Théâtre

Pensées secrètes, au Théâtre Montparnasse

          Pensées secrètes, c’est d’abord et avant tout un roman génial de David Lodge, drôle et enlevé, grinçant juste ce qu’il faut, une perle d’humour anglais. C’est l’histoire d’un professeur de faculté qui entame une relation extra-conjugale avec une collègue fraîchement débarquée. Il va faire preuve de trésors d’ingéniosité pour la séduire et nous dévoilera à travers l’étude qu’il mène sur l’inconscient ses pensées les plus secrètes et inavouables.

          Adapté par Gérald Sibleyras, on peut découvrir ce texte au Théâtre Montparnasse dans une mise en scène de Christophe Lidon avec Samuel Labarthe et Isabelle Carré. Les décors sont extrêmement réussis, avec une mise en scène très inventive. Il y a notamment des jeux de lumière intéressants. Les deux acteurs restent en permanence sur scène, même lorsque leurs personnages ne sont pas sensée se croiser, les acteurs sont côte à côte. Ca marche très bien, on ne s’y perd pas (le récit marche essentiellement par monologues, ce qui fait gagner en clarté) et ça donne l’impression que les personnages continuent leur vie en dehors de l’histoire.

          La pièce est un peu longue à démarrer, nous faisant craindre le pire pendant quelques interminables minutes. Et puis ça se met en place peu à peu. Une fois le décor posé, l’histoire prend forme et on retrouve l’humour irrésistible de David Lodge. Les comédiens sont très convaincants, particulièrement Samuel Labarthe à qui le rôle va parfaitement. Finalement on rit et on prend plaisir à voir les personnages se démener dans cette histoire d’adultère. S’il manque peut-être un petit quelque chose pour en faire un grand moment ce théâtre, cette pièce est toutefois réussie et retranscrit bien l’univers d’un roman pourtant difficile à adapter. Décors et mise en scène à eux seuls valent le détour. On aimerait que toutes les pièces soient de ce niveau. A voir.

Pensée secrètes

A l’affiche jusqu’au 31 mars 2012 (ou plus)

Du mardi au samedi 20h30, et samedi 17h30

Théâtre Montparnasse

31, rue de La Gaîté

75014 Paris

 http://www.theatremontparnasse.com/

Théâtre

L’amant VS Un couple (presque) parfait

          Ce week-end, ma maman et moi-même sommes allées voir pas une mais deux pièces de théâtre : L’Amant de Pinter au Marigny et Un couple (presque) parfait au Funambule Montmartre. Deux comédies dans des théâtres que tout oppose. Qui gagnera ce match improbable ?

          L’Amant tout d’abord. Une pièce du grand Harold Pinter, prix Nobel de littérature. Pièce présentée dans un théâtre prestigieux, avec de gros moyens et Léa Drucker en tête d’affiche. C’est l’histoire d’un couple « bien sous tous rapports » qui pour donner du piment au mariage invente des artifices : époux le soir, le jour ils sont amants. C’était sans compter sur la jalousie qui vient mettre en péril ce fragile équilibre. L’idée n’est pas dénuée d’intérêt, cependant, c’est terriblement mal écrit (à vrai dire pas écrit du tout « bonjour, belle journée, n’oublie pas ta mallette, à ce soir »). On peut éventuellement jeter la pierre au traducteur mais il eût fallu bien de la bonne volonté pour faire d’un bon texte un tel navet. La mise en scène n’était pas dénuée d’intérêt, assez dépouillée et bien pensée. Les acteurs en revanche, ne méritent pas tant d’éloges : nuls, tous les deux (mention spéciale à Léa Drucker qui excelle dans l’art d’exaspérer le spectateur). Ils surjouent du début à la fin, ne sont pas crédibles pour deux sous (on dirait presque les déclamations à la mode au XVII°, les textes de Racine en moins…). Nul besoin je suppose de continuer, vous l’aurez compris, j’ai trouvé la pièce totalement insipide (et c’est là encore presque un compliment). La critique en fait l’éloge, on se demande bien pourquoi.

          Rien à voir du côté de Montmartre. On a quitté les quartiers chics. Petit théâtre, acteurs inconnus, aucun moyen, des chaises font office de fauteuils. Ici, pas de chaussures Prada à 500€, les costumes viennent sans doute d’un fond d’armoire. Surprenant quand on s’est habitué aux grandes salles parisiennes. Mais très vite, on oublie tout ça et ne reste que le plaisir du jeu. Jean veut quitter Sophie et ne sait pas comment lui dire, elle ne se doute de rien. Pour tenter de lui faire comprendre ses intentions, il joue avec elle de grandes scènes de rupture (ou d’amour) du XX° siècle. Un voyage à remonter le temps des plus réjouissant. Les acteurs (Camille Bardery et David Bottet) sont plein d’enthousiasme et nous entraînent dans leur univers. Les textes choisis sont drôles, leur bonne humeur est communicative. Un pièce sans chichis, extrêmement réjouissante. On est proche du théâtre de rue et retrouve les plaisirs simples de la scène. Une troupe à encourager jusqu’à fin décembre, du jeudi au samedi, 53 rue des Saules dans le 18°. Fou rire garanti.

          Le résultat est sans équivoque : c’est Un couple (presque) parfait qu’il vous faut aller voir si vous souhaitez passer un bon moment et rigoler un bon coup. Chacun s’y reconnaîtra un peu et prendra plaisir à voir mis en avant avec tant de justesse les petits travers du couple. Courrez-y !

           Et pour les étudiants, c’est seulement 10€ ! Pour réserver, c’est par-. Et pour voir les autres pièces de la compagnie, ici.