Mes lectures

Les vieux fourneaux, le BD qui réconcilie avec la vieillesse

          Pierrot, Mimile et Antoine sont trois amis d’enfance septuagénaires qui ne comptent pas laisser la mort les rattraper tout de suite. Un peu nostalgiques du passé, ils ne se laissent pas abattre pour autant et sont toujours aussi engagés dans la lutte sociale qu’à l’aube de leurs 20 ans. 

Les vieux fourneaux, couvertures

          J’avais beaucoup entendu parler de cette BD de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet – dans la presse, sur les réseaux sociaux, à travers la pub – sans vraiment savoir de quoi il retournait. Vu de loin, ça ne m’inspirait pas tant que ça. Une histoire de vieux, bon voilà quoi, pas de quoi m’enthousiasmer outre mesure (c’est de la discrimination, je sais). Quand j’ai vu que la bibliothèque d’amis comportait les 3 tomes publiés, j’en ai profité. Il pleuvait, je n’avais rien de mieux à faire avec ma jambe foireuse, c’était le moment où jamais de partir à la découverte de cette BD dont tout le monde parle (ou a parlé vu mon train de retard, peu importe).

Les vieux fourneaux, extrait

          Assez vite j’ai plutôt accroché avec le style : tant du point de vue de l’écriture que du visuel. Par contre, je n’étais pas très convaincue par cette bande de vieux qui se retrouvent à un enterrement. Pas sure de me sentir beaucoup d’affinités avec eux. Pourtant, passées les premières pages, mes réserves se sont peu à peu envolées. Il faut dire qu’ils sont quand même sacrément drôles les papys ! Ah ça, la joyeuse troupe ne manque ni d’humour ni de mauvais esprit ! Tout pour me plaire en somme. Et une fois n’est pas coutume, j’ai trouvé le tome 2 encore meilleur que le 1°, plus incisif encore et décalé. Le 3° reste d’ailleurs dans la même lignée.

Les vieux fourneaux, extrait

          Sous ses airs légers, cette BD aborde tout de même quelques thèmes plus graves, avec bien évidemment en toile de fond la place des personnes âgées dans la société, leur infantilisation notamment, mais aussi des sujets de société comme l’écologie ou l’engagement politique. De ce point de vue-là, j’ai d’ailleurs trouvé qu’il y avait quelques idées absolument géniales ! Et le ton irrévérencieux n’est pas pour me déplaire. Ces retraités anars m’auront en tout cas bien fait rire. J’ai lu les 3 tomes d’une traite et j’espère avoir l’occasion de les ajouter bientôt à ma bibliothèque pour les partager autour de moi. Une BD diablement intelligente et sacrément drôle qui donnerait presque envie de vieillir.

Les vieux fourneaux

– Tu comptes faire chier le monde encore longtemps?
– Le plus longtemps possible, oui. Qu’est ce que tu veux faire d’autre? A nos âges, il n’y a plus guère que le système qu’on peut encore besogner. Du coup, ma libido s’est reportée sur la subversion. C’est ça ou moisir du bulbe.

Jeunesse·Mes lectures

Dernières lectures jeunesse

Max et les Maximonstres, Maurice Sendak

Max et les MaximonstresJ’avais beau en avoir entendu parler en cours lors de mes études d’édition, je n’avais jamais lu ce grand classique de la littérature jeunesse. Il est connu surtout par les professionnels pour ses illustrations qui prennent une place croissante de page en page pendant toute la première moitié du livre, avant de décroître de la même manière dans la seconde partie. Malheureusement, je n’ai pas trop accroché avec le dessin, trop terne à mon goût, et qui manque de poésie. L’histoire ne m’a pas emballée plus que ça non plus. Je dois avouer que je n’ai pas vraiment compris où l’auteur voulait en venir. Je dois être trop vieille pour comprendre. Si la mise en page a fait date, elle a depuis vieilli et on fait aujourd’hui des choses plus dynamiques en terme d’intégration des illustrations. Une petite déception. 

Gruffalo et Petit Gruffalo, Julia Donaldson

GruffaloJe suis un peu vieille pour avoir lu Gruffalo dans mon enfance et je suis loin d’être une experte en littérature jeunesse, secteur que je délaisse très largement. J’étais donc passée totalement à côté. Même si je lui reconnais des qualités, ce livre ne m’a pas non plus totalement convaincue. C’est l’histoire d’une petite souris qui fait peur à toute la forêt avec la légende du Gruffalo. Jusqu’au jour où elle le rencontre. Elle va devoir ruser pour en venir à bout. Les dessins sont classiques mais efficaces. L’histoire quand à elle est mignonne et met en avant le côté très rusé de la petite souris. Pour ma part, je l’ai trouvée assez méchante à vrai dire. Le tome 2 reprend un peu la même trame avec une réussite moindre je trouve : même si on reste dans la même lignée, il manque l’effet de surprise. Deux livres plutôt mignons à lire à vos enfants.

Les coulisses du livre jeunesse, Gilles Bachelet

Les coulisses de la littérature jeunesseDe mes dernières lectures jeunesse, clairement celle que j’ai préférée. Quasi que des illustrations ici (et leur titre), chacune faisant référence à un ou plusieurs classiques jeunesse (dont Gruffalo justement, ce qui m’a poussé à le lire). On s’amuse à chercher les références, plus ou moins facile à dénicher. Heureusement pour moi qui ne suis pas très douée pour ce genre d’exercice, elles sont répertoriées en fin d’ouvrage. Une manière d’aborder la littérature jeunesse très ludique et qui ne peux que ravir les grands enfants que nous sommes. Ca convient sans doute moins au plus petits, à moins de les avoir abreuvés d’albums dès leur plus jeune âge et qu’ils ne soient incollables sur les héros préférés. Personnellement, j’aurais adoré étant enfant retrouver tous mes albums préférés dans un livre où j’aurais dû les reconnaître, je ne dois pas être la seule dans ce cas. Un petit amusant pour les petits et grands incollables en albums jeunesse.

Mes lectures

BD et romans graphiques

Tyler cross, Fabien Nury et Brüno

Tyler Cross vient de braquer 17 kilos d’héroïne pure appartenant à la Mafia. Il a 20 dollars en poche, un fusil à pompe, un Colt à la ceinture, et il est à pied, seul, au fin fond du Texas.

Tyler CrossUne des excellentes découvertes BD de ces derniers mois. J’ai gagné cette BD il y a quelques temps et je ne savais pas trop de quoi il s’agissait. Le dessin ne m’attirait pas plus que ça et j’ai donc mis pas mal de temps à me mettre à cette lecture. Je suis pourtant vite tombée sous le charme de ce personnage haut en couleur. Je m’attendais à un esprit western mais finalement ça sent plus la mafia version ensablée. Le dessin n’est pas exactement mon genre (je reste très très classique, je le répète) mais les traits taillés à la serpe vont parfaitement au personnage et à l’ambiance générale. C’est particulièrement réussi. Quant à l’histoire, elle nous amène de surprise en surprise. Les rebondissements s’enchaînent, ça va loin, très loin. C’est tout sauf prévisible et cette débauche de violence est absolument jouissive et certaines scènes sont tout simplement inoubliables. Un univers visuellement très marqué, un personnage fort et une histoire efficace pour cette excellente BD qui a été un gros coup de cœur.

Tyler Cross tome 2 : Angola, Fabien Nury et Brüno

Un coup sans risque se transforme en descente aux enfers pour Tyler Cross. Un enfer qui porte le doux nom d' »Angola », la plus grande prison de haute sécurité des États-Unis. Si Tyler sort un jour de cet enfer carcéral, ce ne sera pas pour bonne conduite.

Tyler Cross AngolaJ’attendais avec impatience la sortie de ce deuxième tome, après mon coup de foudre pour le premier. J’ai été heureuse de retrouver ce personnage complètement barré et l’univers graphique très particulier de cette série. Pourtant, j’ai été un peu déçue par cette suite (comme souvent). Pas que je n’aie pas aimé mais ce n’est pas aussi fou que le premier tome. Il manque le plaisir de la découverte, certes, mais pas que, il y manque la folie de précédent. L’histoire est classique : Tyler Cross va en prison après un braquage qui tourne mal. Il veut s’enfuir. Sur place, d’anciens ennemis veulent lui faire la peau : il va devoir lutter pour sa survie. Scénario simple et terriblement efficace mais qui manque un peu de surprises. On est passé du héros poissard au héros tout court et quelque part c’est un peu dommage, ça perd de son charme. Ca n’en demeure pas moins une très bonne BD, si on arrive à faire un peu abstraction des attentes démesurées créées par la première. Nouvelle histoire, nouveau ton, ça fonctionne moins bien, il n’y a pas cet effet coup de poing dans l’estomac, mais l’ensemble tient la route, et plutôt très bien même. Il n’y a plus qu’à attendre le tome 3.

Biotope 1 et 2, Appollo et Brüno

Trois flics sont envoyés sur Biotope pour enquêter sur un assassinat. Une fois arrivés à la base, ils sont accueillis par des scientifiques peu coopératifs et ont interdiction de sortir pour ne pas risquer de modifier l’écosystème. Commence alors une enquête difficile au milieu d’une base hostile.

biotope-1-couvAprès Tyler Cross, on retrouve les dessins de Brüno dans Biotope. Le style graphique est moins « sec » que dans la BD susnommée mais si à première vue il m’attirait plus, j’ai finalement trouvé que ça fonctionnait moins bien, il ne parvient pas à créer un univers aussi fort. Du côté du scénario, j’ai moyennement accroché. Les personnages ne sont pas vraiment forts ni particulièrement attachants et l’histoire est peut-être un peu trop survolée. Les tomes fonctionnent ensemble et ne sont pas dissociables. Cette enquête policière sur fond d’écologie et de science-fiction part un peu dans tous les sens : il y a du très bon et du un peu moins moins bon. Dans l’ensemble j’ai plutôt bien aimé cet univers déjanté mais je ne pense pas que ce soit une lecture marquante malgré un humour assez corrosif. Sans être un gros coup de cœur, cette BD m’a fait passer un sympathique moment.

Cases blanches, Sylvain Runberg et Olivier Martin

Vincent est un auteur de BD en panne d’inspiration depuis plusieurs années après l’énorme succès qu’a eu le tome 1 de sa série. Pressé par son éditeur qui veut voir l’album terminé, attendu par ses nombreux fans, délaissé par son scénariste qui n’en peut plus de ses blocages, Vincent est désorienté.

Cases blanchesJe n’attendais pas grand chose de ce roman graphique dont je ne savais d’ailleurs rien et j’ai bien traîné des pieds pour la lire. Finalement ç’a été une bonne surprise. « Cases blanches » fait référence à la peur de la page blanche, transposée ici au milieu de la BD. C’est l’histoire d’un auteur de BD justement, qui après un gros succès est en total manque d’inspiration et n’arrive pas à livrer les dessins qu’il a promis et que tout le monde attend avec impatience. C’est l’histoire de ses mensonges, de ses doutes. J’ai bien accroché avec cet univers somme toute assez classique mais qui aborde un sujet intéressant. L’histoire m’a de suite embarquée et j’ai pris un grand plaisir à cette lecture, à la fois parce que l’univers dans lequel elle se déroule me plaisait bien mais aussi parce que j’ai trouvé ce personnage un peu paumé très sympathique. Un roman graphique avec lequel j’ai beaucoup accroché, tant visuellement que par son histoire, une très bonne surprise.

Le retour de la Bondrée, Aimée de Jongh

C’est l’histoire de Simon, un jeune libraire au bord de la faillite. Marqué par un événement dramatique, il va devoir faire face à ses souvenirs pour trouver une issue.

Le retour de la bondréeLe résumé de ce roman graphique m’intriguait vraiment. Le personnage principal est un libraire, ça a suffit à attirer mon attention (je sais, je suis prévisible). Pour le reste, ça me semblait assez mystérieux. Je dois avouer que je ne sais pas trop que penser de cette lecture. J’ai bien aimé l’univers graphique, assez sombre et assez sobre. L’histoire m’a sans doute un peu laissée sur ma faim. Etant donné ce que j’en avais entendu dire, je m’attendais à quelque chose de très original et décale, finalement, l’histoire d’un libraire dépressif qui met la clef sous la porte et  se remet en question n’est pas franchement révolutionnaire. A défaut d’être vraiment surprenante, l’histoire pose quand même des questions intéressantes et fonctionne assez bien. Si je n’ai trouvé dans ce roman graphique ce que j’attendais, j’ai quand même été assez séduite par cet univers tourmenté où la psychologie des personnages est poussée. Une belle découverte.

Mes lectures

Littérature : à la découverte des pays de l’Est

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

Une miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans est apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire. Le récit imaginaire de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. 

La petite communiste qui ne souriait jamaisUn roman français contrairement à ce que pourrait laisser croire le titre de mon article, mais qui se déroule tout de même en Roumanie. J’avais entendu dire beaucoup de bien de ce livre et le titre me plaisait beaucoup. Pourtant, je dois admettre que je n’avais qu’une très vague idée de ce dont il retournait, ma connaissance de Nadia Comaneci et de la Roumanie des années 70 étant plus que limitée. Au moins, ça ne risquait pas de me gâcher le plaisir de la découverte… J’ai beaucoup aimé le début de ce livre. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi mais bien que le sujet ne me parle a priori pas plus que ça, j’ai trouvé l’écriture très belle et les premières pages ont été un vrai régal. La petite Nadia est assez fascinante et j’ai apprécié la manière dont sa vie est disséquée. En revanche, passé le premier tiers du livre, j’ai trouvé que ça s’essoufflait un peu. Si le personnage principal fascine, il s’avère assez peu sympathique… La jeune fille à l’entraînement quasi-militaire est froide comme la banquise et semble prendre la grosse tête avec ses premiers succès. Même son malheur ne parviendra guère à la rendre plus humaine. Malgré tout, ce roman est bien écrit et permet de se plonger dans une époque que je connaissais mal. Un destin hors du commun, pas toujours très sympathique, mais qui mérite tout de même le détour.

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov

À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose: rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

Des mille et une façons de quitter la MoldavieUn jour que je traînais dans une librairie alors que j’avais 2h à tuer et que mon livre était honteusement resté se la couler douce à la maison, je suis tombée sur ce titre. Il m’a intriguée. Tout autant que le tracteur sur la couverture et plus encore le résumé complètement barré. Il me fallait quelque chose de vite lu : c’était parfait ! J’ai de suite accroché avec ce style déjanté et cette histoire ubuesque. J’ai suivi avec plaisir les aventures de ces villageois moldaves prêts à tout pour quitter le pays et surtout ne jamais y revenir. J’ai trouvé que l’auteur faisait preuve de beaucoup d’auto-dérision. Il parle l’air de rien des problèmes majeurs rencontrés dans le pays, avec un humour qui touche à l’absurde. Si j’ai beaucoup ri au début, je dois toutefois avouer que j’ai fini par me lasser un peu de cette énergie débordant qui part dans tous les sens. Certains passages sont plus drôles que d’autres et ça finit par aller très loin. Peut-être bien trop pour que j’arrive à rester complètement dans cette histoire. Mais malgré tout, j’ai apprécié cette lecture dans son ensemble et j’ai envie de découvrir ce que l’auteur a pu écrire d’autre. Un roman un peu inégal mais très drôle et pas inintéressant pour autant : totalement déjanté.

L’oiseau bariolé, de Jerzy Kosinski

Dans ce paysage désolé de l’Europe de l’Est ravagée par la tourmente de la guerre, un petit garçon de six ans est envoyé à la campagne par ses parents. Campagne hostile dans laquelle les plus extravagantes superstitions survivent. L’enfant a les cheveux noirs, là où tout le monde est blond. Tel l’oiseau bariolé, il tente en vain de convaincre ceux qui l’entourent qu’il fait partie des leurs. Peine perdue. Il reste l’autre, le  » Bohémien « , celui par qui le malheur arrive, condamné à être persécuté…

L'oiseau barioléOn change encore de genre et de pays, avec cette fois une histoire qui se déroule en Pologne (écrite en anglais pas un immigré polonais ayant pris la nationalité américaine). Il traînait depuis un certain temps dans ma bibliothèque et j’aimais beaucoup le titre (eh oui, encore !) sans bien savoir de quoi il s’agissait. Je ne me souviens pas d’avoir relu la quatrième de couverture avant de commencer à le lire et j’avoue avoir été très surprise par la violence de ce texte. Je m’attendais bêtement à quelque chose de beaucoup plus léger… On y suit un petit garçon rejeté de tous à cause de la couleur de ses yeux et pour qui les malheurs vont s’enchaîner à un rythme soutenu. Chaque chapitre est consacré à une nouvelle croyance et un nouvel épisode funeste pour notre jeune héros. A sa sortie, le livre a eu un succès retentissant et a été lu comme une autobiographie, faisant alors grand bruit. Personnellement j’aurais tendance à penser que vu la quantité astronomique de malheurs qui pleut sur la tête de cet enfant, ce texte est plutôt à lire comme un catalogue des croyances profondément ancrée ou autant de paraboles sur la connerie humaine. Une histoire qui sonne étrangement actuelle… Un texte très difficile de par son extrême violence mais également l’un des plus fort qu’il m’ait été donné de lire. Bouleversant. 

Mes lectures

Ma rentrée littéraire 2015

Les promesses, Amanda Sthers

On lui avait ainsi promis, dès sa naissance, le bonheur, l’amour, le soleil, l’Italie et toutes les nuances du plaisir, et il en eut sa part. Mais il s’avisa, à mesure, que chaque promesse accomplie portait également en elle une part de regret, une zone de mélancolie où le destin murmurait : « le bonheur, ce n’était donc que cela ? »

Les promesses, Amanda SthersJe n’avais rien lu de cet auteur dont j’avais entendu parler sans vraiment être capable de citer un de ses titres (et pourtant elle a écrit un roman qui porte mon prénom). Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre quand on me l’a offert et j’avais un peu peur de quelque chose de trop fleur bleue pour moi qui ne le suis pas beaucoup. Finalement, ç’a été une des (rares) bonnes surprises de cette rentrée littéraire dans l’ensemble bien terne. J’ai eu un peu de mal avec l’écriture au début, un peu brute à mon goût. Pourtant j’ai fini par rentrer dans l’histoire peu à peu. On alterne entre le passé et le présent du narrateur. J’avoue avoir au début bien plus accroché avec certains chapitres qu’avec d’autres mais peu à peu l’histoire se met en place, découvre les blessures intimes du personnage et leur origine. Ce qui pouvait au premier abord semble agaçant chez lui devient touchant au fil des pages. Finalement, j’ai été profondément émue par son goût de l’amour toujours déçu. Un roman un peu chaotique qui parle d’amour en négatif avec force.

On finit toujours par haïr les gens aux endroits par où on s’était mis à les aimer.

Petit Piment, Alain Mabanckou

L’histoire de Petit Piment, un jeune orphelin effectuant sa scolarité dans une institution d’accueil catholique. Il profite de la révolution socialiste, pour s’évader. Adolescent, il commet toutes sortes de larcins. Il trouve refuge auprès de Maman Fiat 500 et de ses dix filles. Mais de nouvelles épreuves lui feront perdre la tête.

Petit Piment, Alain MabanckouAprès la bonne surprise de la rentrée, la mauvaise (voilà, comme ça les choses sont dites d’entrée). Je n’avais jamais rien lu d’Alain Mabankou mais j’en avais entendu dire le plus grand bien, j’avais donc hâte d’entamer cette lecture qui fut d’ailleurs pour moi la première de cette rentrée littéraire. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Ce petit garçon aurait dû m’être sympathique mais il m’a laissée indifférente. J’ai eu l’impression d’un texte un peu décousu qui manque d’émotion et ne prend pas assez le temps de s’attarder sur la psychologie de son personnage qui est plus vu à travers des faits épars que par sa vie intérieure. J’ai totalement décroché dans la seconde partie où même l’espèce de sympathie de principe que j’avais pour ce jeune orphelin et qui ne demandait qu’à s’exprimer a juste totalement disparu. La fin est ce qu’il y a de plus réussi dans ce roman mais ça n’a pas suffi à compenser les longues pages d’ennui qui avaient précédé. Le style est agréable mais manque un peu de tenue et de caractère. L’idée de ce roman était séduisante, pourtant je n’ai pas du tout accroché. J’ai trouvé l’ensemble très moyen. Une lecture qui ne m’a absolument pas emballée.

Si je suis malade, c’est à cause des compléments circonstanciels.

La terre qui penche, Carole Martinez

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.

La terre qui penche, Carole MartinezDe Carole Martinez, j’avais adoré Le cœur cousu qui avait été un coup de cœur totalement inattendu. Je n’avais pas lu Du domaine des murmures mais j’ai été très heureuse de me voir offrir La terre qui penche. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman (décidément !). Les premiers chapitres m’ont laissée perplexe. J’avais un peu de mal à suivre qui étaient les différents narrateurs, quelque chose m’échappait dans leur personnalité ou leur histoire. J’ai bien cru que je n’allais jamais rentrer dans ce livre. Et puis finalement, au bout de quelques chapitres, j’ai fini par m’habituer au style un peu particulier puis même par y prendre goût. J’ai retrouvé la patte que j’avais tant aimé dans l’autre roman que j’avais lu de l’auteur. L’histoire est très prenante. On s’attache peu à peu à la petite fille qui est au centre du livre et plus on pressent une fin tragique, plus on a envie de savoir ce qu’il va lui arriver. Le contexte historique m’a également bien plu. Il m’aura fallu un peu de temps pour rentrer dans ce roman assez particulier qui fait appel au fantastique et aux légendes mais l’écriture est belle et ç’aura finalement été pour moi un des meilleurs moments de lecture de la rentrée.

L’homme savait bien qu’il devait mourir un jour, mais il passait sa vie à l’oublier.

Il faut tenter de vivre, Eric Faye

Lorsque le narrateur croise enfin Sandrine Broussard il est happé par ce personnage magnétique, son exact contraire. La jeune femme va lui raconter ses vies multiples et tumultueuses, faites d’arnaques et de clandestinité. Mais au plus profond d’elle-même, elle aspire à ne plus être une « passagère clandestine » et à retrouver une place dans ce monde.

Il faut tenter de vivre, Eric FayeEncore un livre qui ne m’a pas séduite (on est à un sur deux pour le moment mais vous verrez, ça ne va pas durer, elle ne m’a vraiment emballée cette rentrée). J’avais beaucoup aimé Je suis le gardien du phare il y a déjà un certain temps. Je n’avais jamais rien lu d’autre de cet auteur et j’ai ouvert ce livre avec le sentiment d’une valeur sure. Grave erreur. Pour commencer, j’ai trouvé l’écriture on ne peut plus commune (et ça encore, c’est la version sympa…). Ensuite, l’histoire m’a laissée totalement indifférente. Les personnages m’ont été plus antipathiques les uns que les autres, j’ai trouvé ça mal construit (ou plutôt pas construit pour être exacte) et d’une crédibilité douteuse. A aucun moment je n’ai réussi à m’y intéresser un tant soit peu. Si j’en suis venue à bout, c’est uniquement parce que ce roman est suffisamment court pour que ça ne vaille pas le coup de l’abandonner en route. Un roman aux nombreux rebondissements qui ne m’ont pas convaincue : malgré un style léger, une lecture laborieuse.

Dans cette vie clandestine, quelque chose protégeait Sandrine Broussard : être passée maître dans l’art de ne pas être elle-même.

Camille mon envolée, Sophie Daull

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire. Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires. Écrire pour rester debout.

Camille mon envolée, Sophie DaullVoilà LE livre de la rentrée littéraire. Je serais presque tentée de dire le livre de l’année même. Un premier roman dont on a pas mal parlé et qui a connu un immense succès d’estime. Je me désole qu’il n’ait pas eu un prix littéraire qui eût été amplement mérité. Je ne suis pas très portée sur les récits de l’intime mais celui-ci me tentait beaucoup. Si j’avais un peu peur d’un récit forcément larmoyant, je me suis vite rendue compte que ce n’est pas du tout le cas. J’ai été très admirative de la manière dont cette mère faisait son deuil. Ses réactions peuvent parfois paraître inhabituelles mais j’ai trouvé qu’elle avait une dignité incroyable. J’envie sa force et l’énergie qui se dégage de ces lignes. On ne peut qu’être terriblement émus par ce texte que traverse le désespoir de la perte d’un enfant. Mais la manière de se reconstruire force le respect et on en ressort avec l’impression que c’est l’amour de la vie qui l’emporte malgré tout. Ni haine ni ressentiment dans ce texte. Sophie Daull offre à sa fille une magnifique déclaration d’amour. Un texte bouleversant.

Écrire, c’est te prolonger.

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

Un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue.

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie AzoulaiLe titre de ce roman me tentait énormément. Sans doute en grande partie parce que l’amoureuse de Racine que je suis y a de suite vu une référence à une de ses pièces de théâtre préférées. Bon, malheureusement, on ne peut pas dire qu’il ait conquis les foules autour de moi et je n’étais donc pas très sure d’aimer malgré mon amour inconditionnel pour la tragédie racinienne. A mon plus grand regret, mes craintes étaient fondées : j’ai détesté. Ce livre est d’un ennui mortel. D’un point de vue syntaxique, nul doute que Nathalie Azoulai maîtrise, pas de problème de ce côté-là. Mais non seulement c’est pompeux (avec une obsession inquiétante pour l’hypotypose) mais c’est d’un chiant ! Je n’ai absolument pas réussi à m’intéresser au petit Jean allant en cours ou traînant dans le jardin. Mon amour modéré pour la version latine ne m’a permis de bien comprendre toute la profondeur du récit visiblement. Ce roman manque cruellement de sentiment. Il ne m’a absolument rien évoqué (pour quelqu’un qui nous parle d’hypotypose à tout va, on ne peut pas dire qu’elle maîtrise franchement sa mise en application). J’ai fini par lâcher l’affaire après 100 pages de supplice. Un roman au sujet qui avait tout pour me séduire et m’est tombé des mains.

Racine, c’est le supermarché du chagrin d’amour.

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

D'après une histoire vraie, Delphine de ViganJ’avais beaucoup aimé le dernier roman de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, que j’avais trouvé très émouvant. J’avais donc hâte de lire ce livre, d’autant plus qu’on m’en avait dit le plus grand bien. Pourtant (ou justement pour ça), j’ai été franchement déçue. Pour tout dire, j’ai trouvé le style un peu faible, je m’attendais vraiment à mieux. Quant à l’histoire, elle m’a laissée perplexe. Je n’y ai pas vraiment cru. Elle ne m’a pas convaincue une seconde. J’ai trouvé ça assez prévisible. Il y avait pourtant un bon potentiel de départ mais la structure même du roman tue tout suspens dans l’œuf. En effet, l’auteur ne cesse de répéter dès les premières pages que cette histoire est incroyable et que cette relation avec sa nouvelle amie s’est avérée nocive. Elle prépare une suite qui n’a donc plus rien d’une surprise, c’est vraiment dommage. Il est vrai que j’ai lu pas mal de choses sur les pervers narcissiques et que cette histoire m’a sans doute paru un peu fade comparée à d’autres. Si cette lecture n’est pas désagréable, elle ne m’a franchement pas emballée. Une de mes grosses déceptions de cette rentrée.

De certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. Malgré le temps passé, malgré la douceur d’autres mots et d’autres regards.

Les gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin

En juin 2012, j’achète à un brocanteur sur Internet un lot de 250 photographies d’une famille dont je ne sais rien. Les photos m’arrivent dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard. Dans l’enveloppe il a des gens, à la banalité familière, bouleversante. Je décide de les inventer puis de partir à leur recherche.

Les gens dans l'enveloppe, Isabelle MonninVoilà un projet littéraire qui m’intriguait. Isabelle Monin a acheté un lot de photos d’une famille dont elle ne savait rien. A partir de ces clichés, elle a décidé d’inventer une histoire. Une première partie est le résultat de ce travail, une deuxième est consacrée à ses recherches. Son ami Alex Beaupin a quant à lui proposé des chansons sur le même principe. Ca a au moins le mérite d’être très original ! J’avais beaucoup aimé le dernier roman d’Isabelle Monin, Daffodill Sylver, si je lui avais trouvé quelques défauts, le style m’avait vraiment séduite, j’avais donc hâte de lire ce nouveau livre. Malheureusement, je n’ai pas été conquise (je sais, je suis particulièrement chiante en ce moment…). J’ai trouvé l’écriture un peu faiblarde et si l’histoire de cette petite fille qui cherche sa mère est assez mignonne, elle ne m’a pas non plus emballée outre mesure. Je me suis arrêtée à la première partie que j’ai trouvée pas mal, la seconde me tentant moins. Au final, si le principe m’a séduite, j’ai trouvé le résultat plutôt sympa mais sans plus. Dommage.

Nos peaux sont des enveloppes qui entourent ce que nous sommes vraiment et qu’on ne verra jamais.

Millenium 4, David Lagercrantz

Elle est une hackeuse de génie. Il est journaliste d’investigation. La revue Millénium, c’est toute sa vie. Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’IA détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin.

Ce qui ne me tue pas, Millenium 4J’ai hésité longuement avant de m’attaquer à ce roman. Comme beaucoup (à peu près la moitié de la planète à vrai dire), j’avais adoré la trilogie Millenium et savoir que cette série prévue initialement en 10 tomes n’aurait jamais de suite de chagrinais profondément. En même temps, ça faisait aussi partie de son charme, en quelque sorte elle n’aurait jamais l’occasion de nous décevoir. Une suite par un autre auteur est toujours délicate. On n’y retrouve jamais exactement la touche qu’on appréciait. Difficile pour un auteur de trouver son style propre sans décevoir son lectorat. Je m’étais presque résolue à ne pas ouvrir ce livre. Et puis après avoir résisté plusieurs fois à la tentation de l’acheter, je l’ai vu chez mes parents et je n’ai pu que me plonger dedans. Honnêtement, j’ai trouvé ça assez mal écrit. Il faut dire que le style de Stieg Larson n’était pas non plus fou fou mais son côté brut de décoffrage faisait partie de son charme. Là c’est juste pauvre. Première déception. Ensuite l’histoire est un peu tirée par les cheveux. Là aussi je sais, c’était pareil dans les 3 premiers, mais la différence, c’est que cette fois j’ai peiné à réellement rentrer dedans. J’ai quand même été contente de retrouver les personnages qui restent dans le même esprit et si je n’ai que moyennement accroché, j’ai quand même trouvé cette lecture agréable. Le dernier tiers est autrement plus prenant et l’histoire retrouve enfin du souffle. Au final, même si j’ai trouvé ça un ton en dessous des tomes précédents, une suite honorable à laquelle j’ai pris un certain plaisir. On attend la suite.

On vit dans un monde où l’individu paranoïaque est le plus sain d’esprit.

          De la rentrée littéraire, je vous avais déjà parlé de La couleur de l’eau et de Carthage, deux livres que j’avais bien aimés. Ne manquent plus que mes critiques de romans jeunesse (c’est pour bientôt), de quelques recueils de nouvelles (c’est prévu aussi) ainsi que de Boussole que je n’ai toujours pas eu le courage d’attaquer. Je l’ajouterai le moment venu. Et vous, qu’avez-vous pensé de cette rentrée littéraire ?