Mes lectures

Le Premier Homme – Albert Camus

          Jacques se souvient de son enfance à Alger, dans une famille pauvre mais aimante, à sa façon. Une vie simple et dure où l’amitié et les petits plaisirs prennent toute la place. Des jeunes années difficiles qui vont forger la personnalité du jeune Jacques et le marquer durablement. 

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          Le premier homme est le manuscrit sur lequel travaillait Albert Camus au moment de sa mort. Il reste inachevé et les nombreuses notes de bas de page sont autant de témoignages de l’écriture en cours, avec ses hésitations. L’écriture est très agréable, même si on sent par moments que le texte n’est pas fini. Il y a parfois des longueurs et quelques passages mériteraient d’être retravaillés, pourtant, quand on lit ce texte, on est avant tout marqué par la maîtrise et la qualité du style. On n’en est que plus frustré de le savoir inachevé, et on pense au chef-d’oeuvre qu’il se serait sans doute devenu.

          Si l’écriture d’une grande qualité, l’histoire n’est pas en reste. Ce roman est largement autobiographique et cela se ressent dans la force des souvenirs évoqués. Il y a beaucoup de tendresse dans ces lignes, malgré la rudesse de la vie qu’elles décrivent. C’est simple et dur, grillé par le soleil, où jamais rien n’est superflu, et où se cache pourtant une certaine beauté. Plus encore que la beauté de l’écriture, j’ai apprécié l’univers qu’elle esquisse, sec et intransigeant. Certains des souvenirs d’enfance de l’auteur sont particulièrement forts et émouvants, et on ne peut qu’admirer son incroyable parcours. Un très beau livre dont on ne peut que regretter qu’il n’ait pu être fini.

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La mémoire des pauvres est déjà moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise.

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Une défiance résignée à l’égard de la vie, qu’ils aimaient animalement mais dont ils savaient par expérience qu’elle accouche régulièrement du malheur sans même avoir donné de signes qu’elle le portait.

Jeunesse·Mes lectures

Le pacte de Minuit, t2, Les secrets du monde perdu – David WHITLEY

          A la fin du tome 1, on avait laissé Marc et Lili aux portes de la ville, face à l’inconnu. Ils doivent à présent se débrouiller seuls dans un territoire hostile dont ils ignorent tout. Nombreuses sont les aventures qui les attendent pour accomplir leur destin.

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          J’avais absolument adoré le tome 1 de cette série pour adolescents. Une véritable révélation. Je dois admettre que j’avais toutefois largement oublié les détails de l’histoire en me lançant dans la lecture de ce deuxième volet. Cela n’a pas tellement gêné ma lecture. En effet, nos deux jeunes héros se retrouvant dans un univers totalement différent, on arrive à suivre sans trop de problèmes l’avancée des événements, sans compter que les grandes lignes sont rappelées quand le besoin s’en fait sentir. En revanche, je ne sais pas si c’est ma mémoire qui me joue des tours mais j’ai trouvé ce tome moins travaillé que le précédent. J’avais aimé l’univers très fouillé, qu’on retrouve un peu moins ici, et également le style de très bon niveau, qui m’a semblé un rien en dessous. Mais peut-être en attendais-je un peu trop.

          On sort donc de la cité d’Agora dans ce tome, pour aller explorer les forêts mystérieuses. Un monde qui m’a un peu moins inspirée, étant sans doute un peu moins surprenant. Toutefois, cela permet à l’histoire de se renouveler en prenant un tour totalement différent, ce qui n’est pas dénué d’intérêt. Nos deux jeunes héros ont grandi et ne sont plus vraiment des enfants. Ils vont être confrontés à une culture différente de la leur, devoir s’y adapter, et faire des choix difficiles. Les manoeuvres politiques et autres magouilles en tous genres sont moins présentes dans ce tome, ce qui m’a un peu manqué. Toutefois, on retrouve les personnages avec grand plaisir et on se délecte de leurs nouvelles aventures. Un livre qui se dévore et qu’on ne referme qu’à regret. Vivement la suite !

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Car telle était la vraie raison d’être du pouvoir, songea-t-il. Savoir quand intervenir et quand laisser les autres agir pour vous.

Mes lectures

Isadora Duncan – Josépha MOUGENOT et Jules STROMBONI

          Isadora Duncan, une femme indépendante qui semble habitée depuis sa plus tendre enfance par une vision intuitive et naturelle de la danse qu’elle n’aura de cesse de développer toute sa vie durant. Une femme hors du commun devenue un véritable mythe.

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          Cette BD sur cette femme exceptionnelle me tentait beaucoup, j’ai toujours admiré le parcours d’Isadora Duncan, si fascinant, et j’étais contente de pouvoir en apprendre un peu plus à travers cette BD qui retrace sa vie.  J’ai beaucoup aimé les dessins, un trait assez léger et plein de poésie qui m’a semblé assez bien retranscrire son univers. Il y a assez peu de texte et l’histoire est retracée à travers les épisodes les plus marquants de la vie de la danseuse. Un découpage en chapitre, comme autant de tranches de vie. J’aurais parfois aimé que ce soit un peu plus développé, en apprendre plus, avoir des détails, pour donner plus d’épaisseur à cette grande dame dont le portrait n’est ici qu’esquissé. Mais pourtant, les grands moments y sont, on la découvre un peu à travers peu de mot et on referme ce livre avec l’envie d’en apprendre un peu plus. Une BD très agréable dont j’ai beaucoup apprécié la lecture et dont l’univers visuel plein de poésie m’a fait voyager.

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Isadora Duncan

De Jules Stromboni et Josepha Mougenot

Editions Naïve

104 pages

23 €

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Et pour découvrir l’univers de l’artiste, c’est par !

Jeunesse·Mes lectures

Le vieux fou de dessin – François PLACE

          Tojiro est un jeune vendeur des rues dans le Japon du XIX° siècle. Un vieil homme qui semble un peu fou lui achète ses gâteaux. Ils sympathisent peu à peu et il lui propose de devenir son élève. Ce vieil homme, c’est Katsushika Hokusai, le plus grand artiste de son temps.

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        Cet album est aussi beau que prenant. Le petit Tojiro est un personnage très attachant et sa formation est l’occasion pour le jeune le lecteur (ou le moins jeune), de découvrir les techniques de l’estampe, en même temps qu’un petit morceau d’histoire japonaise. J’ai beaucoup aimé la manière dont les choses sont amenées, intégrées dans le cours de l’histoire. L’écriture est agréable, pas du tout infantilisante  tout en restant très claire, elle s’adresse aussi bien aux petites qu’à leurs aînés.

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          Les illustrations, qui sont bien dans l’esprit des travaux d’Hokusai, complètent très bien l’histoire et nous plongent dans l’ambiance d’Edo. Le texte est très dense et se rapproche presque d’un essai version jeunesse. Un style assez intéressant que j’ai bien aimé.  Je pense que c’est exactement le genre de livre que j’aurais aimé étant enfant, même s’il est sans doute un rien trop sage et studieux à mon goût, un petit brin de folie l’aurait rendu inoubliable. Une histoire qui s’adresse plutôt aux enfants déjà un peu grands et d’un naturel curieux. Un texte passionnant et des illustrations qui font voyager. Une belle découverte.

Mes lectures

Saute le temps – Roger RUDRIGOZ

          Le journal d’un écrivain mordant et ironique. Dont l’insolence n’épargne personne dans ce début des années soixante-dix. Un pamphlétaire qui s’attaque aussi bien aux hommes de lettres qu’aux politiques, ne s’épargnant pas lui-même. Un journal sans langue de bois.

          Je dois admettre que je ne connaissais absolument pas Roger Rudrigoz avant d’ouvrir son journal, je n’en avais même jamais entendu parler. Toutefois, la beauté du livre (avec deux citations en couverture qui font vraiment envie) et la quatrième de couverture, me tentaient beaucoup ; tout cela était de bon augure. A vrai dire, ça n’a guère duré. Je n’ai pas du tout accroché avec le style de l’auteur. Mais alors, vraiment vraiment pas ! Une écriture saccadée et un style un peu décousu auxquels j’ai tendance à préférer les choses un peu plus rondes. Sans compter que le problème avec le journal, c’est que c’est condamné à vieillir et certains passages d’actualités au moment de l’écriture n’évoquent plus grand chose (voir plus rien du tout) aujourd’hui. Il y a pourtant quelques réflexions bien senties dans ce texte et j’aurais aimé arriver à entrer dans cet univers. Une rencontre ratée. 

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Rien ne m’enlèvera de l’idée que le problème littéraire numéro un, pour les trois quart des écrivains, c’est de manger, un point c’est tout ! Pas d’inventer un nouveau langage ou de découvrir un monde que personne n’a encore décrit. (Il faut laisser ça aux astronautes.)

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Comment arriver à rendre dans ce Journal ce mélange de souvenirs et d’actualité qui forme la trame de la vie ?