle vient et se livre corps et âmes dans cette grande bataille qu’est la recherche d’emploi. Elle enchaîne les petits boulots, plus ingrats les uns que les autres, acceptant même le pire. Son quotidien devient celui de toute femme de ménage, courant après la moindre heure de travail, ne dormant pas assez, galérant avec les moyens de transport. Bien sûr, on savait déjà comment ça se passait, mais ça fait quand même du bien de voir cette réalité écrite noir sur blanc, et elle est encore pire que ce qu’on croyait.

          Cette histoire se lit comme un roman, on attend avec impatience chaque réponse pour un emploi, on se réjouit de chaque bonne rencontre, on croit presque ressentir la même fatigue. L’histoire est racontée de l’intérieur, ce qui lui donne bien plus de force que n’importe quel reportage qu’on a déjà pu lire sur le sujet. On voit l’auteur se transformer au fur et à mesure de son expérience, oublier qu’elle a eu une autre vie où tout était plus facile. Un livre poignant à faire lire à tous ceux qui pensent encore qu’il y a toujours du travail pour ceux qui en veulent.

Voilà des jours que je n’ai pas vu passer une proposition d’emploi à plein temps, pour un contrat à durée indéterminée ou un salaire au dessus du Smic. Un agent de Pôle Emploi m’a expliqué que c’était normal. « Ce type d’emploi n’existe tout simplement plus dans votre circuit à vous. Bientôt, il n’existera peut-être plus nulle part. »

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Caissière, ça a toujours été bien. La caissière a un trône, elle règne. À mon époque, elle représentait déjà l’aristocratie.

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Il n’y a plus rien, y compris les déménagements qui se font rares, sauf peut-être pendant la période des expulsions locatives, et encore.

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Pourquoi se sont les salariés qui pleurent leur usine ? Ce sont les patrons qui devraient être tristes.