Théâtre

Sara Baras, un ballet flamenco d’une technique impressionnante

          Pour Noël, avec mes parents nous sommes allés voir Sara Baras au Théâtre des Champs Élysées. Sans pratiquer ni y connaître grand chose, nous avons toujours aimé les spectacles de flamenco et en avons donc vu un certain nombre. Je n’avais jamais eu l’occasion de la voir sur scène et bien qu’ayant déjà eu l’occasion d’entendre son nom, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. J’ai eu l’agréable surprise de constater qu’on allait avoir affaire à une mise en scène très travaillée et à une troupe assez conséquente. Les premières minutes laissaient présager d’un excellent spectacle. Si ce fut le cas par bien des aspects, quelques détails sont toutefois venus tempérer mon enthousiasme.

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          Nous étions au 2° balcon face. Des places moyennes, très en hauteur et donc un peu loin de la scène, mais bien en face et avec une excellente visibilité. Pourtant, dès que les projecteurs ont éclairé la scène, nous avons été tout bonnement aveuglés. L’ambiance se veut tamisée avec de beaux jeux d’ombres. Malheureusement, vu d’en haut ben… on n’y voit rien justement. Je suppose que l’éclairage a été conçu pour être vu à hauteur de scène (du carré or quoi) et qu’on n’a pas pensé aux pauvres bougres en hauteur (qui paient quand même leur place 40€, signalons-le). Cet effet « lampe torche en pleine poire » est fort heureusement moins prononcée sur certains tableaux mais nombreux sont les moments où on ne distingue que vaguement les silhouettes. La bonne nouvelle c’est que les pieds étant presque toujours en pleine lumière, on peut quand même juger du niveau des danseurs, ce qui est après tout l’essentiel. J’ai quand même trouvé dommage que le jeu des lumières si travaillé et qui s’annonçait splendide (et il doit l’être quand on est place en bas !) et aurait dû être un gros plus devienne un frein pour apprécier le spectacle.

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          Même s’il  a un petit (gros ?) loupé coté lumières, la mise en scène est soignée avec un réel effort artistique. Des panneaux représentent les grands noms du flamenco, comme un hommage muet. Entre les morceaux, on entend des interviews sur la danse et le monde gitan. Elles sont en VO avec un accent andalous à couper au couteau, autant vous dire qu’il faut un espagnol irréprochable pour espérer suivre ! L’intention est quand même louable et ça crée une ambiance un peu particulière que j’ai beaucoup aimée. Coté technique, musiciens comme danseurs sont impressionnants. Sara Baras est époustouflante. Certains regretteront un spectacle peut-être un peut trop technique. Personnellement ça ne m’a pas trop gênée mais c’est vrai qu’on est plus dans la performance que dans l’émotion, ce qui est parfois du à juger quand on ne s’y connaît pas outre mesure. Il  a quand même quelques tableaux très poétiques avec des jeux de châles ou des robes qui ressemblent à des coquelicots. Une technique époustouflante et une belle mise en scène pour un spectacle qui ravira les amateurs de flamenco.

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Sara Baras Ballet Flamenco

Voces, suite flamenca

Théâtre des Champs Elysées

15 av Montaigne, 75008 Paris

Jusqu’au 11 janvier

De 15 à 68€

Théâtre

Rain, un spectacle déroutant à Garnier

          Cette année, j’ai pris un programme théâtre et ballet un peu chargé, bien que j’ai déjà redistribué pas mal de pièces à mes amis faute de pouvoir y aller. Le premier ballet de la saison était Rain, à l’Opéra Garnier. J’avais visité l’opéra l’été dernier mais je n’y avais jamais vu de spectacle. Le lieu à lieu seul est impressionnant et vaut le déplacement ! Je n’y connais à peu près rien à ballet. J’ai fait un peu de danse classique et me suis empressée de tout oublier et j’ai vu somme toute assez peu de spectacles, ma culture reste donc entièrement à faire en la matière. Toutefois, tout le monde m’avait dit du bien de Rain, j’avais donc hâte d’en voir plus. Autant je suis assez à l’aise avec le classique, autant la danse contemporaine a tendance à me laisser plus perplexe et là, on est en plein dedans ! Pourtant, cette chorégraphie ne manque pas d’atouts.

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          Je ne suis pas la mieux placée pour vous parler d’un ballet n’étant pas experte en la matière mais je vais quand même vous livrer mon ressenti sur ce spectacle un peu particulier. Le décor est très épuré mais réussi je trouve. Les danseurs semblent évoluer sans logique sur la scène, courant d’un bout à l’autre pour un résultat très fluide qui rappelle l’eau qui coule. Moi qui suis adepte de « performance », elle m’a un peu manqué ici mais je ne peux nier que le résultat est hypnotique. Mais ce que j’ai adoré dans ce spectacle, c’est sa musique. Juste splendide. J’ai eu l’impression d’écouter pendant une heure le bruit d’un orage qui approche. C’était tellement beau ! D’ailleurs je crois bien que j’ai passé autant de temps à regarder l’orchestre jouer qu’à regarder les danseurs.

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          Si la technique ne m’a pas époustouflée – et bien que je n’aime pas spécialement les courses effrénées sur scène – il se dégage de cette chorégraphie beaucoup de grâce et de légèreté. Je ne sais pas si ça rappelle la pluie mais le bouillonnement sur scène est assez fascinant.  Le jeu des lumières est magnifique. Honnêtement, le résultat est un peu trop ensorcelant à mon goût, j’ai piqué du nez une ou deux fois. Ce n’est pas le genre de spectacle qui me touche le plus mais je l’ai tout de même trouvé très beau et assez intéressant. Il y a un moment où le message m’a semblé assez clair mais évidemment, j’ai oublié lequel en route. Peu importe au fond, il suffit de se laisser bercer par ce ballet atypique dont la musique déroutante m’a totalement conquise.

Théâtre

L’oubliée, un joli spectacle à La Villette

          Premier spectacle de Raphaëlle Boitel, venue du cirque, « L’oubliée » est conçue comme  » un conte onirique qui explore les errances de l’inconscient à travers trois destins de femmes ».

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© Frank Berglund

          Je vois assez peu de danse même si j’ai fait pas mal d’efforts cette année – et je vous préviens, vous allez en bouffer toute la saison prochaine parce que j’ai pris un abonnement des plus costauds ! Quand j’ai été invitée à la première de ce spectacle j’étais donc très contente de d’avoir l’occasion de découvrir quelque chose d’un peu plus contemporain que ce que je vais voir habituellement. En plus l’affiche était splendide, je ne pouvais qu’être ravie ! Pourtant, dans les faits, mon enthousiasme a été plus mitigé. Si je sais ce que j’ai réellement aimé dans ce spectacle, ce qui fait que ça n’a pas complètement fonctionné sur moi est un peu plus confus et mettre tout ça en ordre est un peu délicat. Je vais quand même essayer.

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© Vincent Beaume

          Commençons donc par le plus facile, les aspects positifs. Visuellement, ce spectacle est de toute beauté, avec un éclairage très travaillé et particulièrement réussi. La mise en scène joue beaucoup sur le clair/obscur et il y a des tableaux très artistiques que j’ai beaucoup appréciés. Ce qui m’a manqué, c’est un lien entre ces moments disparates. Au début du spectacle, la mise en scène et une voix off nous laissent supposer qu’on va suivre une histoire et si ça semble en effet être le cas au début, on en perd très vite le fil, ce qui assez déstabilisant. Je crois que j’aurais finalement préféré que les différents univers visuels soient clairement séparés plutôt que de chercher vainement un lien qui n’existe pas. D’ailleurs, il aura fallu que j’écrive cet article et aille chercher des infos sur le spectacle pour comprendre qu’il s’agissait de l’histoire de 3 femmes. J’ai vraiment eu le sentiment de passer totalement à côté de la trame de cette mise en scène.

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© Frank Berglund

          Ce qui dans la mise en scène fait office de lien entre les tableaux, ce sont les personnages qui courent constamment d’un bout à l’autre de la scène sans que j’aie jamais vraiment compris pourquoi. Je suppose que ça doit avoir une signification (la fuite ? la recherche effrénée de quelque chose ?) mais ça m’est assez vite sorti par les yeux. J’ai trouvé que ça avait un intérêt artistique pour le moins limité et que ça avait en plus tendance à détourner l’attention des choses autrement plus belles ou spectaculaires qui pouvaient se dérouler sur scène au même moment. Enfin, moi et mes lubies, vous savez : pas d’engueulades au cinéma, pas de gens qui courent dans tous les sens, je suis un peu obtuse parfois, je l’admets ! Le choix de la musique ne m’a toujours convaincue non plus, je l’ai souvent trouvée un peu répétitive et entêtante. Heureusement, il n’y a rien à redire sur les parties dansées, souvent très aériennes, et c’est tellement beau visuellement que ça compense tout de même certains défauts. Malgré certaines faiblesses et un manque d’unité, un spectacle visuellement irréprochable qui offre quelques très beaux moments.

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L’oubliée

Grande Halle de La Villette

Paris 19°

Jusqu’au 12 juillet

20€

Théâtre

Frederick Sigrist, un humoriste qui va faire parler de lui à découvrir d’urgence au Point Virgule

          Les catastrophes naturelles, les procès en cours, le djihad, le compte Tweeter du pape, le mariage gay et bien sûr surtout et avant tout, les travers des politiques, Frederick Sigrist refait l’actu au Point Virgule. Il porte un regard affûté sur la société et n’épargne personne. Présentation d’une plume acérée.

          La semaine dernière, quand Filou m’a gentiment proposé 2 places pour aller voir un humoriste au Point Virgule, j’ai bien évidemment sauté sur l’occasion ! Je vois très peu de one man show? Rares sont les humoristes qui me parviennent à me faire rire. Il faut dire que j’ai un humour assez particulier, assez noir. Je suis plus adepte du cynisme que de la farce et suis souvent en décalage avec la plupart des gens de ce point de vue. D’ailleurs il n’aura pas échappé à ceux qui me suivent qu’au cinéma je vois peu de comédies et suis assez difficile à satisfaire en la matière. Si j’étais contente d’avoir l’occasion de découvrir un artiste dont je n’avais même jamais entendu parler et de me rendre pour la première fois au Point Virgule, célèbre pour avoir vu naître bien des carrières, je dois avouer que j’étais assez circonspecte et n’était pas du tout sure d’apprécier ma soirée.

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          Dès les premières minutes, mes craintes ont été effacées. Je ne l’avais pas trouvé très drôle en vidéo mais sur scène, il a une telle présence, Je ne sais pas bien parler d’humour, n’ayant pas l’habitude d’analyser ce type de spectacle, mais on sent de suite une certaine finesse dans l’écriture. Bien souvent, je trouve les comiques simplement méchants. Par exemple, voir quelqu’un tomber ne m’a jamais fait rire, ça peut m’inquiéter, me faire de la peine, éventuellement me laisser indifférente si je suis mal lunée, mais rire certainement pas. Beaucoup d’humoristes jouent sur notre tendance naturelle à nous moquer des autres, de préférence les plus faibles. Non seulement je ne trouve pas ça drôle mais ça me semble être d’une bêtise sans nom. On est tout à l’opposé de ça ici, ce qui se fait suffisamment rare pour être noté.

          Si Frederick Sigrist rit bien sûr des autres (c’est son fond de commerce hein), ce n’est jamais fait avec cruauté mais avec une certaine tendresse. Il amène un regard critique qui rappelle celui du caricaturiste dans la presse écrite. Il nous livre une analyse assez fine de la société à travers l’actualité. Il n’hésite pas non plus à se moquer de lui-même. Une autodérision fort appréciable. En effet, à mon humble avis, si on veut pouvoir rire des autres, il faut commencer par savoir rire de soi-même. Ses textes sont très écrits et n’épargnent personne. En revanche, ils tombent rarement dans la facilité et sont très justes. Je suis allée voir ce spectacle avec une amie qui a des convictions politiques très éloignées des miennes et pourtant nous avons toutes les deux rit aussi bien des sketchs concernant la droite que la gauche, ce qui n’était pas gagné. S’il y a quelques passages légèrement en dessous du reste, l’ensemble est tout de même assez homogène. Rares sont les moments où j’ai arrêté de rire durant la grosse heure que dure ce spectacle. Un spectacle décapant, je n’ai qu’un conseil à vous donner : courez-y !

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Le Point Virgule

7 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie

75004 Paris

Du mercredi au samedi à 19h

18€

 

Théâtre

L’art de la fugue

          Vacillements, chutes, apparitions et disparitions des corps se conjuguent sur les notes de L’art de la fugue de Jean Sébastien Bach. Un couple se cherche dans un décor en constant mouvement. Un jeu de déconstruction qui se joue à deux, grave et léger à la fois.

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          C’était la première fois que j’allais au Centquatre et je dois dire que j’ai été très séduite par le lieu. Il faudra que j’y retourne en journée pour profiter de la librairie et des cafés qui m’ont semblé très agréables. Je dois avouer que je ne savais pas grand chose sur ce spectacle avant d’aller le voir, simplement qu’il s’agissait de cirque. Je n’avais pas fait le lien entre le titre et L’art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, pièce que j’apprécie particulièrement et que j’aurais adoré savoir jouer. Quand j’ai vu un piano sur la scène j’ai été absolument ravie ! La pianiste arrive sur scène en premier et commence à jouer L’art de la fugue donc. J’ai trouvé cela terriblement émouvant, j’en ai eu des frissons tellement c’était beau ! Ensuite, une jeune femme entre en scène. Pour seul décor, un immense cube en bois dans lequel elle ouvre une fenêtre. Un homme la rejoindra ensuite et on les verra tous deux autour d’une table dans une scène du quotidien à laquelle ils donnent beaucoup de poésie.

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          Le décor se déconstruit et évolue au fil du spectacle. J’ai beaucoup aimé sa simplicité apparente et son incroyable inventivité. Sur scène, les deux interprètes se cherchent sans jamais sembler arriver à se rejoindre dans un joli jeu de poursuite et de fuite qui semble ne jamais devoir finir. L’histoire d’un couple avec ses difficultés comme ses moments de tendresse. Il y a un jeu très intéressant avec le décor et un trampoline qui se cache à l’intérieur. C’est plein de légèreté et les acrobaties semblent naturelles tant elles sont exécutées avec aisance. La mise en scène joue beaucoup sur les répétitions et j’ai trouvé qu’on frôlait parfois l’ennui sans pour autant jamais tomber dedans. Plus on avance dans le spectacle et plus l’histoire se dessine et fascine. La mise en scène est très belle avec un jeu de lumières extrêmement intéressant mais également un certain humour. Un spectacle entre cirque et danse assez fascinant : c’est tendre et poétique, c’est à voir.