Mes lectures

Antoine VOLODINE, Ecrivains

          Encore un excellent ouvrage de cette rentrée littéraire décidément réjouissante. Un auteur dont j’avais entendu parler et que je pensais difficile, quoique de qualité, trop proche des thèses arides du formalisme. Verdict après lecture : une écriture peut-être pas très grand public en effet, mais pas réellement obscure non plus. Une littérature exigente qui reste toutefois accessibe. Je regrette de n’avoir pas avoir osé sauter le pas plus tôt !

          Ecrivains est un recueil de nouvelles dans lequel Antoine Volodine nous livre sa vision de l’auteur. Bien loin des clichés habituels, ni poètes maudits, ni figures médiatiques. Ici l’écrivain est un personnage qui oeuvre dans l’ombre. Il n’est pas toujours publié, pas nécessairement cultivé non plus. Les personnages de Volodine sont des femmes politiques, des fous et des ouvriers, ils ne sont personne et tout le monde à la fois. Loin de la figure romantique et fantasmée de l’auteur.

          Sept nouvelles et autant de personnages forts, autant de styles aussi. Dans l’ensemble on retrouve dans les textes une certaine noirceur, un univers très sombre. Tous ne m’ont pas emballée. Pourtant, on ne peut que s’incliner devant pareille écriture. Dans Comancer, j’ai trouvé une phrase de plus de deux pages d’une limpidité sans pareille, un vrai petit miracle littéraire, le tout assorti d’une grande poésie. Remerciement est la nouvelle la plus lumineuse du recueil, avec un humour féroce, Volodine nous livre des remerciements fictifs extrêmement drôles. Enfin, le début de Demain aura été un beau dimanche est splendide, avec une réflexion sur la mémoire et la quête des origines très intéressante.

          Ce livre n’est sans doute pas de ceux dont j’ai le plus apprécié la lecture en cette rentrée, trop sombre à mon goût, déroutant parfois ; mais je pense pouvoir affirmer que c’est pourtant le meilleur. Un livre comme on en croise trop peu. Une voix à part, loin des clichés, loin de la mode. En quelques lignes, Antoine Volodine sait créer un univers et nous emporter loin des sentiers battus. Il fait partie des Grands, de ceux dont on ne peut que reconnaître la valeur et à qui la Postérité fera sûrement une place.

          Une petite note pour la fin. J’ai fait une recherche rapide sur les sites internet des grands journaux littéraires. Tous ont parlé de la sortie de ce recueil. Tous parlent de roman (comme indiqué contre toute logique sur la couverture), ce qui laisse supposer qu’ils ne l’ont pas réellement lu ou n’ont en tout cas pas pris la peine de faire leur travail et de noter cette contradiction. Pas un n’a fait de critique de ce livre. Certes, il a eu des étoiles à la pelle (pour ceux qui utilisent ce mode de notation), mais pas un seul article qui parle de son contenu. Non, parce que tous étaient trop occupés par un sujet bien plus vendeur. En effet, Antoine Volodine a marqué cette rentrée littéraire par un exploit : 3 romans, parus chez 3 éditeurs, sous 3 noms différents. Tous de qualité visiblement. Pour ceux que ça intéresse, les deux autres sont Les aigles puent de Lutz Bassmann chez Verdier et Onze rêves de suie de Manuela Draeger à L’Olivier. Le débat de la rentrée a donc porté sur l’éventuelle schizophrénie de l’auteur (dont Volodine n’est également qu’un pseudonyme), oubliant totalement l’oeuvre pour se consacrer au potentiel scandale. Volodine, également connu pour ses travaux formalistes, souhaitait à travers l’emploi simultané de plusieurs pseudonymes démontrer que l’oeuvre est indépendante de la biographie. Le message a visiblement du mal à passer. Espérons qu’en dépit de ce lamentable raté journalistique, ce livre rencontrera non pas le succès, ce dont je ne doute pas, mais l’attention qu’il mérite.

Une ultime palabre qui répondrait au premier mot de la toute première histoire, à ce « comancer » […], clore son édifice littéraire […] sur le verbe « finir » ou « terminer » […], puis il se dit que son projet était puéril […], et que de n’avoir pas pu écrire « finir » ou « terminer » sur une dernière page avant sa mort n’est qu’une défaite de plus.

Pardon d’avoir dénaturé cette phrase splendide mais sa longueur hors norme, passée inaperçue à la lecture, m’a forcée à faire quelques coupes, je vous conseille d’aller la lire en intégralité dans l’ouvrage.

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Il semblerait injuste de ne pas mentionner, en bonne place parmi les personnes à qui je veux exprimer ici ma gratitude, le chien Ramsès de ma soeur Brigit, qui plusieurs fois m’a averti de l’approche d’importuns, et, avec une intelligence rare, les a tenus à distance, le temps que je me cache dans la chambre d’amis pour y faire le mort.

Qui eut crû que 20 pages de remerciements pussent être drôles ? Merci à Monsieur Volodine pour cette expérience unique et le plaisir inattendu qu’elle m’a procuré.

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Il n’avait rien d’un écrivain, et d’ailleurs le niveau d’éducation qu’il avait atteint aux alentours de vingt ans ne l’aurait guère aidé s’il avait voulu se livrer aux activités fallacieuses et arrivistes que l’on regroupe habituellement sous le terme pompeux de littérature.

Mes lectures

Pénélope BAGIEU, Cadavre Exquis

          Je lis peu de BD mais j’ai particulièrement apprécié celle-là.

          Zoé a une vie bien tristounette, un boulot comme hôtesse d’accueil « en  attendant » et un copain nul qui la regarde à peine. Jusqu’à ce qu’elle rencontre un écrivain à succès qui va changer sa vie. Je vous laisse découvrir comment.

          J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Le coup de crayon est vif, les personnages attachants. L’évocation du milieu de l’édition était évidemment un plus non négligeable. La fin est très bonne, réellement surprenante. Bref, il ne ne me reste plus qu’à lire ses autres publications !

Mes lectures

Rencontre avec un grand

          … éditeur. Je vais en étonner plus d’un mais oui, même dans l’édition, il y a des gens qui traitent bien leurs stagiaires. En deux jours à peine, j’ai déjà travaillé sur 4 livres, tous intéressants. Tout le monde est tellement sympa que je suis même contente de me lever le matin, oui oui, même avec le froid, les grèves et le soleil qui se lève à plus de 8h.

          Comme il y a des livres en libre service, j’en ai récupéré deux hier : Il ne vous reste qu’une photo à prendre de Laurent Graff et, J’ai 13 ans et je vais me tuer d’Othilie Bailly (non, ce n’est pas à cause de son prénom les envies de suicide, elle c’est la journaliste, pas la protagoniste…). Je l’ai pris en pensant très fort à Moi Christine F, 13 ans, droguée, prostituée, grand moment de littérature. Deux livres très courts qui viennent encore grossir ma bibliothèque et qui devraient bientôt se retrouver sur mon blog.

Mes lectures

Adam THIRLWELL, L’évasion

          Un vieil homme séjournant en Europe centrale teste son pouvoir de séduction au lieu de s’occuper de ses affaires d’héritage.

          Parlons peu mais parlons bien. Le jeune auteur de ce roman est considéré comme un enfant prodigue, salué par la critique et adulé par le public. Une fois de fois de plus, j’ai dû rater quelque chose. Certes le livre pose des questions universelles : le refus de vieillir, le désir de plaire ; l’écriture n’est pas mal. Et… et c’est tout ! Surtout, ce n’est pas assez. J’ai trouvé ça plein de potentiel mal exploité. Trop brouillon. Bref, je n’ai même pas réussi à le finir (pas que ce soit si mauvais non plus hein, juste pédant). Un livre dont on peut se passer.

Il ne désirait vraiment rien d’autre. Les femmes étaient le seul moyen de son triomphe, son corps vieillissant demeurant la pelote à épingles idéale pour que s’y plantent les flèches en plastique du dieu-enfant victorieux : Cupidon.

Divers

Achat compulsif, 2° (je dirais bien suite et fin mais ça me paraît optimiste^^)

          Aujourd’hui je me suis rendue chez un célèbre fournisseur en masse de produits culturels afin d’accomplir de bien sombres dessins : acheter des best-seller et rentrer ainsi dans la masse les lecteurs formatés. En fait d’écrivains à succès, je ne suis pas allée bien loin. J’ai attrapé au vol un volume de Claudie Gallay (grand prix des lectrices Elle, histoire de ne pas être trop dépaysée et de garder quand même quelques repères) et… et je n’ai pas eu le courage de tendre la main jusqu’à Marc Lévy pourtant posé juste à côté. J’ai eu peur que ma bibliothèque croule sous le poids des lecteurs, elle n’est pas habituée la pauvre, il faut y aller doucement ; mais je n’ai pas dit mon dernier mot, je reviendrai !

           Par contre, mue par une impulsion irrépressible, je suis allée voir un peu plus loin. Et là, j’ai enfin acheté Tours et détours de la vilaine fille de Mario Vargas Llosa qui me faisait de l’oeil depuis sa sortie en 2006. Ensuite j’ai embarqué Une odyssée américaine de Jim Harrison, puis Bréviaire des artificiers de Mathias Enard et Comment je suis devenu stupide de Martin Page. Petit arrêt aussi au rayon cuisine avec Papillotes. Et enfin, Le livre en lettres (livre sur la typo) et, le livre que vous allez tous m’envier… Mémento typographique : 17€ les 100 pages dont pas loin de la moitié sur « quand mettre ou ne pas mettre de majuscules ». Je vous sens verdir de jalousie alors rien que pour vous, en voici un extrait :

Dans les titres en forme d’énumération, les substantifs prennent en général la majuscule ainsi que les adjectifs qui précèdent le premier substantif.

          Vous voilà bien avancés n’est-ce pas ?