Archives de Tag: nouvelle

Deux textes courts et percutants

Par défaut

Voici deux textes courts dont je n’attendais pas forcément grand chose et qui ont finalement été de bonnes surprises. Deux styles totalement différents mais dans leur genre, deux réussites.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon

J’ai depuis longtemps ce livre en moi. Il relate la disparition de ma mère, alors que j’étais encore un enfant. C’est un court roman, plus précisément une autofiction, c’est-à-dire une autobiographie consciente de son impossibilité : je ne suis jamais que la fiction de mes souvenirs, de ma mémoire. C’est un livre sur l’enfance et l’innocence, sur l’aveuglement et la perte. Sur l’écriture, aussi. Un livre du « je » que j’aimerais croire universel : un enfant, sa maman, la mort.

Tu vivras toujours, Arnaud Genon, couvertureCe texte a été écrit par un spécialiste de l’auto-fiction et plus particulièrement d’Hervé Guibert. Je l’avais contacté lorsque je rédigeais mon  mémoire de master sur l’homme au chapeau rouge. Quand il m’a proposé de m’envoyer son premier roman pour que je le lise, j’ai bien accepté. J’étais à la fois flattée et un peu inquiète : et si je n’aimais pas ? Difficile de descendre quelqu’un qu’on apprécie, en même temps, les critiques acerbes sont un peu ma marque de fabrique (moins en ce moment comme me l’ont fait remarquer certains). Je n’étais donc pas particulièrement sereine en entamant ma lecture d’autant plus que l’auto-fiction, bien que j’aie écrit un mémoire sur le sujet, n’est pas particulièrement mon truc. Finalement, ce texte a été une très bonne surprise. L’écriture est très belle, pleine de sensibilité. L’auteur nous y parle de la mort de sa mère lorsqu’il était adolescent, essayant de se remettre dans la peau de l’enfant apeuré qu’il était alors. Je trouve que le deuil en littérature est un sujet difficile tant chacun le ressent différemment. J’ai souvent beaucoup de mal à m’identifier et à partager la douleur de l’autre. Ca n’a pas été le cas ici où les choses sont amenées avec beaucoup de délicatesse. La distance aidant sans doute, le ton est bien nostalgique qu’éploré : une certaine pudeur est à l’oeuvre que j’ai trouvée touchante. Un très beau texte à l’écriture simple et élégante, tout en sensibilité, un très bel hommage que rend l’auteur à sa mère disparue.

La nuit des friches, Franck Pavloff

Une friche donc, au bord d’un canal, quelque part en France. Des murs éventrés dressés comme des souvenirs gigantesques. Autour, des ménagères rêvant à leurs anciennes amours, des retraités se réfugiant dans l’art, des gens isolés et féroces. Dedans, des squatteurs, des paumés, des destins solitaires subitement unis. Et puis un jour, un homme arrive, réveille les souvenirs bons et mauvais. Et tout bascule.

La nuit des friches, Franck Pavloff, couvertureOn change complètement de d’univers avec ce texte-ci. Là encore, j’étais un peu frileuse au moment d’entamer ma lecture : texte court, édition inconnue, la méfiance était au rendez-vous. De prime abord, je ne pensais pas connaître l’auteur, et puis j’ai découvert qu’il avait écrit Matin brun, cette nouvelle particulièrement forte sur le racisme qu’on trouvait pendant longtemps en vente à la caisse de toutes les librairies et qui  fait un vrai carton. J’ai retrouvé dans ce texte la même écriture un peu âpre, qui recèle une part de violence qui la rend particulièrement percutante. On est ici face à une histoire d’amour et de révolte. Une jeune fille paumée, un vagabond, une mère de famille bourgeoise et un retraité dont les routes vont se croiser. Quatre destins liés d’une manière ou d’une autre. Une certaine colère transparaît entre les lignes de ce texte court à l’écriture incisive. Le jeune vagabond semble insuffler un désir de liberté à quiconque croise sa route, semant un vent de contestation dans son entourage. Les personnages sont assez attachants et j’ai trouvé leurs relations intéressantes. Un beau texte sur les marges de la société qui donnerait envie de se rebeller.

Ces deux textes ont également été l’occasion de découvrir deux maisons d’édition : Le Verger et La Rémanence. Deux jolies découvertes, j’essaierai d’aller voir à l’avenir ce qu’elles proposent et peut-être pourrai-je vous en parler plus longuement à l’occasion.

Le lecteur – une nouvelle très réussie de Patricia Matin Desffrennes

Par défaut

Le narrateur aime lire depuis toujours. Lorsque sa vie bascule, c’est donc tout naturellement qu’il se réfugie dans la littérature. Mais qui se cache derrière ces pages dans lesquelles il se reconnaît ? Pour lui la quête de vérité commence.

9782916159300

Le lecteur est une nouvelle dont je ne connaissais absolument pas l’auteur. Elle est éditée par une maison d’édition qui semble spécialisée dans les textes courts et que je ne connaissais pas non plus. Le titre m’attirait beaucoup et j’aime découvrir de nouvelles maisons d’édition, je me suis donc laissée convaincre. Je dois avouer que je n’ai absolument pas regretté ce choix. J’ai vraiment beaucoup aimé ce petit texte assez surprenant et très bien construit.

Il m’a vaguement rappelé quelque chose mais je ne saurais dire quoi. Peut-être Bartleby (que je n’ai pas aimé et dont il ne me reste aucun souvenir, ne me demandez pas pourquoi c’est le première chose qui me vient à l’esprit…). Même si on ne peut pas à proprement parler de suspens, on s’approche d’une trame policière ou vaguement fantastique. J’ai beaucoup aimé ce jeu avec les genres qui une fois le livre refermé, laisse planer un certain mystère.

AVT_Patricia-Martin-Deffrennes_4100

Ce court texte s’avère riche et questionne sur le pouvoir de la littérature et l’importance qu’elle peut prendre dans nos vies. En tant que lecteur, on s’identifie forcément un peu au personnage qui se reconnaît dans ses romans favoris. Le style est assez classique mais agréable et le tout fonctionne très bien. Une nouvelle très réussie que j’ai pris grand plaisir à lire.

L’invité d’un jour – Truman Capote

Par défaut

          Buddy aimerait bien l’école, simplement, il déteste Odd Henderson, une brute épaisse qui le martyrise et ne semble pas avoir d’autre but dans la vie que de l’humilier. Sa seule amie est Miss Sock, sa vieille cousine un peu bizarre. Mais tout va se compliquer le jour où elle va vouloir l’aider à régler son problème.

          Un court texte autobiographique de Truman Capote dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai été très contente de découvrir au hasard d’une de mes descentes en librairie. J’ai découvert par la suite que cette nouvelle était assez connue mais généralement éditée en jeunesse. Le sujet de ce livre dénote déjà d’une certaine fascination de l’auteur pour la violence et les êtres troubles. Une manière sans doute aussi d’exorciser une période difficile de son enfance. En revanche, j’ai trouvé l’écriture un peu fade comparé à la maîtrise dont sera capable Truman Capote dans d’autres textes. Un style encore un peu jeune qui m’a rappelé celui de son premier roman (vous pouvez retrouvez la critique ici). Si cette nouvelle n’est pas désagréable à lire, je ne lui ai pas trouvé non plus grand intérêt. Il y a bien mieux pour découvrir cet auteur.

product_9782070279999_195x320

Il te cherche querelle par jalousie. Il n’est pas bien habillé et joli comme toi.

_______________

Mais je veux te voir heureux, Buddy. Fort, capable d’affronter le monde. Et tu ne pourras jamais te débrouiller tant que tu n’auras pas trouvé moyen de t’entendre avec des gens comme Odd Henderson et réussi à t’en faire des amis.