Mes lectures

La mémoire des vaincus, Michel RAGON

          Fred Barthélémy est un petit vagabond qui survit comme il peut aux Halles. Il y rencontre Flora, une petite fille qui sent le poisson. Les deux adolescents ne se lâcheront plus et vont être recueillis à Belleville par des adultes étranges, liés à une certaine bande à Bonno… La 1° Guerre Mondiale arrive et Fred sera en âge de se battre avant qu’elle ne finisse. Pourtant, il ne connaîtra pas longtemps les tranchées et sera envoyé en Russie pour rendre compte de la Révolution. De nombreuses aventures l’y attendent…

          Une vie incroyable, absolument palpitante, qui ne pouvait que faire un bon livre. C’est l’histoire de l’anarchisme en Europe au XX° siècle que retrace ce livre à travers la vie d’Alfred Barthélémy. On entraperçoit la bande à Bono, on vit de l’intérieur le règne de Staline, on suit de près la guerre d’Espagne et on côtoie les grands noms du XX° siècle. Alfred Barthélémy, dont je n’avais jamais entendu parler, a connu les plus grand. Une vie incroyablement riche, qu’il a dévoué à la politique et plus particulièrement aux idée anarchistes (même s’il s’est un moment rallié aux socialistes).

          Ce livre m’avait été conseillé par le libraire du Livre écarlate et il attendait sagement dans ma bibliothèque depuis des mois. Je me suis finalement décidée à l’ouvrir, avec quelques réticences, n’étant pas très à l’aise avec les romans historiques et autres biographies. Pourtant ce livre est particulièrement réussi. La vie du personnage est tellement incroyable qu’on se laisse totalement prendre dans ses aventures. Le contexte historique, pourtant riche, n’est pas trop pesant étant donné qu’on le découvre en même temps de que le personnage qu’on suit. Le style est fluide et si certains passages sont moins dynamiques, l’ensemble reste assez équilibré.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui nous fait traverser le siècle dernier. Malgré mes notions d’histoire relativement vagues, je n’ai pas eu de mal à suivre les évènements. J’ai apprécié le regard porté sur la révolution russe. Ni complaisant, ni diabolisant, il décortique les mécanismes de la radicalisation du pouvoir, ou comment on est passé d’un idéal de liberté à un régime totalitaire. Un livre passionnant qui m’a donné envie de découvrir d’autres auteurs de cette période, notamment Victor Serge (qui dormait également dans ma bibliothèque depuis un moment) et Maxime Gorki, que vous retrouverez bientôt ici même. Un de ses ouvrages trop rares qui non seulement nous cultivent et nous passionnent mais nous ouvrent aussi des horizons nouveaux.

Mes lectures

Mélanie FAZI, Serpentine

          Des nouvelles à l’univers sombre et fantastique. L’histoire d’un homme étrange qui hante le métro, celle d’une maison familiale bientôt vendue, ou encore celle d’un homme qui se fait tatouer avec une encre très spéciale. Autant de déclinaisons autour de l’étrange et du malaise.

          J’attaquais ce livre avec un petit a priori négatif. La science-fiction (même si ici on est plutôt du côté du fantastique) est un genre capable du pire comme du meilleur, surtout du pire. J’en lis assez peu et bien que ça me soit sympathique, me rappelant mon adolescence, j’en ressors souvent déçue. Je ne m’attendais donc pas vraiment à quelque chose d’exceptionnel. Finalement, je me suis assez vite laissée prendre dans cet univers particulier. Les nouvelles sont assez inégales, comme souvent. Cependant, un esprit se dégage de chacune de ces histoires qui donne une certaine unité au recueil.

          C’est bien écrit, et si certaines histoires sont meilleures que d’autres, le style reste assez constant. L’auteur sait faire naître le malaise rapidement et construire un univers en peu de mots. Certaines nouvelles sentent le vécu et sont d’ailleurs les plus réussies, la première notamment, sur le tatouage, retranscrit bien les émotions (enfin je suppose), de même pour celle se déroulant dans le métro. J’ai beaucoup aimé également celle sur la maison à vendre, assez touchante. Quelques unes possèdent des fins assez originales et réussies. Ma préférée reste je crois la nouvelle qui prolonge le mythe de Circée et Ulysse. Une idée originale et bien menée. Dans l’ensemble, on évite les clichés du genre. Un beau recueil qui présume bien de l’avenir de cet auteur. A suivre.

Le site internet de l’auteur.

http://www.melaniefazi.net

Mes lectures

Top ten tuesday (3)

          Top Ten Tuesday, un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Initialement créé par The Broke and the Bookish, il est désormais repris en français par Iani et son carnet de lecture.

Cette semaine, le thème est :

Mes 10 maisons d’édition ou collections préférées

1 – Gallmeister. Leur collection noire est magnifique, ils ont su créer des collections d’une rare unité, la qualité est toujours au rendez-vous. Une valeur sure et mon modèle de réussite.

2 – Actes Sud. Surtout Babel (notamment la magnifique retraduction de Dostoïevski) et Actes Noir, deux belles collections. Là aussi une réussite exemplaire qui redonne un peu d’espoir en l’avenir de l’édition.

3 – Gallimard. La Blanche reste une référence, Imaginaire est très bien aussi. La maison française de référence où tous les grands noms sont passés.

4 – Minuit. La maison qui a édité les grands noms du XX° siècle. La maison de la modernité.

5 – Flammarion. Je suis un rien de parti pris mais leurs livres de cuisine me font particulièrement rêver.

6 – Picquier. La maison qui ne publie que de la littérature asiatique. Une invitation au voyage.

7 – P. O. L. Les publications de la maison sont très inégales. Cependant, leur volonté de proposer des textes novateurs voire franchement dérangeant est louable.

8 – Phoebus. Une maison que je connais peu mais qui a réédité la quasi totalité de l’oeuvre de Jack London et rien que ça, c’est déjà bien.

9 – Le Sonneur. Une toute petite maison qui propose des livres aux couleurs vives sur des sujets variés. Des textes bien choisis qui méritent souvent le détour.

10 – Rue du Monde. Allez, un peu de jeunesse. Des livres tout en couleurs qui abordent de grands thèmes de société pour faire des têtes bien faites. Les illustrations sont une véritable invitation au voyage.

          Vous l’aurez remarqué, j’ai choisi des maisons d’édition plus que des collections, pour des raisons purement pratique. Sinon la place aurait manqué. Bien sûr je dois en oublier, ce que je vais regretter dès demain. Etant donné que j’aime les livres de manière générale, le choix est forcément difficile et susceptible de variations. J’aime particulièrement découvrir de petites maisons méconnues, qui proposent souvent des textes intéressants. De manière général, j’aime également les beaux papiers et les présentations soignées. Et vous, y a-t-il des maisons d’édition que vous aimez particulièrement ?

Mes lectures

Frédéric BEIGBEDER, Premier bilan après l’apocalypse

          Les 100 romans préférés de Frédéric Beigbeder. Triés sur le volet parmi les ouvrages du début du XX° s. à nos jours. Un condensé de littérature moderne dans lequel on trouve des choix parfois attendus (Gide ou Fitzgerald par exemple), parfois plus surprenants (pas d’exemples, il y en a trop que je ne connais pas). Un autoportrait de lecteur en 100 fragments amoureux. 

          Je dois l’admettre, je n’ai que feuilleté ce livre. J’ai lu l’introduction expliquant la démarche et les articles sur les livres que j’avais moi-même lus. Autant vous dire que ç’a été vite fait ! Je n’ai visiblement pas du tout les mêmes lectures que Frédéric Beigbeder. J’ai lu à peine 4 ou 5 livres de cette liste et s’il y en a quelques autres qui me tentent, il doit y en avoir une bonne moitié dont j’ignorais même l’existence. Ca limité mon intérêt pour la chose.

          L’introduction explique la naissance du projet. L’auteur avait déjà rédigé des commentaires sur les 100 livres préférés des français. La jugeant trop impersonnelle, il a choisi d’en faire une version qui lui corresponde. Si je trouve cela tout à fait louable et que j’aurais sans doute fait pareil si j’en avais eu l’occasion, de mon point de vue de lectrice, on échange une liste parlante contre une qui m’est totalement étrangère… Finalement, la version impersonnelle avait le bon goût de reprendre des livres qui nous évoquent quelque chose.

          Les résumés des ouvrages sont un peu légers à mon goût, on n’y apprend pas grand chose et ça ne donne pas vraiment envie d’en savoir plus. On aurait aimé une critique plus profonde. Ou plus de passion. Les extraits que j’ai lus restaient à la surface des choses et ne m’ont pas franchement convaincue malgré une belle preuve d’érudition (ce dont on ne doutait pas d’ailleurs). Heureusement, un peu d’humour vient arranger le tout, même si on a connu l’auteur plus incisif. Un essai égocentrique qui m’a laissée sur ma faim. Plutôt agréable mais conçu pour le seul amusement de l’auteur, le lecteur y est un peu laissé pour compte. Dommage.

Critères de notation pour établir cette liste :

1. Tronche de l’auteur (attitude ou manière de s’habiller)

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)

3. Vie privée de l’auteur (par exemple, un bon point s’il s’est suicidé jeune)

4. Émotion (un point par larme versée)

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis « Oh la la comme c’est beau » sans être capable d’expliquer pourquoi)

6. Présence d’aphorisme qui tuent, de paragraphes que j’ai envie de noter, voire de retenir par coeur (un point par citation produisant un effet sur les femmes)

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages)

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l’auteur est un mythe obscur, deux s’il parle de gens que je ne connais pas, trois si l’action se déroule dans des lieux où il est impossible d’entrer)

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j’ai ressenti l’envie de jeter le bouquin par la fenêtre)

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d’érection, deux en cas d’orgasme sans les mains).

 

Ceux qui pensent qu’on ne doit pas lire Vian après 25 ans vont devoir aussi prévenir tous leurs amis d’éviter les excréments de Rabelais, les farces lourdes de Molière, les « hénaurmités » de Jarry, les niaiseries d’Andersen, les puérilités de Grimm, les sortilèges amoureux de Tristan et Yseult ou Shakespeare, les néologismes de Queneau, les absurdités d’Ionesco, les nouvelles infantiles de Marcel Aymé, l’argot vulgaire de Céline, les blagues scatologiques de San Antonio et les calembours mélancoliques de Blondin. Déjà que c’est pénible d’être vieux, je trouve que ce ne serait pas très gentil d’obliger les personnes âgées à ne lire que du Richard Millet.

Mes lectures

L’évangile des Quenouilles

          Ce texte écrit au Moyen Age retranscrit des savoirs populaires féminins. Les femmes étaient déconsidérées (mais sans doute moins que dans les siècles suivants étrangement) et ont ressenti le besoin de partager leur savoir, qui valait bien celui des hommes. Comme les Evangiles dans la Bible donnent une orientation à la vie spirituelle, les évangiles des Quenouilles veulent instruire sur la vie du foyer.

          Il y a 6 évangiles, à la fois parce qu’il y a 6 jours dans la semaine (le dimanche, c’est repos) et il faut la parole de 3 femmes pour celle de 2 hommes (on est avant l’invention de la parité), donc, par simple calcul, on a 4 évangélistes dans le Nouveau testament, il nous en faut 6 pour la version féminine. Les femmes les plus en vue du village ont donc pris chacune à leur tour la parole pour partager leur sagesse. Bon, autant vous le dire de suite, vous n’apprendrez pas de secrets disparus à cette lecture (quoi que). Ce sont essentiellement des croyances populaires qui sont regroupées et que la science a pour la plupart invalidée depuis. Certaines peuvent toutefois être considérées comme des « recettes de grand-mère », encore utilisées aujourd’hui. Et beaucoup de ces croyances aujourd’hui disparues, ont longtemps perduré dans nos campagnes.

          Cependant, à travers ces conseils, on apprend beaucoup de choses sur la vie de l’époque, parfois surprenantes. Notamment sur la place des femmes ou l’importance de la religion. Cela m’avait déjà frappée à la lecture des Contes et Fabliaux du Moyen Age : on se fait une idée totalement faussée de la période (certes très longue, ce qui ajoute nombre de nuances, ce texte-ci date de la fin du XV° siècle). On est assez loin de l’obscurantisme dont on nous parlait à l’école. La liberté de ton est surprenante compte-tenu des siècles de pudibonderie qui suivront. Une lecture qui met à mal bien des idées reçue et donne envie de se pencher de plus près sur cette période.

Tout homme qui fait quelque chose sans en parler à sa femme, je vous dit comme Evangile qu’il est en conscience pire qu’un larron, qui, lui, l’oserait dire.

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Pour aussi vrai qu’Evangile, je vous dis que, lorsqu’un jeune homme puceau épouse une jeune fille pucelle, le premier enfant qu’ils ont naît habituellement fou.

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Si vous voyez un chat assis sur une fenêtre au soleil se lécher le derrière et lever sa patte pour la passer au-dessus de l’oreille, alors ne doutez pas qu’il ne pleuve ce jour-là.