Rentrée littéraire 2016 : littérature française

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L’indolente, de Françoise Cloarec

 

Qui est Marthe Bonnard ?
Toujours jeune, souvent nue, on la voit sur les toiles des plus beaux musées du monde, pourtant elle reste mystérieuse. Elle se dissimule dans la lumière du peintre Pierre Bonnard, avec qui elle partage sa vie entre 1893 et 1942.

L'indolente, couvertureUn livre que j’attendais pas mal, d’un part parce que j’aime bien Pierre Bonnard comme peintre, d’autre part, parce que j’avais beaucoup aimé le roman Elle par bonheur et toujours nue, sur le même thème. Je dois dire que j’ai été assez déçue… Je n’ai pas du tout accroché avec le style. Ce n’est pourtant pas mal écrit mais le ton m’a dérangée. Je me suis constamment sentie coincée entre essai et roman sans trop savoir sur quel pied danser. Je n’ai pas trop aimé que l’auteur prête à Pierre et Marthe Bonnard foule de sentiments tout en gardant beaucoup de distance. J’aurais préféré que le choix soit plus net entre quelque chose de très factuel ou au contraire de franchement romancé. Marthe ne m’est pas apparue comme particulièrement sympathique et j’ai eu beaucoup de mal à accrocher avec son histoire. J’ai trouvé ça dépourvu de sensibilité. Bien que ce ne soit ni mal écrit ni inintéressant je n’ai pas réussi du tout à accrocher avec ce livre et je n’ai finalement pas eu l’envie de continuer ma lecture jusqu’au bout.

Je crois qu’on la regarde parce que personne n’arrive à cerner qui elle est, les mots ne la racontent pas. Bonnard, lui, par les représentations qu’il fait d’elle, donne une image à son corps. Comme si il lui disait : « Regarde, tu es cela.. »

Vie prolongée d’Arthur Rimbaud, de Thierry Beinstingel

 

La confusion a régné un instant à l’hôpital de la Conception à Marseille. Un homme est mort, dont on ignore le nom, mais qu’on présente par erreur à Isabelle Rimbaud comme son frère. C’est d’un inconnu qu’elle fait transporter la dépouille pour l’enterrer à Charleville. Pendant ce temps, déjouant les pronostics des médecins, Arthur guérit.

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, couvertureDeuxième roman français (pour une fois, c’est la littérature étrangère qui est à l’honneur chez moi en cette rentrée), seconde déception. Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Je me méfie toujours un peu de ce genre d’élucubrations autour de la vie d’un artiste. En même temps, quand c’est bien fait, ça peut être génial. Et puis j’adore Rimbaud (je sais, comme tout le monde), je n’ai pas su résister. La bonne nouvelle, c’est que c’est très bien écrit, même si le style est parfois un peu trop ampoulé. Le point de départ est un peu tiré par les cheveux mais une fois les premières pages passées, on l’oublie assez vite et on commence à s’intéresser à cet homme qui essaie de se construire une nouvelle vie. Ca aurait pu fonctionner si ce n’était pas aussi long, et surtout si l’auteur ne se mettait pas de temps en temps à citer du Rimbaud à tout va en égrenant des anecdotes sur sa vie. Ce total manque de subtilité m’a largement dérangée, au point que j’ai fini par abandonner cette lecture pourtant pas désagréable. J’aurais aimé quelque chose de moins figé et qui ressemble moins à un inventaire de chaque moment de la vie de Rimbaud. Un roman improbable qui manque de fantaisie, c’est bien le comble !

Posons un postulat : la littérature est dans tout et vice-versa, elle n’est pas en marge , elle ne s’affaisse pas entre les pages d’un livre , elle court , on ne peut la retenir.

La légende, de Philippe Vasset

 

Le narrateur, fonctionnaire au Vatican, fabrique des saints, cercle leurs auréoles et organise leurs cultes, tout en reconnaissant qu’ils n’inspirent plus grand monde. En compagnie de Laure, elle aussi soucieuse de renouvellement, il se met en quête d’autres figures et d’autres modèles, hors des villes et de l’Eglise, mais aussi de sa propre vocation.

La légende, couvertureBon, bon, bon, comment dire ? J’ai mal commencé avec la littérature française cette année puisque ce roman a lui aussi été une déception. Je m’attendais à des histoires croustillantes sur le Vatican, ses dessous, ses secrets. C’est d’ailleurs comme ça qu’est vendu le livre. C’est l’histoire d’un prêtre défroqué qui évite soigneusement de parler de la cause de sa déchéance. On pressent le gros scandale mais il tarde à venir sur le tapis. Finalement, après une attente interminable que l’auteur passe à tourner autour du pot, on en vient au cœur du problème avec certes un comportement assez douteux mais qui paraît bien gentillet face aux problèmes de pédophilie auxquels se confronte l’Eglise. Tout ça pour ça… C’est ce que je me suis dit en découvrant le pot aux roses. Quant aux arcanes du pouvoir, on les voit finalement assez peu. On se perd plutôt dans des digressions sans fin sur des vies de saints. J’ai peiné à voir où c’était sensé en venir – et je ne vous parle même pas des passages sur des personnages étranges, je ne comprends même pas ce qu’ils font là ! En gros, c’est assez chiant. Heureusement, ce n’est pas trop mal écrit, c’est toujours ça de pris. Un roman dont l’histoire se disperse bien trop à mon goût et qui ne m’a guère convaincue.

Voilà le problème, conclus-je : on produit du saint à la chaîne – quatre cent quatre-vingt-deux sous le dernier pontificat, rendez-vous compte ! –, mais leurs chapelles restent vides et les fidèles les boudent. Qui les blâmeraient ?

L’archipel d’une autre vie, d’Andréï Makine

 

Une chasse à l’homme à travers l’infini de la taïga, au crépuscule de l’ère stalinienne. Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer ?

L'archipel d'une autre vie, couvertureAh, Andreï Makine ! Depuis la lecture de La musique d’une vie il y a une quinzaine d’année, l’un de mes auteurs préférés. La qualité de ses romans est une peu inégale mais j’aime la mélancolie qui se dégage de ses textes et j’espère toujours que la magie va une fois de plus opérer. J’étais donc ravie d’apprendre qu’il publiait un nouveau roman en cette rentrée (comme tous les deux ans grosso modo). Cette fois, ce n’est pas tant une histoire d’amour qui est mise qu’un récit d’aventure, ce qui n’est pas pour me déplaire, bien au contraire. Une fois de plus, l’auteur nous emmène dans sa Sibérie natale, et le voyage mérite le détour ! Il y aurait presque des airs de Jack London ou de Sylvain Tesson dans ce roman-là, autant vous dire que j’étais aux anges. On retrouve une fois de plus une certaine lenteur dans l’écriture d’Andreï Makine qui dépeint comme personne la taïga enneigée (ou pas enneigée d’ailleurs). J’aime ce rythme particulier qui se met en place et donne envie de savourer chaque ligne. Le genre de roman qui nous fait voyager. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de ce livre. On s’attache peu à peu au personnage principal, on se met dans sa peau et on espère avec lui un peu de liberté. C’est subtil et c’est beau. A n’en pas douter, un Makine grand cru.

L’imminence du retour me donnait une sensation troublante, celle de me retrouver devant une maison cachée dans la forêt, de m’apprêter à pousser le portail, puis d’y renoncer, retournant vers ma vie d’avant. Les autres aussi devaient voir dans cette fin d’errances la chance évanouie de franchir un seuil inconnu…

Repose-toi sur moi, de Serge Joncour

 

Aurore est styliste et mère de famille. Ludovic est un ancien agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils partagent la cour de leur immeuble parisien et se rencontrent car des corbeaux s’y sont installés. Leurs divergences pour régler ce problème les mènent à l’affrontement mais ils finissent par apprendre à se connaître.

Repose-toi sur moi, couvertureJ’ai découvert Serge Joncour il y a une dizaine d’années et je suis de suite tombée sous le charme de son humour noir et de son cynisme à tout épreuve. Commencer un de ses roman, c’est l’assurance de passer un bon moment. J’avais adoré son livre d’il y a quatre ans, L’amour sans le faire, pas drôle du tout pour la peine mais 400 pages de pure délicatesse. J’espérais vraiment le retrouver dans cette veine. Ca tombe bien, parce que c’est le cas. Les histoires d’amour et moi, ça fait deux. Sauf quand elles sont racontées par Serge Joncour. Ce roman-là est romantique, c’est indéniable, certains lui ont d’ailleurs reproché, pourtant, je suis de suite rentrée dedans. Le rythme est lent mais les personnages m’ont de suite été sympathiques (enfin, lui surtout, je m’y retrouve bien plus) et j’ai pris un grand plaisir à les découvrir. Leur histoire est à la fois prévisible et improbable mais je n’ai pas pu m’empêcher d’y trouver une certaine beauté. Pour être franche, plus que l’histoire, c’est le style qui me fait fondre, c’est tellement subtil, je m’y sens comme dans un cocon : c’est si douillet, on a envie de s’en envelopper comme d’un plaid tout doux. Avec une plume pareille l’auteur pourrait me raconter n’importe quoi. J’ai été touchée par la solitude de ces deux êtres, ça sonne tellement juste ! On pourrait regretter la manière un peu improbable dont les choses se mettent en place mais l’ensemble est fluide et agréable à lire. J’ai été happée par l’univers qui se met en place peu à peu et j’ai dévoré ce livre à toute vitesse. Serge Joncour s’est surpassé avec cette histoire d’amour tout en délicatesse, un de mes coups de cœur de la rentrée.

Parfois, à des petits carrefours inattendus de la vie, on découvre que depuis un bon bout de temps déjà on avance sur un fil, depuis des années on est parti sur sa lancée, sans l’assurance qu’il y ait vraiment quelque chose de solide en-dessous, ni quelqu’un, pas uniquement du vide, et alors on réalise qu’on en fait plus pour les autres qu’ils n’en font pour nous.

La suture, de Sophie Daull

 

Alors qu’elle vient de perdre Camille, sa fille de 16 ans, l’auteure se penche sur le passé de sa mère, Nicole, disparue trente ans auparavant. A partir de quelques lettres et photographies, elle tente de reconstituer son existence, entreprenant de déchiffrer les lieux et paysages où Nicole a vécu.

La suture, couvertureJ’attendais beaucoup du second roman de Sophie Daull. J’avais été profondément émue par Camille mon envolée, son premier roman, sorti l’année dernière. Elle y raconte la mort de sa fille et son deuil de manière extrêmement touchante. C’avait été mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2015. Je dois tout de même avouer que je ne voyais pas bien comment elle pourrait renouveler l’exploit tant ce livre était dans l’émotion mais je n’en étais que plus curieuse. La bonne nouvelle c’est que c’est toujours aussi bien écrit. La jeune auteur a décidément un sacré style ! En revanche l’histoire… comment dire ? … on s’en fout ! Je sais, c’est horrible, c’est la recherche des origines, ça devrait me toucher un minimum mais franchement, impossible de m’y intéresser un tant soit peu. J’ai trouvé ça d’un ennui mortel, d’autant plus qu’elle ne découvre finalement pas grand chose. On est loin du déferlement d’émotions du roman précédent. J’avoue avoir eu le plus grand mal à me plonger dans cette lecture – sans jamais d’ailleurs y arriver vraiment – et j’en suis venue à bout avec difficulté. Malgré une belle écriture, un roman qui m’a laissée sur ma faim, une petite déception de la rentrée.

De cette mathématique du fracas et de la perte, je vais poser une équation à deux inconnues : le passé de ma mère, le futur de ma fille. Brouillons éternels. Clairement, ces deux inconnues le resteront pour toujours.

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  1. J’ai découvert Serge Joncour avec « L’écrivain national » l’année dernière, et j’ai aussi été bien séduite par le style ! Je crois que je vais me procurer ce nouveau livre 🙂

    Je ne connais pas Makine, mais tu me donnes envie de découvrir !

    Petite question, à quoi ça ressemble, un style « ampoulé » ?

    • Un style ampoulé c’est le genre qui en fait trop. Ca se prend au sérieux avec de grandes formules et ça vire au ridicule 🙂
      Le dernier Joncour est plus intimiste que L’écrivain national, aucune trace d’humour dans celui-là, même si l’histoire n’est pas sa meilleure (enfin si on n’est pas trop histoire d’amour en tout cas) j’ai trouvé ça hyper sensible comme style.
      Makine c’est encore du romantisme (pour quelqu’un qui n’aime pas, j’accumule !). J’avais trouvé La musique d’une vie juste splendide. Un des rares livres qui m’a fait pleurer.

      • Aaah, je vois 🙂

        Il faut que je teste d’autres Joncour alors !

        Et merci pour la référence de Makine. Quand le romantisme est bien écrit et ne tombe pas dans la mièvrerie, je l’apprécie beaucoup. Il faut que je tente 🙂

    • Le Makine est très bien aussi. Mes deux écrivains chouchous sont sans surprise mes coups de coeur de la rentrée. le reste des nouveautés françaises que j’ai lu m’a moins convaincue.

  2. Bien sûr j’attends impatiemment le Joncour… je l’ai découvert avec ses nouvelles et j’avais converti bien des élèves. Je me suis aussi ennuyée avec le Doll, difficile après un premier roman si beau de faire mieux ou d’égaler. Je te recommande vivement Céline Minard, le grand jeu. J’aime quand une découverte pousse vers une autre lecture, donc j’ai enchaîné avec Faillir être flingué (époustoufflant). Quant au roman de Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait, il est tout simplement superbe. Je réserve le Makine!

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