Mes lectures

L’homme sans bagages – Emmanuelle Pol

          Les parents de S. sont morts quand il était enfant dans un accident de voiture. Recueilli par une vieille tante, il s’est juré de partir dès que possible. Son diplôme en poche, il quitte la France sans se retourner et ira de pays en pays, au grès des contrats et des rencontres. Une vie sans attaches, jusqu’au jour où il doit rentrer en France pour régler un problème administratif et y trouve l’amour… 

Pol-Homme-sans-bagages

          Dès les premières lignes, j’ai senti que j’allais adorer ce livre : l’écriture est délectable et je n’ai pu que me réjouir de tant de cynisme et de détachement. Un humour grinçant qui se met en place rapidement et avec lequel je me suis trouvé bien des affinités. L’histoire avance rapidement, n’est pas avare en ellipses et ne fait pas dans le sentiment. Un style enlevé (voire expéditif) que j’ai beaucoup apprécié. Le personnage, qui refuse la moindre attache, est assez peu sympathique mais on le suit avec plaisir dans ses aventures, brièvement racontées. En effet, l’auteur ne s’attarde pas sur les nombreux rebondissements de la vie de son personnage, qui ne sont là finalement que pour mettre en place ce qui va suivre.

          La suite, c’est une histoire d’amour avec une fille bien plus jeune que lui et qui va le mettre dans une situation des plus délicates. En effet, S. refuse toute forme d’attachement et pour rien au monde ne voudrait se poser, pourtant, cette femme là n’est pas comme les autres, il l’aime et bien qu’elle ne cherche pas à le retenir (ou justement pour cette raison d’ailleurs), il a perdu l’envie de partir. De quoi le faire cogiter sur le sens de la vie et le rendre des plus acariâtres… Je ne vous en dis pas plus, il faut bien laisser quelques surprises au texte quand même. Cette lecture m’a un peu rappelé Le front russe de Jean-Claude Lalumière, mais avec plus de finesse dans l’écriture. Seule la fin n’est sans doute pas totalement à la hauteur du reste, mais comment finir une telle histoire ? Un texte à découvrir avant tout pour ses qualités stylistiques et son humour décalé. Une très bonne lecture et une auteur à suivre !

RKLIVRE3_1111262199.jpg

Ils avaient été « emboutis », « percutés » et même « écrasés » avait-il entendu dire, et son coeur se serrait horriblement tandis qu’il tâchait de les imaginer, aplatis comme le chat qu’il avait aperçu un jour sur la chaussée, la pupille vitreuse et le poil coagulé.

_______________

Par correction, lui indiqua-t-il, il avait subvenu aux besoins de l’enfant durant une année, le temps que la parturiente se remette de ses couches et soit en mesure de travailler. L’année était écoulée : il s’en allait.

_______________

Loin d’apprécier la tolérance tant attendue, il ne pouvait au contraire s’empêcher d’y voir une forme de désintérêt, voire de mérpis. Eh quoi ! On ne tentait pas de le retenir ? On l’aimait donc si peu ?

Mes lectures

La fille sans visage – Patricia MacDonald

          Quand sa mère est assassinée et son père reconnu coupable des faits, Nina refuse de croire en sa culpabilité. Quinze ans plus tard, lorsqu’il sort enfin de prison, elle fera tout pour l’aider à prouver son innocence. Mais la mort va frapper à nouveau et pas forcément où on l’attendait…

La fille sans visage

          J’ai reçu ce livre grâce aux « Jeudi critiques » du site Entrée Livre que je remercie de m’avoir sélectionnée. Il me semble que j’avais déjà lu un Patricia MacDonald et que j’avais beaucoup aimé. pourtant là, dès le début, j’ai trouvé le style franchement faible. L’histoire n’est pas folichonne est c’est assez mal écrit. Bon, comme j’avais promis une critique en échange du livre et que ce n’était pas désagréable non plus (et puis court aussi), j’ai quand même continué. La première moitié est un peu fastidieuse… On a d’un côté Nina qui croit très fort que son papa est innocent, et de l’autre son frère qui lui s’acharne à le penser coupable (devinez quoi, le troisième enfant ne sait que penser). Elle l’aide donc, s’émeut dès que quelqu’un croit en lui et s’énerve dans le cas contraire. Bref, la psychologie est un peu sommaire.

macdon10

          Je vous passe les différentes étapes de l’enquête à peu près inintéressante. Toutefois, la seconde moitié du livre gagne en suspens. Les choses se corsent un peu et se dont plus troubles. On peine parfois à croire aux rebondissements un peu improbables mais ils permettent au moins d’étoffer un peu l’intrigue et de créer le doute, donnant envie au lecteur d’en savoir plus. Plus on avance vers le dénouement, plus on attend avec impatience l’explication qui semble pourtant s’éloigner. La fin amène une explication assez incroyable qui crée une réelle surprise. Au final, un polar qui ne marquera pas plus que ça, le style et la psychologie étant un peu faibles mais dont la fin rattrape assez bien le tout. 

Mes lectures

De sang froid – Truman Capote

          Les Clutter sont une famille modèle : des fermiers qui se sont enrichis à force de travail et qui sont aimés de tous dans leur petite communauté. Pourtant, ils vont connaître un sort tragique, assassinés pour une poignée de dollars. Leurs meurtriers, Dick et Perry prennent la fuite ; vont s’ensuivre des mois de cavale avant que la police ne les arrête et es pende haut et court pour leur crime.

          Il y avait très longtemps que je voulais lire ce livre qui sommeillait depuis longtemps dans ma bibliothèque. J’avais vu le film Truman Capote à sa sortie : il m’avait fascinée et donné envie de découvrir le livre qui l’avait inspiré. Toutefois, la dureté du sujet m’a longtemps tenue éloignée de ce roman et j’ai commencé mon approche de Truman Capote par des textes plus courts et plus légers : La traversé de l’été (un roman de jeunesse un peu maladroit mais avec une fin assez forte pour mériter le coup d’oeil) puis Cercueils sur mesure (un court texte absolument génial, un des meilleurs polars que j’aie jamais lu et un style tout à fait délectable, un énorme coup de coeur). Et puis cette année, quand j’ai mis sur pied mon programme de lecture afin de vider un peu ma bibliothèque, il m’a paru évident que ce texte devait en être. Et voilà comment j’ai enfin lu ce roman qui a fait scandale en son temps et fait de son auteur un personnage de légende.

          Comme je vous l’ai dit, je connaissais déjà l’histoire aussi bien de ces hommes, que celle de l’écriture du texte, au risque de parasiter un peu la lecture. Pourtant, dès les premières pages, j’ai été extrêmement surprise. En effet, le récit commence par une longue description de la vie et des habitudes de ceux dont on sait qu’ils vont mourir dans des conditions atroces. On a le temps de s’attacher à eux, d’espérer que certains en réchappent. En alternance, on découvre les tueurs, la manière dont il montent leur plan, leurs relations, leurs motivations. Cela crée un suspens des plus intéressants et assez inattendu pour un récit de faits qui étaient alors connus : cela ne fait aucun doute, Truman Capote est un conteur de génie.

          Le livre va continuer sur cette lancée jusqu’à la fin : quand vont-ils mourir ? pourquoi ? comment les meurtriers seront-ils arrêtés ? dans quelles circonstances ? quand seront-ils exécutés ? On connaît les grandes lignes : les Cutter sont tués, les coupables prennent la fuite, ils sont arrêtés, emprisonnés, jugés, pendus et pourtant, l’auteur parvient à créer une tension incroyable due à une attente constante de détail des événements. Le style est assez moderne, il a très bien vieilli et s’avère aussi agréable qu’efficace. J’ai été littéralement happée par ce texte qui m’a autant séduite que fascinée. Plus encore que dans l’art du récit, la force de ce texte réside dans le portrait psychologique des tueurs, d’une incroyable finesse. On parvient bizarrement à les comprendre, on les prendrait presque en pitié parfois, et surtout, on prend conscience qu’à peut près n’importe qui peut se transformer en monstre sanguinaire. Un livre brillant et passionnant qu’on ne peut plus lâcher après l’avoir ouvert. De sang froid n’a décidément pas usurpé son titre de chef-d’œuvre !

Rien de plus habituel que de sentir que les autres ont une part de responsabilité dans nos échecs., tout comme c’est une réaction ordinaire d’oublier ceux qui ont pris part à nos réussites.

_______________

Perry dit : « Est-ce que j’ai des regrets? Si c’est ce que tu veux dire, non. Je ne ressens rien . Je voudrais bien. Mais ça me laisse complétement froid. Une demi-heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait et moi, je riais. Peut-être qu’on n’est pas humains. J’suis assez humain pour m’apitoyer sur moi-même. Je regrette de ne pas pouvoir sortir d’ici qu’en tu t’en iras. Mais c’est tout. »

Mes lectures

Le coeur cousu – Carole Martinez

          Frasquita a des dons, qui la font passer dans son village du Sud de l’Espagne pour une magicienne où une sorcière : elle peut d’un simple bout de chiffon faire une œuvre d’art qui fera chavirer les cœurs, du bout de son aiguille. Un jour, elle doit quitter le village avec ses enfants ; un long périple commencera alors, où chacun d’entre découvrira peu à peu ses propres dons, sans bien savoir s’ils sont une chance, ou une malédiction.

LeCoeurCousu

          Je dois admettre que je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en commençant cette lecture. J’avais entendu parler de ce livre sans savoir au juste de quoi il parlait, et, s’agissant d’un cadeau, pour une fois je n’avais pas lu la quatrième de couverture. Le titre m’évoquait une histoire d’amour, ma surprise fut donc grande en découvrant qu’il s’agissait de tout autre chose. Il est difficile de parler de ce roman tant il est surprenant et inclassable. La meilleure chose à en dire est surement que ce fut une excellente surprise.

          Je ne suis pas particulièrement férue des intrusions du fantastique dans des univers réalistes, cela peut s’avérer absolument magique mais est le plus souvent casse-gueule. On est ici face à ces rares romans où le mystère fonctionne et le charme opère. Étrangement j’ai eu le sentiment que ce récit était celui d’une conteuse plus que d’un écrivain : les mots résonnent et évoquent bien des images. Il aurait pu s’agir de ces histoires qu’on se racontait autrefois autour du feu, de veillée en veillée.

          Ce roman est plein de poésie. Il fait appel à des croyances populaires, sujet que je trouve toujours passionnant. Il y est aussi question de famille, de transmission, et d’amour aussi un peu. Le tout sur fond d’aventure avec un fabuleux voyage à travers l’Espagne pour rejoindre les côtes africaines. J’ai beaucoup aimé la poésie de ce texte qui fait appel à des émotions profondes et des croyances ancestrales. Un sujet universel traité avec force et finesse. Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait pas embarquée à ce point, me donnant l’envie de me lever plus tôt le matin pour commencer la journée en en lisant quelques pages. Un texte magnifique, universel, magique.

martinez

Le trouvait-elle vraiment beau cet homme étendu à ses côtés ?

Elle s’y était attachée comme un bateau à son quai.

_______________

Les paysans ne réagirent pas, ils ne remarquèrent pas tout de suite qu’ils s’étaient regroupé pour la première fois. Ils ne virent pas cette masse compacte qu’ils formaient et qui grossissait de minute en minute.

Mes lectures

Mamita – Michel del Castillo

          Xavier est un pianiste virtuose qui s’apprête à enregistrer un nouveau disque aux Etats-Unis. Il travaille cette fois sur Chopin, un choix intimement lié à son passé. Il ne cesse de se rappeler Mamita, sa mère, et cherche à comprendre cette femme qui l’a abandonné après avoir commis les pires horreurs mais qu’il a tant aimée et cherche à pardonner malgré tout. Il est également hanté par le souvenir de son compagnon, mort du sida 20 ans plus tôt. Sarah et Tim vont tenter de l’aider à se défaire de ses vieux démons.DELCASTILLO

           Il y  avait longtemps que je voulais lire ce roman, qui attendait sagement dans ma bibliothèque depuis 2 ou 3 ans et que j’avais un peu oublié. Je l’avais donc inscrit à la liste des 30 titres que je voulais lire avant la fin de l’année et me suis enfin lancée. Je n’avais jamais rien lu de Michel del Castillo et j’ai été un peu surprise par le style. Je m’attendais à quelque chose de plus « écrit ». C’est pourtant loin d’être mal rédigé, mais il manque le petit quelque chose qui fait la différence, qui donne de la profondeur à un texte et nous émeut. Toutefois, malgré cette légère déception qui a fait que j’ai eu un peu de mal à entrer dans le texte au début, assez vite, on se laisse prendre par l’histoire.

          L’auteur construit un suspens autour de l’histoire de « Mamita » que j’ai trouvé un peu grossier. On voit assez vite venir le gros de l’histoire qui finalement aurait sans doute mérité d’être présentée d’une manière un peu plus subtile. En revanche, le personnage de Xavier est intéressant. Sa psychologie est assez fouillée et cet être tourmenté est attachant. Ce sont finalement ses peurs, son angoisse face à ses souvenirs, ses fêlures, qui nous donnent envie d’en savoir plus et d’avancer dans ce roman, pour savoir s’il va réussir à s’en défaire ou finir de se noyer. Michel del Castillo est habile dans la peinture des sentiments, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce texte. Un roman qui, s’il n’est pas exceptionnel, reste très agréable à lire et nous fait passer un bon moment.

9782213633435-G

Ceux qui s’imaginent que l’art véridique console, ou , plus bêtement, qu’il guérit, n’entendent rien à son alchimie merveilleuse et funeste. C’est parce qu’il creuse la douleur, pénètre plus avant la solitude, qu’il dispense une sérénité mélancolique.

______________

Recroquevillé sur lui-même,raidi par l’angoisse mais chaviré, le petit Xavier,qui n’avait pas trois ans, découvrait la puissance ambigüe de la musique : elle ne disait rien, ne commentait ni ne décrivait; mais, par l’alchimie des sons et leur combinaison, elle n’en révélait pas moins la réalité derrière les apparences. Déchirant le voile qui lui dérobait les secrets d’un monde énigmatique, elle lui montrait sa vérité intime, ce qui se lovait dans son cœur opprimé.