Cinéma

Heureux les fêlés, Robert Coudray

Quand je filme (…) j’oublie le monde et je l’invente.

Comédie dramatique de Robert Coudray avec Laurent Voiturin, Christophe Hamon, Jean Kergrtist

Producteur de cidre, Alex semble s’être résigné à une vie simple d’artisan. Sa rencontre avec Eva lui permet de renouer avec son rêve tenace de faire du cinéma, enfoui à la suite de plusieurs échecs. Avec des compagnons d’infortune, ils relèvent un défi improbable, qui conduit Alex dans une aventure chaotique et lumineuse dont les obstacles réveilleront doutes et démons.

Affiche du film Heureux les fêlés de Robert Coudray

Etant donné le titre (et le fait que c’est une toute toute petite production très artisanale), je dois avouer que j’étais un peu méfiante. J’avais peur que ce soit totalement barré, trop pour moi. Mais finalement, pas tant que ça ! Certes, c’est décalé et original, mais bien moins que ce que j’aurais cru, tout au plus gentiment loufoque. Je suis assez terre à terre, c’était pas gagné de m’embarquer dans cet univers décalé. Et pour être honnête, ça tient même très bien la route. Il peut sembler improbable de suivre ce producteur de cidre qui veut devenir cinéaste – aimant le cidre presque autant que le cinéma, ou l’inverse, j’ai forcément été séduite par la rencontre improbable de ces deux univers. C’est prenant et on s’y attache très fort nous aussi à ce rêve de film, on finit par y croire avec lui. C’est une si belle déclaration d’amour aux rêveurs et au cinéma. Mais n’est-ce pas un peu la même chose au fond ?

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Cinéma

Je tremble, ô matador

Drame historique chilien de Rodrigo Sepulveda avec Alfredo Castro, Leonardo Ortizgris, Julieta Zylberberg

Chili, 1986, en pleine dictature de Pinochet. Par amour pour un révolutionnaire idéaliste qu’il vient de rencontrer, un travesti sur le déclin accepte de cacher des documents secrets chez lui. Ils s’engagent tous deux dans une opération clandestine à haut risque.

Affiche du film, Je tremble ô matador
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Cinéma

Lingui, les liens sacrés

Drame tchadien, 1H27, de Mahamat-Saleh Haroun avec Achouackh Abakar, Rihane Khalil Alio, Youssouf Djaoro

Dans les faubourgs de N’djaména au Tchad, Amina vit seule avec Maria, sa fille unique de quinze ans. Son monde déjà fragile s’écroule le jour où elle découvre que sa fille est enceinte. Cette grossesse, l’adolescente n’en veut pas. Dans un pays où l’avortement est non seulement condamné par la religion, mais aussi par la loi, Amina se retrouve face à un combat qui semble perdu d’avance…

Affiche du film Lingui
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Mes lectures

Du côté des indiens, Isabelle Carré

Ziad, 10 ans, ses parents, Anne et Bertrand, la voisine, Muriel, grandissent, chutent, traversent des tempêtes, s’éloignent pour mieux se retrouver. Comme les Indiens, ils se sont laissé surprendre ; comme eux, ils n’ont pas les bonnes armes. Leur imagination saura-t-elle changer le cours des choses ? La ronde vertigineuse d’êtres qui cherchent désespérément la lumière.

J’aime beaucoup Isabelle Carré comme actrice au jeu sensible. Je l’ai découverte comme autrice il y a un an ou deux. J’avais quelques doutes en entamant ma lecture, les romans d’acteurs ou chanteurs étant assez rarement de grandes réussites. Mais j’avais été mauvaise langue : je suis tombée instantanément sous le charme. J’ai retrouvé dans ce texte tout ce que j’aime chez l’actrice, et chez la personne en général, la douceur, la discrétion, une pointe d’autodérision aussi. C’avait été un grand coup de cœur que ce premier roman intime et sensible. Mon avis complet est à découvrir ici. J’attendais donc avec impatience son second roman, sorti cette rentrée.

Couverture du roman Du côté des indiens d'Isabelle Carré
Couverture

Malheureusement, cette fois le charme n’a pas aussi bien opéré. Sa plume est toujours agréable, même si je n’y ai pas retrouvé cette petite touche d’humour, ce côté léger que j’avais tellement apprécié et m’a manqué ici. Ca reste toutefois bien écrit, pas de réelle fausse note de ce côté-là. En revanche je n’ai pas trop accroché avec l’histoire. Ca commence par un petit garçon qui découvre que son père couche avec la voisine. Non seulement je ne suis pas parvenue à m’y intéresser mais je ne voyais pas non plus où elle voulait en venir avec cette histoire ni comment elle allait tenir tout un roman là-dessus.

D’ailleurs ce n’est pas le cas puisqu’on s’intéresse ensuite au passé de ladite voisine. Mais j’ai trouvé l’introduction particulièrement longue et pour tout dire inutile. Ca aurait pu devenir intéressant, assez vite le problème des agressions sexuelles dans le milieu du cinéma est abordé. Et on est là dans un sujet qui m’intéresse au plus haut point, mon intérêt était enfin éveillé. Il est question d’un réalisateur bien plus âgé que son actrice et qui lui fait des avances. Elle ne dit pas non alors qu’elle aurait voulu. Il est question de pourquoi on ne réagit pas, de comment cela nous ronge. Le texte donne l’impression qu’il y a beaucoup du propre vécu de l’autrice là-dedans.

La manière dont c’est traité m’a laissée assez froide et m’a parfois gênée par la forme de naïveté qui s’en dégage. Je ne saurais expliquer pourquoi certains passages m’ont un peu mise mal à l’aise. Le sujet est très sensible et il est difficile de trouver les mots justes, le bon ton, j’ai par moments eu le sentiment d’un décalage entre l’histoire et le récit, comme si ça ne disait pas tout, n’allait pas au fond des choses. J’ai aussi eu l’impression que l’autrice essayait de noyer le poisson, faisait des digressions pour diluer un récit sans doute douloureux. Je ne suis pas venue à bout de ce texte qui est loin d’être mauvais mais n’a jamais totalement réussi à me convaincre, pour des raisons que je m’explique mal. Sur le même sujet, j’ai repensé à autre texte qui lui m’avait touchée en plein cœur : La petite fille sur la banquise d’Adélaïde Bon. Je n’ai pu m’empêcher de rapprocher les deux, qui dans des styles différents, m’ont semblé se faire écho.

Portrait d'Isabelle Carré

Le visage de Ziad s’éclaira d’un grand sourire en demi-lune, aussi large et élastique que celui d’un personnage de manga, même s’il avait encore du mal à y croire. En grandissant, il avait appris à se méfier des promesses des adultes. Leur sempiternel « on ira », qui n’arrivait jamais.

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Est-ce qu’elle continuait de sourire bêtement, ou était-elle devenue blème, si vulnérable tout à coup qu’il préférait ne pas s’attarder, n’y accorder aucune importance ?