Cinéma

De l’autre côté du périph

Comédie française avec Omar Sy, Laurent Lafitte, Sabrine Ouazani

          Le corps sans vie de la femme d’une des plus grands patrons français est retrouvé un matin à Bobigny. C’est Ousmane Diakité, de la police locale qui le trouve, mais quand François Monge, de la Criminelle, vient sans mêler et veut se saisir de l’affaire, le flic de quartier ne l’entend pas de cette oreille ! Il va se débrouiller pour ne pas se faire évincer et mener l’enquête main dans la main avec son collègue des beaux quartiers. Une enquête qui va les mener tous deux de l’autre côté du périph.

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          Evidemment, comme vous vous en doutez, on est loin de film intello… Le scénario est des plus légers et le film repose avant tout sur ses dialogues et son duo d’acteurs dans une sorte de parodie de célèbres films et séries policiers américains des années 80 et leur couple de héros antinomiques. Dès le début, ça fonctionne plutôt bien. Omar Sy a un talent incontestable pour faire le pitre et st irrésistible. Il en fait parfois un peu trop à mon goût, mais c’est le genre qui veut ça. Notons au passage qu’il s’offre ici encore une belle course poursuite au volant d’un bolide, ça devient une habitude ! Malgré son énergie débordante et son sourire ravageur, il se fait largement voler la vedette par son compère, Laurent Lafitte. Il n’y a pas à dire, être sociétaire de la  Comédie Française demeure (presque toujours) un gage de qualité. Il est hilarant en flic arriviste et mesquin des beaux quartiers, avec une vraie gueule de con qu’il se compose à merveille pour l’occasion ! L’entente entre les deux larrons est évidente et leur bonne humeur communicative.

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            L’histoire aurait tout de même mérité d’être un rien plus travaillée. Certes, on ne va pas voir ce film pour son intrigue policière, mais j’ai tendance à penser qu’un bon scénario fait quand même la différence entre simple divertissement et comédie culte, il est donc dommage de s’en priver. Même s’il est vrai qu’on a déjà vu pire, on aurait bien échappé à quelques clichés un peu insistants parfois… J’ai déjà dû vous le dire une bonne cinquante de fois mais je ne suis pas une adepte de la comédie (ni du pathos, j’en entends d’ici se demander ce que je peux bien aimer alors…). J’ai tendance à préférer les comédies douces-amères à l’artillerie lourde et je trouve le genre, bien que très sympathique au premier abord, bien plus délicat qu’il n’y paraît. D’ailleurs, mon expérience cinématographique m’a prouvé qu’il est bien plus facile de me faire pleurer – même si mon côté fleur-bleue s’est émoussé avec le temps – que de me faire rire (c’est étrangement l’exact opposé avec la littérature, allez comprendre !). Toutefois, si je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai adoré ce film, il m’a fait rire par moments, sourire souvent, et j’ai trouvé que le tout fonctionnait assez bien. Une comédie réussie et agréable à regarder grâce à un duo d’acteurs qui fait mouche.

Théâtre

La Place Royale

          Alidor aime Angelique mais veut retrouver sa liberté, préférant être malheureux mais libre qu’heureux attaché à une femme. Il décide alors de la quitter et d’offrir le coeur de sa belle à son meilleur ami, Cléandre. Mais rien ne se passe comme prévu et, se retrouvant seule, Angélique décide d’épouser Doraste, le frère de sa confidente. Après de nombreux quiproquos et rebondissements, qu’adviendra-t-il finalement de nos amoureux ?

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          Je ne connaissais pas du tout ce texte de jeunesse de Corneille mais le résumé me semblait des plus alléchants, bien que je ne sois pas très friandes de comédies (plutôt tragi-comédie pour cette pièce-ci d’ailleurs). Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre mais partais avec un a priori positif. Dès le lever de rideau, j’ai été agréablement surprise par le décor, simple et dépouillé. Plus que Place des Vosges on se croirait plutôt dans un vestiaire de piscine mais on comprend l’idée : c’est un lieu de passage. Les acteurs sont en tenue décontractée, jean/baskets, la mise en scène prend clairement le parti-pris de la modernité. A différents moments, la pièce sera d’ailleurs agrémenté de succès des années 80 (on a même une boule à facette pour le bal) qui lui siéent particulièrement bien. Je suis généralement très réticente face aux tentative de modernisation des textes classiques mais celle-ci est particulièrement réussie. En faisant ni trop, ni trop peu, elle garde l’esprit de la pièce, et lui donne une belle énergie.

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          Le texte en lui-même m’a également beaucoup surprise : quelle modernité ! Il y a des répliques qui semblent écrites aujourd’hui et non il y a trois siècles ! L’amie d’Angélique possède de nombreux amants et ses réflexions à leur sujet sont des plus goûteuses (et osées !). J’ai ri franchement à plusieurs reprises et n’ai cessé de m’étonner de l’actualité de ce texte aujourd’hui encore. Seule la fin a un peu vieilli, pour le reste, le spectateur se reconnaîtra forcément dans l’un des personnages : la jeune fille qui multiplie les amants, l’amoureuse qui veut se marier à tout prix, le phobique de l’engagement, l’amoureux éconduit… autant de portraits intemporels. La pièce a beaucoup de rythme, les répliques s’enchaînent souvent avec drôlerie, pour une histoire bien plus profonde qu’il n’y paraît. Car au fond, ce jeu de l’amour entraîne bien des souffrances et tout ne finit pas toujours bien. Les acteurs sont impeccables et servent avec énergie ce texte rythmé. La mise en scène et la musique ne font qu’ajouter à a modernité et au dynamisme de cette pièce qui est un vrai régal. Sans nul doute le meilleur moment théâtre de l’année. 

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La Place Royale, de Pierre Corneille

Théâtre du Vieux Colombier (Comédie Française)

21 rue du Vieux-Colombier, Paris 6°

Jusqu’au 13 janvier, 29€

Mise en scène d’Anne-Laure Liégeois avec :

Et sans le rôle de Polymas : Muriel Piquart

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Cinéma

Mes héros

Comédie française d’Eric Besnard avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot, Clovis Cornillac

          Maxime est un jeune chef d’entreprise surmené qui voit peu ses enfants et est au bord du divorce. Lorsqu’il apprend que sa mère est en garde à vue, il part à Bordeaux pour la faire libérer. L’occasion pour lui de passer quelques jours chez ses parents et de les découvrir sous un nouveau jour. 

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337686-mes-heros-620x0-1          Je n’avais pas beaucoup entendu parler de ce film et suis allée le voir, comme à mon habitude, au hasard des horaires de cinéma. Il ne me tentait qu’à moitié mais ayant envie de quelque chose d’un peu léger avant Noël, ça me paraissait tout indiqué. L’histoire n’est pas d’une folle originalité. Un homme un peu surmené qui délaisse sa famille et retrouve le bon sens grâce à l’amour des siens, notamment de sa mère, dynamique et décidée, toujours prête à aider la veuve et l’orphelin. A ce sujet, elle héberge justement un petit sans-papiers qui va redonner le sourire à toute la famille.

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20249830.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Le casting est incroyable : Cornillac, Jugnot, Balasko et un petit garçon avec une énergie incroyable et une bouille d’enfer. L’histoire est plutôt mignonne (on sait que venant de moi ce n’est pas exactement un compliment) mais franchement convenue. Fort heureusement, les acteurs nous sauvent quelque peu du naufrage. Si on les a connus plus convaincants, on prend tout de même plaisir à suivre les piques que s’envoient Balasko et Jugnot pendant 1h30. On sourit parfois et malgré quelques longueurs, le film se regarde sans déplaisir. Une histoire de Noël assez banale mais plutôt agréable. 

Théâtre

Le jeu de l’amour et du hasard

          Dorante et Sylvia sont promis l’un à l’autre mais ne se connaissent pas. Pour découvrir l’autre sans se découvrir, chacun imagine le même stratagème : échanger sa place avec son valet ou sa femme de chambre. Malgré ce jeu de dupes, l’amour triomphera-t-il ? 

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          Cette pièce légère écrite par Marivaux en 1730 est un vrai régal. Inscrite au répertoire de la Comédie Française depuis 1778, elle reste près de 3 siècles après sa naissance, un excellent divertissement. Cette nouvelle mise en scène ressuscite-t-elle la légèreté et l’énergie de ce classique ? A vrai dire, pas tellement. Le décor m’a un peu gênée. A mi-chemin entre tapisserie baroque (rose à fleurs, beuuuuuurk) et structure moderne, j’ai trouvé le mélange à la fois froid et écoeurant ; en plus d’être d’une utilité douteuse (des espèces de blocs qui se déplacent sans jamais définir de nouveaux espaces : mais pourquoi ???). Bref, sans être réellement gênant à moins d’une grave allergie au vieux rose (ce qui est mon cas), un décor sans le moindre intérêt. En revanche, les costumes, qui respectent peu ou prou les codes vestimentaires du XVIII° s., sont très réussis.

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          Le jeu d’acteur à présent. Très trèèèèès mitigé ! Nos deux héros, Dorante et Sylvia, sont absolument parfaits ! Une belle énergie, de la conviction, leur jeu est impeccable, tout comme celui M. Orgon et Mario par ailleurs. En revanche, je n’en dirais pas tant de Lisette et Arlequin. Ce dernier est bien trop cloownesque à mon goût. Certes, le personnage le veut mais là on sombre dans la farce la plus grossière et on se vautre dans une vulgarité qui sied mal au raffinement de Marivaux. Quant à Lisette, sa diction est tout bonnement insupportable, ampoulée au possible, avec un parfait manque de naturel. Au final, un résultat mitigé. L’ensemble est loin d’être mauvais, mais ça ne prend pas vraiment, on s’ennuie un peu, ça traîne en longueur, il y manque ce côté enlevé propre aux marivaudages. Un résultat en demi-teinte qui, s’il ne m’a pas déplu, n’a pas non plus réussi à me convaincre.

Le Jeu de l'amour et du hasard

Le jeu de l’amour et du hasard

Mise en scène de Galin Stoev

Avec : Gérard Giroudon : Monsieur Orgon, Alexandre Pavloff : Dorante, Léonie Simaga : Silvia, Pierre Louis-Calixte : Arlequin, Suliane Brahim : Lisette, Pierre Hancisse : Mario

Théâtre Ephémère (Comédie Française)

Place Colette, 75001 Paris

Jusqu’au 3 janvier

27 à 39 €

Théâtre

Un chapeau de paille d’Italie

          Alors que Fadinard s’apprête à se marier, son cheval mange le chapeau de paille d’une femme en plein rendez-vous galant avec son amant. Celui va demander au jeune homme de trouver un couvre-chef semblable pour tromper les soupçons du mari de la dame. Le futur marié va avoir le plus grand mal à trouver l’accessoire de mode, d’autant que la noce le suit partout où il va. Une journée pleine de péripéties et de malentendus. Le mariage se fera-t-il malgré tout ?

          Cette pièce a été un des grands succès d’Eugène Labiche, grand nom du vaudeville. Ponctuée d’intermèdes musicaux, elle a été montée de nombreuses fois à la Comédie Française. Elle est présentée cette année par un metteur en scène italien, Giorgio Barberio Corsetti, qui a souhaité lui donner une nouvelle jeunesse. Il a choisi de placer ses personnages dans les années 60/70 : rock, mini jupes et costumes colorés. Les musiciens pour les parties musicales accompagnent les comédiens sur des airs à la Kusturica, à la guitare, entre rock et musique tsigane. L’idée aurait pu être assez bonne, donnant à l’énergie de la pièce de Labiche un aspect plus moderne. Malheureusement, je n’ai été qu’à moitié convaincue, d’autant que la musique s’avère finalement assez fade, les parties chantées sans grand intérêt et les acteurs de bien piètres chanteurs, ce qui est un peu dommage.

          Il faut dire que le vaudeville n’est pas spécialement ma tasse de thé. L’histoire en elle-même est complètement tirée par les cheveux et comme toujours dans ce genre de pièce, tout repose sur l’énergie des acteurs : s’ils n’en font pas assez, on s’ennuie, s’ils en font trop, ça devient ridicule ; un équilibre particulièrement à trouver et une sauce qui sur moi peine bien souvent à prendre. Là j’ai étrangement trouvé qu’ils en faisaient à la fois trop et pas assez, les acteurs se démènent sur scène sans vraiment nous transmettre leur énergie. La mise en scène est assez originale mais pas particulièrement réussie pour autant, un peu plus de simplicité aurait peut-être allégé l’ensemble. La pièce est trèèèès trèèèès longue et l’histoire un peu lassante, on peine à franchement se passionner pour les aventures du jeune Fadinard. Au final une pièce un peu longuette qui se laisse regarder sans déplaisir mais qui malgré quelques bonnes idées et beaucoup de bonne volonté ne parvient pas réellement à nous enthousiasmer. 

Un chapeau de paille d’Italie, d’Eugène Labiche

Du 31 octobre au 7 janvier

Comédie Française – Théâtre éphémère

Place Colette (Jardins du palais Royal)

27 à 39€