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Dans les forêts de Sibérie, le film

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Film d’aventure français de Safy Nebbou avec Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal.
Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années.
Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie, affiche

          Dans les forêts de Sibérie est un livre de Sylvain Tesson que j’avais adoré. Il y raconte les 6 mois qu’il a passé dans une cabane en Sibérie, en plein hiver. Il ne s’y passe pas grand chose mais il parvient à nous faire voyager avec lui, à nous faire imaginer le froid e la solitude et partager ses pensées est loin d’être inintéressant. Pour ceux qui n’auraient pas encore lu mon article sur le sujet, vous pouvez le retrouver ici. Quand j’ai vu que ce livre que j’avais énormément aimé avait été adapté au cinéma, j’ai forcément eu envie d’aller voir de quoi il retournait. Je dois admettre que Raphael Personnaz dans le rôle de Sylvain Tesson me laissait un peu perplexe. Je trouvais qu’il manquait franchement de charisme (et surtout de carrure) pour jouer les baroudeurs. Finalement, il ne s’en sort pas si mal ! D’autant plus que l’histoire a été adaptée et que notre écrivain-voyageur s’est transformé en… impossible de me rappeler – un truc à la mode en lien avec les médias – en besoin de solitude, expliquant ainsi son côté résolument citadin.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          J’avoue que la performance de l’acteur principal est la bonne surprise de ce film. Je n’avais jamais remarqué que Raphaël Personnaz était beau, je l’avais jusque-là toujours trouvé un peu fade. Comme quoi, être seul au bord d’un lac gelé lui réussit plutôt bien. Même si je trouve que son apprentissage de la vie dans la nature est peut-être un peu rapide pour un citadin. Il patine sans peine 5h sur la glace (l’expérience du roller dans les rues parisiennes peut-être ?), fend du bois comme si c’était du beurre, ça aurait mérité un peu plus de sueur pour en arriver là. Mais bon, dans l’ensemble, ça se tient à peu près et le film ne pouvait pas non plus durer 4h. La rencontre avec un braconnier est elle aussi un peu improbable : un repris de justice qui se cache dans la taïga vient tout à coup faire un brin de causette avec un parfait inconnu. Mouais… M’enfin, là aussi, pourquoi pas, il faut bien qu’il y ait une histoire. Leur amitié est plutôt touchante. Je ne me rappelle pas les détails mais je crois que cette histoire vient (en partie du moins) d’un recueil de nouvelles de l’auteur.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          Si le film reste fidèle au livre dans les grandes lignes, avec le même univers et la même lenteur, il prend pas mal de liberté avec l’histoire sans pour autant la trahir. Ce que j’avais beaucoup aimé dans le livre de Sylvain Tesson, c’est avant tout les réflexions qu’il nous livre page après page. Une mine d’aphorismes en tous genres ! Sans compter un certain cynisme que j’apprécie particulièrement. On ne retrouve pas cet aspect-là dans le film qui nous a épargné une voix off incessante, trop indigeste ; si elle est présente, une grande place n’en est pas moins réservée au silence. Ca fonctionne tout à fait mais ça n’a bien sûr pas la même profondeur. Les paysages sont à couper le souffle, pourtant j’ai trouvé que le réalisateur filmait de manière assez brute, sans faire dans le côté carte postale. Côté musique, j’attendais beaucoup d’Ibrahim Malouff et j’ai été cruellement déçue. Une musique trop marquée et stéréotypée qui a mon sens tue un peu le film : vas-y que te mets un escadron de violons quand il faut être ému et tout le tralala. Raté quoi. Ce n’est pas non plus catastrophique mais c’est vrai que plus le film avançait, plus ça m’a dérangée. Dans l’ensemble, avec ses paysages grandioses et son interprétation assez convaincante, cette adaptation s’en tire tout à fait honorablement. Il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film mais ce n’est quand même pas mal du tout.

Berezina, le dernier pari fou de Sylvain Tesson

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          Sylvain Tesson revient avec un nouveau récit de voyage. Cette fois, il a décidé avec quelques copains de partir sur les traces de Napoléon et de refaire le trajet de la retraite de Russie… en side-car. Toute une expédition où la petite histoire rejoint la grande.

          Ce n’est un secret pour personne, j’adore Sylvain Tesson. Les récits de voyages en général, les siens en particulier. J’aime son style un peu âpre et son amour des grands espaces à la Jack London (un de mes auteurs favoris), son cynisme, sa culture et sa sensibilité. Oui oui, tout ça. C’est l’homme idéal, ni plus ni moins (je sais, j’ai une drôle de vision de l’homme idéal mais on s’en fiche, là n’est pas le sujet). Cet été, j’ai eu une peur bleue de perdre un de mes auteurs contemporains préférés lorsqu’il est tombé d’un toit en escaladant un chalet juste après avoir déposé ce manuscrit chez son éditeur. Dix jours de coma et pas mal de séquelles mais si le physique est meurtri, son intelligence reste intacte et c’est bien là l’essentiel. Après une longue rééducation, on retrouvera sans doute l’aventurier acharné dans de nouveaux récits, forts nombreux je l’espère. En attentant, il revient avec ce livre un peu particulier, qui mêle aventure et histoire.

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          J’avoue ne pas être très calée en histoire et je ne sais à peu près rien de la bataille de Russie. Tout ce que j’en sais, je l’ai découvert dans Guerre et Paix. J’avoue qu’heureusement que j’avais quelques vagues souvenirs du roman parce que sinon j’aurais peut-être eu un peu de mal à suivre. Sylvain Tesson a toujours été un personnage atypique mais dans ce récit on atteint des sommets ! Cet homme est complètement barré ! J’apprécie, notez, mais j’ai parfois eu un peu de mal à rentrer dans le délire. Le side-car, j’adhère totalement, par contre le mec qui se prend pour Napoléon en pleine retraite euh… comment dire ? Je sais qu’entre copains on peut aller très loin dans ses divagations mais le grand public pourrait trouver ça un poil mégalo quand même. Ou juste complètement fou. Il vaut mieux donc être adepte de l’originalité (et d’histoire napoléonienne) pour se lancer dans cette lecture au risque d’être un peu paumé.

          Après une rapide présentation du projet et de a préparation, on suit le périple au jour le jour. Je dois avouer que ce n’est pas le récit de l’auteur auquel j’ai le plus accroché. Tesson et ses amis se sont lancé sur les traces de Napoléon 200 ans après lui. L’auteur fait donc un constant parallèle entre leurs expériences pourtant si dissemblables. J’ai beaucoup aimé le côté aventureux et un peu fou de l’expérience. En revanche, j’avoue avoir parfois avoir un peu décroché avec le côté historique, très présent et parfois de manière un peu décousue. J’ai à la fois été ravie d’apprendre plein de choses sur la retraite de Russie, et par moments un peu lassée de ne pas saisir toutes les références. Je pense que la lecture aurait été particulièrement difficile si Guerre et paix ne m’avait pas un peu éduquée en la matière. J’ai donc été un peu mitigée sur ce livre intéressant par certains aspects mais dans lequel je me suis un peu perdue parfois. Sylvain Tesson ne nous livre pas ici son livre le plus abouti, tant dans sa forme – un peu brouillon – que dans son style -assez brut, mais l’idée est originale (trop ?) et le fond historique solide. Une lecture qui m’a un peu égarée parfois mais qui dans l’ensemble s’est avérée agréable. Les amateurs d’histoire seront sans doute enchantés.

Sylvain Tesson et Cédric Gras passent devant le monastère de Borodino.

L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes.

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Moi qui aime par-dessus tout la contemplation des atlas, je me disais que les stratèges exercent un beau métier. Ils vivent, penchés sur les cartes, à piqueter des épingles et dessiner des flèches, en s’offusquant que le mouvement des troupes ne suit pas les tracés.

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La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, pressenti par Koutouzov, unique dans l’Histoire des Hommes: une armée marcha, de victoire en victoire, vers son anéantissement total !

Le lien vers son passage dans La grande Librairie et la vidéo d’On n’est pas couché (désolée pour les pubs incessantes, un vrai fléau).

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson

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          « Devant les coups du sort il n’y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l’on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s’abandonne à vivre. C’est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit. »

TESSON Sylvain COUV S'abandonner à vivre

          Je vous livre la quatrième de couverture tel quelle ; je ne l’aurais pas mieux dit ! Pour une fois qu’elle est réussie… Vous le savez peut-être, j’étais tombée littéralement amoureuse de Sylvain Tesson avec Dans les forêts de Sibérie. Le Petit traité sur l’immensité du monde m’était quand à lui tombé des mains, j’en venais à me demander comment le même homme avait pu écrire deux textes si différents. Il parle de lui dans les deux, de ses voyages, et pourtant l’un me sortait par les yeux quand j’étais fascinée par l’autre. Vraiment étrange. J’ai donc lu ses nouvelles Une vie à coucher dehors. J’ai trouvé que ça ressemblait à du London, ni plus ni moins, soit rien moins que l’un de mes auteurs préférés ! J’ai donc remisé mon expérience malheureuse dans un coin de ma mémoire pour devenir une inconditionnelle des aventures de ce voyageur intarissable. Si rares sont les auteurs vivants qu’on a que l’on peut admirer !

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          Quand je suis allée à la librairie début janvier sans rien avoir suivi de la rentrée et que j’ai vu côte à côte un livre d’Andréï Makine et des nouvelles de Sylvain Tesson, j’ai frôlé la syncope (et encore je n’avais pas vu Mingarelli sur la table à côté…). Tant de joie d’un coup, c’était à peine croyable. Vous pensez bien que je me suis jetée dessus comme s’il n’y avait pas déjà une centaine de livres qui sommeillent sur mes rayonnages (un détail). Et quand la libraire m’a appris que Sylvain Tesson lui-même serait là quelques jours plus tard, mon bonheur fut à son comble ! Evidemment, j’ai assisté à cette rencontre. L’auteur n’est pas réputé pour son assurance devant la foule. Pourtant, son discours était passionnant et empreint d’un humour que je ne lui soupçonnais pas (pas à ce point en tout cas) et m’a ravie. Que dire sinon que sa culture étonne autant que ses saillies grinçantes ? L’écouter fut un réel plaisir et ne fait que renforcer mon admiration pour cet homme étonnant.

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          Après cette longue digression, venons-en au cœur du sujet : ses nouvelles. Si Une vie à coucher dehors avait pour thème central les grands espaces (comme son nom l’indique un peu), ici, ce sont à des nouvelles plutôt citadines que nous avons affaire. Si certaines se passent en extérieur, la plupart ont Paris ou d’autres grandes villes pour décor. Je dois avouer que je préfère qu’on me décrive la traversée d’une immensité gelée à une rencontre sur les quais de Seine. L’amour a aussi plus de place dans ce recueil, même s’il est souvent déçu ; là encore, on s’éloigne un peu de mes préoccupations premières. Mais bon, la plume de Sylvain Tesson reste égale à elle-même ; ses textes recèlent à la fois de la force et une certaine poésie, le tout teinté d’une ironie parfois cruelle qui n’est pas pour me déplaire. J’aime ce style si particulier qui lui est propre et s’affirme de livre en livre. Si ces nouvelles m’ont semblé dans l’ensemble moins fortes que son recueil précédent, elle n’en demeurent pas moins une très bonne lecture qui ne manquera pas de laisser quelques traces. 

– L’amour, c’est se rencontrer, se dissoudre, disparaître.
– Tu arrêtes, chéri, avec tes aphorismes de paquet de lessive ?

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Je n’ai pas de téléphone portable car je trouve d’une insondable goujaterie d’appeler quelqu’un sans lui en demander au préalable l’autorisation par voie de courrier. Je refuse de répondre au « drelin » du premier venu. Les gens sont si empressés de briser nos silences…J’aime Degas,lançant « c’est donc cela le téléphone ? On vous sonne et vous accourez comme un domestique. » Les sonneries sectionnent le flux du temps, massacrent la pâte de la durée, hachent les journées, comme le couteau du cuisinier japonais le concombre.

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Il retenait tout, elle s’efforçait d’oublier. Il savait relier ,elle savait regarder. Il cherchait des références, elle ne croyait qu’à l’inédit. Il était myope. Elle haïssait les taupes.

Et pour les curieux, découvrez le Paris de Sylvain Tesson ici. Une interview passionnante sur BMF.