Mes lectures

James Bond : 101 voitures de légende

          On le sait, l’espion charmeur créé pour la littérature par Ian Flemming et qui connait depuis 50 ans un incroyable succès cinématographique est un amoureux de bolides. Nombreuses sont les voitures qu’il aura malmenées au cours de ses 23 aventures sur grand écran : Aston Martin, Rolls Royce, Jaguar ou Lamborghini, toujours assorties des gadgets les plus improbables. Ce livre propose de découvrir ces voitures de légende qui nous ont fait rêver.

            Première impression sur ce livre : sa forme des plus originales est particulièrement agréable et très bien adaptée au sujet. Une double page est consacrée à chacune de ces 101 voitures de légende. Sur la page de gauche, une présentation rapide du modèle, les caractéristiques techniques détaillées de chaque bolide (moteur, vitesse, freins, dimensions…) ainsi que les gadgets qui y furent adjoints, la liste des différents films où la voiture a fait son apparition et un petit texte sur l’histoire de chaque véhicule dans la série. Sur la page de droite, le nom de la voiture, le titre du film (ou livre) dans lequel elle a été le mieux mise en valeur et bien sûr, une grande photographie ! Un livre assez technique à réserver plutôt aux passionnés de grosses cylindrées mais qui possède toutefois un charme indéniable et que j’ai pris grand plaisir à feuilleter.

James Bond, 101 voitures de légende

Jean-Antoine DUPRAT

Editions Opportun

224 pages, 20, 90 €

Mes lectures

Ciseaux – Stéphane Michaka

          Raymond Carver est alcoolique et écrivain. Du moins il essaie de devenir, mais s’il écrit de nombreuses nouvelles, il peine à se faire publier. Du moins jusqu’à sa rencontre avec Gordon Lish, le célèbre éditeur. On le surnomme « Ciseaux », tant il coupe dans les textes pour n’en garder que le squelette. Pour accepter à la postérité, Raymond devra donc trahir l’âme de son oeuvre, qui est pourtant toute sa vie, et un hommage à l’amour de sa vie, sa femme, Maryann. Un choix que s’avérera difficile et va changer sa vie. 

          Je n’avais jamais lu la moindre ligne de Raymond Carver avant d’ouvrir ce livre, ni ne connaissais Gordon Lish. J’avais donc peur que ce livre ne me parle guère, faute d’en connaître les protagonistes. Craintes dissipées dès les premières lignes. J’ai absolument a-do-ré le style de ce livre. Déjà je dois admettre avoir un faible pour les écrivains alcooliques américains, je n’ai donc pas été déçue par celui-ci ! J’ai également trouvé très touchante l’histoire d’amour complètement bancale qu’il vit avec sa femme. On retrouve cette histoire déclinée à l’infini dans ces nouvelles, largement reprises dans le roman. Mise en abîme absolument passionnante. On suit le parcours de cet écrivain par différents regards : le sien, celui de sa femme, de son éditeur, de ses personnages… Un procédé narratif que je trouve toujours intéressant car il permet une écriture très dynamique et lui donne de la profondeur grâce à la variation de points de vue.

         Ce livre possède un sacré paquet de qualités : une excellente histoire (qui s’avère être une biographie qui plus est, on se cultive donc au passage !), une écriture alerte, une construction habile. On se régale du début à la faim. J’ai dévoré ce roman et me suis délecté de chaque ligne. Le changement de point de vue est parfois déroutant, surtout quand se sont les personnages des nouvelles qui ont la parole. Personnages qui sont les doubles de l’auteur et sa famille. Un peu perturbant au début, mais on s’habitue et finalement, cette légère confusion au début de certains chapitres, le temps qu’on comprennent à qui on a affaire, et cela donne même un certain charme à ce texte qui n’en manquait déjà pas. On pourrait énumérer longtemps les raisons de lire ce texte plein d’humour qui relate une histoire littéraire passionnante. Un roman qui se lit avec plaisir et avidité. Sans doute un des meilleurs textes de cette rentrée littéraire de qualité. 

La fiction : le réel avec un pas de côté. Il est où, votre pas de côté ? je dis à mes étudiants. La sincérité, fuyez-la comme la peste.

_______________

Qu’est-ce que le minimalisme ?

Le crépitement d’une phrase, le coup de fouet d’une formule étonnamment concise, une histoire qui, à peine née, meurt entre vos mains. Pas dans un vacarme mais dans un murmure. 

_______________

Attention : les écrivains n’aiment pas les étiquettes. La seule qu’ils tolèrent, c’est le code-barres au dos de leur livre. parce que personne ne peut le déchiffrer.

Sur ce livre, vous pouvez également lire la critique de Carmadou, ici.

Mes lectures

Grand maître- Jim Harrison

          L’inspecteur Sunderson est sur le point de prendre sa retraite. Il rêve déjà des longues parties de pêche à la truite près de Lac Supérieur, dans son Nord natal. Mais une affaire le tracasse, un gourou qui se fait appeler Grand Maître et qu’il soupçonne de s’intéresser d’un peu trop près aux très jeunes filles. Tant qu’il n’aura pas arrêté le vieux fou, Sunderson ne trouvera pas le repos.

          La trame est un classique du polar et n’offre pas de réelles surprises. D’ailleurs, l’histoire est presque secondaire. Une fois encore, en prenant pour prétexte cette traque, c’est l’Amérique que nous raconte Jim Harrison. Il nous parle de ce pays si varié, tant par les paysages que par les hommes qui les peuplent. Entre exaspération face à la bêtise ambiante et amour pour sa patrie, l’auteur nous livre un portrait sans concession mais pourtant plein de tendresse des Etats-Unis. Du Michigan à l’Arizona, on découvrira de grands espaces dignes des plus belles cartes postales et des modes de vie que tout oppose. La nature tient une place de choix dans les romans de Jim Harrison, ses personnages y font de longues excursions et il prend plaisir à nous décrire ces lieux qu’il aime, nous donnant envie d’aller à notre tour les découvrir.

          Il est moins tendre avec les hommes. Le personnage principal de ce roman est un homme vieillissant, un peu paumé, assez pathétique au fond, mais tout de même attachant. Il est en est de même pour ceux qui l’entourent : ce sont les failles de chacun qui sont mises en avant, ses blessures. Ce qui donne au roman un note un peu triste qui fait aussi son charme. L’écriture est comme les hommes dont elle parle, brute, sans apprêt. Du côté de l’histoire, on se laisse porter par cette traque, je reprocherais simplement une fin un peu bâclée, ce qui est très dommage et gâche quelque peu ce roman qui eût pu être excellent. Toutefois, on prend grand plaisir à cette lecture, à découvrir une Amérique loin des clichés, pleine de contradictions et qui attire autant qu’elle fait peur. Jim Harrison ne signe sans doute pas ici son meilleur roman mais reste une valeur sure : des personnages nuancés, un amour des grands espaces et un esprit critique aiguisé qui en font un auteur incontournable de la littérature américaine. 

La religion était un fait de la vie, comme l’huile de foie de morue, les impôts, la rentrée scolaire.

______________

J’en suis venu à m’intéresser de près aux rapports entre la religion, l’argent et le sexe.

– Eh bien vous êtes un crétin ou un érudit, ou encore les deux à la fois. Tout ça ne fait qu’un. On ne peut pas les dissocier.

Mes lectures

Viviane Elisabeth Fauville – Julia Deck

          Viviane Elsabeth Fauville, la quarantaine, un bébé, fraîchement divorcée. Elle est suivi par un psychanalyste et un jour, sans trop savoir pourquoi, elle le tue. Un meurtre qui la surprend elle-même et va quelque peu chambouler son existence jusque-là bien rangée.

         Un roman pour le moins surprenant, tant par l’histoire que par l’écriture. En effet, le point de vue semble interne mais c’est le « vous » qui est utilisé pour désigner notre héroïne, ce qui est extrêmement rare en littérature (à vrai dire de mémoire je serais même bien incapable de vous fournir un seul exemple). Une très belle originalité donc qui crée une ambiance toute particulière. La distance du vouvoiement donne un style assez froid qui retranscrit bien l’état d’esprit du personnage. Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, assez court et dont l’intrigue très particulière est le principal atout. Je n’ai trouvé aucun reproche majeur à lui faire, c’est original, bien écrit, bien construit. Incroyable mais vrai : je n’ai strictement rien à y redire ! L’auteur nous surprend et nous offre même une fin inattendue. La sensibilité et l’humour n’en sont pas pour autant oubliés avec une réflexion douce amère sur la quarantaine, le couple et la maternité. Un excellent premier roman qui ne ressemble à aucun autre et laisse présager du meilleur. A découvrir au plus vite.

Elle y boit des cafés en attendant d’aller chercher sa fille. Il paraît que les autres mères sont débordées, ravies d’échanger leurs enfants contre une ou deux heures de liberté, et Viviane pense pour quoi faire, il n’y a pas assez de démarche administratives pour occuper toute une vie, pas assez de ressources créatives chez aucun coiffeur pour justifier de s’y rendre plus d’une fois par semaine.

_______________

L’argent, l’amour – on prend l’un quand on n’a pas l’autre, vous ne croyez pas ?

Mes lectures

Peste et choléra – Patrick Deville

          Alexandre Yersin était un petit génie de la médecine. Il a travaillé avec Pasteur et participé aux campagnes de vaccination contre la rage, étudié la diphtérie et découvert le bacille de la peste, qui porte d’ailleurs son nom. Mais bien vite la recherche l’ennuie, il veut voir du pays : il devient médecin dans la Marine sur la ligne Saigon-Manille. Mais il se lasse vite de la mer et décide de partir à la découverte des terres, il deviendra explorateur. Il s’intéressera aussi à l’astronomie et l’agriculture. Ce livre nous conte son histoire fabuleuse et atypique.

          J’avais déjà tenté ma chance avec le dernier Patrick Deville, Kampuchea, et je m’étais ennuyée à périr. Le style y était beau mais indigeste et décousu (les deux ensemble, ça tient de l’exploit). Les mots dansaient sous mes yeux sans que j’arrive à leur donner le moindre sens. Une expérience littéraire déroutante dont je me serais fort bien passée. J’avais refermé ce livre en me sentant à la fois inculte et stupide, ce qui est très très mauvais pour l’ego et, par la même occasion, le moral. A la rentrée j’étais donc bien décidé à boycotter son nouveau roman. Cependant devant les critiques unanimes, tant dans la presse que dans mon entourage, dans la vie matérielle comme sur la blogosphère, voyant ce titre sur toutes les listes de prix littéraires et sous l’insistance très marquée de mon nouveau libraire (ils étaient même deux !), j’ai fini par craquer. Il n’y a que les imbéciles qi ne changent pas d’avis, j’ai donc décidé de repartir à zéro avec Patrick Deville. L’histoire m’inspire bien, le titre est alléchant, tout le monde en dit du bien : je fonce ! C’est donc avec un oeil neuf et bienveillant que j’ai ouvert ce livre. Cela aura-t-il suffit à me réconcilier avec son auteur ? Suspens…

          A vrai dire les premières lignes m’ont rappelé de mauvais souvenirs. Certes, le style est plus sobre que dans le précédant roman de l’auteur mais n’en demeure pas moins reconnaissable. Si c’est devenu lisible, je n’y trouve toujours aucun plaisir : non, décidément, ça ne passe pas. Pourquoi ? me direz vous. Eh bien c’est assez simple, l’écriture est à la fois laconique et foisonnante, j’ai l’impression de lire une encyclopédie. Est-ce intéressant ? sans aucun doute ! Est-ce que j’y prends pour autant du plaisir ? absolument pas ! Une lecture que je trouve laborieuse par forces détails dont je n’ai que faire (le nom des villages aperçus du bateau par exemple) d’autant qu’ils ne sont jamais qu’évoqués et que faute de développement, mon pauvre esprit ne parvient à créer la moindre image. J’ai eu l’impression d’un immense étalage de connaissances associé à une écriture complexe. Alors oui, c’est érudit, la langue est belle, le contenu est là mais je avouer préférer une littérature plus sensible.

          Je me suis quand même acharnée malgré un ennui non dissimulé à cette lecture pas franchement désagréable mais quelque peu fastidieuse. L’histoire de ce personnage hors normes me fascinait et je ne voulais pas laisser passer l’occasion d’en savoir plus… La manière dont sa vie est traitée est assez soporifique. Il a un parcours digne d’un Jack London de laboratoire et on a l’impression de lire un article de revue scientifique. On aurait aimé quelques détails un peu croustillants pour nous faire rêver mais ce personnage terre à terre était avare en récit d’aventure, préférant de fastidieux relevés scientifiques. On doit reconnaître ça à l’auteur, son style colle à l’homme qu’il décrit : des faits, rien que des faits, on ne verse pas dans le sentiment. Mais une telle vie ne peut qu’intéresser, la lecture continue donc. Finalement, passé la moitié du livre, j’ai soudainement fini par m’habituer à l’écriture et la lecture a fini par couler toute seule, ouf  ! L’acharnement à parfois du bon. Au final, une lecture plutôt agréable malgré des débuts quelques peu laborieux. L’histoire est passionnante et on ne peut qu’admirer l’érudition de l’auteur et sa maîtrise stylistique. Un livre intéressant donc, et dont on ne peut que reconnaître les indéniables qualités. Pourtant, s’il est sans doute le plus impeccable lu en cette rentrée, le seul peut-être qui fera l’unanimité, je n’ai ressenti aucune émotion à cette lecture qui est un pur plaisir intellectuel. Un très bon livre mais auquel je préfère sans doute une littérature qui questionne.

Pour Yersin, adepte d’une manière de maïeutique, rien de ce qui peut s’enseigner ne mérite d’être appris, même si toute ignorance est coupable.

_______________

Comme nous tous Yersin chercher à faire de sa vie une belle et harmonieuse exposition.

Sauf que lui, il y parvient.

_______________

Yersin ne voyagera plus. Il a fait le tour du monde et de la question. Il sait que la planète rétrécit, et devient en tout lieu la même, et qu’il faut redouter bientôt « la même magie bourgeoise à tous les points où la malle nous déposera. »