Mes lectures

Une histoire d’hommes touchante par Zep

         Après plusieurs années de séparation, une bande de copains se retrouve. Ils étaient membre d’un groupe de rock qui a été dissout après l’erreur de l’un d’eux. Sandro a su tirer son épingle du jeu et devenir une star au détriment de sa relation avec son frère. Un week-end suffira-t-il à les réconcilier ?

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          J’avais entendu dire le plus grand bien de cette BD et j’avais hâte de la lire. De l’auteur je ne connaissais que le célèbre Titeuf et j’avoue que je voyais mal ce que ça pouvait donner dans un style aussi différent. A moins de le savoir, difficile de deviner que c’est la même personne qui a donné naissance au célèbre petit garçon à la mèche et à cette histoire d’hommes mûrs aux rêves brisés. Et honnêtement, je trouve que ce sérieux lui réussit.

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          J’ai lu cette BD d’une traite. J’ai été vraiment prise par l’histoire de ces hommes qui essaient de se retrouver. L’univers très rock avait tout pour me séduire et ç’a été le cas ! J’ai également beaucoup aimé l’univers visuel très marqué avec des monochromes qui donnent un petit air mélancolique que j’ai beaucoup apprécié et mettent parfaitement en avant la subtilité de l’histoire qui se cache parfois sous le vernis de l’humour.

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          La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est que cette BD soit trop courte. J’aurais aimé que l’histoire soit un peu plus développée pour en profiter plus longtemps. Malgré ce léger regret, je l’ai trouvée touchante et déroulée avec intelligence. Bien que rapidement esquissées, les relations entre les personnages sonnent juste et ne sont pas dépourvues d’une certaine authenticité. Un joli texte et des dessins réussis pour une BD pour le moins séduisante. 

Mes lectures

Les Sauvages, la géniale fresque de Sabri Louatah

          « L’avenir, c’est maintenant » , c’est ce que promet le favori à la présidentielle à des millions de français. Pour la première fois, un homme issu de l’immigration pourrait diriger le pays. Un vrai bouleversement dans la vie politique. Pendant ce temps, à Saint-Etienne, la famille Nerrouche prépare un mariage. Deux histoires qui vont entrer en collision.

          A Noël dernier on m’a offert les 3 premiers tomes de cette série (les seuls sortis pour le moment). J’ai lu le premier presque immédiatement mais je ne sais pour quelle obscure raison, j’ai complètement oublié de vous en parler. Une fois le troisième tome refermé, je peux corriger cette terrible erreur. Les Sauvages, c’est une grande fresque sociale et politique conçue comme une série télé : une myriade de personnages, des rebondissements à revendre et une histoire forte pour cimenter tout ça. On suit les joies et les déboires (surtout les déboires) de la famille Nerrouche, des immigrés qui vivent paisiblement dans un quartier calme de Grenoble. En même temps, le pays vit un moment majeur de son histoire avec la possible élection à la tête de l’état du premier président arabe.

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          Dès les premières pages, j’ai a-do-ré ce roman. L’écriture est nerveuse et fluide à la fois et on se laisse prendre au jeu de cette histoire à tiroirs. Les personnages sont tantôt touchants, tantôt agaçants, recréant au mieux une famille réelle. J’ai beaucoup aimé cette idée de politique-fiction où le paysage politique français serait bouleversé. Mais ce n’est pas là le seul aspect passionnant de ce texte qui est aussi roman d’aventure et fresque familiale avec quelques aspects tirant sur le polar. De plus, l’écriture n’est pas dénuée d’une certaine ironie tout à fait délectable. Les personnages sont hauts en couleurs et j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre leurs mésaventures. Le premier tome de cette série m’a rendue totalement accro !

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          Le deuxième tome m’a paru légèrement en deçà du premier, mais l’effet de surprise n’y était plus. Je l’ai toutefois dévoré, tout comme le premier. J’ai aimé retrouver cette foule de personnages attachants et suivre la suite de leurs aventures. Peut-être étais-je mieux lunée en m’attaquant au troisième et dernier tome paru car il m’a semblé meilleur que le précédent, renouant avec une plume plus acérée et une histoire plus rythmée. En avançant dans l’histoire, les tomes se font plus longs, ça me donne toujours un peu l’impression d’une écriture moins travaillée. Il faut dire aussi que les auteurs ont tout le temps qu’ils souhaitent pour écrire un premier tome alors qu’une certaine pression arrive avec le succès et la nécessité de rendre la suite rapidement pour ne pas faire attendre les lecteurs. Il en résulte souvent une légère baisse de qualité qui se ressent surtout au niveau de la concision, avec des textes un peu moins retravaillés et par là-même moins mordants. C’est à la fois tout à fait compréhensible et un peu dommage. Mais on est déjà tellement conquis dès le premier tome qu’il faut admettre qu’on n’y prête guère attention.

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          Bien que l’effet de surprise s’estompe et que le style se fasse un peu moins nerveux après le premier tome, on ne peut plus lâcher cette série une fois qu’on l’a commencée. On y retrouve vraiment le côté série télé que voulait lui donner son auteur. On aime la variété des personnages (même si on s’y perd un peu au début, on s’y retrouve vite), les rebondissements à répétition et le suspens quant au sort qui attend chacun. Cette série est très riche et offre le portrait d’une France nouvelle hyper crédible. Un mélange de réalisme et de fiction qui enchante. J’ai lu chacun de ces titres plus vite que le précédent. Je n’ai plus qu’une hâte, que le quatrième sorte en librairies. Initialement prévu pour la rentrée, il a été reporté à une date indéterminée. Une série aux multiples facettes qui ne ressemble à aucune autre et rend accro. Avec son premier essai, le jeune Sabri Louatah signe un coup de maître.

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Krim ne savait jamais comment réagir aux grandes déclarations. Sa mère en faisait souvent elle aussi, avec ces mêmes grands yeux dilatés qui essayaient de vous convaincre qu’on faisait tous partie du même grand chou-fleur de l’espèce humaine.

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Au fin fond de chaque être humain il y avait un réservoir aussi vaste et lumineux qu’un ciel ouvert. Une source vive dont on avait soi-même verrouillé l’accès. C’était ce verrou qui devait sauter. Il fallait s’attacher à ça, à des trésors que personne ne pouvait nous confisquer.

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Croyez-moi, il y a quelque chose de sacré dans la civilisation française. L’énergie nationale… est irriguée par un courant mystique intarissable, par une colère sainte, qui prend sa source dans le fond des âges. Cette colère, vous la verrez se déchaîner dans les jours qui viennent, et vos « preuves » seront aussi utiles qu’un carnet de chèques au milieu du désert de Gobi.

Mes lectures

Chrysis, un très beau roman de Jim Fergus

          Gabrielle a 18 ans quand elle entre aux Beaux-Arts, dans le seul atelier ouvert aux femmes. Très vite, elle prendra pour nom d’artiste « Chrysis » et la jeune fille de bonne famille va découvrir un monde où les mœurs sont pour le moins dissolues. Fascinée, elle va en faire le matériau principal de son art. Elle va également rencontrer Boguey, un cow-boy qui a intégré la légion étrangère pendant la guerre et avec qui elle va vivre une grande histoire d’amour.

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          Jim Fergus nous a surtout habitués à des récits passionnants sur les peuples indiens, comme c’était le cas avec Mille femmes blanches notamment. J’ai été surprise de voir qu’ici il changé totalement de sujet en nous livrant la biographie d’une peintre française du début du XX° siècle. J’avais hâte de découvrir ce texte dont j’avais entendu dire tant de bien. Je dois avouer que je n’ai pas été déçue ! L’écriture est plus fluide que dans les deux autres romans que j’avais lus de l’auteur. Elle a ici une certaine légèreté qui me semble parfaitement coller à l’ambiance du Paris des années 30. De plus, le court texte introduisant le roman et racontant son origine est pour le moins émouvant et offre une lecture toute particulière de ce qui suit.

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          J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir une peintre dont j’ignorais tout. Je ne suis pas experte en la question mais le milieu du Montparnasse dans l’après-guerre m’a semblé extrêmement bien décrit. L’auteur le rend très vivant et nous immerge dans cette effervescence qui y règne. L’histoire d’amour entre Gabrielle et Boguey est très forte sans pour autant sombrer dans la mièvrerie ou les clichés habituels. Elle est simplement belle. Beaucoup de sujets de société sont abordés l’air de rien dans ce roman, la place des femmes notamment. Il nous livre aussi une peinture fascinante du milieu artistique parisien de l’époque. J’ai trouvé ce texte passionnant de bout e bout. Cette lecture est un vrai régal.

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Si tu ne revois jamais cet homme, une partie de toi l’aimera jusqu’à la fin de tes jours. Tu garderas pour toujours le souvenir d’un sentiment pur. L’amour concrétisé est rarement aussi durable.

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Il n’y a pas de sujet qui soit hors de la portée de l’artiste, à partir du moment où il se sent engagé.

Mes lectures

Pas pleurer, un joli texte de Lydie Salvayre

          Lydie Salvayre raconte la Guerre d’Espagne à travers la voix de sa mère, Montse, alors adolescente et qui l’a vécue comme une libération. S’y mêle la voix révoltée, elle, de Bernanos, témoin et dénonciateur des pires atrocités. Deux visions opposées d’un même événement qui résonnent étrangement avec le présent.

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          De Lydie Salvayre, je n’avais lu que BW, très récemment, et que j’avais beaucoup aimé. Il m’avait donné l’envie de lire autre chose d’elle et quand j’ai vu qu’elle publiait un nouveau livre en cette rentrée littéraire, sur un sujet aussi fort qui plus est, je n’ai pas pu résister à la tentation de le lire. J’ai retrouvé avec bonheur le même style enlevé que dans BW, la même énergie. Une écriture plus complexe qu’il n’y paraît et extrêmement maîtrisée, un vrai régal ! Ici, l’auteur donne la parole à sa mère, qui a grandit en Espagne, et retranscrit ses paroles en y laissant les fautes de français et les mélanges entre les deux langues pour un résultat très vivant et plus vrai que nature.

          Quant à l’histoire, elle est bien sûr passionnante. Le sujet choisi est très fort et la manière de le traiter pour le moins originale. Je dois admettre que j’ai quelques lacunes en histoire (à mon grand désespoir) et que je suis loin de connaître les détails de la Guerre d’Espagne. Les quelques livres que j’ai lus sur le sujet étaient toujours assez arides – trop parfois – et j’ai été étonnée par le ton de celui-ci tout comme par son point de vue particulier. Le fait de faire parler sa mère, avec son point de vue singulier et ses imprécisions, rend le récit à la fois accessible et touchant, ça le rapproche de nous. Le fait d’y mêler la voix de Bernanos permet de rétablir dans le même temps une autre vérité historique, celle des exécutions et de l’horreur. Un très joli texte, léger, tendre, émouvant.

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Il faut que tu comprends qu’à cette époque-là, les racontages remplacent la télévision et que les villageois, dans leur appétit romantique de disgrâces, et de drames, y trouvent matière à rêves et à inflammations.

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Ma mère est une mauvaise pauvre. Une mauvaise pauvre est une pauvre qui ouvre sa gueule.

Mes lectures

L’emprise, Marc Dugain

          Un favori à l’élection présidentielle, le président d’un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue… Qu’est-ce qui peut les relier ? Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien.

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          Un jour que j’étais à la librairie, je suis tombée sur Marc Dugain qui présentait son dernier roman. Je ne connaissais pas du tout cet auteur mais ce qu’il racontait était vraiment passionnant et m’a donné très envie de lire son livre. Pourtant, la lecture ne s’est pas avérée à la hauteur de mes espérances. J’ai trouvé le style bien faiblard. Même si l’auteur avoue lui-même s’être plus concentré sur l’histoire que sur l’écriture, je ne pensais pas que c’était à ce point. Je ne m’attendais pas à de la grande littérature mais là ça a quand même grandement gâché mon plaisir. Quant à l’histoire… et bien là aussi, je m’attendais à mieux !

          L’auteur semble extrêmement bien renseigné sur les services secrets et les dessous du pouvoir ; pourtant, j’ai trouvé qu’il parvenait assez mal nous faire partager son expérience. Il y a beaucoup de personnages dont les histoires sont alternées d’un chapitre à l’autre et j’ai trouvé qu’il était difficile de se retrouver. L’auteur se disperse un peu et on a du mal à trouver un fil conducteur à ce livre et à comprendre où il va. Entre un style assez pauvre et une histoire décousue, je n’ai pas réussi à venir à bout de ce roman qui avait pourtant sur le papier tout pour me plaire.

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On dit que pour être adulte, il faut avoir pardonné à ses parents tout en étant capable de garder sa part d’enfant. Je vous ai pardonné. Et pour la part d’enfant, la politique s’en charge. Tu sais, c’est comme dans la cour de récréation. Les mêmes haines, les mêmes alliances, la loi du plus fort. On ne vieillit jamais dans ce milieu, c’est l’avantage.

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Il définissait la mondialisation comme une perte de contrôle des gens sur leur propre vie en contrepartie de l’opportunité de consommer moins cher. La mondialisation était selon lui peu ou proue la continuation du modèle colonial. Les nations développées continuaient à se procurer des matières premières et de la main-d’œuvre à bas prix.