Mes lectures

Le sang et la poussière – Malla Nunn

          A Durban, en 1953, l’ancien inspecteur-chef Emmanuel Cooper est contraint de gagner sa vie en travaillant sur les docks. Le meurtre d’un jeune garçon va le forcer à sortir de l’ombre. Il va devenir le suspect numéro un et devoir mener sa propre enquête pour se disculper. Une enquête difficile pour cet homme qui, déclaré métis, a perdu tout ses droits.

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          J’avais adoré le premier roman de Malla Nunn : Vengeance dans un paysage de rêve. Un excellent polar sur fond d’apartheid, à la fois haletant et passionnant d’un point de vie historique et social. La combinaison parfaite. J’avais dont hâte de m’attaquer à cette suite. J’ai été un peu déçue de constater que, si on retrouve bien le personnage principal, il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler. On est quelques années plus tard et il s’agit d’une nouvelle enquête, dans un tout autre lieu. La fin du premier roman était assez ouverte, j’ai donc été frustrée que l’histoire s’arrête là. De plus, j’avais beaucoup aimé l’univers dans lequel se passait le premier opus, dans le bush avec des descriptions de paysages qui faisaient envie et l’ambiance si particulière des petits villages. J’ai un peu moins accroché avec l’univers de la grise Durban, beaucoup plus glauque…

          Toutefois, le style est toujours là. C’est très bien écrit et on se laisse vite prendre à l’histoire, d’autant que l’inspecteur Cooper est très sympathique : un peu cassé, un peu perdu aussi, on est loin du stéréotype du héros. Si j’ai moins accroché avec l’environnement urbain qu’avec celui plus champêtre du premier roman mais ce changement permet aussi de découvrir un face encore plus sombre de l’Afrique du Sud. Comme le précédent, ce roman permet d’aborder toute la complexité de ce pays. En se plaçant dans les années 50, ces textes sont moins politiques t polémiques que s’ils étaient situés dans le contexte actuel, mais ils permettent pourtant d’apprendre un peu à connaître l’histoire de ce pays et de mieux comprendre ses contradictions actuelles et sa complexité. Un histoire extrêmement prenante, intelligemment menée et bien écrite. Un très bon polar au fond social passionnant, comme on aimerait en voir plus souvent.

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Elle n’avait jamais été éconduite, se dit Emmanuel. Jamais un homme ne lui avait dit non. Qui était-il pour changer le cours de l’histoire ?

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Elle aimait ça comprit Emmanuel, le mélange d’amour, de douleur et de besoin.

Cinéma

De l’autre côté du périph

Comédie française avec Omar Sy, Laurent Lafitte, Sabrine Ouazani

          Le corps sans vie de la femme d’une des plus grands patrons français est retrouvé un matin à Bobigny. C’est Ousmane Diakité, de la police locale qui le trouve, mais quand François Monge, de la Criminelle, vient sans mêler et veut se saisir de l’affaire, le flic de quartier ne l’entend pas de cette oreille ! Il va se débrouiller pour ne pas se faire évincer et mener l’enquête main dans la main avec son collègue des beaux quartiers. Une enquête qui va les mener tous deux de l’autre côté du périph.

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          Evidemment, comme vous vous en doutez, on est loin de film intello… Le scénario est des plus légers et le film repose avant tout sur ses dialogues et son duo d’acteurs dans une sorte de parodie de célèbres films et séries policiers américains des années 80 et leur couple de héros antinomiques. Dès le début, ça fonctionne plutôt bien. Omar Sy a un talent incontestable pour faire le pitre et st irrésistible. Il en fait parfois un peu trop à mon goût, mais c’est le genre qui veut ça. Notons au passage qu’il s’offre ici encore une belle course poursuite au volant d’un bolide, ça devient une habitude ! Malgré son énergie débordante et son sourire ravageur, il se fait largement voler la vedette par son compère, Laurent Lafitte. Il n’y a pas à dire, être sociétaire de la  Comédie Française demeure (presque toujours) un gage de qualité. Il est hilarant en flic arriviste et mesquin des beaux quartiers, avec une vraie gueule de con qu’il se compose à merveille pour l’occasion ! L’entente entre les deux larrons est évidente et leur bonne humeur communicative.

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            L’histoire aurait tout de même mérité d’être un rien plus travaillée. Certes, on ne va pas voir ce film pour son intrigue policière, mais j’ai tendance à penser qu’un bon scénario fait quand même la différence entre simple divertissement et comédie culte, il est donc dommage de s’en priver. Même s’il est vrai qu’on a déjà vu pire, on aurait bien échappé à quelques clichés un peu insistants parfois… J’ai déjà dû vous le dire une bonne cinquante de fois mais je ne suis pas une adepte de la comédie (ni du pathos, j’en entends d’ici se demander ce que je peux bien aimer alors…). J’ai tendance à préférer les comédies douces-amères à l’artillerie lourde et je trouve le genre, bien que très sympathique au premier abord, bien plus délicat qu’il n’y paraît. D’ailleurs, mon expérience cinématographique m’a prouvé qu’il est bien plus facile de me faire pleurer – même si mon côté fleur-bleue s’est émoussé avec le temps – que de me faire rire (c’est étrangement l’exact opposé avec la littérature, allez comprendre !). Toutefois, si je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai adoré ce film, il m’a fait rire par moments, sourire souvent, et j’ai trouvé que le tout fonctionnait assez bien. Une comédie réussie et agréable à regarder grâce à un duo d’acteurs qui fait mouche.

Mes lectures

La caverne des idées – José Carlos Somoza

          Lorsqu’un jeune éphèbe de l’Académie de Platon meurt dans d’étrange circonstances son mentor engage le meilleur déchiffreur d’énigmes de la ville pour résoudre ce mystère. Malgré leurs différents philosophiques, les deux hommes vont mener l’enquête ensemble. D’autres morts vont croiser leur route et la vérité s’avérera aussi inattendue qu’effrayante.

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         La structure de ce livre est assez complexe (pas très surprenant de la part de Somoza, me rétorqueront ceux qui le connaissent déjà). Il y a d’une part l’histoire principale – une enquête dans la Grèce Antique sur fond de réflexion philosophique – et d’autre part une histoire parallèle qui apparaît dans les notes – celle du (faux) traducteur du texte grec. J’ai eu un peu de mal avec ce procédé, surtout au début. Les notes, très longues coupent l’histoire et j’ai trouvé les commentaires de ce traducteur imaginaire bien moins intéressants que le l’enquête en elle-même. J’ai d’ailleurs sauté certaines de ces digressions et avec la peur de rater quelque chose d’essentiel à la compréhension du texte. Finalement, peu à peu, cette histoire secondaire gagne en intérêt et elle fait à la fin tout le génie de ce livre, quand son rôle est enfin dévoilé.

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          L’écriture est fluide et agréable. On se retrouve plongés dans la cité de Platon et les réflexions sur ses théories sont passionnantes, même pour qui n’est pas, comme moi, féru de philosophie. L’histoire est très prenante, sur une trame policière palpitante, et n’est pas avare en suspens et rebondissements inattendus. Quant à la fin, dont je ne vous dévoilerai rien, elle m’a tout simplement bluffée : aussi surprenante que sophistiquée, elle est tout bonnement époustouflante. Comparé aux autres livres que j’ai lus de cet auteur, je dirais que celui-ci est le plus accessible. En effet, l’histoire se passe dans un univers qui nous est familier et on plonge très vite dedans (voir les articles sur Clara et la pénombre et L’appât, tous deux bien plus complexes). Un roman à la fois efficace et raffiné qui se lit avec plaisir. Somoza est décidément un maître !

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Je préfère une petite assemblée où je peux crier qu’un vaste empire où je devrais me taire.

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Le Traducteur. L’homme qui prétend déchiffrer le mystère d’un texte écrit dans une autre langue sans voir que les mots ne conduisent qu’à de nouveaux mots, et les pensées à de nouvelles pensées, mais que la Vérité reste hors d’atteinte.

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L’erreur est une forme de sagesse. Les décisions erronées sont des maîtres sérieux qui montrent celles que nous n’avons pas encore prises. Avertir sur ce qu’on ne doit pas faire est plus important que conseiller parcimonieusement sur ce qui est correct : qui peut mieux apprendre ce qu’il ne faut pas faire sinon celui qui, l’ayant fait, a déjà dégusté les fruits amers des conséquences ?

Mes lectures

Ténèbres, prenez-moi la main – Dennis LEHANE

           Patrick et Angela sont détectives privés. Ces deux amis d’enfances s’en sortent tant bien que mal en résolvant de petites affaires mais un jour, pour aider un ami, ils vont accepter une affaire qui les dépasse. Une femme pense que la mafia lui en veut et fait appel à eux pour régler ce problème. Ils vont ainsi se retrouver mêler à une sordide affaire entre mafieux et serial killers.

           Le gros point fort de ce livre est sans aucun doute le suspens. Il est absolument intenable ! L’univers décrit est très noir et les personnages sont loin d’être des héros, on se demande tout le long par quel miracle ils pourraient bien en sortir vivants. Du côté de l’enquête, les fausses pistes se multiplient et on est aussi perdus que les enquêteurs eux-mêmes. Le point de vue interne aide beaucoup à se plonger dans l’histoire. L’écriture est agréable, les personnages bien construits et la trame efficace. On se laisse totalement prendre par cette enquête sombre et tortueuse. Un très bon roman noir au suspens haletant. Ames sensibles s’abstenir.

Il y a plus de chances de voir un Black jouer dans nu film de Woody Allen que Patrick s’engager dans une relation sérieuse.

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Ils voguaient au gré de l’existence tels des canards en plastique dans une baignoire, se retrouvaient de temps en temps le bec dans l’eau, attendaient qu’on les redresse, puis reprenaient leur dérive. Un cheminement sas conflits, mais sans passion non plus.

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Tu ne peux pas patauger dans les égouts toute la journée et revenir à la maison en sentant la rose.

Mes lectures

Luis Alfredo GARCIA-ROZA, Bon anniversaire Gabriel !

Gabriel est un jeune homme discret sans problèmes mais le jour de son anniversaire, un inconnu lui fait une étrange prédiction : il tuera quelqu’un avant son prochain anniversaire. La date fatidique approchant, son angoisse va augmentant et il décide de demander l’aide du commissaire Espinosa. Mais comment enquêter sur un meurtre qui n’a pas encore été commis ?

Une idée de départ originale qui fait tout le charme de ce roman policier brésilien. Les personnages sont attachants et bien construits. L’auteur arrive à créer du suspens et un malaise croissant. La fin (que je ne peux bien sûr pas vous raconter) est assez surprenante. Un livre qui détonne dans la production de polars et arrive à renouveler le genre en lui donnant une dimension différente. Je ne suis pas sure que ce décalage me convainque tout à fait (au final, une histoire plus traditionnelle m’aurait sans doute plus satisfaite) mais cet effort est louable et le résultat est réussi. Un livre bien écrit et bien construit, qui vaut le détour par son originalité.