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Première sélection du Grand prix du Roman de l’Académie française

          Ca y est, la première sélection du Grand prix du Roman de l’Académie française est tombée, avec quelques semaines de retard sur les autres grands prix littéraires de la rentrée. Si ce n’est pas le plus reconnu du grand public, il est généralement associé à une certaine qualité de style et de construction. Voici les heureux élus :

Moment d’un couple, de Nelly ALARD
Le Pavillon des écrivains, de Claude DURAND
Petites Scènes capitales, de Sylvie GERMAIN
Au revoir là-haut, de Pierre LEMAÎTRE
La Route du salut, d’Étienne DE MONTETY
Apollinaria, de Capucine MOTTE
Plonger, de Christophe ONO-DIT-BIOT
Les Évaporés, de Thomas B. REVERDY
Le Cas Eduard Einstein, de Laurent SEKSIK

          Une liste assez restreinte qui comporte certains noms déjà présents dans d’autres sélections comme Pierre Lemaître, Nelly Alard ou Sylvie Germain. L’heureux élu sera désigné le 24 octobre. 

Mes lectures

Little Bird – Craig Johnson

          Walt est le shérif d’un comté tranquille du Wyoming et espère arriver à la retraite sans encombre, à mener une vie paisible en réglant quelques conflits de voisinage, en mettant fin à des bagarres dans les bars ou en verbalisant les chauffaurds sur les routes tranquilles. Mais c’était sans compter sur la découverte du corps de Cody Pritchard, un adolescent condamné avec sursis deux ans plus tôt avec trois autres gamins pour le viol d’une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Une mort qui a comme un air de vengeance…

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          Je n’avais rien lu de Craig Johnson mais tous ceux qui avaient lu ce roman m’en avaient vanté les mérites. Pourtant, lisant bien moins de polars qu’avant, j’ai attendu bien longtemps avant de m’attaquer à cette lecture ! J’ai une tendresse toute particulière pour les romans des grands espaces et les éditions Gallmeister ont un talent inouï pour dénicher ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Je leur fais donc une confiance aveugle et ce n’est pas cette lecture qui me fera changer d’avis ! Dès les premières pages, j’ai bien aimé l’univers mis en place par l’auteur. L’écriture est assez sobre mais recèle un certain humour qui contraste joliment avec la rudesse des personnages. Mais c’est la nature qui est réellement au centre du texte avec de longues descriptions de paysages qui en ennuieront peut-être certains mais qui personnellement me fascinent toujours et me donnent même parfois l’envie de sauter dans le premier avion pour aller voir de mes propres yeux les merveilles que je découvre en quelques lignes expertes.

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          Du côté de l’enquête, on reste dans un scénario relativement classique même si l’auteur s’amuse à brouiller les pistes en intégrant des éléments venu des cultures amérindiennes qu’il explique au compte goutte, jouant à laisser un peu le lecteur dans le flou. Il aime aussi le mener sur de fausses pistes en évoquant de nombreuses possibilités donc bien souvent on sent bien qu’elles ne mèneront à rien, tant et si bien qu’on ne sait plus trop que croire à la fin. Ceux qui aiment l’action risquent d’être déçu, le rythme est assez lent, avec un certain nombre de digressions qui ne font pas franchement avancer l’enquête. L’inspecteur, un rien dépressif avec un certain penchant pour la bouteille, a une forte tendance a l’introspection qui prend pas mal de place dans ces pages. Le roman se construit entre ses problèmes personnels, le rapport à l’environnement (que ce soit la nature, les gens qui nous entourent ou la culture dans la quelle on a grandi) et l’enquête proprement dite ; un aspect de l’écriture que j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont attachants et leur univers nous fait voyager. Un roman agréable à lire et intéressant dont le dénouement a réussi à me surprendre.

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Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

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Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ?

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Henry se disait que la raison pour laquelle les Cheyennes avaient toujours chevauché des appaloosas au combat c’était qu’une fois que les hommes étaient arrivés sur le champ de bataille, ils étaient tellement en colère contre leurs chevaux qu’ils étaient prêts à tuer tout le monde.

Mes lectures

Les déctives sauvages – Roberto Bolaño

          Arturo et Ulises sont les leader du jeune mouvement poétique réal-viscéraliste, quand Juan Garcia Madero les rejoint, c’est tout son univers qui bascule. A leur contact, il va commencer à voir le monde différemment et passer subitement de l’enfance à l’âge adulte. Mais pour les autres membres aussi la vie est parfois bien compliquée…

          On m’avait beaucoup parlé de ce livre et on m’en avait dit le plus grand bien : « un vrai chef-d’œuvre », « on ne peut plus le lâcher une fois qu’on l’a commencé », « à découvrir absolument », longue fut la litanie des compliments… Malheureusement, malgré un enthousiasme certain au moment de l’achat, je n’ai pas eu l’occasion de le lire de suite et le nombre de pages conséquents (930 tout de même) m’a un peu découragé de le sortir de ma bibliothèque. Jusqu’à cet été où je me suis enfin décidée à faire un effort et à me lancer dans cette aventure au long cours. Je dois bien l’admettre, dès les premières pages, j’ai craint que le temps ne me paraisse un peu long en compagnie de nos amis poètes. Si le style est agréable, il manque un peu de finesse à mon goût et à moins d’une grande maîtrise, je préfère souvent les narrations à la troisième personne pour ce type de texte aux multiples personnages dont les destinées s’entrecroisent.

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          Si j’ai eu un peu de mal à accrocher au début, j’ai toutefois assez rapidement eu envie de connaître la suite. Un sentiment étrange : je n’étais pas passionnée par ce livre et pourtant juste assez intriguée pour ne pas non plus m’ennuyer au point de vouloir le lâcher. Je doit admettre que le sujet ne m’a guère enthousiasmée… Roberto Bolaño invente un mouvement poétique proche des surréalistes qui réunit une poignée d’adolescents rêveurs et un peu paumés. L’occasion de réfléchir sur le rôle de la poésie – même si l’auteur ne fait guère dans le discours pontifiant. Je dois admettre que ce n’est pas ce que j’attends d’un roman (à moins toujours d’un talent exceptionnel), et que pour répondre à ce type d’interrogations, je préfère lire un essai, à mon humble avis bien plus apte à y répondre. Les bande d’adolescent me sont en soi plutôt antipathique, sans doute parce que j’ai toujours été moi-même très solitaire. Toujours est-il que ça me parle peu.

          Qu’ai-je donc aimé dans ce roman ? En voilà une question qu’elle est bonne ! Eh bien j’ai aimé cette polyphonie dans laquelle on déambule et se perd, l’ambition du projet et la folie des personnages, qui ne sont pas sans rappeler certaines oeuvres de Dostoïevski. On trouve dans ce roman tous les élément de la jeunesse, de l’amour à l’amitié, de l’enthousiasme à la perte des illusions. Cette volonté de tout montrer est louable et l’auteur y réussit très bien. Les personnages d’Arturo et Ulises sont à la fois charismatiques et inquiétants, ils exercent sur le lecteur une certaine fascination qui le pousse à les suivre dans leurs aventures qui les mènent toujours plus loin dans les bas-fonds. S’il y a bien une vraie réussite dans ce roman, ce sont ces personnages crépusculaires. Il y a quelques très beaux passages, avec un certain Amadeo et deux jeunes gens. Un certain suspens aussi, avec une course-poursuite d’un coté et de l’autre la recherche d’une poète nommée Césarea et retirée du monde depuis longtemps. Une lecture intéressante même si un peu trop intellectualisante par moments, ce qui colle mal avec un coté parfois un peu « brouillon ». Les personnages sont particulièrement intéressants et j’ai beaucoup aimé le petit air d’aventure qui souffle entre ces pages. Un auteur et un texte à découvrir.

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J’ai su, pendant cette seconde de lucidité, que publier un livre de ce type allait m’attirer la poisse, qu’avoir ce type assis devant moi dans mon bureau, qui me regardait avec ses yeux vides sur le point de s’endormir, allait m’attirer la poisse, que la poisse était probablement en train de planer au-dessus du toit de mes éditions comme un corbeau puant ou un avion d’Aerolineas Mexicanas destiné à s’écraser contre le bâtiment ou se trouvaient mes bureaux.

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Avec une voix d’outre-tombe don Pancracio a mentionné la foule de ses admirateurs. Ensuite la petite légion de ses plagiaires. Et pour finir l’équipe de basket de ses détracteurs.

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L’amour ni la toux ne se peuvent dissimuler. Mais était-ce l’amour ce que ces deux jeunes gens éprouvaient l’un pour l’autre ?

Mes lectures

Pêcheur d’Islande – Pierre Loti

          Les islandais, ce sont ces pêcheurs bretons qui partent chaque été chercher le poisson en mer d’Islande, où jamais le soleil ne se couche. Des semaines durant, les femmes les attendent, l’âme peine, la peur au ventre, craignant de ne jamais les voir revenir. Et pourtant, il repartent chaque été, aucun amour n’est plus fort que celui de la mer et rien ne pourrait les retenir à terre.

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          J’avais lu il y a quelques année Le journal d’un enfant et j’avais beaucoup aimé la douceur et la mélancolie de l’écriture de Pierre Loti. Son amour du voyage et de la mer aussi, bien sûr. J’avais trouvé à la fois de l’énergie et de la fragilité dans son style qui atteint un très bel équilibre et qui m’avait beaucoup touchée. Ca m’avait donné envie de lire son roman le plus célèbre, Pêcheur d’Islande. Et puis, j’ai un peu oublié, j’y ai vaguement repensé de temps en temps, mais il a continué à sommeiller dans ma bibliothèque, jusqu’à ce que je me décide enfin à me plonger dedans. Dès les premières pages, je n’ai eu qu’un regret : ne pas m’y être mise plus tôt ! Plus encore que dans ma première lecture de cet auteur, je suis tombée sous le charme de sa plume. Quelle force d’évocation ! et pourtant il y a quelque chose d’assez ténu dans son écriture qui me donnerait presque envie de retenir mon souffle de peur de rompre la magie. C’est simple et beau, une écriture comme je les aime.

          L’histoire est à la fois celle de ces pêcheur « islandais » d’une manière générale, et de l’un d’eux en particulier, Yann, le plus grand et le plus fort d’entre eux.  Yann n’a d’yeux que pour la mer et affirme volontiers que c’est elle qu’il épousera. Pourtant, depuis qu’il a rencontré Gaud au bal, ses amis ne peuvent s’empêcher d’espérer le voir se fiancer enfin avec une si jolie fille. Pendant ce temps, Gaud attends derrière sa fenêtre, le retour de son beau pêcheur, en espérant qu’elle parviendra un jour à lui faire rompre ses fiançailles avec la mer. Un roman sur l’attente, sur l’amour, sur la la mer. Un véritable condensé de vie qui n’a pas été sans me rappeler l’écriture de Jack London, avec un je ne sais quoi d’un peu plus fragile peut-être. Certains d’entre vous connaissent déjà mon amour pour Jack London (pour les autres, c’est un de mes auteurs fétiches), c’est dire si j’ai aimé le texte de Loti pour pousser jusque-là la comparaison ! Un roman qui trouve toujours les mots justes pour évoquer des images fortes sans jamais en faire trop dans le sentiment. On pourrait presque sentir les embruns en ouvrant ces pages. Pierre Loti nous offre quelques heures de pur bonheur.

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D’ailleurs, sans toute sa souffrance d’avant, l’heure présente n’eût pas été si délicieuse ; à présent que c’était fini, elle aimait presque mieux avoir connu ce temps d’épreuve.

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…Inquiète, elle l’était beaucoup dans son bonheur, qui lui semblait quelque chose de trop inespéré, d’instable comme les rêves…

Mes lectures

Ecoute la pluie – Michèle Lesbre

          Une femme s’apprête à rejoindre l’homme qu’elle aime à la mer, elle attend sur le quai du métro avec sa valise, un homme lui sourit avant de se jeter sur les rails. Bouleversée, elle ne partira pas et va errer dans les rues de Paris, cherchant à comprendre ce geste désespéré.

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          Je ne suis pas une adepte des textes très intimes, qui me mettent souvent mal à l’aise et dans lesquels je me reconnais généralement trop peu. Toutefois, le sujet de ce texte-ci me tentait bien, d’autant plus qu’on m’en avait vanté les mérites. Il y a peu de temps, ma rame de métro a été interrompue par le suicide d’un homme quelques stations plus loin et cela m’avait particulièrement touchée. Je me suis demandée ce qui peut pousser quelqu’un se tuer ainsi en public, à l’heure de pointe, qu’est-ce qui peut faire atteindre un tel degré de désespoir. Ce livre tombait donc au bon moment, reprenant des question que je m’étais moi-même posées.

          J’ai trouvé l’écriture très belle. Un peu décousue sans doute mais poétique aussi. En revanche, j’ai vite eu peu de me lasser de cette introspection du personnage. En effet, après la mort de cet homme, elle erre dans les rues,  manquant ainsi son rendez-vous, et par la même occasion remet en question son couple. Elle se demande s’il comprendrait qu’elle soit choquée, si elle va pouvoir partager ça avec lui, si cela ne va pas les séparer. J’ai eu peur qu’on tourne vite en rond avec ces questions et de finir par m’en désintéresser. Finalement, même si on reste toujours dans l’introspection et que je ne goûte guère cela, ça ne m’a ici m’a vraiment gênée. La réflexion est menée avec suffisamment de finesse pour ne pas perdre le lecteur. Un roman subtil et touchant.

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 Les vies d’adultes ne sont que tentatives pour guérir le chagrin de l’enfance inachevée, toujours inachevée…

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Les voyages nous ont beaucoup portés, les retours nous ont perdus parfois.

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Je me souviens avoir eu un geste spontané, ma main sur ta joue, je ne trouvais pas les mots pour exprimer ce désir. Tu ne m’avais pas encore dit que, pour toi, les mots n’étaient jamais à la hauteur.