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Comme un karatéka belge qui fait du cinéma

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          Galeriste parisien, homme mondain et raffiné, le narrateur se voit replongé dans son passé par l’arrivée d’une lettre de son frère. L’homme qui a renié ses racines et tout fait pour faire oublier d’où il vient est troublé par cette incursion de ceux qu’il a rejetés dans sa vie bien rangée. Il se souvient de son enfance et de son rêve de faire du cinéma. 

          J’avais beaucoup ri avec Le front russeen revanche, La campagne de France m’avait beaucoup déçue. J’attendais donc avec ce nouveau roman de voir de quel côté allait pencher la balance concernant mon amour pour Jean-Claude Lalumière. La libraire qui me l’a vendu m’avait dit qu’on retrouvait ici l’humour truculent du premier, j’étais donc très enthousiaste en commençant ma lecture. Et c’est vrai qu’il y a une certaine finesse dans ce roman, avec quelque chose de l’humour si particulier qui m’avait tant séduite quand j’ai découvert cet auteur. Pourtant, point de fous rires à la lecture cette fois. Le sujet est beaucoup plus grave, on est moins dans l’auto-dérision qui dans un ton doux-amer. Le sujet des origines me touche toujours beaucoup, étant moi-même très attachée à mes racines mais exilée bien loin des miens. Etre « à la capitale » est toujours presque comme une trahison vu des rudes montagnes ; un autre monde.

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         Ce sujet qui me parle m’a ici pourtant presque gênée parfois : on est du côté de celui qui renie les siens, ce qui m’a rendu le personnage profondément antipathique, d’autant plus qu’il ne semble éprouver aucun remords, n’être rongé par aucun doute. Quelque chose de presque inimaginable à mes yeux. J’ai donc regardé ses agissements avec un regard assez froid, pour ne pas dire hostile. L’écriture est fluide et agréable même s’il m’a manqué un petit quelque chose pour vraiment rentrer dans cet univers. Jean-Claude Lalumière accorde une grande place à l’humour dans ses textes même si ici il se fait plus discret. Il n’est plus au centre du texte mais est distillé par petites touches – parfois superflues d’ailleurs, donnant par moment l’impression d’en faire trop – ce qui donne un ton particulier à ce roman que je ne saurai pas trop définir, un peu nostalgique ou désabusé peut-être. L’auteur pose un regard assez lucide sur le monde et sur son personnage qui renforce cette impression.

          J’ai trouvé le début de l’histoire un peu lent. Je dois avouer que voir le galeriste en plein vernissage ne me passionnait guère. Vers le milieu du roman, Jean-Claude Van Damme fait une apparition totalement saugrenue qui m’a laissée plus que dubitative. Ce très long passage – qui donne d’ailleurs le titre au roman – quoique pas totalement dénué d’intérêt (si l’on peut dire) en y réfléchissant bien, a mis mes nerfs à dure épreuve. Je l’ai trouvé d’un ennui mortel et ai même failli abandonner là ma lecture. J’ai finalement continué et j’ai bien fait ! Le dernier tiers du livre est de bien meilleure qualité, beaucoup plus sensible et touchant. La fin est particulièrement réussie, très touchante et très juste. On ne peut s’empêcher à la lecture, devant la justesse de certaines réflexions, de se demander quelle est la part d’autobiographie dans ce texte. Une lecture en demi-teinte avec un personnage froid et une histoire assez anecdotique mais une jolie fin qui vient clore en beauté un roman qui sinon aurait été un peu fade. Jean-Claude Lalumière gagne en maturité avec ce livre, laissant présager de belles choses pour la suite.

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Les mains témoignent des origines sociales. Elles se transmettent par les gènes, en héritage, comme se transmettent, chez nous, les outils du grand-père.

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Parler sans accent est une condition incontournable pour accéder à la classe supérieure. Garder un parler régional, c’est passer pour un bouseux, c’est arborer un titre de séjour dans un milieu où vous n’êtes toléré qu’à titre temporaire, considéré comme de passage.

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Etre homosexuel m’aurait sans doute facilité les choses. Combien ont dû quitter leur village natal pour la simple raison qu’ils aimaient les hommes et que leur entourage ne pouvait l’accepter ? Je n’ai pas connu ce confort d’être rejeté. J’ai dû endosser le mauvais rôle de celui qui coupe les ponts sans pouvoir me retrancher derrière l’homophobie de mes parents.

L’amour sans le faire – Serge Joncour

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          Franck vit à Paris, originaire du Lot, il n’a pas rendu visite à ses parents depuis 10 ans. A la mort de son frère, Alexandre, leurs rapports déjà difficiles ont fini de s’étioller. Louise, quant à elle, est la veuve de ce frère trop tôt disparu. Ils ne se connaissent pas vraiment, se sont à peine aperçus à l’enterrement des années plus tôt, mais ils vont par hasard se rencontrer à la ferme. Ces quelques jours passés ensemble va être comme une parenthèse qui permettra à chacun de redéfinir ses envies profondes.

          Dès le premières lignes, ce roman surprendra les habitués de l’écriture de Serge Joncour. Point de trace ici de son cynisme coutumier. L’écriture est plus âpre, moins facile, elle semble plus travaillée, profonde. Cette légèreté perdue perturbe au début. On est habitués à dévorer les romans incisifs de l’auteur et voilà qu’il nous demande un effort, de nous poser, de réfléchir, de nous faire à un nouveau rythme. Les 50 premières pages sont là pour nous acclimater, poser le décor, présenter les personnages. On ne voit pas bien où on va, on se demande encore où est passé l’humour acéré qu’on attendait, on comprend que ce n’est pas ici qu’on le trouvera.

          Et puis l’histoire prend de l’ampleur. C’est l’arrivée à la ferme, la rencontre de Franck et Louise, le retour aux sources. Franck retrouve malgré lui les souvenirs de cette enfance qu’il a essayé de tenir à distance. Les souvenirs reviennent : la chasse au sanglier, le travail de la terre, les jeux dans la rivière avec son frère. Une vie rude et simple, où si le quotidien n’est pas toujours facile, chacun sait où est sa place. Le ton est juste est l’analyse subtile. Ce que nous raconte l’auteur, chaque citadin aux origines terriennes l’a vécu, dans une certaine mesure. Chacun a ressenti un jour cet attachement à la terre qu’il a pourtant quittée, voire parfois reniée.

          Quelle chose étrange, ce que j’aimais chez Serge Joncour, ce qui me semblait définir son style et être la clef de son talent était sans nul doute son cynisme, son humour grinçant qui frappe toujours juste, son ironie mordante qui n’épargne personne. Il n’y en a trace dans ce dernier roman mais comment expliquer alors que ça n’en soit que meilleur ? Débarassée de cette carapace dont on se délectait, l’écriture n’en est que plus fine, plus sensible, plus profonde et toujours reconnaissable pourtant. Le thème abordé est intime et cela se ressent dans la grande justesse de ce texte.  On a trop peu parlé de ce roman ; certes, il n’est pas le plus flamboyant de cette rentrée, ni le plus polémique, mais il est sans doute celui qui nous touche le plus directement, en nous parlant simplement et avec une touchante sincérité de la douloureuse question des origines. Un très beau texte teinté de nostalgie qui a la rudesse et la beauté de la terre qu’on laboure.

Souvent il surprend chez lui une attitude que chez un autre il ne supporterait pas. Que les autres soient décevants, c’était fatalement concevable, mais s’y surprendre soi c’était mortifiant.

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L’incompréhension quand elle s’est installée avec les parents, elle ne se règle jamais, et vouloir la régler c’est créer une incompréhension de plus.

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Pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sns y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur.