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La fille au sourire de perles

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          Clemantine Wamariya a six ans quand le conflit rwandais éclate en 1994. Avec sa sœur Claire, quinze ans, elles doivent fuir les massacres et traversent sept pays d’Afrique pour échapper à la violence. Sans nouvelles de leur famille, elles affrontent la faim, la soif, les camps de réfugiés, la misère et la cruauté pendant six ans avant d’arriver aux États-Unis. À Chicago, les deux sœurs empruntent des chemins différents. Tandis que l’aînée, mère célibataire, a du mal à joindre les deux bouts, Clemantine, recueillie par une famille américaine, est promise à un avenir brillant. Un véritable rêve américain s’offre à elle : elle devient pom-pom girl et fait de brillantes études en école privée qui la mèneront jusqu’à Yale. Mais comment se reconstruire après une telle épreuve ?

          Vous le savez peut-être, j’ai toujours eu un faible pour les témoignages, notamment sur la guerre et/ou exil, j’étais donc contente de me lancer dans la lecture de celui-ci, d’autant plus que j’ai lu relativement peu de choses sur le Rwanda (à part un ou deux romans, mais que je me souvienne, aucun témoignage sur la fuite du pays). Lorsque la guerre éclate Clémantine est encore une petite fille. Elle et sa sœur sont envoyées chez leur grand-mère où leurs parents espèrent qu’elles seront à l’abri des combats. Elles échappent de peu au massacre dans le village et doivent fuir. Leur errance durera des années.

Couverture de La fille aux sourire de perles, Clémantine Wamariya

          L’histoire de ces deux sœurs est absolument incroyable. Des milliers de kilomètres parcourus sans savoir où aller. Aucun point chute et le malheur qui semble les poursuivre où qu’elles s’installent. Chaque moment de répit semble devoir se solder par un drame. Claire, la grande sœur, a une force de caractère impressionnante. Elle est inébranlable. Elle n’est qu’une adolescente et pourtant ses ressources semblent ne jamais devoir s’épuiser. Elle ne baisse jamais les bras et trouve toujours des solutions pour leur survie. Elle ne se contente pas de son sort de réfugiée et veut retrouver une vie « normale ».

          J’ai été très surprise dans ce récit. Il semble irréel tellement leur parcours est surhumain. Et ce ne sont que deux enfants ! J’ai lu pas mal de témoignages d’enfants fuyant la guerre mais pourtant j’ai trouvé celui-ci à part. Je crois que cela tient au fait que Claire, l’aînée, tient à garder la tête haute quelques soient les circonstances, elle ne s’avoue jamais vaincue et ne satisfait pas de son sort avant d’être aux Etats-Unis, où elle parvient à recréer un foyer et vivre librement. Il n’y a aucun pathos dans ce texte et même une distance qui peut paraître surprenante. C’est assez « froid » comme récit. Mécanique. La jeune fille s’en explique, disant que cette mise à distance était nécessaire dans la fuite.

          Les réflexions sur l’exil, sur leur parcours, puis sur son intégration aux Etats-Unis sont très intéressantes. Elle a une grande lucidité sur les mécanismes de défense mis en place au fil des années. Elle parle également des lectures qui l’ont aidée à trouver des cas similaires au sien, notamment des textes sur la Shoa. Sociologiquement parlant j’ai trouvé ça vraiment passionnant. Un texte dur qui surprend par la distance que l’auteur garde avec sa propre histoire. Difficile de s’imaginer ce qu’elle a traversé, de s’identifier à cette petite fille qui a été obligée de grandir bien trop vite. Mais le témoignage est intéressant et la réflexion autour de son propre parcours m’a impressionnée.

Portrait de Clemantine Wamariya

Prendre soin des êtres aimés, dans mon monde, n’était pas fondé sur l’affection, mais sur la peur de les perdre.

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Je veux qu’ils comprennent que vouloir s’enfermer dans de petites cases en fonction de sa classe sociale, de son ethnie, de sa religion – de tout, en réalité – révèle une pauvreté d’esprit, un manque d’imagination. Le monde est cruel et sans intérêt lorsque l’on s’isole.

Ici les femmes ne rêvent pas, Rana Ahmad

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          L’auteure raconte son parcours et sa rébellion contre l’éducation musulmane sunnite qui lui a été imposée en Arabie Saoudite. Contrainte de porter le hijab à 9 ans et le niqab à 13 ans, elle découvre le monde par la biais d’Internet puis des livres et de la science. Menacée en raison de son engagement pour les droits de l’homme et de la femme, elle se résout à quitter son pays et sa famille.

          Voici un de mes coups de cœur de la rentrée littéraire de septembre. Oui, tout comme je ne finissais plus de lire, je ne finis plus d’en parler mais je crois bien que ce livre est le dernier ! avec 6 mois de retard donc… Je ne pensais pas en venir à bout donc je suis assez fière d’y être finalement arrivé, peu importe le temps que ça aura pris. Mais revenons-en à nos moutons. J’avoue que j’apprécie souvent de lire ce genre de témoignages, même si le style n’est pas toujours au rendez-vous. C’est toujours intéressant de découvrir d’autres cultures à travers des parcours extraordinaires. J’étais donc ravie de me lancer dans cette lecture et je n’ai pas été déçue !

Couverture d'Ici les femmes ne rêvent pas

          L’histoire est très forte. C’est celle d’une jeune femme qui nous raconte comment, élevée dans une famille aimante, elle a vu son horizon se restreindre au fil des ans : devoir cacher ses cheveux en plus de cacher son corps, ne plus pouvoir faire de vélo, ne plus pouvoir sortir seule… Des libertés petites ou grandes dont elle se retrouve privée au fur et à mesure qu’elle devient une femme. Finis les rêves et les ambitions. La femme est avant tout une fille, une épouse, une mère, elle n’a pas d’identité propre, ses aspirations ne comptent pas.

          L’auteur nous raconte son parcours, comment elle a vécu ces frustrations, comment elle a essayé de s’adapter à sa condition, mais aussi et surtout comment elle a peu à peu changé de regard, appris ou réappris à réfléchir par elle-même, à se demander quelle vie elle souhaitait vraiment. On veut peu à peu éclore une jeune femme indépendante et brillante, qui a de l’ambition et doit se cacher car ses convictions pourraient lui coûter la vie. J’ai aimé suivre son parcours et la voir évoluer peu à peu au fil de ses lectures clandestines. J’ai trouvé son histoire vraiment passionnante.

          Surtout, bien qu’elle ait fui et qu’elle ait réussi à sortir de ce carcan, la jeune femme parle de son pays et plus encore de sa famille avec une certaine tendresse, notamment s’agissant de son père. Elle semble garder plus de tristesse que d’amertume de cette rupture difficile et j’ai trouvé sa manière de raconter très touchante. C’est à la fois sans concessions et empreint d’une certaine tendresse. La fuite, l’errance qui a suivi, puis l’arrivée en Europe n’ont évidemment pas été chose aisée, même si elle a eu la chance de trouver de l’aide sur son chemin. Un parcours chaotique qui laisse entrevoir les difficultés immenses qui attendent celles qui voudraient suivre ce chemin. Quant à celles qui vivent dans une société qui opprime à ce point les femmes, je peine à m’imaginer leurs souffrances. Je ne peux que compatir et espérer qu’un jour l’égalité sera la norme. Un récit courageux et bouleversant, un de mes gros coups de cœur de la fin d’année.

Portrait de Rana Ahmad

J’ai vingt-neuf ans. Une femme divorcée à Riyad, avec un diplôme d’anglais, quelques années d’expériences professionnelles et un ordinateur portable dans son sac. Je quitte mon domicile sans bagages ni certitudes, je marche vers l’inconnu.

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Je tente de saisir l’enchaînement des faits. Un instant plus tôt, j’avais encore une bicyclette à moi et je pouvais sentir le vent dans mes cheveux. A présent je dois les couvrir et je n’aurai plus le droit de sortir seule quand nous serons revenus à Riyad. (…) Abandonner un vélo pour un voile, voilà qui me fait l’effet d’un bien mauvais troc.

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Les femmes saoudiennes n’iront pas en enfer. Il y a longtemps qu’elles y vivent.

L’écart, Amy Liptrot

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          Intrépide et avide de passion, elle vacille, elle hésite entre deux destins : se laisser emporter vers le sud, vers ce Londres qui brille, dans la nuit violente qui fait oublier le jour où l’on est trop seul, où tout est trop cher, où le travail manque. Ou se fracasser contre les falaises de l’île natale, dans cet archipel des Orcades battu des vents dont la vie rude lui semble vide et lui fait peur. Elle l’ignore encore mais il existe une troisième voie : écouter résonner l’appel qui la hante, qui vient toucher cette part d’elle assoiffée de grand large, de grand air, de grande beauté. Non pas rester mais revenir. Choisir.

          A ce jour, le seul livre de cette rentrée littéraire que j’ai vraiment apprécié. On me l’avait très bien vendu, pourtant si j’ai trouvé beaucoup de qualités à ce roman, ça n’a pas non plus été l’énorme coup de cœur que j’espérais (oui, je sais, je suis blasée en ce moment mais je ne fais pas exprès). J’attendais depuis le début de cette rentrée un roman avec une histoire « qui prend aux tripes ». Celui-ci semblait tout indiqué et d’ailleurs il faut reconnaître que je ne suis pas trop tombée à côté.

Couverture de l'Ecart d'Amy Liptrot

          J’ai de suite bien aimé le style, sobre mais beau. Quant à l’histoire, c’est tout simplement celle de l’auteur et bien qu’elle soit sombre, j’ai apprécié sa manière de raconter tout en simplicité, sans tomber dans le pathos. Si elle évoque les moments difficiles et son alcoolisme, c’est surtout sur son changement de vie et sa reconstruction qu’elle s’appesantit avec beaucoup d’humilité et un bel esprit d’analyse. J’ai trouvé ça beau d’arriver ainsi à se mettre à nu sans que ça ne paraisse jamais gênant. Elle sait trouver le ton juste et son récit est touchant. J’ai aimé découvrir cet univers si particulier des Orcades dont j’ignorais tout et qui m’a fascinée.

          Etant donné que l’auteur parle de son cheminement, on est beaucoup dans l’introspection : quels sont les schémas qui ont fait qu’elle est tombée dans l’alcool ? quelles stratégie elle met en place pour rester sobre. Elle présente son parcours avec beaucoup de délicatesse mais j’ai eu besoin de lire ce texte à petite dose pour l’intégrer, impossible de le dévorer d’une traite, ce sans doute ce qui fait que j’ai connu un petit moment de découragement passée la moitié de ce livre, j’avançais très lentement. Cela dit ça va bien avec la vie qu’elle raconte sur les îles écossaises, qui m’a rappelée par certains aspects celle de mes montagnes et m’a donné envie d’aller les voir un jour. Si ce n’est pas un coup de foudre, ça n’en demeure pas moins un très beau roman, sensible et délicat. Une belle surprise de cette rentrée.

Portrait d'Amy Liptrot

L’alcool que j’avalais depuis des années m’érodait comme le fracas répété des vagues contre les falaises, et ma santé s’en ressentait. Au plus profond de mon système nerveux, quelque chose s’effritait. J’étais parfois saisie de tremblements si violents que je me figeais, bavant et haletant, jusqu’à ce que la crise s’atténue, que je puisse me servir un autre verre, et poursuivre la fête.

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Suivre une cure de désintoxication n’est pas une fin en soi ; c’est le début d’une nouvelle histoire.

La petite fille sur la banquise

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           J’ai neuf ans. Un dimanche de mai, je rentre seule de la fête de l’école, un monsieur me suit. Un jour blanc. Après, la confusion. Année après année, avancer dans la nuit. Quand on n’a pas les mots, on se tait, on s’enferme, on s’éteint, alors les mots, je les ai cherchés. Longtemps. Et de mots en mots, je me suis mise à écrire.

           Voici un de mes gros coups de cœur de ce printemps. Je ne savais pas exactement a quoi m’attendre. Le titre un peu enfantin ne m’inspirait pas plus que ça, en revanche le thème m’intéressait. J’en avais un peu entendu parler et toujours en bien, j’étais donc curieuse de découvrir ce texte. Dès le début, j’ai beaucoup aimé. Le style est en apparence simple mais plus travaillé qu’il n’y paraît, il crée de suite une empathie avec le personnage tout en gardant une certaine légèreté. C’est d’ailleurs une des grosses réussites de ce roman. L’autre gros point fort étant bien sûr l’histoire.

Couverture de La petite fille sur la banquise, Adélaïde Bon

           On entre de suite dans le vif du sujet, puisque le roman commence de suite après qu’une petite fille ait subi des attouchements. Toute sa vie va s’en trouver bouleversée et elle va se construire sans en avoir conscience autour de ce traumatisme, mettant en place des mécanismes qu’elle-même ignore et qui la détruisent. C’est sa propre histoire que raconte ici Adélaïde Bon. Ses difficultés à l’adolescence, ses problèmes relationnels, l’image faussée qu’elle a d’elle-même, ses relations souvent compliquées avec les hommes, sa quête de réponses… Toutes ces choses qui vont peu à peu se décanter quand on retrouve l’homme qui l’a agressée.

           C’est un parcours long et difficile qu’elle nous livre. J’ai retrouvé dans ce texte des choses qui me parlent et qui pourraient s’appliquer à beaucoup de femmes autour de moi qui pourtant n’ont pas vécu des traumatismes de cette ampleur. Il y ait des schémas récurrents qui se mettent en place après des agressions sexuelles, qui sont d’autant plus importants que la victime était jeune. Le constater a été une prise de conscience assez rude. Un soulagement aussi. L’auteur a un recul incroyable sur sa propre histoire et il s’en dégage une forme de douceur qui fait un bien fou. J’ai conseillé ce roman à de nombreuses femmes autour de moi qui, je le sais, s’y retrouveront et se sentirons un peu moins seules après ça. Un roman magnifique et juste à mettre entre toutes les mains. Essentiel, salutaire.

Portrait d'Adélaïde Bon

Je suis ce qu’il reste d’une femme après qu’on l’a violée. Et de l’écrire me renoue, me relie, me répare.

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Sourire, dissimuler, s’épuiser. Passer chaque journée en dehors de soi. Se vivre déportée, sans que nul ne sache. Elle rit toujours, peut-être un peu plus qu’avant, c’est qu’elle a le cœur si lourd que quand la joie lui vient, elle s’y jette.

Barbara SAMSON, On n’est pas sérieux quand on a 17 ans

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          Le petit dernier de la série « Les stars du blog ». L’article le plus lu avec plus de 25000 lecteurs ! Je dois avouer que ce chiffre m’impressionne. J’ai écrit cet article lorsque je travaillais sur mon mémoire consacré à Hervé Guibert et son roman « A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie« . Je me suis beaucoup intéressée au sida dans la littérature à cette époque et c’est dans ce cadre que j’ai lu le témoignage de Barbara Samson. Une découverte avec un regard un peu particulier donc puisque je le comparais à ds textes sur le même thème bien plus littéraires et aboutis. Je ne pensais pas recevoir autant de retours et j’avoue que si j’avais su j’aurais probablement tourné les choses de manière très différente. Mais il paraît que mon honnêteté fait mon charme, voici donc un parfait exemple de « critique assassine ».

Madimado's Blog

          Barbara a 17 ans. Elle aime pour la première fois. Il est séropositif et elle ne le sait pas. Elle apprendra quelques mois plus tard qu’elle a été contaminée. Elle témoigne ici pour partager son expérience, pour faire connaître cette maladie qui fait des ravages depuis quelques années (le livre paraît en 1994) et informer le grand public.

          Soyons honnête, ce livre n’a qu’un intérêt très limité. Sur le moment, il a fait pleurer dans les chaumières : une jeune fille de 17 ans condamnée à mort, ça a de quoi émouvoir. L’histoire est plus contrastée. La jeune fille est en réalité dépressive et a fait plusieurs tentatives de suicide. Elle apprend très vite que son amoureux est un ancien toxicomane (qui va bien vite replonger) séropositif mais décide de continuer sa relation avec lui sans pour autant prendre les précautions qui s’imposent, dans une volonté avouée de jouer avec…

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