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Macbeth à la Cartoucherie, un spectacle époustouflant

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          Il y a très très longtemps que je voulais voir une mise en scène d’Ariane Mnouchkine. Parce que je suis tombée amoureuse de son Molière il y a longtemps, parce qu’elle a des valeurs que j’admire et qu’elle les applique à la lettre, parce que son théâtre est devenu mythique. Je n’avais jamais eu l’occasion jusque-là et j’ai été très heureuse de pouvoir avoir deux places pour y aller avec ma maman, qui m’a transmis l’amour de théâtre. Nous avons eu la chance de tomber sur un jour de grand soleil et de chaleur relative alors que l’automne était déjà bien entamé, ce qui nous a permis de marcher un peu dans le bois de Vincennes en nous rendant à la Cartoucherie. Une fois qu’on a retiré ses places, le principe est simple : on choisit soi-même son emplacement sur un grand tableau, premier arrivé, premier servi ! Nous avons eu de la chance car bien que la moitié des places ayant déjà été prises, nous avons réussi à prendre les deux dernières qui étaient libres au milieu du second rang. Ca s’annonçait bien. Il ne restait plus qu’à attendre que les portes s’ouvrent pour prendre un bon repas à l’intérieur avant les 4h de représentation, que je craignais de trouver un peu longue, je l’avoue.

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          A 12h30, les portes s’ouvrent, et – ô surprise – c’est la maîtresse des lieux elle-même qui nous accueille et contrôle les billets. Grand moment d’émotion ! D’autant plus que derrière elle, on découvre une grande salle avec des tables recouvertes de nappes blanches, des serveurs en livrée et un portrait géant de William Shakespeare qui recouvre un mur. Sans mentir, c’était tellement beau que j’en ai eu les larmes aux yeux (si, si, je vous jure). Toute la salle est décorée en fonction de la pièce jouée, c’est magnifique ! Pour me remettre de mes émotions, le repas nous attendais : une bonne soupe, très complète, et un petit dessert, le tout pour une douzaine d’euros. C’est agréable de partager sa table avec d’autres spectateurs et de pouvoir échanger avant le spectacle, ce qui est finalement plutôt rare. Une fois l’estomac plein et un café avalé pour tenir toute l’après-midi, nous n’avions plus qu’à profiter du spectacle. Là encore, une surprise avant le début de la pièce : on peut voir les acteurs se préparer en coulisses, puisque les loges sont situées sous les gradins et que des petites fenêtres sont découpées dans le rideau qui les sépare du hall afin qu’on puisse jouer les voyeurs. Une fois dans le théâtre, j’ai arrêté de prendre des photos, les deux du spectacle sont empruntées à Michèle Laurent.

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          La première chose qui m’a marquée quand le spectacle à commencé, c’est le décor, pour le moins imposant. Les costumes ne sont pas en reste et une musicienne fait des merveilles avec les percussions pour créer une ambiance sonore unique. Mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Au fil des scènes, le décor est changé avec une dextérité impressionnante. J’ai beaucoup aimé ces changements d’ambiance parfois radicaux et la fluidité avec laquelle ils sont effectués. J’ai eu l’impression que c’était un véritable film qui se déroulait sous mes yeux. La mise en scène est époustouflante. Elle regorge d’idées, et j’ai aimé le déploiement de moyens, ça va de la petite trouvaille absolument géniale à la grosse machinerie : on en prend plein la vue. Je craignais un peu de trouver le temps long devant Macbeth, une pièce assez obscure et dont le côté fantastique ne m’emballe guère. Là j’ai trouvé les sorcières très réussies justement (mais TOUT est réussi !). Ariane Mnouchkine parvient à moderniser cette histoire et à l’intégrer parfaitement dans un univers contemporain. Vraiment très fort.

          La troupe est très conséquente et j’ai rarement vu un tel niveau sur scène. Chaque rôle est tenu à la perfection. J’ai trouvé la deuxième partie un peu longue, il faut dire que la folie me met toujours très mal à l’aise et qu’on en a là un très bel exemple. Je pourrais vous en parler pendant 3 jours mais que pourrais-je dire de plus que « tout était parfait » ? Les acteurs sont excellents, la mise en scène est impressionnante, le lieu est magique. Honnêtement, en sortant, je me suis dit que ça allait forcément devenir mon mètre-étalon et qu’à 80 ans je serai surement encore à radoter à la sortie d’une pièce vue avec mes petits-enfants « oui, c’était pas mal mais de mon temps, si vous aviez vu le Macbeth de Mnouchkine, ça c’était du théâtre ! » Il faut dire que non seulement c’est une scénariste de génie qui a su très bien s’entourer mais elle a créé un lieu dans lequel on a envie de rester, et c’est ça qui fait toute la différence : le repas partagé avant le spectacle, le goûter au soleil pendant l’entracte, les gens qui flânent devant la librairie à la sortie. Ici on ne vient pas juste voir une pièce, on vient partager un moment unique. Du lieu à la mise en scène, tout est démesuré, tout simplement magique. Un grand moment de théâtre que je ne suis pas prête d’oublier.

« Mangeront-ils ? » une pièce surprenante au TNT

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          Fou amoureux de Lady Janet, le roi la poursuit sur une île après qu’elle se soit enfuie avec Lord Slada. Ils se sont réfugiés dans un cloître où l’eau et la nourriture sont empoisonnés. Il se trouve au fond d’une forêt dans laquelle vivent une sorcière et un vagabond. Ce dernier décide de les aider. Arrivera-t-il à échapper aux gardes qui les pourchassent pour leur ramener leur pitance ? Les amoureux mangeront-ils ?

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          Je ne connaissais pas ce texte que Victor Hugo a écrit durant son exil à Guernesey. Une pièce en vers rocambolesque qui parle de justice et de vérité, de la lâcheté des puissants et de la grandeur des faibles. On oscille entre drame et comédie, entre romantisme et burlesque. Les genres se mêlent et si la pièce connaît des longueurs et d’interminables envolées lyriques (on connaît mon peu de goût pour la chose…), certains passages sont au contraire enlevés et cocasses. On alterne ainsi entre des moments intimistes d’introspection et d’autres de franche rigolade avec des rimes parfois improbables. J’avais déjà noté cette propension aux rimes faciles dans Hernani, elle se confirme ici mais avec plus de succès, le propos s’y prêtant mieux. Le sujet quant à lui demeure éminemment politique, Hugo dénonçant la tyrannie du pouvoir. Si le texte est parfois bancal, assez dans l’ensemble assez inégal, on y trouve quelques belles réflexions et réparties cinglantes qui méritent le détour.

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          Ce qui fait la force de cette pièce, ce n’est donc pas son texte somme toute assez médiocre, mais bel et bien la mise en scène fabuleuse que signe Laurent Pelly. Pour en revenir à un débat sur une autre mise en scène d’Hugo vue récemment : oui, définitivement oui, une bonne mise en scène peut sauver un texte moyen, tout comme une mauvaise mise en scène peut rendre insipide le plus beau des écrits d’ailleurs. Ceci étant dit, revenons-en à nos moutons : une mise en scène somptueuse donc. Lever de rideau : une forêt sur scène. Oui, oui, rien que ça, des troncs d’arbres blancs, monumentaux, qui occupent tout l’espace. C’est beau, ça impressionne, ça nous en met plein la vue, rien qu’avec ça, je suis émerveillée, et je vais même le rester jusqu’au bout. Je serai bien incapable d’énumérer toutes les qualités déployées mais notons tout de même les magnifiques jeux de lumière qui créent de très belles ambiances et les bruitages qui donnent du relief au texte, toujours fort à propos.

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          J’ai vraiment été plongée dans la forêt avec les personnages et ce qui se passait sur scène m’a totalement fascinée. Du côté de l’histoire, comme je vous le disais, il y a quelques longueurs. J’étais d’ailleurs tellement épuisée le jour où j’ai vu la pièce que je dois bien admettre avoir quelque peu piqué du nez par moments… Les longs monologues m’ont parfois un rien lassée, d’autant plus qu’ils n’étaient pas toujours très audibles. En revanche, si la première partie est un peu longuette, la seconde est beaucoup plus dynamique. Le roi et le vagabond sont particulièrement convaincants, ce dernier notamment a de loin les meilleures réparties de la pièce et Jérôme Pouly, exceptionnel dans ce rôle, s’en donne à coeur joie. Un vrai régal ! Malgré un début un peu lent et un texte plutôt moyen, j’ai beaucoup aimé cette pièce qui mêle les genres et aborde avec légèreté des sujets passionnants chers à Hugo. Et bien sûr, j’ai adoré cette mise en scène moderne et inventive qui parvient de bout en bout à nous faire rêver. Une pièce qui n’est pas dénuée de faiblesses mais sort amplement de l’ordinaire et mérite amplement le détour.

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 Mise en scène, scénographie, costumes : Laurent Pelly

Jérôme Pouly de la Comédie-Française
Charlotte Clamens
Georges Bigot
Philippe Bérodot
Charlotte Dumartheray 

Cédric Leproust 
Rémi Gibier
Clément Durand
Gérôme Ferchaud
Antoine Raffalli
Matthieu Tune

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Mangeront-ils ? de Victor Hugo

Théâtre National de Toulouse

1, rue Pierre Baudis

Jusqu’au 20 avril, puis en tournée

25 €

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Quand l’estomac trahit, l’amour est en danger.

Le coeur veut roucouler, le gésier veut manger.

Le coeur a ses bonheurs, l’estomac ses misères,

Et c’est une bataille entre ces deux viscères.

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Vous, vous allez régner à votre tour. Enfin,

Soit. Mais souvenez-vous que vous avez eu faim.