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Prix Femina, 1° sélection

          Pas de « top ten » aujourd’hui, le sujet ne m’inspirait guère et recoupait trop des thèmes précédents. J’en profite donc pour vous communiquer la 1° sélection du Prix Femina, annoncée voilà déjà une bonne semaine mais que j’avais totalement oublié de vous faire partager. La voici donc avec un peu de retard :

– Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)

– Jeanne Cordelier, Escalier F (Phébus

– Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)

– Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)

– Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)

– Philippe Djian, « Oh… » (Gallimard)

– Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)

– Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)

– Claudie Hunzinger, La survivance(Grasset)

– Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L)

– Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson(Wespieser)

– Florence Noiville, L’attachement (Stock)

– Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières (Mercure de France)

– Nathalie Rheims, Laisser les cendres s’envoler (Scheer)

– Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)

– Colombe Schneck, La réparation (Grasset)

– Antoine Sénanque, Salut Marie (Grasset)

– Anne Serre, Petite table, sois mise ! (Verdier)

– Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

          Une fois de plus, je me contente de la sélection française, ne m’étant pas penchée de très près sur la littérature étrangère en cette rentrée (ce que je déplore par ailleurs). Est-il nécessaire de noter que Patrick Deville est encore est toujours là ? Décidément, pas un prix qui ne l’ait retenu ! Jérôme Ferrari confirme également son succès. Mais cette liste propose aussi des titres quelques peu délaissés par les journalistes et jurés de prix littéraires. Je suis loin d’avoir entendu parler de tous ces ouvrages mais c’est sans doute la liste de la rentrée qui me donne le plus envie. Etvous, qu’en pensez-vous ?

Mes lectures

Rue des Voleurs – Mathias Enard

          Lakhdar est un jeune Tangérois sans histoires. Musulman plus par tradition que par conviction, il prend parfois quelques libertés avec la religion. Il aime les vieux polars français grâce auxquels il a appris la langue et parle quelques mots d’espagnols. Il sort à peine de l’adolescence et rêve à sa cousine Meryem. Et puis il y a son ami Bassam avec qui il partage tout ou presque, sauf l’envie de quitter le pays. Lakhdar ne rêve d’Europe, quelques livres et une bière de temps en temps, voilà qui suffit à son bonheur. Mais alors qu’il ose enfin déclarer sa flamme à Meryem, leurs parents les surprennent. On le jette dehors et voilà le jeune homme à la rue, à l’aube du printemps arabe. 

          Pour commencer, j’ai eu un peu de mal avec le style employé dans ce livre. Les premières lignes sont assez crues et je dois admettre préférer un vocabulaire plus policé, dans une idée assez traditionaliste de la littérature. Toutefois cette mauvaise impression s’est quelque peu dissipée par la suite, soit que le style se fasse un peu moins brusque, soit que j’aie fini par m’habituer, ou peut-être un peu des deux. Ceci étant dit, je suis en revanche rentrée plutôt facilement dans l’histoire. Le personnage est assez attachant et j’ai trouvé la manière dont sont traités les évènements aussi intelligente qu’intéressante. Je craignais un peu le sujet mais il est extrêmement bien traité, n’abordant pas politique et religieux de manière frontale mais par l’oeil d’un personnage qui se désintéresse de ces questions. Une idée brillante qui permet de traiter les évènements de l’intérieur sans pour autant verser dans le procès facile.

          L’histoire est pleine de rebondissements et par là même très prenante. La galerie de personnages est assez complète et c’est avant tout leur humanité qui est mise en avant. On y croise quelques extrémistes qui semblent plus perdus et aveuglés par la peur et la haine que foncièrement mauvais. La plupart étaient des hommes comme les autres que la misère et l’inactivité ont amenés vers l’extrémisme religieux puis la violence. Les évènements survenus dans le monde arabe ne servent finalement que de toile de fond à ce roman, ils ne sont que rarement présentés de manière frontale, ce qui ne donne que plus de force aux quelques scènes de violence de ce texte. Une certaine tension monte au fil des pages, les situations dans lesquelles se trouvent les différents personnages semblant toujours plus inextricables. Certains reprocheront peut-être à ce texte des péripéties parfois un peu tirées par les cheveux mais pour ma part ça n’a pas gêné ma lecture, le tout étant suffisamment bien construit pour rester crédible. La fin, assez surprenante est pour le moins marquante. Un roman fort, qui donne un éclairage intéressant sur le Printemps arabe sans pour autant négliger l’aspect romanesque. Un texte complet et réussi ; l’un des grands livres de cette rentrée.

Les gens qu’on veut insulter partent toujours trop vite, ou c’est moi qui ne suis pas assez prompt à l’insulte et à la violence.

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C’était en avril, mois de la poussière et des mensonges.

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Parfois, nous sentons que la situation nous échappe, que les choses dérapent ; on prend peur et au lieu de regarder tranquillement, d’essayer de comprendre, on réagit comme le chien pris dans un barbelé, qui s’agite éperdument jusqu’à s’en déchirer la gorge.

Mes lectures

Pour seul cortège – Laurent Gaudé

          Le Grand Alexandre se meurt. Celui qui bataille après bataille s’est construit un empire, l’homme dont la volonté ne fléchit jamais et sème la terreur de par le monde, le meneur d’hommes craint et aimé, est à l’agonie. Mais celui dont la volonté n’a jamais flanché ne sait pas mourir, pas alors qu’il reste tant de contrées à découvrir, tant de terrer à conquérir. Mais alors que ses compagnons se déchirent déjà pour les miettes de l’empire, qui pourra l’accompagner dans ce dernier voyage ?

           On suit dans ce roman plusieurs personnages : Alexandre, Dryptéis et Ericléops. Ce dernier est le moins présent, pourtant il est le seul à parler à la première personne, ce qui lui confère une place particulière. Les pensées d’Alexandre et Dryptéis sont retranscrite à la troisième personne ; pourtant, le point de vue semble presque toujours interne (pour rappel, point de vue interne : on voit le monde par les yeux d’un personnage). Ce choix est assez surprenant et crée un étrange mélange de distance et de proximité qui rend le tout un peu vaporeux. L’écriture est très poétique. Les phrases sont souvent hachées, comme autant de bribes de pensées des personnages. Le passage constant de l’un à l’autre crée un rythme très particulier, un peu bancal, comme une course éperdue.

          Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un roman histoire. La mort d’Alexandre n’est finalement qu’un prétexte à l’écriture. Le contexte historique est évoqué dans ses grandes lignes au détour d’une phrase ou l’autre mais l’auteur ne s’arrête pas dessus. Ce sont les contradictions des hommes qui sont au coeur du récit, leur grandeur et leurs faiblesses. Très onirique, ce texte m’a parfois déroutée. J’eusse aimé quelque chose de plus terre à terre. Je ne goûte guère les incursions dans le domaine des esprits. Fort heureusement, l’incroyable beauté de l’écriture vient un peu compenser cet aspect mystique. Toutefois si ce roman possède un charme indéniable, il s’avère tout de même assez difficile. Un texte fort et poétique qui frappe par son écriture magistrale. Sans aucun doute, un des grands romans de la rentrée.

Sa respiration devient plus difficile mais il n’a pas peur. Il s’accroche à la phrase de Perdiccas comme il lui est arrivé si souvent de s’appuyer sur ses camarades dans la mêlée des combats., il s’accroche à cette phrase qui tourne en son esprit et lui donne de la force :  » Il tiendra ».

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Il est une chose qui reste solide, aussi solide que la puissance des montagnes, c’est le chant des femmes endeuillées.

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Elle sait qu’elle va devoir lutter contre ses bras qui voudront étreindre son enfant, contre sa propre bouche qui voudra l’embrasser, contre sa langue qui voudra tout dire. Il faudra se dominer et elle ne sait pas si elle sera suffisamment forte pour cela. Le regarder, et partir : quelle mère pourrait faire cela ?

Librairies

A la recherche de LA librairie…

           Vous le savez peut-être, j’ai déménagé il y a quelques mois. J’ai quitté le 14° ou j’étais installée depuis mon arrivée à Paris pour le 17°, soit l’autre bout de la ligne 13 (celui où il y a encore plus de problèmes…). Il a donc fallu que je revoie toutes mes habitudes : trouver les commerçants sympas avec de bons produits, les endroits pas trop cher, les espaces verts, la nouvelle cantine pour les jours où des amis passent et où on a la flemme de cuisiner, le café o aller s’installer avec un livre au soleil. Bref, changer de quartier c’est presque comme changer de ville, tout est à revoir. Et parmi les priorités, bien évidemment, partir à la rencontre de son nouveau libraire, regrettant déjà amèrement l’ancien (à découvrir ici) !

La libraire de Paris (Gallimard), place de Clichy

          Je connaissais déjà la librairie Gallimard de la Place de Clichy, très grande, très bien approvisionnées mais qui sent un peu l’usine et avec des libraires au mieux indifférents, si vous avez moins de chance, carrément méprisants (c’est une spécialité de la maison je pense, dans le 6°, c’est pire). Bref, on est contents qu’elle soit là en cas de besoin ça ne donne pas envie d’aller demander conseil. Je suis donc allée voir vers des lieux de taille plus réduite. J’ai commencé par la charmante librairie des Batignolles, dont je reparlerai surement. L’endroit est très chaleureux et la libraire extrêmement accueillante. En revanche, j’ai bien peur que nous n’ayons des visions de la littérature quelque peu divergentes ce qui exclut à peu près là aussi la demande de conseil (avisés en tout cas). Nous ne lisons tout bonnement pas le même type de romans, ce qui donne une sorte de dialogue de sourds : je parle Joncour, Toussaint, Mingarelli ; on me répond Olmi, Guenassia, Smith. Difficile donc de se comprendre mais je vous recommande tout de même l’endroit fort sympathique et chaleureux. J’y retournerai sans doute moi même à l’occasion.

Vitrine de la librairie des Batignolles

          Et puis, je suis passée par hasard devant une grande librairie, tout près de chez moi. Un nom évocateur qui me tentait particulièrement et a piqué au vif ma curiosité : L’usage du monde. J’ai donc profité de la rentrée littéraire pour allez voir ça de plus près. Première bonne surprise, la librairie est bien aménagée : un coin pour les essais à gauche, les romans au centre, les illustrés à droite. Du premier coup d’oeil, on repère l’agencement des lieux. La table rentrée littéraire était bien fournie et les libraires se sont jetés sur moi pour me proposer leur aide. J’en ai donc profité pour demander conseil. Ici on aime visiblement la littérature exigeante (intello diraient certains mais qu’importe). J’ai eu droit à un avis construit et argumenté avec passion sur certains ouvrages de la rentrée qui m’a donné envie (même si ça n’a pas servi à grand chose étant donné que j’avais déjà fait ma sélection). Le rapport avec le client semble essentiel ici. Deux personnes sont passées avant moi et les libraires semblaient connaître précisément leurs goûts et leurs dernières lectures. Quelle joie de trouver deux jeunes libraires passionnés et accueillants avec qui converser des dernières nouveautés.

Vitrine de L’usage du monde

          Cette fois c’est sûr, j’ai trouvé mon nouveau fournisseur officiel de littérature. Avoir un bon libraire près de chez soi est tellement important ! Un des points forts du lieux est la diversité de l’offre proposée avec un joli choix d’essais mais aussi des guides de voyages (vu le nom, le contraire eut été honteux !). Une très belle sélection cuisine également, juste au niveau de la caisse, idéal pour feuilleter en attendant son tour… L’accueil chaleureux et le désir de partager sa passion avec le client sont également des atouts majeurs de ce lieu qui propose aussi des rencontres avec les auteurs. C’est certain, on n’a pas fini de me voir errer dans les rayons.

L’usage du monde, vue de l’extérieur

L’usage du monde

32, rue de la Jonquière

75017 Paris

http://librairielusagedumonde.blogspot.com/

Ouverture tous les jours de 10h à 20h, fermeture le dimanche après-midi et lundi matin.

Actualité

Le Médicis, 1° sélection

La saison des prix littéraire est lancée, après le Goncourt la semaine dernière, c’est le Médicis qui nous livre aujourd’hui sa première sélection. Voici celle concernant les romans français :

– Emmanuelle Pireyre « Féerie générale » (L’Olivier)
– Patrick Deville « Peste et choléra » (Seuil)
– Alain Blottière « Rêveurs » (Gallimard)
– Aurélien Bellanger « La Théorie de l’information » (Gallimard)
– François Bon « Autobiographie des objets » (Seuil)
– Claude Arnaud « Brève saison au paradis » (Grasset)
– Patrick Roegiers « Le Bonheur des Belges » (Grasset)
– Abdellah Taïa « Infidèles » (Seuil)
– Leslie Kaplan « Millefeuille » (P.O.L.)
– Philippe Djian « Oh… » (Gallimard)
– Claudie Hunzinger « La Survivance » (Grasset)
– Lancelot Hamelin « Le Couvre-feu d’octobre » (L’Arpenteur)
– Matthieu Riboulet « Les Oeuvres de miséricorde » (Verdier)
– Gary Victor « Maudite éducation » (Philippe Rey)

Le Deville semble décidément faire l’unanimité ! Pour les autres, je n’ai pas suivi les parutions d’assez près pour avoir un avis sur leur présence dans cette liste (ça viendra peut-être). Le verdict dans quelques semaine.