Cinéma

Mud – Sur les rives du Mississippi

Drame américain de Jeff Nichols avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland

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          Ellis et Neckbone sont deux adolescents qui écument les rives du Mississippi. Un jour, ils découvrent lors de l’une de leurs escapes un fugitif caché sur une île au milieu du fleuve. Cet homme, c’est Mud, aussi étrange que fascinant. Ils vont décider de l’aider à retrouver la femme qu’il aime et à s’enfuir avec elle.

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          J’aime beaucoup ce genre de films, à la fois film d’initiation et hommage à la nature, dans la lignée de classiques de la littérature américaine comme Huckleberry Finn ou Tom Sawyer. Et puis Matthew McConaughey est un acteur aux choix parfois discutables mais qui est aussi capable du meilleur, j’avais donc très envie de le revoir dans un rôle intéressant. Je me suis donc précipité dans les salles dès la sortie de ce film( avant de mettre deux bonnes semaines à vous en parler…). Bizarrement, je ne sais pas trop que dire de ce film que j’ai aimé et qui m’a pourtant un peu laissée sur ma faim, qui correspondait à mes attentes et m’a pourtant surprise. Etranges contradictions.

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          Sur l’aspect nature, les paysages du Mississippi, cette vie un peu hors du temps, je dirais que le film est une vraie réussite et va même plus loin que ce que j’attendais. L’aspect initiatique est également très bien traité, avec ses deux adolescents qui passent en l’espace de quelques jours d’une enfance protégée et un rien idyllique aux dures réalités de l’âge adulte. C’est fait avec beaucoup de subtilité et on échappe aux clichés et aux réflexions moralisatrices qui accompagnent généralement ce type de sujet. Pourquoi mon étonnement alors si les deux aspects majeurs du film ont plus que comblé mes attentes ?

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          Le personnage de Mud m’a déroutée. Je le pensais extravagant, finalement, pas tant que ça. C’est surtout un ado coincé dans un corps d’adulte, un gars un peu paumé qui n’a pas les deux pieds dans la réalité. Je m’attendais à des situations cocasses, à quelque chose de drôle et léger, mais la réflexion qui se construit autour de Mud est bien plus grave qu’il n’y paraît. Le personnage est attachant, plein de contradictions mais m’a mise vaguement mal à l’aise. Une de ces personnalités au charme déroutant mais dont l’assurance n’est qu’une façade qui cache quelque chose proche des sables mouvants, tant tout semble instable en eux. Matthew McConaughey est brillant dans ce rôle.

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          Le rythme du film m’a également surprise, bien plus lent que ce à quoi je m’attendais. Il prend le temps de poser les choses, et est finalement assez contemplatif. C’est sans doute ce qui m’a un peu frustrée, pourtant, il faut reconnaître que c’est aussi ce qui lui permet d’atteindre une certaine profondeur. Je ne m’attendais pas non plus au suspens qui se crée peu à peu autour de cette chasse à l’homme et qui se rapprocherait presque parfois du polar. Un film multiple, qui mêle les genres de manière inattendue et intelligente. Il faudrait pouvoir aller voir ce film sans a priori, sans savoir ce qu’on va y trouver, pour en apprécier pleinement toute la force. Un film qui ne fait pas de bruit mais nous livre l’air de rien quelques belles réflexions sur la vie et marque sans doute plus durablement qu’il n’y paraît.

Cinéma

Les gamins

Comédie française d’Anthony Marciano avec Alain Chabat, Max Boublil, Sandrine Kiberlain, Mélanie Bernier

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          Thomas vient de se fiancer à Lola quand elle lui présente ses parents. Le jeune homme va devenir très proche de son beau-père, Gilbert, désabusé et au bord de la dépression, qui va tout faire pour le convaincre de ne pas se marier. Ensemble, ils vont faire les quatre cents coups, une vie de gamins exaltante mais qui risque de ne pas être sans conséquences.

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          Je suis allée voir ce film avec plaisir en étant (presque) sure de passer un bon moment. Une envie de film détente et un choix qui s’est avéré très judicieux. Je m’attendais à une comédie un peu creuse sur le fond et sans doute un peu lourde sur la forme, rien de bien exceptionnel, juste de quoi se changer les idées le temps de la séance. Mais finalement, j’ai été très agréablement surprise. Ce n’est certes pas un chef-d’oeuvre mais ça fonctionne rudement bien ! J’ai ri du début à la fin et je ne suis pas la seule. La salle a été prise d’un fou rire quasi-ininterrompu et franchement contagieux. Je ne suis pas toujours très bon public pour les comédies mais celle-ci a réussi à m’embarquer dans son univers tendre et loufoque ; une véritable plongée en enfance, aussi régressive que délectable.

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          Les situations sont souvent cocasses, voire totalement incongrues. Bien souvent, l’histoire manque parfois de crédibilité mais finalement, quelle importance ? Cela ne dessert pas vraiment le propos (assez simple par ailleurs) et n’est que l’occasion de forcer le trait pour nous faire sourire. On s’amuse à voir ces deux grands gamins faire leur crise d’adolescence à retardement. L’énergie que déploient les comédiens est communicative et tient à elle seule tout le film. Certes, l’humour n’est pas toujours très subtil, on ne nous épargne guère de clichés et certains points du scénario auraient peut-être mérité un peu plus d’attention mais le film ne se prend jamais au sérieux et l’ensemble tient finalement plutôt bien la route, si on part du principe qu’il a pour seule ambition de faire rire. Un pari réussi : on rit franchement et on passe un très bon moment. Une comédie qui ne marquera peut-être pas les esprits mais qui m’aura valu une belle tranche de rire et de bonne humeur. Un peu de légèreté qui fait le plus grand bien !

Mes lectures

Les faux-monnayeurs – André GIDE

         Un jeune homme apprend qu’il n’est pas le fils naturel de celui qu’il croyait être son père. Il décide alors de quitter le cocon familial et de ne pas passer ses examens. Cette décision va changer sa vie et mettre sur sa route des personnages singuliers qui font le plonger dans un univers de mensonges dont il sera difficile de démêler les fils.

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          Il y avait longtemps que je voulais lire ce livre, mais ça y est, en 2013 je me suis décidée ! J’ai été assez surprise par le début, je ne m’attendais pas du tout à ça ! J’ai trouvé que le style était un peu daté. Pour moi Gide était synonyme de modernité et pourtant, si je n’avais pas su de qui était l’ouvrage, j’aurais parié avoir affaire à un auteur du XIX° siècle, ou à la limite du tout début XX°. Le livre ayant été publié en 1925, rien de surprenant finalement, c’est juste moi qui avait un horizon d’attente faussé pour je ne sais quelle raison. Toutefois, l’effet de surprise passé, j’ai bien aimé cette écriture assez classique, d’autant plus qu’elle se conjugue à une construction qui elle, est pour le moins moderne. Un décalage qui n’est pas dénué de charme.

          Le début commence bien donc. Malgré un style un rien trop figé à mon goût, j’ai dévoré les 100 premières pages et y ai pris un réel plaisir. Pourtant, peu à peu le charme s’est rompu et j’ai eu de plus en plus de mal à avancer dans ma lecture. Etrangement, je serais bien incapable de vous dire pourquoi ! Je crois qu’il y a eu un peu de lassitude face aux personnages qui s’enfoncent dans leurs mensonges pour des raisons qui peuvent paraître parfois dérisoire. Un petit manque d’intérêt aussi sans doute pour leurs états d’âmes. Et puis la construction même, le roman dans le roman (ou l’autobiographie dans le roman ?), qui en fait tout la modernité et l’alourdit pourtant, puisque c’est la même histoire qui se répète dans l’histoire. Une mise en abîme que j’ai trouvé un peu creux d’un point de vue du contenu. Le tout manque de rythme et malgré un début des plus prometteurs, j’ai trouvé que l’histoire traînait en longueur et s’essoufflait peu à peu. Dommage.

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Ne pas savoir qui est son père, c’est ça qui guérit de la peur de lui ressembler.

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J’ai souvent, remarqué chez des conjoints, quelle intolérable irritation entretient chez l’un la plus petite protubérance du caractère de l’autre, parce que la « vie commune » fait frotter celle-ci toujours au même endroit. Et si le frottement est réciproque, la vie conjugale n’est plus qu’un enfer.

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Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l’imaginaire.

Actualité·Culture en vrac

Une littérature pour grands ados ?

          Aujourd’hui, un article coup de gueule. La semaine dernière, Rue 89 publiait un article (à lire ici) sur la littérature pour grands ados, à savoir les 15/30 ans, nouveau créneau éditorial qui me sort par les yeux. Un papier qui m’a franchement agacée et m’a donné envie de me lancer dans un coup de gueule libérateur. En effet, cette « niche » des 15/30 ans me paraît être un vulgaire coup marketing fumeux que des pseudos journalistes, qui ont oublié en route leur esprit d’analyse, prennent visiblement tout à fait au sérieux. Mais non, comme toutes les femmes ne se nourrissent pas exclusivement de crudités sans sauce et de produits allégés, tous les moins de trente ans ne fuient pas les librairies et ne recherchent pas la légèreté à tout prix.

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          Je suis la première à défendre une littérature pour adolescents, parfois de très bonne qualité, qui avec des thèmes d’actualité et un vocabulaire moderne qui permettent de se mettre à la portée des plus jeunes. On ne s’initie pas à la lecture avec Proust et il est normal à 15 ans de lire de la littérature qui nous est destinée plutôt que de se lancer dans l’intégrale de Roland Barthes. De là à vouloir vendre la même chose aux trentenaires qu’aux adolescents, il y a un pas que je ne suis pas prête à franchir. Enfants, nos parents nous lisent des histoires, puis ce sont nous qui nous mettons à lire des albums puis les premier romans pour la jeunesse, illustrés d’abord, puis qui s’étoffent peu à peu. On passe par plusieurs phases : les grandes histoires d’amitié laissent la place à des livres d’horreur. Et puis l’adolescence, où on aime les séries, s’attacher aux personnages et les retrouver de livre en livre parce qu’il est rassurant de rester dans le même univers, empli de magie de préférence. Vient ensuite l’envie de lire autre chose, envie de grandir, de faire comme les adultes. Une évolution constante, une construction de ses goûts de lecteurs qui se fait peu à peu, d’où ma perplexité face une tranche d’âge qui durerait 15 ans et viserait pèle-mêle l’adolescente qui rentre au lycée et le jeune cadre dynamique.

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          Il y a de très bons romans pour adolescents ou jeunes adultes, là n’est pas le problème, mais comme on n’écrit pas des livres pour les 5/15 ans sans distinctions, on ne devrait pas en écrire pour les 15/30. 15/20 à la limite, et puis 20/30 à la rigueur… Ce sont des âges où on change encore énormément, où on vit tout un tas d’expériences : premiers amours, premier appartement, premier boulot ; on n’est clairement pas le même à 15 ans qu’à 30 et c’est bien normal. Je me demande à quel moment on a commencé à considérer les jeunes costards/cravate de La Défense comme de grands ados. L’infantilisation des jeunes adultes me laisse pantoise. J’ose espérer qu’à 25 ou 30 ans (c’est plus ou moins long selon les individus, je vous l’accorde), on est un adulte à part entière et non pas une espèce de grand enfant qui a besoin qu’on le prenne par la main. Je crois sincèrement que si à 30 ans on n’est pas encore sorti de l’adolescence, il n’y a plus d’espoir d’en sortir jamais. Je ne comprends pas cette infantilisation qui semble s’étendre d’année en année à des tranches d’âge de plus en plus vastes. Et je ne comprends pas que les premiers concernés se laissent ainsi faire sans broncher.

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          Je ne dénie à personne le droit de lire ce qui lui chante, on prend tous plaisir à lire des choses différentes et il n’y a aucun mal à cela ; en revanche, j’aimerais qu’on arrête de tout mélanger pour arranger les services commerciaux des grandes maisons. Personnellement je ne me considère pas comme une cible à part. Je lis à peu près de tout (sauf de la littérature pour jeunes adultes justement…). Je lis aussi bien des classiques que des nouveautés, de la littérature exigeante que des choses plus légères, de la littérature française que de l’étrangère, beaucoup de romans certes, mais aussi quelques essais, et un peu de poésie ou de théâtre à l’occasion. Bref, je lis ce qui me chante et essaie de me construire une culture littéraire acceptable, avec une constante soif de découverte. Je me sens donc vaguement insultée quand on m’explique qu’à mon âge, on va plutôt vers des choses plus légères et écrites pour nous, ce que j’ai plus ou moins abandonné depuis mes 12 ansQuand j’étais enfant, à 8 ans j’étais fière de lire des livres marqués « à partir de 12 ans », à 12 ans mes premiers romans « sérieux », à 15 les classiques piqués à la bibliothèque parentale. Je voulais grandir et la littérature était là pour m’y aider. Aujourd’hui, on ne veut plus que les livres nous fassent grandir, on veut qu’il nous ramène vers l’enfance dont on refuse de sortir.

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          Je trouve ça d’une tristesse sans nom… On vendra bientôt l’intégrale de Oui-oui à de jeunes cadres dynamiques qui, les pauvres, n’ont pas le temps de lire des choses plus sérieuses. Ce qui m’agace, ce n’est pas que des trentenaires lisent de la littérature pour adolescent(e)s, s’il y trouvent du plaisir, ça ne regarde qu’eux, mais que les maisons d’éditions nous prennent par la main pour nous diriger vers cette littérature-là. Jusque-là la littérature adulte échappait un peu aux inepties publicitaires destinée à appâter le chaland. A 25 ou 30 ans, on est largement assez grand pour choisir seul ce qu’on veut lire, sans avoir besoin qu’on nous consacre des collections « adaptées ». Ces nouvelles prétendues niches m’exaspèrent au plus haut point. On a déjà des journées de dingues, surexploités, sur-diplômés et sous-payés, on n’a pas besoin de se sentir pris pour des imbéciles par dessus le marché. Moi qui a 15 ans était toute fière de lire enfin la même chose que les adultes, j’aimerais continuer à échapper à ces tranches d’âges improbables et restrictives. Ne peut-on pas dépenser son énergie à autre chose qu’à s’évertuer à coller les gens dans des petites cases bien étiquetées ? Non, vraiment, j’apprécierais que les jeunes cons du marketing éditorial qui n’ont jamais ouvert un bouquin nous foutent la paix et arrêtent un peu de nous prendre pour des buses.

Série tv

Skins

          J’avais pris il y a quelques temps la décisions de parler ici de séries télé. Résolution bien vite oubliée, ce à quoi je vais remédier de suite. Le choix est toujours difficile étant donné que je regarde quand même beaucoup de séries, connues ou moins connues, bonnes ou moins bonnes, (voire parfois franchement mauvaises). Certaines datent pas mal, je ne suis pas toujours à l’heure dans les sorties et même lorsque c’est le cas je ne sais pas toujours ce qui peut être ou non intéressant à présenter. J’ai finalement décidé d’arrêter de me poser tant de questions, après tout certains ne regardent pas du tout la télé et ne m’en voudront donc pas de parler de vieilleries et de faire un choix pour le moins subjectif, que les autres me pardonnent pour le côté brouillon de cette rubrique délaissée…

          Skins, c’est l’histoire d’une bande d’adolescents britaniques paumés qui à l’heure de l’arrivée au lycée tentent leurs limites et celle de l’autorité. Sexe, drogue, alcool, tout y passe. Mais les sujets plus profonds sont aussi évoqués, que ce soit la religion, le rapport à la famille, la peur de l’avenir… Une série qui offre un portrait complexe et tout sauf édulcoré de l’adolescence et ses problématiques. C’est délicieusement trash et désespéré, dans une vision de l’adolescence pour le moins sombre.

          Cette série se distingue de ses consoeurs par plusieurs aspects. Tout d’abord, la manière dont la question de l’adolescence est traitée : elle semble vue par les plus paumés des ados eux-mêmes, sans concessions, avec une manière violente et parfois cruelle de faire la fête, dans une volonté d’expérimentation toujours plus forte. Ce n’est certes pas très représentatif des adolescents actuels mais ça a le mérite de montrer une réalité qu’aucune série n’avait jusque là mise en scène. La réalisation est aussi intéressante, les saisons fonctionnent par 2 : une première où chaque épisode présente un des personnages principaux et une deuxième qui développe leur histoire. Toutes les deux saisons (la durée d’un cycle de lycée en Angleterre), les personnages changent et on reprend tout à zéro. Cette alternance permet d’éviter la lassitude qui accompagne souvent les séries à rallonge qui peinent à se renouveler.

          Le mauvais côté de ce fonctionnement c’est qu’on s’attache à ces ados complètement ravagés et qu’on ne trouve pas toujours leurs successeurs à la hauteur de nos espérances. Je dois admettre que pour moi, la première fournée reste la plus réussie. La deuxième allait un peu loin pour rester crédible et la troisième manque quant à elle un brin de fantaisie (mais gagne en crédibilité, comme quoi, on ne peut pas tout avoir), s’avérant bien plus lumineuse que les précédentes. Comme on reste dans la même ville, Bristol pour être précis, les personnages des saisons précédentes font parfois une petite apparition pour notre plus grand plaisir. Si des sujets graves sont abordés, l’amitié est toutefois au centre de cette série qui malgré un fond assez sombre n’est pas avare en moments drôles ou touchants, servis par des scénarios toujours assez solides. Vous l’aurez compris, la force de cette série dont la saison 5 vient d’être diffusée en France sur Canal + tient dans son point de vue original, sa réalisation impeccable et sa capacité à se renouveler, mais aussi dans sa galerie de personnages loufoques et attachants. Un peu extrême parfois, cet OVNI audiovisuel n’en demeure pas moins intéressant et dans l’ensemble assez juste.