Cinéma

Polisse, de MAIWENN

         Drame français de et avec Maïwenn, avec Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle.

        Une jeune photographe missionnée par le ministère suit pendant plusieurs mois une équipe de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs).  Elle va intégrer leur quotidien et découvrir un univers très différents du sien, avec ses drames mais aussi ses moments de joie.

          On a beaucoup parlé de ce film avec le plus grand bien et étant assez adepte des thématiques policières, j’y allais avec un a priori plutôt positif. Une fois de plus, une désillusion m’attendait. Alors oui, je sais, c’est un film qui traite d’un sujet difficile, inspiré de faits réels et réalisé par une femme en plus, alors ça ne peut être que bien, interdiction d’en dire le moindre mal. Mais je vais cette fois encore mettre les pieds dans le plat et oser ne pas suivre la foule bien pensante.

         Bon, pour commencer, première chose qui m’a agacée dans ce film dès les premières minutes, la présence de Jérémie Elkaim, une fois de plus dans un rôle de petit con pédant qui me sort par les yeux. Bon, certes, c’est un détail mais ça devient physique comme répulsion, à sa vue (et plus encore au son de sa voix), mes muscles se tendent, mes poils se hérissent, mes nerfs sont à vif, autant dire que ça ne me met pas dans de très bonnes conditions pour apprécier un film.

          Ensuite, j’ai trouvé dommage l’absence de trame. Une histoire suivie d’un peu plus près que les autres (celle de la photographe, à tout hasard) aurait donné de la profondeur au film. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce film, tant dans la vie des policiers que dans les drames qu’ils côtoient, malheureusement, le film s’éparpillent entre beaucoup de faits qui ne seront jamais développés, laissant un petit goût d’inachevé.

          En ce qui concerne les personnages dont on entrevoit les histoires individuelle, mis à part le même problème de développement, j’ai trouvé ça très convenu. On voit tout arriver des lustres à l’avance, la seule vue de la bande-annonce suffit à deviner tout le reste du film. Ce n’est pas très grave en soi étant donné que c’est plutôt bien fait, mais déjà que c’est décousu, ça n’aide pas à capter l’attention. Quant à la scène finale, la seule susceptible de troubler le doux ronronnement du spectateur, elle est filmée de manière tellement ridicule qu’elle en perd toute sa force tragique.

          Alors forcément, dis comme ça, on dirait que j’ai trouvé ce film totalement sans intérêt. Mais pas du tout ! Certes, je n’ai pas adoré, mais j’ai trouvé ça pas mal. Certains acteurs sont plutôt bon, dont Joey Star qui nous livre une interprétation saisissante. L’univers policier semble également assez bien décrit, dans toute sa complexité, en évitant la plupart des clichés habituels. Simplement en voulant trop montrer, la réalisatrice en oublie l’aspect cinématographique, sans pour autant rester dans le documentaire. Un entre deux qui, malgré quelque belles scènes, dessert un film qui avait pourtant un fort potentiel.

Mes lectures

Jack LONDON, Construire un feu

       Un recueil de nouvelles comme Jack London en a le secret : le Grand Nord dans toute sa splendeur, le froid, l’immensité des paysages, la mort qui n’est jamais très loin et des hommes hors du commun forgés par cette nature inhospitalière. 

          Je vais me répéter, j’en ai bien peur. Je vais donc faire bref. Jack London dépeint les grands espaces comme personne. Ses récits nous propulsent tout droit dans une nature aussi impitoyable que terriblement belle. J’ai retrouvé dans ces nouvelles le vent de liberté qui soufflait dans L’amour de la vie.

         La rudesse de l’écriture et sa force me fascinent toujours autant. J’ai avec surprise retrouvé dans la cruauté de certaines de ces nouvelles un petit quelque chose de Maupassant. Une écriture intransigeante et des aventures à couper le souffle. Pour moi Jack London reste l’un des plus grands auteurs du début du XX° siècle. Éblouissant.

Rien que de la barbarie. Chaque année, lui dont le coeur ne vivait que pour les studios,  les théâtres et les cours, il avait été cerné par elle. Il avait acheté sa vie avec du sang.

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Mais, à cette température, lorsque les pieds sont mouillés et en train de geler, il ne sert à rien de courir pour réactiver la circulation. On a beau foncer comme un dératé, les pieds mouillés n’en gèleront que plus fort.

Club lecture·Mes lectures

Georges ORWELL, 1984

      En 1984, dans un monde où aucune liberté de pensée n’est admise, Wintson commence la rédaction d’un journal intime. Il sait qu’il ne pourra échapper longtemps à la Police de la Pensée mais espère pouvoir d’une manière ou d’une autre pouvoir laisser une trace de son passage et de ses idées.

          Le deuxième livre au programme du club lecture du mois de novembre (qui, je vous le rappelle, se tiendra le mardi 29 novembre). Ici aussi, un classique de l’anticipation. Depuis longtemps j’avais le projet de lire ce roman, sans jamais m’être lancée. Voilà qui est chose faite ! J’ai eu beaucoup de mal à démarrer. L’écriture est assez aride, j’ai peiné avant de me prendre à l’histoire.

           J’ai retrouvé dans ce livre beaucoup de choses déjà présentes dans Le meilleur des mondes, trop peut-être. Orwell décrit un monde totalitaire, où l’individu n’a d’existence qu’au sein du groupe, pas réellement d’identité propre. Un homme seul détient le pouvoir. Le passé n’existe plus, chacun doit oublier ou changer ses souvenirs selon le bon vouloir de Big Brother. Ce livre est écrit en 1950 et les traces du III° Reich y sont clairement visibles.

          Le moins qu’on puisse dire c’est que le style ne m’a pas éblouie. J’avais aimé la légèreté et la verve de La ferme des animaux, ici, l’écriture est bien plus austère, nulle trace de fantaisie. Ce livre répond aux standards de l’anticipation, mais s’il développe ce qui existait déjà, je n’y ai pas vu de nouveautés majeures, ce qui m’a un peu déçue étant donné sa grande renommée. Malgré cette petite déception face à l’austérité du texte, je l’ai toutefois trouvé plein de bon sens. Il pose des questions intéressantes, notamment sur le pouvoir, et les travers de la société comme de la nature humaine y sont bien mis en exergue. Un texte difficile mais intéressant.

Comment communiquer avec l’avenir ? C’est impossible intrinsèquement. ou l’avenir ressemblerait au présent, et on ne l’écouterait pas, ou il serait différent, et son enseignement, dans ce cas, n’aurait aucun sens.

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Ils se révolteront quand ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés.

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Les meilleurs livres, se dit-il, sont ceux qui racontent ce que l’on sait déjà.

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Rien n’existe que par la conscience humaine.

Culture en vrac

La mort des libraires ?

          Il y a peu, Télérama proposait un dossier sur la disparition progressive des librairies indépendantes. En effet, la situation de ces commerces de proximité est précaire. Les marges des libraires sont faibles, les loyers élevés et la concurrence rude. Et la hausse de la TVA sur les livres n’est pas pour arranger la situation. Dans une société où on veut tout tout de suite, on se tourne de plus en plus vers les grandes surfaces culturelles ou les sites de vente en ligne pour subvenir à un désir immédiat (pour un livre qu’on laissera finalement sans doute moisir des mois avant de l’ouvrir), oubliant que si notre libraire n’a pas l’objet de notre désir en stock il peut aussi le commander dans un délai somme toute très court.

          Mais l’évolution de la société est-elle la seule responsable de cette situation ? Le site La lettre du libraire pose la question. Les libraires n’auraient-ils pas également une part de responsabilité dans cette débâcle ? En effet, l’article met en avant deux points importants :

– le secteur ne s’adapte que très lentement aux évolutions de son milieu. Par exemple, l’utilisation d’Internet commence à peine à se généraliser, avec des années de retard sur les librairies en ligne.

– la librairie est souvent considérée comme un temple du savoir inaccessible au commun des mortels. Les « faibles lecteurs » (grande majorité de la population) sont intimidés par ce lieu où le silence règne et où il se sentent souvent méprisés par le maître des lieux.

          Peut-être certains s’insurgeront : « le libraire est une pauvre victime innocente ! » Si la situation est aujourd’hui difficile, il est vrai que la librairie n’est peut-être pas toujours très accessible à un public « populaire ». Et les libraires ne sont pas toujours très accueillants. Ils ont trop souvent tendance à prendre de haut le lecteur, oubliant qu’ils sont aussi et avant tout autant des conseillers que des commerçants. Il y a aussi ceux qui ont été embauchés pour leurs compétences en caisse plus que pour leur amour de la lecture (je donnerai comme exemple le vendeur de la petite librairie en face de chez moi qui ignore tant l’existence de Raymond Queneau que celle de Truman Capote – si si, je vous assure).

          Il y a toutefois une bonne nouvelle là-dedans : si les libraires ont leur part de responsabilité, ils ont par la même occasion une marge de manoeuvre pour tenter de rectifier le tir. Déjà des libraires créent des évènements pour se rapprocher du client : signatures, expositions, animations pour les enfants. On trouve parfois des coins lecture dans les librairies, leur rendant leur fonction de lieu de rencontre, ce qui les différencie de leurs concurrents et en fait tout le charme.

          Alors, plus aucun espoir pour nos librairies ? Si les lecteurs font l’effort d’aller chez leur libraire plutôt qu’en grande surface, ou de commander sur son site plutôt que sur une librairie en ligne; si on se sort de la tête que les grandes surfaces culturelles ont « plus de stock » alors que bien souvent, elles n’ont finalement qu’on choix très ciblé (personnellement, il est bien rare que j’y trouve mon bonheur) ; si on considère le libraire aussi comme quelqu’un qui est là pour nous conseiller et nous ouvrir de nouveaux horizons ; si le libraire accepte ce rôle ; si les librairies redeviennent des lieux de vie ; bref, si lecteurs comme libraires y mettent un peu du leur, alors il y a quand même un vague espoir pour qu’on puisse continuer à acheter ses livres chez des gens compétents et passionnés.

          Comme d’autres (voir l’article de I heart books à ce sujet), faisons nous aussi le choix quand nous en avons la possibilité de n’acheter nos livres qu’aux libraires indépendants et permettons leurs ainsi de ne pas mettre la clef sous la porte tout de suite. Redécouvrons la joie de discuter avec des gens qui aiment leur métier. C’est parfois difficile de trouver LA librairie qui nous correspond, mais vous verrez, c’est un effort largement récompensé.

Cinéma

Une éducation, de Lone SCHERFIG

     Drame américano-britannique de Lone Scherfig avec Peter Sarsgaard, Carey Mulligan, Alfred Molina.

      Angleterre, 1961. Jenny est une jeune fille de 16 ans promise à un brillant avenir et de grandes études. Sa rencontre avec un homme bien plus âgé qu’elle va bouleverser sa vie. Elle va découvrir l’amour et se prendre à rêver à une vie différente.

         A priori, pas exactement mon genre de film, jeune fille naïve et histoire d’amour, ça fait beaucoup d’un coup. Je ne suis d’ailleurs pas allée le voir au cinéma mais une angine m’a fortuitement clouée au lit au moment où il passait sur Canal +. Dès les premières images, j’ai été happée par ce film. Pour commencer, les images sont splendides, un tel esthétisme force le respect. L’ambiance est particulièrement réussie, notamment grâce à un jeu habile avec les stéréotypes.

        C’est à un véritable jeu d’équilibriste auquel se livre la réalisatrice et, pour ma part, j’ai trouvé le résultat assez subtil (malgré quelques petites maladresses tout de même, mais jouer avec les clichés n’est pas aisé). Les personnages sont bien construits, plus ambigus qu’il n’y paraît, et incarnés par un casting très efficace (dont Carey Mulligan, qu’on retrouve dans le très bon Drive). Je me suis laissée prendre à l’histoire et ai été agréablement surprise par la manière dont elle évolue.


         Je n’ai pas grand chose à redire à ce film, si ce n’est que je l’aurais coupé 10 bonnes minutes avant la fin, qui est décevante et sape l’effet incroyable qu’il avait réussi à provoquer chez moi (à savoir une sorte d’admiration malsaine). Dans l’ensemble, un film qui crée une ambiance très particulière et arrive  faire passer par tout un tas d’émotions différentes. On lui a reproché son côté un peu lisse qui, étrangement, fait à mon avis tout son charme. Une agréable surprise.