Mes lectures

Certaines n’avaient jamais vu la mer – Julie Otsuka

           Des femmes quittent le Japon pour aller épouser aux Etats-Unis des hommes qu’elles n’ont jamais vus. Elles rêvent d’une vie meilleure, de richesse peut-être, d’amour surtout. Mais après une longue traversée, la réalité qu’elles découvrent est bien différente de ce qu’elles imaginaient. Leurs voix s’élèvent en chœur pour pour raconter leur histoire. 

poster_190512

          L’écriture de ce roman est très originale. Elle s’inspire des chœurs antiques, avec une narration à la première personne du pluriel qui s’avère pour le moins surprenante. Je n’étais pas sure d’accrocher avec ce type de récit si particulier, pourtant je me suis de suite laissée porter par le rythme si singulier de ce récit. La première partie est vraiment magnifique. Je ne connaissais pas du tout l’histoire de ces femmes qui ont émigré aux Etats-Unis en abandonnant tout derrière elles au début du XX° siècle et je l’ai trouvée particulièrement émouvante.

          Le ‘ »nous » peut déstabiliser tant il est peu courant de rencontrer ce type de narration. Il instaure une certaine distance, rend difficile l’identification avec les personnages, et en même temps, il donne une certaine force au récit, le rend d’une certaine manière universel, mêlant les voix, les histoires, les peines et les joies de chacune pour montrer à quel point, même si leurs fortunes sont variées, au fond, leurs destins se ressemblent. Le récit fonctionne sur le mode de l’accumulation, égrenant pour chaque étape de leur vie – les espoirs, le voyage, la rencontre, les enfants – leurs expériences respectives. Impossible de déterminer qui est qui, leur histoire est collective, formée de bribes des récits de chacune. Et c’est ça qui en fait toute la beauté.

           J’ai trouvé la première partie très émouvante. On y découvre ces femmes, leurs espoirs, leurs déceptions, les revers qu’elles ont eu à essuyer. C’est vraiment très beau. J’ai un peu moins accroché avec la deuxième moitié, qui est moins intime, plus axée sur le travail ou l’éducation des enfants. Le dernier chapitre ne m’a guère convaincue et m’a semblé de trop. Toutefois, si j’ai mois apprécié la deuxième moitié, l’ensemble reste aussi original que touchant et met en lumière un aspect méconnu de l’histoire. Un texte un peu inégal mais qui sort de l’ordinaire et s’avère par moment extrêmement émouvant. Une belle découverte.

2YP1mfTmshKm-Wm6kvzaeUGkEmM

Sois humble. Polie. Montre-toi toujours prête à faire plaisir. Réponds par : « oui, monsieur » ou « Non, monsieur » et vaque à ce qu’on te demande. Mieux encore, ne dis rien du tout. A présent tu appartiens à la catégorie des invisibles.

_______________

Nous avons accouché sous un chêne, l’été, par quarante-cinq degrés. Nous avons accouché près d’un poêle à bois dans la pièce unique de notre cabane par la plus froide nuit de l’année. Nous avons accouché sur des îles venteuses du Delta, six mois après notre arrivée, nos bébés étaient minuscules, translucides, et ils sont morts au bout de trois jours. Nous avons accouché neuf mois après avoir débarqué, de bébés parfaits, à la tête couverte de cheveux noirs.

______________

L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait qu’ils meurent. L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait mourir. D’autres apprenaient à vivre sans penser à eux.

Actualité·Mes lectures

Quels livres pour mes vacances ?

          Tous les étés, fleurissent un peu partout des conseils de lecture pour les vacances. Des romans légers, facile à lire. Ceux que l’on appelle des « romans de plage ». Je suis sans doute bizarre (pour ceux qui en doutaient encore) mais moi, pendant les vacances, c’est justement le moment où je lis tout sauf du léger. Les lectures faciles, c’est parfait pour le reste de l’année, les trajets en métro où il est si difficile de se concentrer quand on lit par coups de 20 minutes serrés comme des sardines au milieu du bruit. L’été, pendant les vacances, on a du temps, on n’a rien d’autre à faire que de lire quand on bronze à la plage (ou au bord d’un ruisseau de montagne dans mon cas, et le bronzage en moins) et que personne ne vient nous embêter. C’est le moment idéal pour lire des essais ardus, des sacrés pavés ou des classiques un peu austères. Mes valises sont donc généralement remplies de livres de plus de 500 pages et d’une manière générale, de tous ceux qui me font un peu peur le reste de l’année.

          Cette année, j’ai reçu 3 livres de la rentrée littéraire. Soit 3 de plus que l’année dernière mais un nombre ridicule étant données les 607 sorties attendues et la bonne trentaine de romans qui m’intéressant au plus haut point. Je vais donc les embarquer avec moi pour vous en parler d’ici fin août, au moment de leur sortie. Les heureux élus sont : Les indomptés de Nathalie Bauer chez Philippe Rey – une saga familiale dont je n’avais pas entendu parler mais qui me tente bien – L’homme de la montagne de Joyce Maynard, chez Philippe Rey également – un roman autour d’une affaire de meurtre que j’avais repéré dans leur catalogue et que j’ai hâte de lire, il a par ailleurs été sélectionné pour le Prix du roman Fnac – et Le jour où la guerre s’arrêtera de Pierre Bordage au Diable Vauvert – que j’ai également très envie de lire, l’auteur ayant marqué mon adolescence.

Hardcover books

          Comme je lis particulièrement vite en ce moment, je pense pouvoir embarquer d’autres ouvrages avec moi, quitte à ne pas tout lire. Je crois qu’il serait temps que je reprenne l’Histoire de la lecture dans le monde occidental. Enorme pavé que j’ai abandonné au tiers et que j’aimerais quand même finir un jour. Si je n’en ai pas trop marre des essais après ça, je m’attaquerai sans doute à Tristes tropiques de Lévi-Strauss, qui dort dans ma bibliothèque depuis des lustres et faisait partie de mon programme de lecture pour cette année. Enfin, s’il me reste un peu de temps et d’énergie à consacrer à un pavé de plus, peut-être aurais-je enfin le courage de lire Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès. A moins qu’à près toutes ces lectures sérieuses je ne me lance dans quelque chose d’un peu plus léger ou, plus probable, que je ne résiste pas à la tentation d’aller fouiner dans la bibliothèque de mes parents pour y trouver de nouvelles idées de lectures !

          Un programme bien chargé donc, histoire de se préparer à une rentrée littéraire qui s’annonce très prometteuse ! Après une rentrée 2012 très réjouissante, j’avais été assez déçue par la rentrée dernière. Aucun des mes auteurs favoris n’avait sorti de nouveau roman et il n’y avait pas grand chose qui me tentait… Les libraires n’étaient pas non plus d’un enthousiasme fou et il m’avait fallu un bon mois pour arriver à trier quelques romans à lire. Finalement, j’en avais quand même sélectionné une dizaine qui m’avaient l’air prometteurs, essentiellement des auteurs que je ne connaissais pas et qui m’ont réservé de bonnes surprises. Parmi eux Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître, qui a reçu le prix Goncourt, Daffodil Silver d’Isabelle Monnin ou encore La lettre à Helga de Bergsveinn Birgisson, roman fort et émouvant. Cette année, il y a tellement de livres qui me font envie que je sais déjà que je n’en lirai pas la moitié ! Sans compter ceux dont je n’ai pas encore entendu parler. Je vous ferai part de mes repérages d’ici quelques jours.

Et vous, quels livre emmenez-vous en vacances ?

Mes lectures

Karoo – le roman malsain et dérangeant de Steve Tesich

          Karoo réécrit des scénarios, fumeur et alcoolique, il traîne après lui une sacré réputation. Il est sur le point de divorcer de sa femme qui est intarissable sur ses nombreuses tares. Et puis il y a leur fils, qu’il évite autant que possible mais auprès de qui il voudra bientôt se racheter, multipliant pour cela les extravagances. 

CV Karoo

          J’avais entendu dire le plus grand bien de ce roman qui trône en bonne place dans toutes les librairies depuis sa sortie. Blogs et magazines littéraires ne tarissaient pas d’éloges, il fallait donc que je le lise pour en savoir plus. Pourtant, je dois avouer que ce roman m’a laissée perplexe et que presque un mois après l’avoir fini j’ai toujours un peu de mal à faire le point sur ce que j’en ai pensé. Je vais quand même essayer de mettre tout ça au clair : je crois que pour résumer on peut dire que j’ai aimé le style mais que l’histoire, qui tourne entièrement autour d’un personnage pour le moins antipathique, a fini par m’agacer. J’ai bien aimé le début de ce roman. Un style alerte, un personnage fort et un cynisme qui avait tout pour me ravir.

          J’ai réellement dévoré les premières pages qui ne manquent pas d’originalité. Malheureusement, l’histoire repose entièrement sur le personnage de Saul Karoo, qui est absolument imbuvable, ce qui s’avère à la longue un peu lassant. Toutefois, le moment où mon attention a commencé à faiblir (vers la moitié environ) correspond à un rebondissement intéressant de l’histoire, une partie où le personnage devient vaguement plus humain et que j’ai bien aimée. La fin en revanche m’a déçue. Dans les dernières pages, ça devient carrément n’importe quoi et l’auteur m’a définitivement perdue. Dans l’ensemble pourtant, malgré quelques faiblesses du côté de l’histoire et une ambiance franchement malsaine, j’ai trouvé que cet ouvrage ne manquait ni de force ni d’originalité. Il ne plaira sans doute pas à tout le monde, mais par son style hors normes et sa critique acerbe de la société américaine, mérite toutefois le détour.

artworks-000038500300-zjf28z-original

Mes dernières tentatives pour arrêter de fumer avaient été avant tout motivées par mon incapacité à m’enivrer : le cancer du poumon était certes une terrible façon de partir, mais ce qui me terrifiait réellement était la pensée de ne même pas pouvoir me saouler le jour où on m’apprendrait la nouvelle.

_______________

Etre à leurs côtés m’empêche de les observer et de les voir comme je suis en train de le faire. On ne peut pas vraiment regarder les gens quand on est avec eux. Ils disent des choses. Vous dites des choses. Votre présence altère leur comportement, tout comme le vôtre. Vous voyez très peu de choses des gens quand vous êtes avec eux.

Actualité

Rentrée littéraire : la sélection du Prix du roman Fnac est annoncée

          La rentrée littéraire approche à grands pas. 607 romans sortiront entre fin août et fin septembre. S’ils ne sont pas encore sur les étals des libraires, ils ont déjà été envoyés aux journalistes pour qu’ils les amènent en vacances dans leurs valises et nous en parlent à leur retour. La rentrée annonce aussi la saison des prix littéraires. Si les listes des plus prestigieux ne paraîtront qu’à l’automne, le Prix du roman Fnac a déjà annoncé sa sélection. 

          Créé il y a 13 ans, le Prix du roman Fnac est le premier de la rentrée. Il est décerné par un jury de libraires et lecteurs qui compte 400 personnes commençant leur lecture dès le mois de mai. En effet, même si cela peut paraître étrange quand on n’est pas du milieu, les épreuves pour les romans de la rentrée sont généralement prêtes dès le mois de mai, afin qu’ils puissent être imprimés avant fin juin pour que les journalistes les reçoivent avant leurs congés d’été. Juillet-août sont toujours des mois très calme dans le milieu de la culture et il est donc essentiel pour les éditeurs d’être prêts avant la période des vacances estivales s’ils souhaitent que leurs romans soient lus par les critiques et soient représentés dans la presse à la fin de l’été pour assurer une promotion efficace. Ceci explique que ce prix puisse annoncer sa sélection un bon mois avant la sortie des livres qu’il comprend. Je dois d’ailleurs avouer que ma frustration est extrême d’avoir repéré tant de livres qui me tentent cette rentrée, avec tellement d’auteurs que j’aime qui publient un nouveau roman, et de ne pas pouvoir en lire un seul avant des semaines, contrairement à bien des blogueurs. Je remercie d’ailleurs au passage les éditions Philippe Rey et Le diable Vauvert (tous deux représentés par l’agence Anne et Arnaud) de m’avoir fait parvenir des romans de leur catalogue de la rentrée, ce qui m’a quelque peu remonté le moral… Cette parenthèse étant refermée, voici donc les 32 titres sélectionnés pour le Prix du roman Fnac 2014 :

87703648_o

Le Triangle d’hiver, Julia Deck, Ed. Minuit
Et rien d’autre, James Salter, Ed. L’Olivier
Le Royaume, Emmanuel Carrère, Ed. P.O.L.
Le Ravissement des innocents, Taiye Selasi, Ed. Gallimard
Joseph, Marie-Hélène Lafon, Ed. Buchet-Chastel
Prières pour celles qui furent volées, Jennifer Clément, Ed. Flammarion
La Condition pavillonnaire, Sophie Divry, Ed. Notab/Lia
Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante ?, Mohsin Hamid, Ed. Grasset
Price, Steve Tesich, Ed. Toussaint
Debout-Payé, Gauz, Ed. Le Nouvel Attila
Jacob, Jacob, Valérie Zenatti, Ed. L’Olivier
L’Homme de la montagne, Joyce Maynard, Ed. Philippe Rey
Le Dernier Gardien d’Ellis Island, Gaëlle Josse, Ed. Notab/Lia
Le Bonheur national brut, François Roux, Ed. Albin Michel
L’homme qui s’aime, Robert Alexis, Ed. Le Tripode
Le Complexe d’Eden Bellwether, Benjamin Wood, Ed. Zulma
L’île du point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès, Ed. Zelma
Retour à Little Wing, Nickolas Butler, Ed. Autrement
Nous sommes l’eau, Wally Lamb, Ed. Belfond
Sauf quand on les aime, Frédérique Martin, Ed. Belfond
Contre-Coup, Nathan Filer, Ed. Michel Lafon
Sur place, toute peur se dissipe, Monika Held, Ed. Flammarion
Une constellation de phénomènes vitaux, Anthony Marra, Ed. JC Lattès
Les Réputations, Juan Gabriel Vasquez, Ed. Seuil
Le Cercle des femmes, Sophie Brocas, Ed. Julliard
Les Grands, Sylvain Prudhomme, Ed. Gallimard
À l’orée de la nuit, Charles Frazier, Ed. Grasset
Nos disparus, Tim Gautreaux, Ed. Seuil
La femme qui dit non, Martin Chauffier, Ed. Grasset
Entre frères de sang, Ernst Haffner, Ed. Presse de la cité
L’Amour et les Forêts, Éric Reinhardt, Ed. Gallimard
Charlotte, David Foenkinos, Ed. Gallimard

livres

          Une sélection aussi surprenante qu’hétéroclite. Je trouve en effet assez saugrenu de trouver côte à côte David Foenkinos et Emmanuel Carrère. Elle regroupe des univers et des styles pour le moins divers et laisse aussi la part belle aux premiers romans. J’avoue que j’ai hâte de voir ce qui va en ressortir et de lire quelques uns de ces titres. En attendant le verdict, voici les lauréats des années précédentes, je ne les ai pas tous lus mais la plupart de ceux qui sont dans ma bibliothèque m’ont beaucoup plu.

  • 2002  Leur histoire, de Dominique Mainard
  • 2003  Dix-neuf secondes, de Pierre Charras
  • 2004  Une vie française, de Jean-Paul Dubois
  • 2005  Le rire de l’ogre, de Pierre Péju
  • 2006  Dans la foule, de Laurent Mauvignier
  • 2007  Le dernier frère, de Nathacha Appanah 
  • 2008  Là où les tigres sont chez eux, de Jean-Marie Blas de Roblès
  • 2009  Jan Karski, de Yannick Haenel
  • 2010  Purge, de Sofi Oksanen
  • 2011  Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan
  • 2012  Peste & Choléra, de Patrick Deville
Mes lectures

Le Sanglier, un texte fort et surprenant

          Quand il rentre de la guerre, Daniel ne supporte plus les bassesses de ses semblables et décide se couper du monde. Il devient un vagabond, vit de peut, et évite tant qu’il le peut tout commerce avec les hommes. Il finira par aller s’installer dans les bois et on le surnommera « Le sanglier ».

Luccin-Sanglier

          Il y a peu, j’avais lu un texte particulièrement fort et empreint d’un grand réalisme intitulé La scierie. Si le sujet en est bien différent, il on retrouve un peu même esprit dans ce texte-ci, par la force d’évocation, la dureté de l’univers dépeint et le caractère entier de son personnage. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec ce texte au début. Je le trouvais bien écrit et l’histoire n’était pas déplaisante mais quelque chose me gênait, le côté excessif et agressif du personnage peut-être. J’avais un peu de mal à m’intéresser à son histoire. Mais peu à peu, en le voyant évoluer, ça a commencé à changer. L’arrivée d’une compagne pour notre héros, quoiqu’assez improbable, donne une nouvelle dimension au texte, plus humaine. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment commencé à apprécier l’histoire.

luccin-pierre

          Ce texte est très court et se lit bien même si je l’ai trouvé un peu sec parfois. Je pense qu’il faut quand même être armé d’un certain cynisme et ne pas avoir trop de foi en l’humanité pour l’apprécier. En effet le personnage n’est pas tendre avec ses semblables et même si je me retrouve dans certaines réflexions on atteint là des sommets qui risquent d’agacer les plus optimistes. Toutefois j’ai beaucoup aimé son côté direct auquel on n’est plus tellement habitués et qui même s’il peut heurter est très intéressant. Je n’avais jamais rien lu de Pierre Luccin et ça m’a donné envie de découvrir ses autres ouvrages. Un texte qui sort de l’ordinaire et peut d’avérer franchement déroutant mais m’a agréablement surprise.