Mes lectures

L’invité d’un jour – Truman Capote

          Buddy aimerait bien l’école, simplement, il déteste Odd Henderson, une brute épaisse qui le martyrise et ne semble pas avoir d’autre but dans la vie que de l’humilier. Sa seule amie est Miss Sock, sa vieille cousine un peu bizarre. Mais tout va se compliquer le jour où elle va vouloir l’aider à régler son problème.

          Un court texte autobiographique de Truman Capote dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai été très contente de découvrir au hasard d’une de mes descentes en librairie. J’ai découvert par la suite que cette nouvelle était assez connue mais généralement éditée en jeunesse. Le sujet de ce livre dénote déjà d’une certaine fascination de l’auteur pour la violence et les êtres troubles. Une manière sans doute aussi d’exorciser une période difficile de son enfance. En revanche, j’ai trouvé l’écriture un peu fade comparé à la maîtrise dont sera capable Truman Capote dans d’autres textes. Un style encore un peu jeune qui m’a rappelé celui de son premier roman (vous pouvez retrouvez la critique ici). Si cette nouvelle n’est pas désagréable à lire, je ne lui ai pas trouvé non plus grand intérêt. Il y a bien mieux pour découvrir cet auteur.

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Il te cherche querelle par jalousie. Il n’est pas bien habillé et joli comme toi.

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Mais je veux te voir heureux, Buddy. Fort, capable d’affronter le monde. Et tu ne pourras jamais te débrouiller tant que tu n’auras pas trouvé moyen de t’entendre avec des gens comme Odd Henderson et réussi à t’en faire des amis.

Mes lectures

Little Bird – Craig Johnson

          Walt est le shérif d’un comté tranquille du Wyoming et espère arriver à la retraite sans encombre, à mener une vie paisible en réglant quelques conflits de voisinage, en mettant fin à des bagarres dans les bars ou en verbalisant les chauffaurds sur les routes tranquilles. Mais c’était sans compter sur la découverte du corps de Cody Pritchard, un adolescent condamné avec sursis deux ans plus tôt avec trois autres gamins pour le viol d’une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Une mort qui a comme un air de vengeance…

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          Je n’avais rien lu de Craig Johnson mais tous ceux qui avaient lu ce roman m’en avaient vanté les mérites. Pourtant, lisant bien moins de polars qu’avant, j’ai attendu bien longtemps avant de m’attaquer à cette lecture ! J’ai une tendresse toute particulière pour les romans des grands espaces et les éditions Gallmeister ont un talent inouï pour dénicher ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Je leur fais donc une confiance aveugle et ce n’est pas cette lecture qui me fera changer d’avis ! Dès les premières pages, j’ai bien aimé l’univers mis en place par l’auteur. L’écriture est assez sobre mais recèle un certain humour qui contraste joliment avec la rudesse des personnages. Mais c’est la nature qui est réellement au centre du texte avec de longues descriptions de paysages qui en ennuieront peut-être certains mais qui personnellement me fascinent toujours et me donnent même parfois l’envie de sauter dans le premier avion pour aller voir de mes propres yeux les merveilles que je découvre en quelques lignes expertes.

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          Du côté de l’enquête, on reste dans un scénario relativement classique même si l’auteur s’amuse à brouiller les pistes en intégrant des éléments venu des cultures amérindiennes qu’il explique au compte goutte, jouant à laisser un peu le lecteur dans le flou. Il aime aussi le mener sur de fausses pistes en évoquant de nombreuses possibilités donc bien souvent on sent bien qu’elles ne mèneront à rien, tant et si bien qu’on ne sait plus trop que croire à la fin. Ceux qui aiment l’action risquent d’être déçu, le rythme est assez lent, avec un certain nombre de digressions qui ne font pas franchement avancer l’enquête. L’inspecteur, un rien dépressif avec un certain penchant pour la bouteille, a une forte tendance a l’introspection qui prend pas mal de place dans ces pages. Le roman se construit entre ses problèmes personnels, le rapport à l’environnement (que ce soit la nature, les gens qui nous entourent ou la culture dans la quelle on a grandi) et l’enquête proprement dite ; un aspect de l’écriture que j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont attachants et leur univers nous fait voyager. Un roman agréable à lire et intéressant dont le dénouement a réussi à me surprendre.

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Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

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Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ?

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Henry se disait que la raison pour laquelle les Cheyennes avaient toujours chevauché des appaloosas au combat c’était qu’une fois que les hommes étaient arrivés sur le champ de bataille, ils étaient tellement en colère contre leurs chevaux qu’ils étaient prêts à tuer tout le monde.

Mes lectures

La Compagnie Noire, VI – Glen COOK

          On avait laissé Toubib et la Dame sur le chemin de Kathovar et nous les abandonnons ici pour la première fois. Quatre petits voleurs décident d’essayer de s’emparer de la pointe d’argent contenant l’âme du Dominateur afin de la vendre au plus offrant. Pendant ce temps, Saigne Crapaud le Chien déterre un Boiteux plus enragé que jamais. Une lutte acharnée pour le pouvoir que la Rose Blanche elle-même va tenter de contrer.

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          Le narrateur avait déjà changé dans le tome 5, on recommence dans le 6, pris en charge par Casier. Un nouveau style, une nouvelle manière de raconter et encore une fois un souffle nouveau dans la série. Comme d’habitude, les aventures s’enchaînent à un rythme effréné. Une grande partie de ce tome est finalement axée sur les petits escrocs qui se sont lancés dans le casse du millénaire et ne savent plus comment sortir de ce guêpier. J’ai beaucoup aimé qu’on suive cette équipe de bras cassés très attachante. La série ne manquait déjà pas d’humour et de surprises mais je trouve que ça lui amène encore une nouvelle dimension avec un nouveau type de personnage mis en avant, qui est d’ailleurs en accord avec l’écriture moins soutenue que dans les premiers livres.

           On retrouve tout de même quelques vieux amis dans cette histoire avec le grand retour de Chérie. Du côté des méchants, c’est le Boiteux qui fait le spectacle et on en a aussi pour notre compte ! En revanche, si j’ai un petit reproche à faire, c’est la rapidité à laquelle l’auteur a choisi de faire revenir le Boiteux et l’esprit du Dominateur en jeux, après s’être donné tant de mal à les mettre hors jeux, je crois que je les aurais laissé sommeiller encore un ou deux tomes au moins. Les surprises c’est bien mais il est parfois bon de savoir ralentir un peu le rythme histoire de ne pas lasser son lecteur et de continuer à le tenir en haleine. Mais dans l’ensemble, la série reste égale à elle-même : un vrai régal.

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Les déctives sauvages – Roberto Bolaño

          Arturo et Ulises sont les leader du jeune mouvement poétique réal-viscéraliste, quand Juan Garcia Madero les rejoint, c’est tout son univers qui bascule. A leur contact, il va commencer à voir le monde différemment et passer subitement de l’enfance à l’âge adulte. Mais pour les autres membres aussi la vie est parfois bien compliquée…

          On m’avait beaucoup parlé de ce livre et on m’en avait dit le plus grand bien : « un vrai chef-d’œuvre », « on ne peut plus le lâcher une fois qu’on l’a commencé », « à découvrir absolument », longue fut la litanie des compliments… Malheureusement, malgré un enthousiasme certain au moment de l’achat, je n’ai pas eu l’occasion de le lire de suite et le nombre de pages conséquents (930 tout de même) m’a un peu découragé de le sortir de ma bibliothèque. Jusqu’à cet été où je me suis enfin décidée à faire un effort et à me lancer dans cette aventure au long cours. Je dois bien l’admettre, dès les premières pages, j’ai craint que le temps ne me paraisse un peu long en compagnie de nos amis poètes. Si le style est agréable, il manque un peu de finesse à mon goût et à moins d’une grande maîtrise, je préfère souvent les narrations à la troisième personne pour ce type de texte aux multiples personnages dont les destinées s’entrecroisent.

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          Si j’ai eu un peu de mal à accrocher au début, j’ai toutefois assez rapidement eu envie de connaître la suite. Un sentiment étrange : je n’étais pas passionnée par ce livre et pourtant juste assez intriguée pour ne pas non plus m’ennuyer au point de vouloir le lâcher. Je doit admettre que le sujet ne m’a guère enthousiasmée… Roberto Bolaño invente un mouvement poétique proche des surréalistes qui réunit une poignée d’adolescents rêveurs et un peu paumés. L’occasion de réfléchir sur le rôle de la poésie – même si l’auteur ne fait guère dans le discours pontifiant. Je dois admettre que ce n’est pas ce que j’attends d’un roman (à moins toujours d’un talent exceptionnel), et que pour répondre à ce type d’interrogations, je préfère lire un essai, à mon humble avis bien plus apte à y répondre. Les bande d’adolescent me sont en soi plutôt antipathique, sans doute parce que j’ai toujours été moi-même très solitaire. Toujours est-il que ça me parle peu.

          Qu’ai-je donc aimé dans ce roman ? En voilà une question qu’elle est bonne ! Eh bien j’ai aimé cette polyphonie dans laquelle on déambule et se perd, l’ambition du projet et la folie des personnages, qui ne sont pas sans rappeler certaines oeuvres de Dostoïevski. On trouve dans ce roman tous les élément de la jeunesse, de l’amour à l’amitié, de l’enthousiasme à la perte des illusions. Cette volonté de tout montrer est louable et l’auteur y réussit très bien. Les personnages d’Arturo et Ulises sont à la fois charismatiques et inquiétants, ils exercent sur le lecteur une certaine fascination qui le pousse à les suivre dans leurs aventures qui les mènent toujours plus loin dans les bas-fonds. S’il y a bien une vraie réussite dans ce roman, ce sont ces personnages crépusculaires. Il y a quelques très beaux passages, avec un certain Amadeo et deux jeunes gens. Un certain suspens aussi, avec une course-poursuite d’un coté et de l’autre la recherche d’une poète nommée Césarea et retirée du monde depuis longtemps. Une lecture intéressante même si un peu trop intellectualisante par moments, ce qui colle mal avec un coté parfois un peu « brouillon ». Les personnages sont particulièrement intéressants et j’ai beaucoup aimé le petit air d’aventure qui souffle entre ces pages. Un auteur et un texte à découvrir.

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J’ai su, pendant cette seconde de lucidité, que publier un livre de ce type allait m’attirer la poisse, qu’avoir ce type assis devant moi dans mon bureau, qui me regardait avec ses yeux vides sur le point de s’endormir, allait m’attirer la poisse, que la poisse était probablement en train de planer au-dessus du toit de mes éditions comme un corbeau puant ou un avion d’Aerolineas Mexicanas destiné à s’écraser contre le bâtiment ou se trouvaient mes bureaux.

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Avec une voix d’outre-tombe don Pancracio a mentionné la foule de ses admirateurs. Ensuite la petite légion de ses plagiaires. Et pour finir l’équipe de basket de ses détracteurs.

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L’amour ni la toux ne se peuvent dissimuler. Mais était-ce l’amour ce que ces deux jeunes gens éprouvaient l’un pour l’autre ?

Mes lectures

La promesse de l’aube – Romain Gary

          Le narrateur n’est qu’un enfant lorsqu’il se promet de combler tous les désirs de sa mère. Emigrée russe seule et sans le sous, elle aura connue souffrances et humiliations pour donner le meilleur à son fils et il veut le lui rendre au centuple, la couvrant de la gloire qu’elle n’a pas eu et qu’il souhaite acquérir pour elle. Il sera officier, il sera officier dans l’armée de l’air puis ambassadeur de France et écrivain, voilà qui est décidé, le reste n’est que pure formalité !

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          J’ai un peu honte de le dire mais je n’avais jamais rien lu de Romain Gary. Inutile de dire que j’en avais envie de bien longtemps ! Pourtant j’ai longuement repoussé cette lecture, un peu par peur d’être déçue je pense. Je n’en avais bien sûr entendu dire que du bien et j’imaginais une plume acérée et un humour grinçant comme je les aime. Mais comment un auteur peut-il être à la hauteur quand on en attend déjà autant avant d’en avoir lu une seule ligne ? Malgré tout, j’ai tout de même fini par me lancer car ce n’est pas tout mais il faut bien voir ce qu’il en est à un moment ou un autre quand même !

          Mes craintes se sont avérées totalement infondées. J’ai de suite adoré ce livre. Dès la première page je suis tombée amoureuse de l’écriture de Romain Gary, de son auto-dérision, de son style incisif, de son esprit subtil. Quel régal ! Que pourrais-je dire sur ce texte qui n’a mille fois été répété ? Cette lecture fut un pur bonheur du début à la fin. Si l’histoire est largement autobiographique, chaque aventure est amplifiée, taillée, polie, pour en faire un vrai bijou. Si je ne devais retenir que deux choses de ce livre ce seraient l’incroyable auto-dérision dont fait constamment preuve l’auteur et l’amour infini (quoique parfois un peu vachard et finalement très envahissant voire handicapant) qui le lie à sa mère. Derrière le vernis caustique, j’ai beaucoup aimé la subtilité avec laquelle était décrite cette relation et le déséquilibre affectif qu’elle a pu entraîner dans la vie de l’auteur. Une manière détournée d’évoquer des sentiments graves, tout en retenue, que j’ai trouvé touchante. Ca donne une belle profondeur à ce texte qui en outre extrêmement bien écrit et très drôle. Un roman à la fois cocasse et émouvant, tout en pudeur et en légèreté. De la grande littérature !

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Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c’est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais.

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Je juge les régimes politiques à la quantité de nourriture qu’ils donnent à chacun, et lorsqu’ils y attachent un fil quelconque, lorsqu’ils y mettent des conditions, je les vomis : les hommes ont le droit de manger sans conditions.

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Je n’ai pas réussi à redresser le monde, à vaincre la bêtise et la méchanceté, à rendre la dignité et la justice aux hommes, mais j’ai tout de même gagné le tournoi de ping-pong à Nice, en 1931, et je fais encore, chaque matin, mes douze tractions, couché, alors, il n’y a pas lieu de se décourager.