Mes lectures

Anne PLANTAGENET, Pour les siècles des siècles

          Un recueil de nouvelles qui raconte des histoires d’amour, qui débutent ou qui finissent. Des histoires en cours, des histoires naissantes, de belles rencontres, ou des séparations, tragiques ou accueillies avec soulagement. En un mot, l’histoire de la vie. Du bonheur et des doutes, et la mort qui s’immisce parfois. Et toujours cette même question : « A quoi ça tient, une vie ? »

          Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les histoires d’amour et moi, ça fait deux ! J’ai tout de même tenté de me lancer dans celles-là parce que 1) je les avais dans ma bibliothèque, 2) j’en avais entendu dire le plus grand bien et 3) n’ayant pas lu la 4° de couverture je ne savais pas vraiment de quoi ça parlait. Je ne regrette pas du tout ce concours de circonstances plutôt heureux. Pour commencer, c’est bien écrit. L’écriture est agréable et fluide, premier bon point.

          Ces 7 nouvelles ont bon nombre de points communs. Ca pourrait presque être la même histoire répétée de manière différente, tant certains détails qui reviennent sont troublants (un brin d’autobiographie là-dedans peut-être ?). Pourtant, nulle répétition. Pour paraphraser Verlaine, « qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Il y a beaucoup de charme dans ces textes dans lesquels on se retrouve forcément un peu. Les questions que pose l’auteur sont universelles : peut-on aimer toujours ? est-il possible de ne pas sombrer ans l’ennui face au quotidien ? est-on plus heureux quand on aime ? Un recueil réussi qui donne envie de découvrir cette auteur prometteuse.

Qui aime la chère aime la chair. Qui est capable de passer trois heures à palper, pétrir, émonder, peler, râper, émincer, pour un plaisir aussi éphémère qu’un repas, est un jouisseur de premier ordre. Un obsédé sensuel.

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L’amour ça va ça vient, c’est pas pour toujours (…). Un feu il faut forcément qu’il s’éteigne à un moment ou à un autre (…). On a beau rajouter du petit bois, arrive une heure où on a épuisé ses réserves et puis c’est tout.

Mes lectures

Jack LONDON, Construire un feu

       Un recueil de nouvelles comme Jack London en a le secret : le Grand Nord dans toute sa splendeur, le froid, l’immensité des paysages, la mort qui n’est jamais très loin et des hommes hors du commun forgés par cette nature inhospitalière. 

          Je vais me répéter, j’en ai bien peur. Je vais donc faire bref. Jack London dépeint les grands espaces comme personne. Ses récits nous propulsent tout droit dans une nature aussi impitoyable que terriblement belle. J’ai retrouvé dans ces nouvelles le vent de liberté qui soufflait dans L’amour de la vie.

         La rudesse de l’écriture et sa force me fascinent toujours autant. J’ai avec surprise retrouvé dans la cruauté de certaines de ces nouvelles un petit quelque chose de Maupassant. Une écriture intransigeante et des aventures à couper le souffle. Pour moi Jack London reste l’un des plus grands auteurs du début du XX° siècle. Éblouissant.

Rien que de la barbarie. Chaque année, lui dont le coeur ne vivait que pour les studios,  les théâtres et les cours, il avait été cerné par elle. Il avait acheté sa vie avec du sang.

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Mais, à cette température, lorsque les pieds sont mouillés et en train de geler, il ne sert à rien de courir pour réactiver la circulation. On a beau foncer comme un dératé, les pieds mouillés n’en gèleront que plus fort.

Mes lectures

Charles BUKOWSKI, Contes de la folie ordinaire

          Tout le monde connaît les frasques de Bukowski, notamment chez Bernard Pivot. Pourtant, je n’avais jamais ouvert un de ces livres. Une erreur que j’ai souhaité réparer en m’attaquant à ces nouvelles au titre évocateur. 

           Ces nouvelles collent dans l’ensemble très bien à l’image quelque peu stéréotypée que j’avais de l’auteur : un génie alcoolique imbu de lui-même. La plupart de ses personnages sont ses doubles littéraires. Dans l’ensemble, des nouvelles très dures et sans espoir. Sexe, violence et misère, décrits sans compromis avec une grande brutalité.

             Une littérature qui refuse la concession et semble nous mettre sans cesse au pied du mur. Quelques très belles nouvelles mais le tout se répète un peu trop pour ne pas lasser à la longue. A ne pas lire d’une traite donc. Un recueil qui m’a moyennement emballée mais sort largement du lot et mérite le détour, loin de la littérature aseptisée qui nous envahit.

– Ouais ! Tu me frappes mais tu frapperais jamais un mec ! T’as rien dans le ventre !

– Je veux, que je frapperai jamais un mec ! Tu me prends pour un cinglé ? Où est le rapport ?

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Le poésie en dit long et c’est vite fait ; la prose ne va pas loin et prend du temps.

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Il n’y a rien que des mauvais ou des très mauvais gouvernements.

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– Et toi, tu es paranoïaque ?

– Evidemment, comme tous les gens normaux.

Mes lectures

Jean GIONO, Le noyau d’abricot

          Quatre nouvelles inédites de Jean Giono. Des textes de jeunesse qui s’inscrive dans la tradition des contes orientaux et persans : un ancien amant changé en noyaux d’abricot, l’origine des oliviers, comment lutter contre l’ennui avec un brin de raisin ou encore le destin qui se venge d’un prince. Un programme appétissant !

          On sent à la lecture que ces textes ne sont pas aboutis. Ca manque un peu de maturité (ou de maturation ?). On y retrouve un peu l’esprit des premiers textes de Giono, Colline, Regain ou Le serpent d’étoiles. Des grandes envolées lyriques que j’apprécie assez peu. Le meilleur de l’auteur n’est donc pas là, mais c’est quand même toujours le même plaisir de retrouver un peu par hasard un auteur qu’on aime et qu’on avait un peu délaissé. Ces textes ont le charme des retrouvailles qu’ont toujours les inédits.

         Pour ceux qui ne connaîtraient pas Giono et voudraient le découvrir, 3 grands textes : Le hussard sur le toit, évidemment ! on ne le présente plus, Un roi sans divertissement, plus sombre, près du polar, et mon préféré, Deux cavaliers de l’orage, un texte magnifique sur la rivalité entre frères.

La princesse ayant envie…

La Princesse ayant envie de goûter aux bergerades, avait mis une jupe de fausse futaine et chaussé de mignons sabots tournés dans un billot de cèdre saint que ses vaisseaux avaient pris aux lointaines îles.

Elle possédait une ferme dans l’enceinte de son parc, car ce besoin bucolique la poignait assez souvent, et ce jour-là – un jour qui palpitait à la limite de l’automne – elle vint sous la treille déguster les lourdes panses de ses raisins muscat.

Mes lectures

Jean-Claude IZZO, Vivre fatigue

          Un court recueil de nouvelles. Jean-Claude Izzo est marseillais, il croque ici des instants de vie dans les quartiers populaires. Racisme, amour déçu, autant de tragédies pour les héros de ces textes.

          Le style est un peu âpre. Les phrases simples, le verbe cru, comme les scènes qu’ils décrivent. Les histoires sont celles de la vie quotidienne. Jean-Claude Izzo nous décrit avec talent la vie du port et de ses habitants, sans en ajouter des tonnes. Le titre résume très bien l’esprit du texte, emprunt d’une certaine langueur. J’ai apprécié cette simplicité si efficace et ses histoires si proches de nous. Sans être exceptionnel, un livre agréable, indémodable. J’ai particulièrement aimé la nouvelle qui a prêté son nom au recueil.

Ils avaient parlé, et elle avait bu. Les marins parlent facilement. De leurs voyages. De la mer. Théo parla de la vie. De lui. Il naviguait contre la mort. Il avait raconté beaucoup de choses, mais elle avait retenu ça. Elle avait levé les yeux vers Théo. Son regard était posé sur elle. Un regard absent. Elle s’était reconnue dans ce regard.