Cinéma

Dans la maison

          Thriller français de François Ozon, aved Fabrice Luchini, Ernst Umhauer, Kristin Scott Thomas

          Germain est professeur de français en classe de seconde. A la rentrée, il demande à ses élèves de raconter leur week-end. Au milieu des copies médiocres, s’en glisse une qui l’intrigue. Un jeune garçon de 16 ans décrit la manière dont il s’est introduit dans la maison d’un camarade. Mais cette rédaction aura une suite et bien vite, le professeur ne contrôlera plus le jeu malsain mis en place par son élève…

          J’aime généralement assez le cinéma de François Ozon, capable du pire comme du meilleur, il est généralement très créatif et ne cesse de nous surprendre. Aller voir son dernier film s’imposait donc comme une évidence, d’autant qu’on en disait le plus grand bien. J’ai un eu traîné des pieds avant d’aller voir ce film, le sujet me tentait moyennement et étant un peu fatiguée j’ai reporté ce visionnage. Et puis, au détour d’une déambulation parisienne, voilà que je passe devant un cinéma à l’heure de la séance, il ne m’en fallait pas plus pour me motiver. Dès le début, j’ai été très agréablement surprise par cette histoire. Je craignais que ce ne soit un peu tiré par les cheveux mais c’est tout compte fait assez bien amené. Fabrice Luchini est parfait en prof aigri ! Très vite, on souhaite autant que lui connaître la suite de l’histoire et comme lui on hésite quand au degré de fictionnalisation des écrits de son jeune élève. Un certain suspens donc, assorti d’une ambiance un rien malsaine qui ne fait qu’accroître notre intérêt.

          J’ai trouvé que cette histoire marchait plutôt bien et François Ozon parvient à nous plonger dans son univers. Personne n’est épargné, la petite bourgeoisie en prend pour son grade (non sans une certaine tendresse) et l’enseignement est également égratigné. Un humour grinçant qui me ravit. Côté réalisation, quelques belles idées. Certaines scènes sont répétées mais filmées sous des angles différents au gré des différentes version qu’en écrit le jeune auteur. Parfois, le professeur fait également irruption dans la maison, au fil des corrections qu’il propose. Les acteurs sont pleins d’énergie et le récit est très dynamique. Certes, ce n’est peut-être pas le film du siècle, mais il est des plus agréable. Une histoire originale, une belle réalisation, des acteurs convaincants. Ce film a une fraîcheur qui manque trop souvent au cinéma français. J’ai pris un réel plaisir devant ce film énergique et inventif comme on aimerait en voir plus souvent.

Mes lectures

Ténèbres, prenez-moi la main – Dennis LEHANE

           Patrick et Angela sont détectives privés. Ces deux amis d’enfances s’en sortent tant bien que mal en résolvant de petites affaires mais un jour, pour aider un ami, ils vont accepter une affaire qui les dépasse. Une femme pense que la mafia lui en veut et fait appel à eux pour régler ce problème. Ils vont ainsi se retrouver mêler à une sordide affaire entre mafieux et serial killers.

           Le gros point fort de ce livre est sans aucun doute le suspens. Il est absolument intenable ! L’univers décrit est très noir et les personnages sont loin d’être des héros, on se demande tout le long par quel miracle ils pourraient bien en sortir vivants. Du côté de l’enquête, les fausses pistes se multiplient et on est aussi perdus que les enquêteurs eux-mêmes. Le point de vue interne aide beaucoup à se plonger dans l’histoire. L’écriture est agréable, les personnages bien construits et la trame efficace. On se laisse totalement prendre par cette enquête sombre et tortueuse. Un très bon roman noir au suspens haletant. Ames sensibles s’abstenir.

Il y a plus de chances de voir un Black jouer dans nu film de Woody Allen que Patrick s’engager dans une relation sérieuse.

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Ils voguaient au gré de l’existence tels des canards en plastique dans une baignoire, se retrouvaient de temps en temps le bec dans l’eau, attendaient qu’on les redresse, puis reprenaient leur dérive. Un cheminement sas conflits, mais sans passion non plus.

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Tu ne peux pas patauger dans les égouts toute la journée et revenir à la maison en sentant la rose.

Mes lectures

José Carlos SOMOZA, L’appât

        Et si le monde n’était qu’un grand théâtre ? Si nos désirs les plus profonds pouvaient être comblés par un masque, une parure, une posture ? Si des acteurs de génie pouvaient les déceler et nous mettre à nu par leur jeu, faisant de nous des pantins ? Et si les pièces de Shakespeare détenaient les clefs de notre subconscient ?

          Diana est un de ces acteurs qui peuvent accéder à nos désirs les plus refoulés. On les appelle les appâts. La police de Madrid les utilise pour arrêter les criminels les plus dangereux. Quand un psychopathe enlève sa soeur, elle se lance dans une course effrénée pour tenter de la sauver.

          Il y a quelques mois, j’avais découvert Somoza avec Clara ou la pénombre. Ce fut une révélation. Un choc comme on en connaît trop peu dans sa vie de lecteur. Un livre qui vous retourne, vous engloutis, vous transforme et vous laisse à la fois surpris et émerveillé. J’attendais donc avec impatience d’en lire un autre, même si je savais que ce genre de miracle ne pouvait décemment pas se produire deux fois. Quand L’appât est sorti en décembre, je me suis donc empressée de l’ajouter à ma liste au Père Noël et l’ai commencé à peine le papier déchiré.

          La trame est extrêmement complexe. On est entre le polar, l’anticipation et l’essai sur le théâtre, le tout servi avec un brin de psychanalyse. C’est très déroutant et sans la 4° de couverture je pense que j’aurais mis très très longtemps à comprendre cette histoire d’appâts qui utilisent Shakespeare comme arme. Dans Clara, on avait sensiblement la même chose avec la peinture mais c’était bien plus visuel et donc un peu moins difficile à appréhender. J’ai donc décidé de laisser tant bien que mal de côté ce que je ne comprenais pas, me disant que ça finirait bien par s’expliquer, pour me concentrer sur l’histoire de meurtres.

          Il n’y a pas de doute, Somoza est bien le roi du suspens. L’histoire est bien ficelée, très vite on se laisse prendre au jeu, on dévore chaque page avec anxiété, attendant la suite comme si notre propre vie en dépendait. On tombe dans tous les pièges qu’ils nous tend. Il y avait longtemps qu’un livre ne m’avait pas autant « accrochée » et que je n’avais pas regardé autour de moi avec autant d’anxiété dans mon appartement vide à cause d’un livre.

          L’auteur demande à son lecteur un effort quasi insurmontable pour rentrer dans son univers (un immense merci au professeur aussi cruel qu’avisé qui a eu l’idée de nous mettre cet auteur au programme, nous forçant à passer le cap difficile des premiers chapitres auxquels on ne comprend pas grand chose). Toutefois, la sueur et les larmes (comment ça j’exagère ?) sont largement récompensés. Le monde que nous propose Somoza est d’une incroyable richesse. Il nous pousse à nous poser des questions qui jamais ne nous seraient venues à l’esprit, à envisager les choses sous des angles improbables. Il bouscule les conventions avec brio dans un style incomparable. Un texte exigeant mais aussi brillant, intelligent, complexe, troublant. Un peu en de ça de Clara à mes yeux mais un texte de haute volée qui se mérite.

Citations à venir