Cinéma

Promised Land

Drame américain de Gus Van Sant avec Matt Damon, Rosemarie DeWitt, Frances McDormand

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          Steve est représentant dans un groupe énergétique qui exploite le gaz de schiste. Quand il se rend avec Sue, sa coéquipière, dans une petite ville ravagée par la crise afin de convaincre la population d’accepter les forages, il pense que la partie sera facile. Pourtant, quand un professeur se dresse contre le projet et la source de profit qu’il représente, les choses vont quelque peu se compliquer.

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          Gus Van Sant, Matt Damon et un sujet qui traite d’écologie, un film qui avait tout pour me plaire ! J’ai toujours eu un faible pour les films engagés et celui-ci me tentait tout particulièrement. J’ai trouvé la manière dont le sujet était traité très intéressant. Les films américains ont une fâcheuse tendance au manichéisme, il n’en est rien ici. La vraie bonne idée du film, c’est son personnage principal, convaincu du bien fondé de son action. En effet, pour lui le gaz de schiste est avant tout une formidable source de revenu en temps de crise : intègre et un rien naïf, il n’imagine pas que sa société puisse cacher les conséquences écologiques de ces forages par appât du gain. Il n’y a donc pas vraiment de « gentils » et de « méchants » dans cette histoire ; simplement des hommes un peu perdus dans un monde qui les dépasse, et qui doivent faire face à des choix difficiles.

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          Ce film n’est sans doute pas un chef-d’oeuvre. Il n’est pas de ceux qui transportent ou qui dérangent. Un film simple, sans grande prétention, mais efficace. J’ai beaucoup apprécié cette sobriété qui manque si souvent au cinéma américain. Un film qui n’en fait pas trop : une bonne histoire, d’excellents acteurs et une image de toute beauté ; des qualités qui se suffisent à elles-mêmes, nul besoin d’en rajouter. L’humanité des personnages, leurs doutes, leur incompréhension ou leur colère, mettent en avant les problèmes que soulève l’exploitation du gaz de schiste sans tomber dans l’exposé écologique ou la surenchère de bons sentiments. Des qualités tout à fait louables et qui fonctionnent parfaitement. Un film qui, s’il n’est pas particulièrement brillant, est un plaisir de bout en bout. Une réalisation soignée, simple et de bon goût comme on en voit trop peu et qui sert sa cause plus efficacement qui n’importe quel pamphlet. 

Cinéma

Les amants passagers

Comédie espagnole de Pedro Almodovar avec Javier Cámara, Carlos Areces, Raúl Arévalo

          Suite à une avarie sur un vol vers le Mexique, équipage et passagers pensent que leur avion va s’écraser. Sous le coup de la panique, chacun va commencer à étaler ses petits secrets et laisser libre cours à ses envies les plus inavouables…

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          J’adore Almodovar et son cinéma à la fois haut en couleurs et torturé. Toutefois, ses dernières réalisations ne m’avaient guère emballée (je n’avais même pas vu son dernier film, c’est dire à quel point il ne m’inspirait pas) et je désespérais un peu de retrouver la fraîcheur de ses débuts. Quand j’ai su qu’il nous revenait cette années avec une comédie, j’étais aux anges. Je l’ai bien sûr classée dans le 10 films de ce début d’année que j’attendais le plus et la bande-annonce laissait présager du meilleur. Malgré des critiques dans la presse assez négatives, c’est donc tout excitée que je me suis dirigée vers le cinéma.

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          J’ai peine à vous le dire mais j’ai bien vite déchanté… Le générique est prometteur mais le film ne continue pas sur cette bonne lancée. Le début, s’il ne pas que moyennement emballée, n’est pas si mal. Les personnages, un rien caricaturaux, sont assez drôles et on rit à leur dépens en découvrant leurs petites manies et leurs travers. Mais une fois passé le plaisir de la découverte, c’est long, mais loooooong… Il ne se passe pas grand chose et les révélations sont plus téléphonées les unes que les autres (vous verre, c’est le cas de la dire). A aucun moment je n’ai réellement réussi à croire au scénario ou à rentrer dans le film. Almodovar ne nous épargne aucun cliché et étant donnée l’épaisseur du scénario, le film semble bien plus creux que léger. Certes, on peut y voir une métaphore de la situation économique et une dénonciation des dérives du système mais bon, ça ne saute pas aux yeux et j’ai tendance à pense que pour qu’une seconde lecture soit valable, il en faut déjà une première qui se tienne à peu près…

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          Bref, c’est un peu la cata ! Le seul moment vraiment très drôle de ce film, où j’ai tout de même été prise d’un beau fou rire, est dans la bande-annonce. La chorégraphie des stewards est irrésistible. A tel point que j’ai  pensé que ce film pourtant franchement raté aurait été absolument génial en comédie musicale ! Malheureusement ça n’en est pas une et si on retrouve ici un peu l’univers des jeunes années du cinéaste, il y manque le côté foisonnant des débuts. Ca manque de rythme et d’énergie et malgré sa courte durée, le film traîne en longueur. Almodovar semblait sérieusement en manque d’inspiration sur ce coup-là… Heureusement, les acteurs, excellents, sauvent un peu les meubles et arrivent à nous éviter de sombrer dans l’ennui (notons au passage que Penelope Cruz et Antonio Banderas ont été embauchés comme figurants^^). On a beau adorer Almodovar et y mettre beaucoup de bonne volonté, non, vraiment, ce n’est pas terrible. Certes, je ne m’attendais pas au film de siècle, par contre je m’attendais à quelques chose de beaucoup plus drôle et déjanté. Ca se laisse regarder, c’est sympathique par moments, mais ça s’arrête là. Pedro, tu nous as habitué à mieux que ça. Allez, vivement le prochain va !

Cinéma

Jappeloup

Drame, biopic français de Christian Duguay avec Guillaume Canet, Marina Hands, Daniel Auteuil

          Après avoir passé son adolescence à faire des concours hippiques, Pierre Durand est devenu avocat. Un jour, il décide de lâcher sa carrière pour revenir à la compétition avec un jeune cheval auquel pas grand monde ne croit : Jappeloup.

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20418886.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxPierre Durand et Jappeloup : un couple mythique. Ensemble, ils ont tout gagné et fait une carrière exceptionnelle. Tout cavalier, si piètre soit-il, ne peut que se prendre à rêver devant pareille destinée. Pour ma part, il y a fort longtemps que j’ai arrêté l’équitation après des années de pratique assidue mais la bande-annonce m’a de suite donné envie d’aller le voir au cinéma. Après avoir un peu traîné, voilà qui est chose faite ! Un film sans prétention mais que j’ai vraiment beaucoup aimé ! J’ai passé les deux heures sur un petit nuage, à frisonner de peur d’un refus devant chaque obstacle et à me réjouir du succès grandissant de ce drôle de duo.

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20418781.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Je me suis complètement laissée embarquer par ce film. Guillaume Canet y campe un Pierre Durand très convaincant, avec ses doutes et ses faiblesses ; une part d’ombre bien exploitée qui donne au film toute sa profondeur. L’histoire est bien menée, sans en faire trop dans le suspens inutile (ben oui, parce que bon, on sait comment ça finit quand même) et le sentimentalisme outrancier. Certes, il y a quelques scènes un rien larmoyantes, mais ça reste léger léger. En revanche, le tout est extrêmement bien filmé. Sans tomber dans le film esthétisant, il y a quand même un jeu de lumière intéressant et quelques très beaux plans. Et pour le reste, tout tient bien sûr sur cette histoire en or. Qu’on soit cavalier ou pas, on ne peut qu’admirer un tel parcours ! Le film reste un peu sage et n’est sans doute pas un chef-d’oeuvre, mais il s’avère un excellent divertissement qui nous embarque dans son univers pendant deux heures. Un film qui m’a fait vibrer et m’a donné en vie de me remettre en selle !


Cinéma

Elefante blanco

Drame argentin de Pablo Trapejo avec Ricardo Darin, Jérémie Renier, Martina Gusman

          Julian et Nicolas sont prêtres dans un bidonville de Buenos Aires où la guerre des cartels fait rage. Alors que Nicolas doute de sa vocation et se rapproche peu à peu de Luciana, Julian travaille sur un projet d’hôpital. Lorsque les travaux s’arrêtent, les esprits s’échauffent et le quartier se retrouve au bord de l’implosion.

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          J’aime généralement beaucoup le cinéma latino-américain, surtout quand il est politique. L’ayant un peu délaissé ces derniers temps, ce film m’a vraiment donné envie de m’y remettre, d’autant que l’histoire me semblait forte et que la bande-annonce faisait envie. C’était sans aucun doute l’un des films de ce début d’année que j’attendais le plus (voir la liste, ici) ! Eh bien je n’ai pas été déçue du voyage. Le film aborde des questions intéressantes sans tomber dans le pathos et s’avère souvent surprenant. Cependant, j’ai le lus grand mal à vous fournir un avis construit sur ce film qui m’a pourtant emballé, essayons donc de le décortiquer point par point. Tout d’abord, les acteurs sont excellents. Habituellement, malgré son talent certain, j’ai le plus grand mal avec Jérémie Renier mais je dois admettre que ce film m’a totalement réconciliée avec cet acteur qui met ici en place un jeu exceptionnel.

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          Le film commence de manière très violente avant se s’ancrer dans le bidonville. Il joue très peu sur l’émotion et se concentre plutôt sur les aspects politique et le quotidien dans le quartier. J’ai trouvé ce choix très pertinent, même s’il peut parfois s’avérer un peu déstabilisant. Je m’attendais à quelque chose d’extrêmement sombre, pourtant, il y a des aspects assez lumineux dans ce film. Si les problèmes ne sont pas niés – avec notamment la guerre entre cartels -, ils ne prennent pas non plus toute la place ; il y a une sorte d’entre-aide et de vie de quartier qui est montrée de manière parfois un peu brouillonne mais non moins judicieuse. Le film n’en fait pas trop et montre une image du bidonville bien loin des clichés. Les personnages sont également intéressants : si leurs doutes sont mis en avant, on ne tombe pas pour autant dans un sentimentalisme outrancier. On évite ainsi les écueils que représentent trop de bons sentiments. La fin, aussi violente qu’inattendue, n’en a que plus de force. Un film qui s’il ne joue pas trop sur l’émotion, pose des questions intéressantes et laisse le spectateur abasourdi. Un des grands films de ce début d’année. 

Cinéma

Happiness therapy

Comédie dramatique américaine de David O. Russell avec Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Robert De Niro

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          La femme de Pat l’a quittée et après avoir perdu son travail et sa maison, il doit revenir vivre chez ses parents. D’un optimisme à toute épreuve, il est décidé à reconquérir sa femme et retrouver son ancienne vie. En route, il rencontre Tiffany, une jeune femme aussi larguée que lui avec qui va se nouer une étrange relation qui va les aider à reprendre en main leurs vies.

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          Je ne suis pas une grande adepte des comédies romantiques mais celle-ci m’avait l’air de vraiment sortir du lot et c’est avec grand enthousiasme que je me suis rendue au cinéma pour la voir. La bande-annonce m’avait donné l’impression d’un concentré de bonne humeur et d’un film un peu décalé, exactement ce qu’il me fallait pour égayer ce début d’année un peu triste. Décalé, ce film l’est pour le moins ! En revanche, je m’attendais à un tout autre style, ce qui m’a quelque peu déstabilisée. On est très très loin des standards de la comédie romantique, on est même plus proche du drame par moments. La première partie du film m’a très souvent mise mal à l’aise. Aussi plein d’énergie et de bonne volonté que soit le personnage principal, il est complètement ravagé et sa nouvelle amie est guère mieux. Quand aux parents et amis qui tentent d’aider, ils ne s’en sortent pas toujours très bien.

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          Comme vous le savez peut-être, j’ai un petit problème avec les engueulades au cinéma ; une sorte de grave allergie, ça me stresse, me hérisse le poil et me met dans un état de stress et d’agacement pour lequel le retour en arrière est rarement possible. Même si je dois admettre que les moments de tension du film sont rondement menés, truffés d’humour et criants de vérité, j’ai toutefois eu le plus grand mal à les apprécier à leur juste valeur et ça a un rien gâché mon plaisir. Malgré ce léger contre-temps, j’ai grandement apprécié ce film aussi frais que terriblement original. Les rapports humains y sont disséqués avec une grande justesse. Les personnages sont tous un peu cassés et maladroits mais profondément optimistes, ce qui donne une belle énergie au film qui n’est pas avare en scènes cocasses. Si la fin est un peu traditionnelle par rapport au développement, on reste quand même clairement au dessus de la mêlée des nombreuses comédie américaines. Un excellent film qui surprend par sa justesse et son subtil dosage entre profondeur de fond et légèreté de ton – dont ressortie étrangement bouleversée.