Mes lectures

Alessandro BARICCO, Soie

          Voilà un petit roman qui dormait depuis bien longtemps dans ma bibliothèque (8 ans pour être exacte, je pense que c’était celui qui m’attendait depuis le plus de temps). Il ne me tentait que moyennement. On a beaucoup vu ce livre, on en a beaucoup entendu parler (trop, je trouvais ça louche) et moi qui ai toujours préféré les gros pavés, je le trouvais désespérément mince. Et puis ce titre… pfff… ça ne me parlait pas. J’avais bien failli l’ouvrir quelques fois mais n’avais jamais sauté le pas. C’était un tort. Heureusement que ma surcharge de travail m’a obligée à choisir dans ma bibliothèque un titre pas trop volumineux pour mes trajets en métro entre deux ouvrages sur Guibert, sinon ce pauvre Baricco y dormirait encore.

          C’est l’histoire d’un jeune homme du sud de la France qui achète des oeufs de vers à soie afin de fournir les « éleveurs » et tisserands de son village. La maladie qui touche l’espèce dans une grande partie du monde l’obligera à aller en chercher au seul endroit où ils sont encore sains : le Japon. Il fera là-bas une rencontre qui bouleversera sa vie.

          L’histoire commence doucement. L’écriture est simple, sans fioritures. Au début, j’ai trouvé que tout allait un peu vite, qu’on restait trop en surface et que lieux et personnages auraient mérité qu’on s’y arrête un peu plus. Et puis finalement, au fil des pages, les caractères se dessinent, l’Histoire (avec un grand H) apparaît en filigrane ; les émotions font surface. Des ambiances naissent de rien. Un livre vite lu et léger mais empreint de poésie qui est une vraie réussite.

La demeure d’Hara Kei semblait noyée dans un lac de silence. Hervé Joncour s’approcha et s’arrêta à quelques mètres de l’entrée. Il n’y avait pas de portes, et sur les murs de papier apparaissaient et disparaissaient des ombres qui derrière elles ne semaient aucun bruit. Ca ne ressemblait pas à la vie : s’il y avait un nom pour tout ceci, c’était : théâtre.

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Hervé Joncourt resta immobile, regardant l’énorme brasier éteint. Il avait derrière lui une route longue de huit mille kilomètres. Et devant lui, rien. Brusquement, il vit ce qu’il croyait invisible.

La fin du monde.

A lire aussi : Novencento pianiste, un texte très émouvant.

Cinéma

L’homme qui voulait vivre sa vie, d’Eric Lartigau

          Thriller, drame. Avec Romain Duris, Marina Foïs, Catherine Deneuve, Niels Arestrup.

          Paul est avocat, marié, deux enfants. Il est destiné à reprendre l’entreprise dans laquelle il travaille. Il paraît avoir tout pour être heureux. Mais ce n’est pas la vie qu’il voulait. Quand sa femme le quitte, l’occasion de changer de vie et de réaliser ses rêves se présente.

          Un film qui manque parfois un brin de crédibilité. Cela mis à part, il n’y a pas grand chose à lui reprocher. Les acteurs sont très bons, particulièrement Romain Duris. L’histoire se tient. Les images sont splendides. Un film noir qui nous tient en haleine. On regrette presque qu’il ne dure pas plus longtemps. Filez vite le voir !

Divers

Bizarre bizarre…

Alors, je ne publie rien pendant 2 jours et les visites du blog explosent et là je mets un article que j’ai passé 3 jours à écrire, plus personne ! C’est limite vexant quand même…

Culture en vrac

Prix littéraires 2010

          Le dernier résultat des grands prix de cette rentrée littéraire vient de tomber, l’occasion de faire un petit point. Il y a un nombre incroyable de prix littéraires, la plupart méconnus, mal dotés et sans grand intérêt. Je me contenterai donc de vous donner les résultats des principaux, en essayant de ne pas en oublier. Je vous les donne par ordre chronologique d’attribution.

– Le Grand Prix du Roman de l’Académie française (notez l’emploi abusif des majuscules…)

Depuis 1915, distingue un roman en langue française publié au cours de l’année. Les lauréats sont souvent des auteurs à l’écriture classique mais de qualité, parfois un brin tristounette (l’académie n’est en effet pas reconnue pour sa fantaisie). Le prix est doté de 7500€. L’ont obtenu François Mauriac (1926), Antoine de Saint-Exupéry (1939), Michel Tournier (1967, pour son très beau Vendredi ou Les Limbes du Pacifique), Jean d’Ormesson (1971) ou Pascal Quignard (2000) ; cette année rejoint par Eric Faye pour Nagasaki, paru chez Stock.

 

– Le Prix Femina

Il a été créé en 1904 par la comtesse de Noailles. Le jury est composé uniquement de femmes, en réaction à la mysoginie du Goncourt, mais distingue hommes ou femmes indifféremment. Il n’est pas doté financièrement mais assure des ventes importantes, environ 155 000 exemplaires en moyenne d’après GFK (institut de marketing qui sert de référence pour les chiffres de vente en édition). Depuis quelques années, un Femina étranger et un Femina Essai sont aussi décernés. Parmi les lauréats célèbres, Saint-Exupéry (1931), Marguerite Yourcenar (1968), Sylvie Germain (1989) ou Marie Ndiaye (2001). Il a été remis cette année à Patrick Lapeyre pour La vie est brève et le désir sans fin, chez P.O.L.

– Le Prix Medicis

Créé en 1958, le Medicis se veut un prix « pas comme les autres ». Il récompense (ou est sensé récompenser) un jeune auteur qui semble pouvoir apporter un renouveau à la littérature. Comme pour le Femina, des catégories « Littérature étrangère » et « essais » ont aussi été créées. Ce prix est généralement de très bonne qualité. Philippe Sollers (1961), Georges Perec (1978), Jean Echenoz (1983) ou Hubert Mingarelli (en 2003 pour son très beau Quatre Soldats, que je vous recomande) ont été distingués, cette année suivis par Maylis de Karengal pour Naissance d’un pont chez Verticales. Le Medicis étranger a été décerné à David Vann pour Sukkwan Island par les merveilleuses éditions Gallmeister. Bravo à Olivier Gallmeister et sa très belle maison pour leur travail et cette récompense largement méritée !

– Le Prix Goncourt

Il est le plus célèbre des prix littéraires. Celui qui fait le plus vendre aussi, avec 400 000 volumes en moyenne, toujours selon GFK. Il a été créé en 1896 par Edmond de Goncourt par voie testamentaire (dont l’exécuteur n’était autre qu’Alphonse Daudet !) en hommage à son frère, Jules. Il a été proclamé pour la 1° fois en 1903. Il récompense « le meilleur ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année ». Sa dotation avait été fixée à 5 000 F soit aujourd’hui un peu moins de 10€… Mais il assure la renommée de son lauréat. Il ne peut être attribué 2 fois au même auteur, seul Gary a fait exception, l’obtenant sous son vrai nom et sous le pseudonyme d’Emile Ajar. Gallimard et Grasset se partagent plus de 60% des Goncourt décernés. Un Goncourt des lycéens existe depuis 1988 (environ 125 000 ventes). Parmis les plus célèbres des lauréats, Marcel Proust (1919), André Malraux (1933), Julien Gracq (1951), Simone de Beauvoir (1954), Michel Tournier (1970). Cette année, c’est Michel Houellebecq et Flammarion qui l’ont obtenu pour La carte et le territoire. Le Goncourt des lycéens a quant à lui été décerné à Mathias Enard pour Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, un roman Actes Sud.

– Le Prix Renaudot

Il a été créé en 1925 par des journalistes et critiques littéraires attendant les résultats de Goncourt. Les 2 prix sont remis au même endroit, le même jour, à quelques minutes d’intervalle. Au cas où le lauréat obtiendrait le Goncourt juste avant, un « lauréat de remplacement » est toujours choisi. Le même auteur ne peut donc pas obtenir les 2 récompenses, celles-ci se voulant complémentaires. Il ne peut non plus être décerné à un auteur ayant été récompensé par l’un des 5 autres grands prix au cours des dernières années. Sans dotation, il assure les meilleures ventes après le Goncourt, autours de 220 000. Un prix Essai est également décerné. Louis-Ferdinand Céline (1932), Louis Aragon (1936), Jean-Marie Gustave Le Clézio (1963), ou Daniel Pennac (2007) ont été récompensés. En 2010, la lauréate est Virginie Despentes pour Apocalypse bébé chez Grasset.

– Le Prix Interallié

Le prix a été en 1930 par des journalistes attendant l’annonce des résultats du prix Femina (décidemment…). Il a d’abord été conçu comme un jeu, sorte de pastiche des grands prix, visant à mettre en valeur les écrits d’un de leurs confrères (le 1° fut Malraux). Depuis, il récompense chaque année un roman de journaliste. La majorité des jurés publiant chez Grassets et ayant tendance à choisir des romans de la maison, le prix est parfois appelé « InterGrasset »… Le prix n’est pas doté financièrement et les ventes tournent autour de 95 000 exemplaires. Il a récompensé Yvonne Baby (1967, pour qui Guibert travailla au Monde), Sébastien Japrisot (1991), Patrick Poivre d’Arvor (2000), Frédéric Beigbeder (2003). En 2010, il est attribué à Jean-Michel Olivier pour L’amour nègre, chez Grasset.

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          Les informations nécessaires à la rédaction de cet article provienne essentiellement de http://www.prix-litteraires.net/ -où vous trouverez les résultats d’autres prix littéraires moins prestigieux – et de La République des Lettres (blog que je vous conseille fortement par ailleurs) – où sont présentés tous les prix littéraires les plus connus (je me suis contentée de parler des 6 plus célèbres, mais j’aurais pu étendre ma sélection) ainsi que les lauréats depuis leur création.

Divers

Honte à moi…

… rien depuis 2 jours ! Mais c’est parce que je vous prépare un article à rallonge sur les prix littéraires et l’air de rien, ça prend du temps ; c’est que c’est du boulot ! Je vais essayer d’accélérer un peu le mouvement pour vous livrer ça au plus vite, promis !