Mes lectures

Alessandro BARICCO, Soie

          Voilà un petit roman qui dormait depuis bien longtemps dans ma bibliothèque (8 ans pour être exacte, je pense que c’était celui qui m’attendait depuis le plus de temps). Il ne me tentait que moyennement. On a beaucoup vu ce livre, on en a beaucoup entendu parler (trop, je trouvais ça louche) et moi qui ai toujours préféré les gros pavés, je le trouvais désespérément mince. Et puis ce titre… pfff… ça ne me parlait pas. J’avais bien failli l’ouvrir quelques fois mais n’avais jamais sauté le pas. C’était un tort. Heureusement que ma surcharge de travail m’a obligée à choisir dans ma bibliothèque un titre pas trop volumineux pour mes trajets en métro entre deux ouvrages sur Guibert, sinon ce pauvre Baricco y dormirait encore.

          C’est l’histoire d’un jeune homme du sud de la France qui achète des oeufs de vers à soie afin de fournir les « éleveurs » et tisserands de son village. La maladie qui touche l’espèce dans une grande partie du monde l’obligera à aller en chercher au seul endroit où ils sont encore sains : le Japon. Il fera là-bas une rencontre qui bouleversera sa vie.

          L’histoire commence doucement. L’écriture est simple, sans fioritures. Au début, j’ai trouvé que tout allait un peu vite, qu’on restait trop en surface et que lieux et personnages auraient mérité qu’on s’y arrête un peu plus. Et puis finalement, au fil des pages, les caractères se dessinent, l’Histoire (avec un grand H) apparaît en filigrane ; les émotions font surface. Des ambiances naissent de rien. Un livre vite lu et léger mais empreint de poésie qui est une vraie réussite.

La demeure d’Hara Kei semblait noyée dans un lac de silence. Hervé Joncour s’approcha et s’arrêta à quelques mètres de l’entrée. Il n’y avait pas de portes, et sur les murs de papier apparaissaient et disparaissaient des ombres qui derrière elles ne semaient aucun bruit. Ca ne ressemblait pas à la vie : s’il y avait un nom pour tout ceci, c’était : théâtre.

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Hervé Joncourt resta immobile, regardant l’énorme brasier éteint. Il avait derrière lui une route longue de huit mille kilomètres. Et devant lui, rien. Brusquement, il vit ce qu’il croyait invisible.

La fin du monde.

A lire aussi : Novencento pianiste, un texte très émouvant.

Mes lectures

François BUOT, Hervé Guibert : Le jeune homme et la mort

          Paru en 1998, ce livre est la première biographie d’Hervé Guibert. On y retrouve tous les grands moments de sa vie dans des chapitres courts présentés de manière chronologique : ses livres, ses amours, ses amis, sa carrière…

          L’ouvrage est clair et plutôt bien écrit. Rien ne manque et les informations semblent venir de sources sures, l’auteur ayant rencontré beaucoup de gens que fréquentait Guibert. Je lui reprocherais toutefois un certain manque de profondeur. Il n’y a pas de réflexion sur l’oeuvre, ce que je trouve un peu dommage. Pour ceux que la vie de Guibert intéresserait, c’est un ouvrage très accessible et vite lu.

Guibert peut-il être, à défaut d’une consolation, un dénominateur commun pour tous les autres malades, ceux qui ne connaissent pas, eux, le charme et la puissance des mots pour en faire leur tombeau ?

 Pierre Combescot

Mes lectures

Arthur DE PINS, Péchés mignons

          Une BD sur les relations amoureuses plutôt réussie. Il y avait longtemps que je la voyais un peu partout sans l’avoir jamais feuilletée. C’est finalement une bonne lecture. Des scènes cocasses qui font sourire, des dessins agréables et un humour qui fait mouche : un bon moment de détente.

Mes lectures

Joseph KESSEL, Vent de sable

          Ce témoignage a été écrit en 1929 par Joseph Kessel suite à un voyage qu’il fit aux côtés du pilote Emile l’Ecrivain sur la ligne Toulouse-Casablanca. Les vols en avions, alors réservés au transport du courrier dans ces contrées, étaient extrêmement dangereux et se soldaient souvent par des prises en otage sur le parcours, ou parfois la mort…

          Je ne connaissais absolument pas cet auteur, pourtant académicien. A vrai dire, je ne regrette pas tellement de ne pas l’avoir découvert avant. L’histoire qu’il a à raconter est passionnante. Servir dans l’aéropostale était alors une aventure quotidienne. On ne savait jamais à quoi s’attendre. Kessel a rencontré des grand noms du métier ou entendu le récit de leurs multiples péripéties : Mermoz, Guillaumet, Saint-Exupéry… tous sont passés sur cette ligne mythique ! Une époque où voler  150 kmh était un exploit ! Des destins exceptionnels et tant de choses à raconter !

          Seulement ce livre est mal écrit. Tout y est mis au même niveau. L’auteur passe plus de temps à nous raconter un repas à Casablanca que le meurtre de 3 hommes ! Aucun relief, aucune vie, un style d’une platitude sans nom (oui, je suis bien en train de dire qu’il y a des académiciens qui auraient mieux fait de se passer de prendre un jour la plume). Moi qui me sentais déjà vibrer au récit de ces pionniers de l’aviation, trembler avec eux à chaque avarie de matériel, m’émerveiller devant la beauté du désert… Eh bien, j’ai vite déchanté, je n’ai trouvé qu’un récit sans âme. Un témoignage bien fade qui parlera peut-être aux passionnés de l’aviation mais dont les autres se passeront très bien.

Gourp avait repris de la valeur. On lui donnait à boire et on le soignait… avec du crottin de chameau. Qu’on se figure ce trajet affreux d’un homme percé de balles et de coups de poignard, ballotté au gré de la marche d’un dromadaire, terriblement fatigante même pour un voyageur valide, sous le soleil du Sahara espagnol et avec la gangrène qui commence à ronger ses plaies !

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Mon valet et moi

          Un valet tyran qui congédie le personnel, impose à son employeur un « uniforme », le fait dormir sur le canapé et lui interdit les émissions de variété. Après la lecture de ce court journal, saurez-vous encore dire qui est le valet et qui est le maître ?

          La 4° de couverture pose cette question : « méchant mensonge ou vrai journal ? ». Je me suis demandé si l’éditeur avait songé à lire le livre avant d’en parler… Des ouvrages de Guibert que j’ai lus, c’est celui qui semble le moins inspiré par son expérience. A première vue du moins. Pourtant, c’est sans doute bien son corps malade que l’auteur décrit à travers celui du vieil homme. Un livre qui va encore demander un certain temps de réflexion, un « temps de pause » avant de se dévoiler réellement. Un roman extrêmement troublant et brutal. Très surprenant.

On raconte que les homosexuels sont attirés par les uniformes, ceux des marins, de spompiers, des légionnaires. Moi qui n’en suis pas, j’ai toujours été fasciné, presque érotiquement, par l’habit des larbins de tous poils.