Mes lectures

José Carlos SOMOZA, Clara et la pénombre

Attention ! Attention ! Lecture absolument essentielle !

          Nous sommes en 2006 et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’art tel que nous le connaissons disparaît peu à peu pour faire place à l’hyperdramatisme : les toiles qui s’exposent sont des êtres humains. Quand une des oeuvres les plus célèbres du grand artiste Bruno Van Tysch est détruite, une question se pose : le drame tient-il plus à la disparition d’un objet de valeur ou à l’assassinat de l’adolescente qui lui servait de support ? Les êtres humains peuvent-ils être traités comme des objets ? L’art peut-il valoir plus qu’une vie humaine ? Et la jeune Clara Reyes, toile si prometteuse, serait-elle prête à donner sa vie pour créer une oeuvre immortelle ?

         Ce livre est extrêmement perturbant. Le lisant dans le cadre d’un cours d’esthétique, je m’attendais à une sorte de traité sur l’art légèrement romancé, en clair, à un truc chiant. Finalement, dès les premières pages, je me suis trouvée face à une réalité parallèle, sorte d’oeuvre de science-fiction, très troublante. La fluidité de l’écriture m’a plu d’emblée mais ce léger décalage avec notre réalité m’a mise mal à l’aise.Pendant de nombreuses, très nombreuses pages, je n’ai pu décider si j’aimais ou non ce livre. Et puis, peu à peu, on bascule dans le roman policier : un premier meurtre, une enquête, un second meurtre, l’étau qui se resserre… On découvre aussi l’héroïne, attachante, dont on se demande quel lien elle peut bien avoir avec tout ça. Le suspense monte, jusqu’à devenir insoutenable, et on ne peut plus lâcher le livre.

          Si les premières pages sont un peu difficiles, la suite mérite largement ce petit effort. J’ai rarement été autant happée par un livre. Un passage m’a tellement surprise que j’ai passé 10 minutes la bouche grande ouverte dans le métro, choquée par ce qui venait d’arriver. Que les détracteurs du roman policier lisent celui-là ! Car oui, il s’agit bien d’une trame policière classique, mais sur laquelle viennent se greffer des considérations esthétiques passionnantes. A la fois roman d’anticipation, roman policier et traité esthétique, ce livre ne ressemble à aucun autre ! Je ne suis pas du tout calée en art ni en philosophie et si je ne suis pas sure d’avoir toujours bien compris le fond du propos, j’ai trouvé les réflexions de l’auteur extrêmement intéressantes. Notons toutefois que si ce livre est absolument exceptionnel, il n’est pas à la portée de tous : à la fois long et très dense, il s’adresse plutôt aux lecteurs aguerris.

           Je ne saurais dire à quel point cette lecture a été intense, comment vous donner envie d’ouvrir vous aussi ce livre. Il y a des ouvrages qui marquent le vécu d’un lecteur. Pour moi, il y a eu le Seigneur des anneaux à 11 ans, mon premier « livre de grands », qui m’a fait découvrir qu’on pouvait créer un monde avec des mots. Puis Les démons de Dostoïesvki, qui m’ont ouvert de nouveaux horizons, me faisant découvrir les merveilleuses fresques de la littérature russe. Je pense que Clara à son tour fera partie de ces lectures marquantes, même s’il est bien trop tôt aujourd’hui pour savoir dans quelle mesure. Une lecture qui me semble essentielle. Un sentiment d’angoisse en pensant que j’aurais pu (que j’aurais dû même sans doute) ne jamais ouvrir ce livre. En littérature comme ailleurs, les chefs-d’oeuvres sont rares, ce livre en est un.

Etait-il possible qu’une oeuvre se retouchât elle-même après le décès de son créateur ? Et si oui, devait-on considérer le résultat comme une oeuvre posthume ou comme une falsification ? Etranges questions.

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Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.

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Vous et moi ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà fait une idée l’un de l’autre. Vous ne vous connaissez pas vous-même, mais vous vous êtes déjà fait une idée de vous.

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Du moins avait-il réussi à se pendre correctement : le noeud de cravate était parfait.

Divers

A venir

         Eloignée de mon ordinateur pour cause de journée d’étude sur Laurent Mauvignier, puis de gros rhube (qui me poursuit toujours), j’ai quelque peu délaissé le blog ces derniers jours. La bonne nouvelle c’est qu’il y a plein d’articles à venir : le dernier Laurent Mauvignier, justement, un excellent ouvrage de Somoza, un London, le dernier Klapisch et le titre du livre que nous lirons pour notre club lecture d’avril… Rendez-vous très vite pour de nouvelles aventures !

Club lecture

Club lecture, 4°, mars : Alexandra DAVID-NEEL, Voyage d’une parisienne à Lhassa

          Hier soir s’est tenue la 4° réunion de notre club lecture. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce récit d’aventure n’a pas soulevé les foules. Nous étions trois : deux à ne pas l’avoir lu et une à ne pas l’avoir achevé. Je vous raconte quand même.

          Voyage d’une parisienne à Lhassa est un récit d’Alexandra David-Neel qui raconte son voyage au Tibet alors que les frontières du pays étaient encore fermées aux occidentaux. Elle est par ailleurs connue pour être la première occidentale à entrer à Lhassa.

          Alors, qu’en a pensé notre lectrice ? Visiblement, le style n’est pas palpitant. Beaucoup de descriptions interminables et pas toujours utiles à l’avancée du récit. Le reproche majeur concernait le fait qu’on ne découvre pas à travers ce livre les us et coutumes des populations locales. L’auteur n’a que peu de contact avec la population et n’en parle pas vraiment. Un livre où il ne se passe pas grand chose en somme, et pas très bien écrit, en plus. Décevant.

          Et le mois prochain, on lit quoi alors ? Un polar ! On en parle depuis un petit moment, l’idée a été adoptée. Nous nous attaquerons à un roman d’Henning Mankell. Le titre n’est pas encore choisi mais je vous dis ça très vite. On se retrouvera le 19 avril, à 20h. Bonnes lectures à tous !

Mes lectures

Robert PUJADE, Hervé Guibert, Une leçon de photographie

          Histoire de changer un peu, encore un peu de Guibert. Cette fois, je m’intéresse à son oeuvre photographique à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée à la maison de la photographie. Cet ouvrage, publié en 2008, est excellent complément à la visite. Robert Pujade nous décrypte ici l’oeuvre photographique d’Hervé Guibert. Pourquoi expose-t-on ses photos aujourd’hui alors que lui-même se considérait comme un semble amateur ? En quoi son travail photographique est-il intéressant ? Comment s’inscrit-il dans le travail autofictionnel d’Hervé Guibert ?

         Ce livre simple, concis, bien écrit et précis nous éclaire sur bien des points, reliant les photographies d’Hervé Guibert à son projet littéraire. Après la lecture, tout semble d’un coup s’éclairer. Un livre accessible et très intéressant.

Club lecture

Club lecture

          Suite à de nombreux contretemps, nous avons reporté la tenue de notre club lecture qi aurait dû se réunir ce 17 mars dernier. Nous nous verrons finalement mardi soir à 20h, toujours au café livre, pour parler de Voyage d’une parisienne à Lhassa d’Alexandra David-Neel (que je n’ai toujours pas eu le temps de lire !). N’hésitez pas à vous joindre à nous !