Mes lectures

Erik ORSENNA, La chanson de Charles Quint

          Une autobiographie qui ne s’affiche pas. Du narrateur, on ne sait que peu de choses. Il ne se nomme pas et se dépeint essentiellement par sa relation aux autres. A son frère tout d’abord, qui a aimé une femme toute sa vie, alors que lui en a connu des dizaines sans jamais s’arrêter avec une seule. Et puis sa relation avec une femme justement. Celle avec qui il pensait passer le reste de sa vie enfin et emportée si vite par un cancer. Un livre comme un hommage à la femme aimée.

          Avec ce livre, Erik Orsenna entre dans la sphère de l’intime. On le connaît drôle et avide d’instruire, avec ses livres sur la grammaire et l’orthographe par exemple, plus sérieux avec un ouvrage sur le coton, ou imposant avec L’exposition coloniale. Mais jamais on ne l’avait vu ne serait-ce qu’approcher des sujets plus personnels. Un changement d’orientation total et réussi.

          Dès les premières phrases, on retrouve le style léger de l’auteur, si aisément identifiable. La narration est pour le moins surprenante : à la 3° personne, avec un point de vue interne. L’auteur parle de lui-même comme s’il était un personnage qu’il observait de l’extérieur, le ressenti en plus. Etrange et déroutant mais ça donne un style incroyable à ce livre. Pas de long récit détaillé ici. L’auteur semble seulement effleurer les souvenirs, passant de l’un à l’autre sans jamais s’y arrêter vraiment. J’ai trouvé agréable cette manière d’avancer dans l’histoire par petites touches. Cela donne l’impression d’une certaine pudeur dans l’évocation des sentiments qui est touchante. Un très joli texte.

Une carrière, l’idée même de faire une carrière lui ayant toujours semblé le comble de l’appauvrissement personnel, et la curiosité étant, à l’évidence, son unique vocation, il s’était employé à varier les univers à varier ses univers de travail.

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Voilà d’ailleurs comment éduquer ses amis : les habituer à ne jamais s’étonner de vos questions. Et voilà comment il faut s’éduquer soi-même : tout faire pour, néanmoins, continuer d’étonner ses amis.

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La maladie est une présence. La plupart des gens guéris sont des orphelins.

Divers

Les origines de la Saint Valentin

          14 février, la Saint-Valentin, la fête des amoureux… On est en apparence bien loin de mes préoccupations mais pourtant j’aime particulièrement l’histoire de cette fête. Je ne résiste donc pas à sortir de mes archives pour quelques jours l’article que j’avais consacré l’année dernière à ce sujet.

          Vous le savez sans doute, le 14 février, nous fêtons les Valentin et célébrons les amoureux. Mais savez-vous que cette fête existait bien avant de devenir une aubaine pour les fleuristes et les chocolatiers ? En connaissez-vous l’origine ? Avec deux jours de retard, je ne résiste pas à l’envie de vous raconter cette histoire.

          Valentin vivait à Rome sous Claude II (qui régna seulement 2 ans, de 268 à 270) et prônait la foi catholique à une époque où les chrétiens étaient tour à tour vaguement tolérés ou carrément persécutés. Il s’est fait arrêter pour avoir prêché la bonne parole. De sa geôle, Valentin a rendu la vue à la fille du magistrat qui avait sa charge et en a profité pour convertir toute la famille. Il aurait également marié des couples en douce alors qu’on était en temps de guerre et qu’il aurait dû aller se faire trucider sur les champs de bataille. D’autant plus que le mariage était alors interdit pour qu’il y ait plus d’hommes disponibles pour aller au front. Il a été condamné et décapité sur la voie Flaminia le 14 février 268 après avoir été battu et brisé avec des « bâtons noueux ». C’est là la légende la plus communément admise sur l’origine de la fête des amoureux.

          Cependant, à cette même date, dans la Rome antique toujours, étaient célébrées des fêtes païennes, les Lupercales, en l’honneur de Lupercus dieu des troupeaux et des bergers et Junon, déesse protectrice des femmes et du mariage. Les fêtes commençaient par le sacrifice d’une vierge et de boucs, ensuite, les prêtres badigeonnés de sang couraient dans les rues à moitié nus fouettant au passage les femmes avec des lanières taillées dans la peau des boucs sacrifiés. Les coups reçus devaient assurer à celles qui les recevaient fécondité et grossesse heureuse, elles s’offraient donc à eux de bon coeur. La journée se terminait par un banquet suivi d’une loterie : chaque jeune fille inscrivait son nom sur un parchemin qu’elle déposait ensuite dans une jarre où les garçons tiraient au sort le nom de celle qui devait les accompagner pendant la soirée. Quand l’Eglise a commencé à s’imposer dans l’Empire romain, elle a souhaité mettre un terme à ces fêtes pour le moins indécentes et a lancé le culte de Saint Valentin pour contrecarrer ces pratiques jugées douteuses.

          Voilà vous savez tout ! J’ignore comment Cupidon est venu s’incruster dans cette affaire avec ses petits coeurs partout mais je suppose qu’avec le temps on a juste oublié l’origine de cette fête et qu’on s’est mis à tout mélanger. Une histoire que je trouve en tout cas passionnante. C’est incroyable cette propension des catholiques à tout se réapproprier, fascinant. 

Cinéma

L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder

Comédie romantique française de Frédéric Beigbeder avec Gaspard Proust, Luise Bourgoin, Joey Starr.

          Marc Marronnier est critique littéraire et chroniqueur mondain. Après son divorce, il se met à l’écriture d’un roman acide, « L’amour dure trois ans ». Ce pamphlet misogyne sera le succès de la rentrée littéraire. Mais sa rencontre avec Alice va bouleverser sa vie. 

          Comme vous pouvez le constater, rien de très original dans l’histoire. Tous les ingrédients classiques de la comédie romantique sont là. Un homme qui en croit pas à l’amour mais qui tomba amoureux et que son passé rattrape, un scénario pour le moins classique. Frédéric Beigbeder adapte ici son propre livre, l’actualisant au passage. Je ne sais trop que dire de ce film. Je l’ai trouvé assez réussi. J’ai passé un très bon moment, j’ai beaucoup ri et je me suis même laissée surprendre par moments. Je dirais que dans l’ensemble c’est une comédie qui fonctionne bien.

          Le choix de Gaspard Proust comme double de l’auteur semble assez naturel. Je ne dirais pas franchement qu’il joue bien tant ce rôle est proche du personnage qu’on connaît. C’est d’ailleurs assez perturbant au début. Joey Starr confirme quant à lui un certain talent comme acteur, ainsi qu’une bonne dose d’humour. Les acteurs semblent s’amuser et par la même occasion, nous aussi. Un concentré de bonne humeur. Pour le reste on retrouve tout l’univers de Beigbeder, intello mondain, talentueux et jemenfoutiste. Je craignais qu’il ne sombre une fois de plus dans la facilité avec ce film mais pas du tout.

          Le film est très soigné du point de vue des décors et de la mise en scène. On peut reconnaître les lubies du réalisateur sans peine (une bibliothèque avec des livres anciens dans une salle de bain, un hommage plus que marqué à Michel Legrand, et un appartement entier couvert de livres). J’ai beaucoup apprécié cette omniprésence des livres. D’ailleurs je rêve d’avoir le même appartement que Marc Marronnier. A son habitude, Frédéric Beigbeder alterne humour subtil et grivoiseries, mais échappe cette fois au mauvais goût. Il a su recréer dans ce film l’univers de ses meilleurs livres. Si le tout manque de profondeur, il demeure brillant. Beigbeder au mieux de son talent.

Cinéma

Les amours imaginaires, de Xavier DOLAN

Comédie dramatique québécoise de et avec Xavier Dolan, avec Monia ChoKri et Niels Schneider.

          Francis et Marie sont amis et colocataires. Lors d’une soirée, ils rencontrent Nicolas, dont ils vont tomber tous les deux follement amoureux. Une situation avec laquelle va jouer le jeune, entraînant le trio dans une relation toujours plus malsaine.

          Un film pour le moins surprenant ! Il a d’ailleurs été sélectionné à Cannes dans la catégorie « Un certain regard » en 2010. Tenues, déco, coiffures, musiques, on est propulsé dans les années 60. Ca frise parfois le ridicule, les couleurs ultra saturées surprennent, on est un peu perdus dans le décor. Côté histoire, on alterne celle de ce trio assez hérissant et des témoignages face à la caméra de jeunes sur leurs propres histoires d’amour foireuses. Ca semble partir un peu dans tous les sens et pourtant, petit à petit, on s’habitue à cet étrange mélange (et à l’accent, aussi).

          L’ambiance que crée le réalisateur est très particulière. L’aspect malsain de cette relation se ressent tout au long du film. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai adoré mais ce film m’a interpellée. C’est surprenant, plein d’idées, dérangeant souvent. Les acteurs aussi sont étonnants. On a parfois l’impression d’un film tourné à la va vite sans moyens et pourtant en y regardant de plus près, le tout reste très construit. Xavier Dolan a sans le moindre doute un immense talent et je suis curieuse de savoir comment va évoluer son cinéma. Au final l’ambiance de ce film m’a séduite et j’y ai repensé longtemps après son visionnage. Un OVNI cinématographique.

Mes lectures

Anne PLANTAGENET, Pour les siècles des siècles

          Un recueil de nouvelles qui raconte des histoires d’amour, qui débutent ou qui finissent. Des histoires en cours, des histoires naissantes, de belles rencontres, ou des séparations, tragiques ou accueillies avec soulagement. En un mot, l’histoire de la vie. Du bonheur et des doutes, et la mort qui s’immisce parfois. Et toujours cette même question : « A quoi ça tient, une vie ? »

          Je ne vous apprendrai rien en vous disant que les histoires d’amour et moi, ça fait deux ! J’ai tout de même tenté de me lancer dans celles-là parce que 1) je les avais dans ma bibliothèque, 2) j’en avais entendu dire le plus grand bien et 3) n’ayant pas lu la 4° de couverture je ne savais pas vraiment de quoi ça parlait. Je ne regrette pas du tout ce concours de circonstances plutôt heureux. Pour commencer, c’est bien écrit. L’écriture est agréable et fluide, premier bon point.

          Ces 7 nouvelles ont bon nombre de points communs. Ca pourrait presque être la même histoire répétée de manière différente, tant certains détails qui reviennent sont troublants (un brin d’autobiographie là-dedans peut-être ?). Pourtant, nulle répétition. Pour paraphraser Verlaine, « qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre ». Il y a beaucoup de charme dans ces textes dans lesquels on se retrouve forcément un peu. Les questions que pose l’auteur sont universelles : peut-on aimer toujours ? est-il possible de ne pas sombrer ans l’ennui face au quotidien ? est-on plus heureux quand on aime ? Un recueil réussi qui donne envie de découvrir cette auteur prometteuse.

Qui aime la chère aime la chair. Qui est capable de passer trois heures à palper, pétrir, émonder, peler, râper, émincer, pour un plaisir aussi éphémère qu’un repas, est un jouisseur de premier ordre. Un obsédé sensuel.

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L’amour ça va ça vient, c’est pas pour toujours (…). Un feu il faut forcément qu’il s’éteigne à un moment ou à un autre (…). On a beau rajouter du petit bois, arrive une heure où on a épuisé ses réserves et puis c’est tout.