Archives de Tag: cirque

Beyond au Théâtre du Rond Point

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          Je vois peu de spectacles depuis la fin de la saison dernière, n’ayant pas repris d’abonnement cette année. J’évite même de regarder les programmes. Je suis trop fauchée pour sortir, éviter la tentation me semble donc plus sage. Toutefois, j’ai été faible et je me suis retrouvée à prendre une place pour le Cirque Invisible. Ce faisant, j’ai vu la présentation de Beyond, qui m’a de suite tentée. J’ai voulu résister mais le premier spectacle m’ayant franchement convaincue, j’ai voulu renouveler l’expérience. En me faisant inviter cette fois, il est vrai. Je peine beaucoup à me passer de théâtre, cirque et danse. Chaque fois que je délaisse les salles de spectacle, c’est la même révélation quand j’y reviens : décidément, j’aime beaucoup trop ça pour me priver bien longtemps !

©Beyond, crédit photo : Andy Phillipson

©Beyond, crédit photo : Andy Phillipson

          Beyond donc, toujours dans la très belle salle du Théâtre du Rond Point. Si le spectacle, qui semblait très acrobatique, me tentait beaucoup, j’avais quand même un peu peur que ce ne soit un peu trop barré. Il est axé autour des frontières entre l’humain et l’animal, entre l’équilibre et la folie. Thèmes légèrement angoissants je trouve mais qui sont traités ici avec brio, même si forcément, certains passages mettent un peu mal à l’aise. Côté cirque, c’est de l’acrobatie de haut vol avec notamment des numéros de main à main assez exceptionnels – c’est de loin là que j’ai trouvé qu’ils se démarquaient le plus de ce que je connaissais – et un joli numéro de mat. Il y a à la fois beaucoup de technique et d’inventivité dans ce spectacle très bien pensé. On en ressort des étoiles plein les yeux, à la fois admiratifs et un peu tristes de se sentir si gauche en comparaison.

©Beyond, crédit photo : Andy Phillipson

©Beyond, crédit photo : Andy Phillipson

          La mise en scène est travaillée avec à la fois des numéros très chorégraphiés, une lumière impeccable et un choix de musique convaincant. Tout était parfait quoi. Avec en plus une belle touche d’originalité avec le côté animal qui est très bien exploité. Si les grands trouveront le thème de la folie osé et bien dosé, les enfants rient aux éclats. J’ai trouvé que c’était un beau tour de force d’arriver à la fois à faire rire les enfants et mettre les adultes mal à l’aise : les niveaux de lecture d’un même numéro différent selon l’âge et tout le monde semble y trouver son compte. C’est donc beau, impressionnant, intelligent et ça fonctionne pour tous les âges. Mais que demander de plus ?! Ca n’a pas été sans me rappeler mes deux coups de cœur de l’année dernière : Un peu avant minuit et Traces. La compagnie australienne Circa signe ici un très beau spectacle. Excellence et grain de folie au rendez-vous : on en redemande.

©Beyond, crédit illustration : Stéphane Trapier

©Beyond, crédit illustration : Stéphane Trapier

Le cirque invisible

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          L’année dernière, j’ai découvert James Thierrée dans Chocolat et j’avoue avoir été assez impressionnée par le personnage. Quand j’ai vu le nom de Thierrée à l’affiche au théâtre du Rond Point, j’ai donc sauté sur l’occasion. Bon, finalement, ce n’était pas lui mais ses parents qui occupaient la scène : Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin (oui, oui, la fille de Charlie). Petite déception au moment de cette découverte mais j’étais tout de même très curieuse de découvrir leur univers qui d’après les quelques images que j’en avais vue me semblait très (trop ?) particulier. J’avais peur que ce ne soit trop intello et assez obscur.

Le cirque invisible

©Brigitte Enguerand

          J’avoue avoir eu quelques craintes au début du spectacle qui débute par un numéro d’illusion assez loufoque (qui ne m’a par ailleurs pas marqué). Il se trouve que je ne suis pas particulièrement une adepte de l’illusion et côté humour, sorti du cynisme, il n’y a pas grand chose qui me fait rire. Honnêtement, j’ai vu le moment où j’allais trouver le temps long, très long… Finalement, même si je ne sais pas trop par quel miracle, la magie a opéré. Et je suis totalement rentrée dans leur univers loufoque et décalé. A tel point qu’au bout de 2h de spectacle, j’en aurais bien repris une tranche moi ! On est loin du cirque traditionnel, c’est totalement hors normes.

Le cirque invisible

©Brigitte Enguerand

          Difficile de décrire le monde de ces deux là tant il est à part. C’est poétique, déjanté et très inventif. Lui, ce sont des tenues improbables, un air lunaire et un humour enfantin, le tout arrosé de quelques illusions. Elle, contorsionniste, costumière de génie et inventrice à la créativité débridée. A eux deux, ils créent un monde totalement à part qui nous émerveille un peu plus à chaque numéro. Ils ne se prennent pas au sérieux et c’est cette auto-dérision qui m’a conquise. J’ai ri de bout en bout devant ce spectacle bourré de petites ou de grandes) trouvailles. Un univers riche et créatif qui nous ramène tout droit en enfance. Absolument magique. 

Le cirque Le Roux s’invite à Bobino

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          L’année dernière, j’avais eu la chance d’avoir deux invitations pour du cirque à Bobino avec la compagnie Les 7 doigts de la main. C’avait été un véritable coup de foudre ! Je crois bien que c’est le plus beau spectacle de cirque qu’il m’ait été donné de voir. Simplement magnifique. Quand cette année j’ai entendu parler du cirque Le Roux, dont les membres ont justement appartenu – entre autres – à la compagnie Les 7 doigts de la main, et qui se produisent à Bobino, forcément, j’ai eu très envie de découvrir leur univers. Je m’étais un peu renseignée sur internet et les images qui j’avaient vu, avec un style rétro en noir et blanc, me faisaient terriblement envie. Je remercie donc infiniment leur attachée de presse de m’avoir donné l’occasion d’aller les voir (et de m’avoir offert une place en or !).

Cirque Le Roux, Bobino

Cirque Le Roux ©Francesca Torracchi

          L’arrivée des acrobates sur scène m’a fait forte impression. La mise en scène est très soignée, la lumière est très travaillée et les costumes réussis. Le cadre semble être en noir et blanc, on se croirait dans un vieux film américain. Il y a d’ailleurs un générique de début qui finit de nous plonger dans cette ambiance. Je m’attendais donc à en prendre plein la vue pendant un peu plus d’une heure. Malheureusement, le début m’a un peu déçue. J’ai trouvé qu’il y avait un problème de rythme. La première moitié du spectacle tient plus du théâtre que du cirque. Ca parle pas mal, ça crie, ça gesticule, tout ce que je déteste. On est dans le vaudeville surjoué, un humour potache qui me laisse de marbre (et encore, je suis gentille…). Je me suis même dit que si je n’avais pas été au beau milieu d’une rangée, je serais certainement partie. Heureusement que la musique est très bien choisie. L’humour un peu lourd tranche avec le raffinement du cadre et surtout, c’est long, très long. Les meilleures blagues sont toujours les meilleures. Il faut dire aussi que je suis très peu réceptive à ce genre d’humour, autour de moi, le public riait aux éclats, on peut donc supposer que je suis juste une fois de plus la rabat-joie de service. Côté acrobaties, ça commence doucement mais on ne peut pas dire que ça s’enchaîne avec beaucoup de fluidité. C’est dommage parce qu’elles sont belles, très bien chorégraphiées, et surtout, l’humour muet qu’ils y pratiquent fonctionne à merveille, j’aurais aimé qu’ils jouent plus cette carte-là.

Cirque Le Roux, Bobino

Cirque Le Roux ©Francesca Torracchi

          Et puis, tout change. Le décor reste le même, toujours aussi élégant (avec même une petite surprise que j’ai trouvée magnifique), mais d’un coup les acrobaties s’enchaînent, le rythme est plus soutenu et surtout, qu’est-ce que c’est beau ! On en prend plein la vue. Certaines acrobaties sont très impressionnantes. Le porteur du groupe m’a sidérée, j’ai rarement vu pareil colosse, et sa stature permet des choses assez osées. On a l’impression que rien ne peut l’ébranler, il ne tremble à peu près jamais (même si les pyramides humaines ne valent pas celles de la compagnie XY). En revanche, j’ai été scotchée par un numéro d’équilibres particulièrement poétique puis par la dynamique d’une chorégraphie à quatre où les acrobaties s’enchaînent sur un rythme effréné. Le spectacle se finit sur un numéro de mat très réussi. Si individuellement les artistes ne sont pas les meilleurs que j’ai vus dans la discipline, en groupe, ils font des merveilles. Ils signent tour à tour la descente la plus élégante qu’il m’ait été donné de voir, puis la plus impressionnante. Finalement, malgré un petit passage à vide, j’ai beaucoup aimé ce spectacle. J’ai rarement vu pareil sens de la mise en scène ! Je n’ai pas trop accroché avec l’humour de la partie plus théâtrale du début mais j’ai apprécié qu’il y ait un réel fil conducteur, qui fonctionne d’ailleurs très bien. Un spectacle très bien pensé qui manque un peu de rythme au début mais se rattrape largement sur la longueur. Des acrobaties impressionnantes dans un décor splendide : un spectacle qui malgré quelques défauts sort largement du lot. A découvrir absolument !

Cirque Le Roux Bobino affiche

Cirque Le Roux
The Elephant in the room

Bobino
14-20 rue de la Gaîté
75014 Paris

Du 28 septembre au 31 décembre 2016

De 23 à 53€ la place

Roschdy Zem réabilite le clown Chocolat

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Drame, biopic français de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Thibault de Montalembert

Le clown Chocolat est devenu le premier artiste noir de la scène française grâce à son duo avec Footit qui le fera passer de l’anonymat à la gloire. Mais l’argent facile ne suffira peut-être pas à lui faire supporter le racisme ambiant.

Chocolat, affiche

          Je ne vous en avais pas parlé au moment de sa sortie (heureusement, j’ai un peu rattrapé depuis le scandaleux retard dans mes articles, il fait partie des derniers retardataires qui traînent encore dans mes brouillons…) et n’ai pas réussi à lui trouver des partenaires pour un article groupé, je profite donc de sa sortie en DVD – le 8 juin – pour vous donner mon avis sur ce film. Je dois avouer que j’étais assez mitigée à l’idée de le voir. J’aime beaucoup le cirque, mais les clowns me font très rarement rire. C’est sans doute une des disciplines circassiennes que j’aime le moins, ma préférence allant très largement aux acrobates. D’autre part, j’avais peur d’un film très grand public qui gommerait un peu trop les coups durs, se concentrant sur le rire. Finalement, j’ai été assez agréablement surprise par ce film plus dense que je ne l’imaginais.

Image extraite de Chocolat

          Le duo d’acteurs est sans doute son point fort : ils sont tous deux très convaincants. Je ne connaissais pas James Thierrée et je l’ai trouvé vraiment excellent. Enfant de la balle, il faut dire aussi que chez lui, le cinéma est un peu une histoire de famille : il n’est rien moins que le petit fils de Charlie Chaplin ! Omar Sy est parfait dans le rôle du clown qui en fait des tonnes même si son personnage ne se résume pas à ça. Véritable bout-en-train sur scène, il est dans la vraie vie joueur et irascible quand j’ai trouvé à son condisciple sensé être raciste plus de qualités humaines au fond. Comme quoi, les gens, c’est vraiment compliqué (au cas où on en aurait douté). L’histoire est très prenante, de la misère à la gloire, avant de retourner à la case départ. Il semblerait que les passages les plus durs de l’histoire du clown Chocolat aient été gommés et que la fin ait été un peu revue version grand public mais que dans l’ensemble on ne s’éloigne pas trop de la vérité, même si l’accent est plus mis sur la réussite que sur la chute.

Image extraite de Chocolat

          Du point de vue la mise en scène, j’ai beaucoup aimé également, avec notamment de très belles images et une musique des plus entraînantes. Si l’ensemble s’avère donc plutôt convaincant, quelques petites réserves tout de même (le contraire vous aurait étonné hein ?). Le racisme est très appuyé dans le film. L’époque l’était fondamentalement et il n’y avait sans doute pas besoin de mettre autant l’accent dessus pour qu’il soit largement perceptible, ça alourdit un peu le film. Dans un même temps, l’aspect politique est quasi-inexistant, ça reste un peu de l’ordre de l’anecdote, ce qui est dommage. Malgré tout, Roschdy Zem a le mérite de remettre sur le devant de la scène ce clown qui après un succès fulgurant était peu à peu tombé dans l’oubli. Les numéros de cirque conçus par James Thierrée sont convaincants et le rire autant que l’émotion sont au rendez-vous. Un film classique mais impeccablement réalisé porté par deux acteurs qui signent une belle performance. L’histoire émeut et si elle aurait mérité d’être traité avec un peu plus de verve, on en ressort tout de même conquis. 

Traces : le spectacle à ne pas manquer

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          Quand on m’a contactée pour me proposer de voir ce spectacle, je ne savais pas vraiment de quoi il retournait. L’affiche ne me tentait pas du tout mais comme c’était du cirque et que j’adore ça, je suis allée voir la bande-annonce. On n’y voit pas grand chose à part que ça a l’air survolté. Ca a suffit à me convaincre d’y aller. Pour commencer, merci à Donaline de m’avoir proposé deux excellentes places que je n’aurais sinon pas eu les moyens de me payer. Les conditions idéales pour bien profiter du spectacle. J’étais encore avec mes béquilles (qui ne semblent pas vouloir me quitter) et le personnel s’est montré très prévenant. J’ai adoré ce spectacle et pourtant je ne sais pas trop comment en parler. C’est tellement foisonnant, j’ai l’impression que je vais forcément en oublier la moitié ! Commençons par dire que ce spectacle monté par la compagnie québécoise Les 7 doigts de la main rencontre un énorme succès depuis 10 ans et qu’il a été classé parmi les 10 meilleurs spectacles par le Time en 2011. Reconnaissance amplement mérité !

Traces, Les 7 doigts de la main, Bobino

Photo : Alexandre Galliez

          Sur scène, 7 acrobates enchaînent les prouesses. Je suis très vite rentrée dans l’univers de ce spectacle assez atypique. Le tout premier numéro m’a un peu rappelé le spectacle vu il y a peu de la compagnie XY : c’était pour le moins prometteur. Je craignais un côté un peu brouillon mais cet aspect-là disparaît très vite au profit de numéro d’une incroyable précision. Si on sent que chacun a sa discipline de prédilection, ils sont tous doués pour les choses les plus diverses (essentiellement de l’acrobatie quand même). J’ai été vraiment impressionnée par le niveau – global d’une part, mais aussi particulier, chacun faisant des prouesses en solo avec notamment un excellent numéro de diabolo, une utilisation du trapèze très originale et un numéro de mat époustouflant. Mais ma préférence va à un numéro d’équilibre plein de poésie où une jeune fille joue avec un énorme fauteuil, semblant chercher sans relâche la position idéale pour lire. Elle enchaîne les postures les plus improbables sans jamais quitter sa page des yeux : je ne pouvais qu’adorer, vous pensez bien !

Traces, Les 7 doigts de la main, Bobino

Photo : Alexandre Galliez

          Les artistes restent tous sur la scène durant tout le spectacle (qui dure quand même 1h45). Entre les numéros tous plus spectaculaires les uns que les autres, des intermèdes leur permettent de respirer un peu. On découvre ainsi des chansons, un peu de la vie de chacun – racontée avec beaucoup d’humour, ou de petites chorégraphies souvent assez drôles. Les caractères de chaque artiste sont exploités pour faire un fil conducteur qui fonctionne très bien. Ce spectacle est très écrit. Les numéros s’enchaînent à la perfection, les chorégraphies sont impeccables, il y a du rythme et beaucoup d’humour. Les lumières sont très belles et il y a une utilisation de la vidéo particulièrement intéressante. En plus d’être d’excellents acrobates, les artistes jouent aussi du piano ou de la guitare et pour certains ne chantent pas trop mal. Leurs talents combinés forment un tout explosif. J’en suis ressortie avec l’impression d’avoir vu dès le début du mois de mars le meilleur spectacle de l’année. Un spectacle qui allie acrobaties impressionnantes, inventivité et humour : à ne rater sous aucun prétexte !

Traces, Les 7 doigts de la main, affiche Bobino

Traces

Les 7 doigts de la main

Du 03 février au 23 avril 2016

De 26 à 58€

Bobino

14-20 rue de la Gaîté
75017 Paris