Cinéma

Tomboy

          Drame français de Céline Sciamma avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson.

          Lorsque la famille de Laure déménage, la petite fille très garçon manqué décide de se présenter à ses nouveaux amis sous une fausse identité. Pour eux, elle sera Mickaël. Un changement qui ne sera pas sans conséquences, pour elle comme pour son entourage.

          La thématique est intéressante et traitée habilement. On voit l’histoire des yeux de cette jeune fille qui se fait passer pour un garçon. On la voit donc jouer avec ses nouveaux amis, se disputer avec sa soeur ou tomber amoureuse. On en vient totalement à oublier qu’une petite fille se cache derrière ce petit garçon si plein de vie. Du moins jusqu’à ce que sa mère découvre ce qu’il se trame…

          J’ai bien aimé ce film qui montre sans porter de jugement. On ne tombe jamais dans le Pathos. Ce que je reprocherais peut-être à ce film c’est de suggérer les questions sans vraiment les poser, et encore moins y répondre. J’aurais peut-être préféré un traitement un peu moins frontal. Toutefois ce film est très réussi : sobre, il va droit à l’essentiel. Sur un sujet dérangeant, un film qui échappe aux clichés en choisissant un traitement un peu froid. A voir.

Cinéma

Moonrise Kingdom, de Wes ANDERSON

          Comédie-dramatique américaine de Wes Anderson avec Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray

          Suzy et Sam sont amoureux et décide en cet été 1965 de s’enfuir ensemble pour vivre leur amour. Suzy est une jeune fille de bonne famille pour le moins torturée, pouvant se montrer violente sous le coup de la colère, Sam est un jeune scout orphelin hai de tous. Pourtant, il va bien falloir partir à leur recherche. La tempete qui approche va encore compliquer la tache à leurs poursuivants.

          J’avais entendu des avis très mitigés sur ce film : un public assez réceptif qui semblait apprécier un peu de légèreté dans une sélection cannoise pour le moins sérieuse (et un peu tristounette) et une critique plus réticente, paraissant trouver que le tout manquait quand meme un peu de consistance. Une fois n’est pas coutume, je suis plutot de l’avis général et populaire et ai apprécié ce film qui n’avait pourtant a priori pas grand chose pour m’enchanter. Une histoire d’amour chez les scouts, je dois admettre que ça m’inspirait assez moyennement. Je suis quand meme allée voir par curiosité. Je n’ai pas été déçue du voyage ! Les scènes cocasses s’enchainent à un rythme effréné et on se régale de cet humour tendre et décalé.

          Cette histoire est filmée avec une incroyable tendresse pour l’Amérique des années 60. Les couleurs un peu jaunies, la musique d’époque, le vent de folie qui semble souffler sur chaque scène : ce film est un concentré de bonne humeur et de fraicheur enfantine. Les critiques qui lui sont faites sont pourtant justifiées. On pourrait attendre plus de profondeur, quelque chose d’un peu moins conventionnel. Si on est face à un bon film, ce n’est pas un grand film, nuance qui en a déçu certains. Pour ma part, j’ai juste regardé ça les yeux écarquillés, suivant les péripéties avec enthousiasme. J’aurais sans doute préféré une fin plus originale mais j’ai pris un réel plaisir à suivre cette histoire, aussi prévisible soit-elle. Pour une fois, l’absence de surprise ne m’a pas dérangée tant la forme m’a emballée. Les personnages sont attachants et la brochette d’acteurs franchement convaincante. Il y a un rythme intéressant dans ce film, un humour touchant et une esthétique un peu rétro très réussie. En un mot, une très bonne comédie familiale comme on aimerait en voir plus souvent.

Mes lectures

Jo, Derib

          Jo est une BD de prévention sur le sida. Elle s’adresse aux adolescents afin de mettre à mal les préjugés sur la maladie et expliquer sans démagogie les modes de transmission, les moyens de se protéger et la manière dont évolue la maladie. Un moyen original de traiter un sujet difficile et encore largement tabou.

          Je ne sais trop comment parler de cette bande-dessinée. A première vue, ni les dessins, ni le sujet ne m’inspiraient des masses. Je lai d’ailleurs longuement laissée trainer dans ma bibliothèque avant de m’y attaquer. Finalement, bien que j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire, elle s’est avérée plus intéressante et plus subtile que ce que je pensais. J’y ai retrouvé beaucoup de réflexions propres à la littérature sur la sida. On échappe au pathos par une mise en avant de l’envie de vivre pleinement ses derniers instants qui peut accompagner la découverte de la maladie. A travers des thèmes tels que l’amour, la famille ou la drogue, le texte s’inscrit pleinement dans l’univers adolescent et en aborde les principales facettes.

          J’ai moins aimé la façon très romantique dont est traitée l’histoire. J’ai trouvé ça presque simpliste par moments, les personnages auraient mérité plus de nuance et de profondeur. Toutefois, même si cela m’a gênée, le texte fonctionne plutôt bien et me semble tout à fait adapté à son public. Un mode de prévention moins agressif et plus subtil que ceux auxquels on est habitués. Une initiative intéressante et réussie.

Jeunesse·Mes lectures

Chambre A2, de Julien PARRA

          Mélina et Mathieu sont tous deux en attente de transplantation à l’hôpital. Quand un hélicoptère s’écrase sur une des façades du bâtiments, on les place dans la même chambre faute de lits disponibles. Ces deux adolescents si différents vont peu à peu apprendre à se connaître et s’apprécier.

          Ce roman graphique m’a semblé plus proche du manga que de la BD traditionnelle, tant par les illustrations que par la manière d’aborder le récit. J’ai beaucoup aimé la construction de l’histoire. Elle est découpée en chapitres, chacuns séparés par une planche qui ne prend sens que plus tard dans le récit. J’ai particulièrement apprécié cette petite originalité. J’ai aussi aimé les dessins assez épurés mais efficaces. Les personnages sont dressés en quelques coups de crayons : leur personnalité se dégage nettement sans qu’il ne soit fait usage de beaucoup de mots.

          J’ai bien aimé aussi que l’histoire avance plus par l’image que par l’écrit. L’auteur arrive à trouver un équilibre intéressant entre texte et illustration. En revanche, l’histoire en elle-même m’a moyennement convaincue. On s’approche parfois dangereusement du cliché entre cette jeune fille de banlieue et ce garçon d’une timidité maladive. Si c’est touchant par moments, ça frôle parfois le lieu commun. La fin en queue de poisson m’a laissée perplexe, l’annonce d’une suite peut-être ? Une BD pleine de potentiel pas totalement exploité. Je pense toutefois qu’elle s’adresse plutôt à des adolescents un peu fleur bleue. Ma légère déception est sans doute due au fait que je n’appartient pas vraiment u public ciblé. Une assez belle découverte tout de même.

Mes lectures

Courir avec des ciseaux, Augusten BURROUGHS

Attention, attention, gros coup de coeur !!!

          Le jeune Augusten a une enfance quelque peu inhabituelle. Sa mère, une poétesse méconnue, connaît des périodes de folie. Son père l’ignore. Son frère est un étranger. Heureusement (pour nous du moins), le psychiatre de sa mère le recueille. Il va intégrer une fratrie des plus insolites. Une famille dans laquelle on consulte la Bible comme un jeu de tarots, où chacun est libre de ses choix au delà de 10 ans et où la liberté est le maître mot. Désopilant.

          Autant le dire tout net : j’ai totalement A-DO-RÉ ce livre ! J’hésite à me lancer dans le culte pur et simple de cet auteur. J’ai eu un peu de mal à démarrer. Je trouvais ça pas mal mais l’écriture un peu trop polissée me gênait. La quatrième de couverture alléchante annonçait une adolescence extraordinaire et j’étais un rien septique à la lecture des premières pages. Mais cette tiédeur n’a pas duré. Très vite l’histoire décolle. La mère du personnage devient folle et il est recueilli dans la famille de son psy, lui-même pour le moins dérangé.

          Notre héros se retrouve donc dans un genre de famille hippie (c’est plus ou moins l’époque) où tout semble permis. Il ne va plus à l’époque et se lance dans les expériences les plus farfelues. Une pareille vie, assortie d’une telle imagination, donne un livre foisonnant, riche en péripétie, en deux mots : totalement dingue. J’ai ri, suis allée de surprise en surprise et aurait voulu que l’histoire continue encore. Je me suis d’ailleurs précipitée pour acheter la suite (qui n’est pas une suite à proprement parler mais une autre autobiographie). Je songe même à distribuer ce livre autour de moi. Un humour grinçant et des situations rocambolesques : ce livre fait un bien fou, un concentré de fantaisie qui fait le plus grand bien.

Le roman a été adapté au cinéma, un résultat mitigé d’après les critiques.