Culture en vrac

Décembre, le bilan

Bonne année à tous !

Pleine de lectures, de bons films et de belles sorties

          Comme tous les 1° de mois, on commence par un petit bilan du mois écoulé. Un mois de décembre un peu mitigé. Décidément, en 2012 j’aurai eu le plus grand mal à trouver mon rythme aussi bien côté lectures que sorties ! Quelques belles découverte tout même ces dernières semaines. Pour les lectures, un véritable coup de coeur avec Les fidélités successivesde Nicolas d’Estienne d’Orves. Un livre passionnant et extrêmement prenant ; il y a avait longtemps que je n’avais pas été à ce point happée par un roman, au point de grappiller quelques précieuses minutes de lecture à la moindre occasion. Un vrai bonheur. Une autre belle lecture, quoique plus difficile, La caverne des idéesde José Carlos Somoza. L’auteur signe une fois de plus un livre habile et surprenant. Une telle maîtrise, et des histoires si bien menées roman après roman, forcent le respect.

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          Côté cinéma aussi de très bons moments en ce début d’hiver. Le dernier James Bond, Skyfall, tant attendu, ne m’a pas déçue. Un scénario bien mené, une histoire qui se tient, de l’action, quelques effets spéciaux pour la route et un Daniel Craig au mieux de son art à défaut d’être au top de sa forme. Sans nul doute l’un des meilleurs opus de la série, de quoi combler la fan que je suis. Une bonne surprise également avec Argo, le dernier Ben Affleck (que je n’ai pas encore eu le temps de vous présenter). Un film dont la qualité m’a vraiment étonnée ; avec cette 3° réalisation, le talent de l’acteur derrière la caméra se confirme. Un petit mot aussi pour Taboufilm avec lequel je n’ai pas particulièrement accroché mais dont l’originalité et l’esthétique méritent d’être saluées.

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          Pour les sorties enfin, une belle exposition à voir à Montmartre jusqu’au 13 janvier : Autour du Chat Noir. L’exposition retrace l’histoire du célèbre cabaret et nous replonge un peu dans l’ambiance qui y régnait à travers les peintures des artistes qui l’ont fréquenté et la musique qui accompagne le parcours. Au théâtre, je vous recommande tout particulièrement La Place Royalede Corneille à La Comédie Française. Une pièce enlevée à la distribution impeccable que je vous présenterai dans les prochains jours. A signaler également la découverte d’un très bon restaurant dans le 6°, La Petite Cour. Enfin, une nouvelle recette à mon répertoire : un délicieux gâteau orange/griotte dont je vous livrerai tous les secrets demain. Rendez-vous dans un mois pour le bilan de janvier.

Et pour vous, quelles belles découvertes en cette fin d’année 2012 ?

Expositions

Exposition chat noir

          Le célèbre cabaret du Chat Noir, créé en 1881 par Rodolphe Salis à Montmartre a été de nombreuses années durant le repère de l’avant-garde littéraire et plus largement artistique. Un lieu de culture et d’innovation devenu mythique. Erik Satie et Claude Debussy y jouaient leurs compositions devant Henry de Toulouse-Lautrec et les Nabis en vogue.Le Musée de Montmartre se propose de nous faire découvrir à travers une riche exposition ce lieu d’exception.

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          Je n’étais jamais allée au Musée de Montmartre. Je pense que je lui consacrerai un article d’ici peu tant le lieu m’a séduite ! Cet ancien atelier d’artiste situé en haut de la butte possède une cour intérieure charmante, un petit jardin fort mignon et une magnifique vue sur les vignes montmartroises avec la ville en arrière plan. Un décor qui a lui seul mérite amplement le déplacement ! L’exposition quand à elle regroupe des oeuvres des artistes qui avaient l’habitude de se retrouver au Chat Noir. Pour beaucoup, je ne les connaissais pas, et j’ai été agréablement surprise par la vivacité des oeuvres (très dans l’esprit « cabaret » justement !). Le parcours suit l’ordre chronologique et nous permet de voir l’évolution du lieu mais aussi du travail des artistes qui le fréquentent et, plus largement, de la vie parisienne. J’ai trouvé à ce sujet que les panneaux explicatifs étaient très instructifs quant au Paris de l’époque dont ils nous donnent un bel aperçu.

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          Beaucoup de caricatures et d’affiches dans cette exposition, pleine d’humour. On peut également y trouver les théâtres d’ombres qui ont largement contribué au succès du lieu avant l’arrivée du cinéma. Un bar et un piano permettent également de se figurer le lieu tel qu’il devait se présenter. Pour nous accompagner, la musique d’époque, qui était jouée chaque soir au cabaret. Entre affiches, musique et textes explicatifs, cette exposition est une véritable plongée dans le Paris artistique de la toute fin du XIX° siècle. Elle nous transmet cette énergie qui s’est tant déployée dans la création de l’époque. Les oeuvres proposées sont nombreuses et variées et on passe un très bon moment, se cultivant en toute légèreté. Une très jolie exposition aux airs de fête. 

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Autour du Chat Noir, Arts et plaisirs à Montmartre 1880 – 1910

Musée de Montmartre

12 rue Cortot, 75018 Paris

Jusqu’au 13 janvier

Tous les jours de 10h à 18h

Plein tarif, 8€

Théâtre

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          Anne Roumanoff revient au théâtre du Palais Royal avec un nouveau spectacle. On y retrouve bien sûr ses personnages les plus célèbres parmi lesquels la bouchère ou la coach québécoise. Sans oublier bien sûr « radio bistrot ». Elle aborde des thèmes d’actualité avec un certain penchant pour la vie politique. Un spectacle plein d’humour sur notre quotidienne.

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          J’avais vu le dernier spectacle de l’humoriste et l’avais bien aimé. En revanche, j’ai entendu dire le plus grand mal de son émission quotidienne sur France 2 (que pour la peine je n’ai jamais regardée). J’ai toutefois voulu retenter l’expérience, en raison de ce bon souvenir, mais aussi et surtout parce que je cherchais un spectacle avant Noël et qu’elle était la seule à réunir les conditions de date/intérêt/place/tarif. Je n’étais jamais allée au théâtre du Palais Royal, j’en profite pour glisser un petit mot à son sujet : un très joli théâtre à l’italienne comme il y en a tant à Paris.

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          Assez vite, mes craintes ont été apaisées. J’ai trouvé le début un peu « artificiel », ça manquait un tantinet de vie et de spontanéité, mais très vite, les sketchs se sont enchaînés, les bonnes vannes aussi, et l’ambiance a commencé à prendre. Anne Roumanoff a un  talent certain pour les jeux de mots et pour peindre des personnages hauts en couleurs. Ce nouveau spectacle est dans la lignée du précédent, un peu trop peut-être, on aurait sans doute aimé être un peu plus surpris. Toutefois, ça fonctionne bien ; s’il y a quelques passages que j’ai moyennement aimés, ils sont restés rares et j’ai ri la plupart du temps, comme le reste de la salle d’ailleurs. Un spectacle bien écrit et bien rodé, qui manque sans doute un rien de nouveauté (à ce sujet, lire la critique sur Criticomique, plus mitigée que la mienne) mais m’a tout de même beaucoup fait rire et m’a fait passer un très bon moment ; c’est bien là l’essentiel !

Théâtre

Le jeu de l’amour et du hasard

          Dorante et Sylvia sont promis l’un à l’autre mais ne se connaissent pas. Pour découvrir l’autre sans se découvrir, chacun imagine le même stratagème : échanger sa place avec son valet ou sa femme de chambre. Malgré ce jeu de dupes, l’amour triomphera-t-il ? 

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          Cette pièce légère écrite par Marivaux en 1730 est un vrai régal. Inscrite au répertoire de la Comédie Française depuis 1778, elle reste près de 3 siècles après sa naissance, un excellent divertissement. Cette nouvelle mise en scène ressuscite-t-elle la légèreté et l’énergie de ce classique ? A vrai dire, pas tellement. Le décor m’a un peu gênée. A mi-chemin entre tapisserie baroque (rose à fleurs, beuuuuuurk) et structure moderne, j’ai trouvé le mélange à la fois froid et écoeurant ; en plus d’être d’une utilité douteuse (des espèces de blocs qui se déplacent sans jamais définir de nouveaux espaces : mais pourquoi ???). Bref, sans être réellement gênant à moins d’une grave allergie au vieux rose (ce qui est mon cas), un décor sans le moindre intérêt. En revanche, les costumes, qui respectent peu ou prou les codes vestimentaires du XVIII° s., sont très réussis.

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          Le jeu d’acteur à présent. Très trèèèèès mitigé ! Nos deux héros, Dorante et Sylvia, sont absolument parfaits ! Une belle énergie, de la conviction, leur jeu est impeccable, tout comme celui M. Orgon et Mario par ailleurs. En revanche, je n’en dirais pas tant de Lisette et Arlequin. Ce dernier est bien trop cloownesque à mon goût. Certes, le personnage le veut mais là on sombre dans la farce la plus grossière et on se vautre dans une vulgarité qui sied mal au raffinement de Marivaux. Quant à Lisette, sa diction est tout bonnement insupportable, ampoulée au possible, avec un parfait manque de naturel. Au final, un résultat mitigé. L’ensemble est loin d’être mauvais, mais ça ne prend pas vraiment, on s’ennuie un peu, ça traîne en longueur, il y manque ce côté enlevé propre aux marivaudages. Un résultat en demi-teinte qui, s’il ne m’a pas déplu, n’a pas non plus réussi à me convaincre.

Le Jeu de l'amour et du hasard

Le jeu de l’amour et du hasard

Mise en scène de Galin Stoev

Avec : Gérard Giroudon : Monsieur Orgon, Alexandre Pavloff : Dorante, Léonie Simaga : Silvia, Pierre Louis-Calixte : Arlequin, Suliane Brahim : Lisette, Pierre Hancisse : Mario

Théâtre Ephémère (Comédie Française)

Place Colette, 75001 Paris

Jusqu’au 3 janvier

27 à 39 €

Expositions

Le Japon à l’honneur à la Pinacothèque : Hiroshige – Van Gogh – Rouvre

          La Pinacothèque consacre en cette fin d’année ses espaces d’exposition au Pays du soleil levant. On peut y découvrir d’une part Hiroshige, l’artiste nippon le plus connu dans son pays dont les oeuvres sont exposées pour la première fois en France. D’autre part, une seconde exposition est consacré à Van Gogh et ses toiles japonisantes. A la suite de cet accrochage, on peu admirer des photographies de Denis Rouvre, artiste français qui a immortalisé le pays et ses habitants après la catastrophe de Fukushima. Trois univers totalement différents et absolument passionnants. 

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          Il faut commencer par les estampes du maître d’Edo, Utagawa Hiroshige, pour bien envisager la suite des réjouissances. Inutile de préciser que je n’en avais même jamais entendu parler, mais comme je suis curieuse et que j’aime les estampes, je ne pouvais rater cette occasion de découvrir l’oeuvre de celui qui serait l’artiste japonais le plus célèbre de son temps. Cet artiste du début du XIX° siècle était un maître d’Edo (le Tokyo d’avant 1868) spécialisé dans l’art de l’ukiyo-e, les « images du monde flottant ». Il s’agit d’un style d’estampes coloré qui représente la nature au fil des saisons, les excès de la vie dans la cité et le passage du temps. L’oeuvre de l’artiste est une invitation au voyage, que ce soit celui sur la route d’Edo à Kyoto ou le voyage intérieur par le biais de la méditation.

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          L’exposition dédiée à l’artiste est extrêmement complète. On y découvre aussi bien des oeuvres de jeunesse qu’une vaste réalisation de plusieurs dizaines d’estampes dédiées au voyage sur la route commerciale entre Edo et Kyoto, qui l’a rendu célèbre au Japon. Quelques statuettes et maquettes sont également exposées, ainsi que des articles de voyage (sandales, service à thé, oreiller, palanquin…). Le tout nous plonge au coeur du Japon de l’ère d’Edo, et nous fait voyager à la fois dans l’espace et dans le temps. Les panneaux explicatifs sont clairs et complets, sans pour autant être trop présents. Ils nous permettent de comprendre les tenants et les aboutissants de l’oeuvre et de nous plonger dans l’univers de l’artiste. La musique japonaise traditionnelle nous plonge également dans l’ambiance. Les estampes sont d’une grande finesse et celles représentant la pluie et la neige m’ont particulièrement impressionnée. Une exposition très intéressante qui m’a plongée dans un autre univers et une très belle découverte.

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          Une fois les bases en estampes acquises, on est parés pour aller voir comment Vincent Van Gogh a pu s’en inspirer dans ces toiles. Il est bien sûr indispensable de voir les expositions dans cet ordre-là pour pouvoir bien comprendre comment l’un des peintre s’est inspiré de l’oeuvre de l’autre. Il peut sembler farfelu que Van Gogh, qui n’a jamais quitté l’Europe, se soit inspiré du Japon où il n’a jamais mis les pieds et plus particulièrement d’un artiste dont il n’a jamais vu les oeuvres… Et pourtant ! Le célèbre peintre hollandais est allé s’installer en Provence non pas seulement pour ses paysages, mais parce qu’il pensait y retrouver un air de Japon ! Quant au travail d’Hiroshige, il l’a tout simplement découvert par le biais des catalogues et reproductions qui circulaient à Paris et que son frère Théo avait eu l’occasion d’admirer. Le lien est-il clair pour autant ? Pas toujours mais c’est là que réside tout le génie de cette exposition : à côté de chaque toile, un grand panneau explicatif la confronte aux estampes dont elle est inspirée, montre comment elles ont été intégrées au style de l’artiste et une lettre ou plusieurs citations extraites des correspondances du peintre viennent confirmer ces rapprochements que les plus sceptiques (moi ? non ? jamais !) pourraient juger de vaseux. Une analyse de l’influence du japonisme sur les impressionnistes imparable et fascinante.

    81149594_o    Van Gogh - Vue des saintes maries de la mer (1888)    Van Gogh - Troncs d’arbre dans l’herbe (1890)

          Bon, sans originalité aucune, je voue un véritable culte à Van Gogh. J’aurais pleuré de joie quand j’ai découvert ses toiles dans le musée qui lui ai consacré à Amsterdam et ne perdrait pour rien au monde une occasion d’aller admirer son travail sur la matière et la couleur. Cette exposition, assez vaste, présente une incroyable diversité de toile de par les styles représentés. 40 toiles méconnues (quoique le style de certaines soit tout à fait reconnaissable) et pour la plupart surprenantes. Si on y retrouve les huiles de paysages provençaux qui ont fait son succès, on peut également y admirer des vues de Paris et ses alentours mais aussi des choses plus surprenantes comme des paysages à l’encre ou des aquarelles. J’ai été absolument époustouflée notamment par une magnifique aquarelle représentant une femme sous la pluie, d’une terrible mélancolie ; et une magnifique toile représentant deux paysannes qui ne sont pas sans rappeler Les glaneuses de Millet, une touche de modernité en plus. J’ai beaucoup aimé la diversité des toiles exposées (dont mes favorites sont évidemment à contre courant de ce que l’on considère comme le « style Van Gogh », que j’adore pourtant) et l’intelligence du rapprochement avec Hiroshige. A ne manquer sous aucun prétexte, de préférence après être allé admirer les estampes du maître d’Edo.

 Van Gogh - Deux paysannes bêchant des pommes de terre  07  VAN-GOGH---Reves-de-Japon---HIROSHIGE---L-art-du-voyage-

          Enfin, à la suite de cet enchantement pour les yeux, on aperçoit des portraits qui attirent l’oeil dans une salle tout au fond, le travail magnifique de Denis Rouvre. La curiosité nous pousse donc à aller voir de plus près. Et là, le choc. Des portrait en gros plan de japonais après Fukushima, une lumière très travaillée et des visages sur lequel se lit la désolation. Quelques paysages aussi, saisissants, qui viennent mettre en relief ce mines défaites, en en montrant la cause. Un travail magnifique et d’une grande intensité. On est parcourus de frissons entourés de ces visages splendides empreints de désespoir. Dommage que cet accrochage ne soit pas plus mis en valeur, on peut en effet tout à fait passer devant sans le voir et se serait bien dommage !

      Sachiko Adachi    Low Tide 5    Takashi Momose

Trois expositions magnifiques et touchantes qui méritent le détour.

Hiroshige, L’art du Voyage – Van Gogh, Rêves de Japon – Denis Rouvre, Low Tide – Le Japon du Chaos

Pinacothèque de Paris

28, place de la Madeleine

75008 Paris

Jusqu’au 17 mars 2013

Tous les jours de 10h30 à 18h30 (21h les mercredi et vendredi)

Billet simple pour l’une des deux expositions 10€ (8€ en tarif réduit), billet couplé Van Gogh/Hiroshige 17€ (14€ en tarif réduit)