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Chien-loup, Serge Joncour

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          L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

          Si vous suivez ce blog depuis longtemps, vous le savez peut-être : je suis une inconditionnelle des écrits de Serge Joncour. J’ai découvert ses romans il y a une quinzaine d’années, si je ne les ai pas tous lus, j’attends toujours impatiemment la sortie des nouveaux. Même si cette fois j’ai attendu un peu avant de me lancer dans cette lecture. J’ai d’abord aimé chez cet auteur l’humour grinçant et le délicieux cynisme de ses textes, et puis, il y a quelques années, le ton a changé du tout au tout, des textes plus intimes, plus profonds aussi et je dois admettre que ça lui réussit, son œuvre se bonifie avec le temps. L’amour sans le faire est sans doute celui que je préfère. J’avais donc hâte de commencer ma lecture.

Couverture du roman Chien-Loup de Serge Joncour

          Eh bien pour tout vous dire, c’est le premier Joncour qui me déçoit un peu. Enfin, pas que ce soit mal écrit mais je n’ai pas trop accroché avec l’histoire, j’ai trouvé tout ça très vain. La narration alterne entre deux époques et deux récits qui ont en commun le lieu où ils se déroulent, l’un aujourd’hui, l’autre durant la première Guerre mondiale. Si j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans au début, j’ai finalement beaucoup aimé l’histoire du dresseur de fauves qui a échappé à la guerre avec ses lions en se réfugiant dans une maison isolée du causse.

          En revanche, l’histoire de ce couple se retrouvant là un siècle après m’a laissée de marbre. Ou plutôt devrais-je dire m’a profondément agacée. Cas typique de bobo parisien. Elle veut retourner à la nature, lui ne la supporte. Disons que le comportement du mec méprisant envers la campagne et ses habitants est très bien rendu mais ça m’horripile. On en voit déjà assez tous les jours, je n’ai pas spécialement envie de les recroiser dans mes lectures.

          Plus j’ai avancé dans cette lecture et plus une forme d’ennui s’est installée. J’ai trouvé que ça peinait à trouver son rythme et que sa manquait parfois de crédibilité. Je n’ai pas été happée, j’ai eu le sentiment constant d’un décalage, sans que je puisse le formuler, quelque chose qui fait que certes c’est pas mal, mais ce n’est pas totalement convaincant. Heureusement, la plume de Serge Joncour est aussi agréable qu’à l’accoutumée, il a un certain talent de conteur et à défaut de réellement croire à cette histoire, elle reste dans l’ensemble plutôt plaisante. Petite déception avec ce texte en demi-teinte dont seul un des deux pans m’a séduite quand l’autre m’a profondément ennuyée. Bien qu’il ne soit pas exactement raté, à mes yeux le roman le moins réussi de cet auteur ces dernières années.

Portrait de Serge Joncour

La nature de l’homme est de vite oublier les catastrophes passées, autant que de ne pas voir celles qui s’amorcent.

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Et si l’on dit des voyages qu’ils forment la jeunesse, les lectures font bien plus, elles apprennent à envisager le monde depuis mille points de vue dispersés.

Le combat ordinaire

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          Qui sont les quantités négligeables? Certaines photos de Marco, tentatives dérisoires pour dire le monde… Certains hommes, cassés après des années de travail sur les chantiers… Certaines vies banales qui basculent dans des choix discutables…

Le combat ordinaire, T2 couverture

          Ca faisait un petit moment que j’entendais parler de cette BD de Manu Larcenet. On m’en avait dit le plus grand bien mais je dois avouer que le style du dessin ne m’inspirait pas plus que ça. J’ai finalement décidé de me lancer et de m’installer sous un plaid avec un thé pour lire les 4 tomes qui composent cette histoire. Je ne l’ai pas regretté.

Le combat ordinaire

          J’ai trouvé cette histoire très touchante et j’ai beaucoup aimé la manière dont elle évolue. On ressent bien les tâtonnements du personnage, ses doutes, ses peurs. C’est vraiment émouvant et on s’attache à ce mec un peu paumé qui ne sait pas exactement quoi faire de sa vie. J’ai trouvé que ça sonnait terriblement juste. Il est loin d’être parfait, plein de failles, c’est fondamentalement humain.

Le combat ordinaire

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          Pas mal d’aspects de la vie sont évoqués : la famille, le couple, la vieillesse, l’amitié… C’est assez universel et on s’est tous posé au moins une fois certaines des questions qui hantent le personnage. La manière dont il évolue est assez naturelle et il y a une belle continuité entre les différents tomes. Finalement, je me suis très vite habituée au dessin, même si ce n’est pas un style que j’apprécie outre mesure, il se fait vite oublier tant l’histoire est forte. Une BD tendre et touchante que j’ai pris un grand plaisir à découvrir.

Couverture Le combat ordinaire T1

– Et c’est pourquoi j’ai décidé d’abandonner la thérapie… Hem, voilà, voilà…
– Bien… Nous allons en rester là si vous voulez bien. … Je vous mets un rendez-vous le mois prochain?

C’est le coeur qui lâche en dernier

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          Stan et Charmaine ont été touchés de plein fouet par la crise économique. Aussi, lorsqu’ils découvrent à la télévision une publicité pour une ville qui leur promet un toit au-dessus de leurs têtes, ils signent sans réfléchir.
          À Consilience, chacun a un travail, avec la satisfaction d’œuvrer pour la communauté, et une maison. Un mois sur deux. Le reste du temps, les habitants le passent en prison… où ils sont également logés et nourris ! Le bonheur.

          Je n’avais jamais rien lu de Margaret Atwood mais après avoir vu l’adaptation de La servante écarlate en série télé (gros gros coup de coeur 2017 que je vous encourage vivement à découvrir), j’avais hâte de m’attaquer à un de ses romans qui sont pour le moins nombreux. J’ai donc commencé par le dernier, sorti lors de la rentrée littéraire de septembre. Un sacré pavé dont je ne savais à vrai dire absolument rien en dehors de l’identité de son auteur. Surprise totale donc. Et je peux vous dire qu’elle fut bonne !

C'est le coeur qui lâche en dernier

          Tout d’abord, j’ai beaucoup aimé le style, clair et précis, d’un réalisme confondant. L’histoire se passe aux Etats-Unis après la crise de l’immobilier, on y suit un couple qui a perdu sa maison et vit dans sa voiture. L’auteur construit un univers dystopique si proche du notre qu’on peine parfois à se rappeler où se situe exactement la barrière entre la fiction et la réalité. Le moins qu’on puisse dire c’est que c’est extrêmement crédible et pensé dans les moindres détails. Elle nous livre un portrait juste et intransigeant de la société de consommation et ses dérives.Ca fait froid dans le dos…

          Les personnages en revanche ne m’ont pas été particulièrement sympathiques. C’est un peu ce qui m’a manqué dans ce roman, pouvoir m’identifier un minimum à eux, ressentir leur détresse. Là je les ai trouvés plutôt agaçant et assez éloignés de mes préoccupations. Mais je suppose qu’aux Etats-Unis où la situation a été vécue par des millions de gens, ce texte prend une toute autre dimension. Mais ce léger manque d’empathie pour les personnages ne m’aura pas empêché d’admirer l’esprit d’analyse de l’auteur et la mécanique impeccable qu’elle met en place page après page. Un roman glaçant, criant de vérité.

Portrait de Margaret Atwood

Tout le monde paraît très heureux : quand on a deux vies, il y a toujours la perspective d’autre chose. C’est comme être en vacances tous les mois. Mais quelle est la vie où on est en vacances et celle où on est actif ? Charmaine n’en sait trop rien.

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Vous voulez qu’on vous confisque vos décisions pour ne pas être responsable de vos actes ? C’est parfois tentant, vous le savez.

Fences et Loving : deux couples dans la tourmente

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Fences

afficheDrame américain de et avec Denzel Washington avec Viola Davis, Stephen Henderson et Russel Hornsby
Troy aspirait à devenir sportif professionnel mais il a dû renoncer et se résigner à devenir employé municipal pour faire vivre sa femme et son fils. Son rêve déchu continue à le ronger de l’intérieur et l’équilibre fragile de sa famille va être mis en péril par un choix lourd de conséquences…

Pourquoi suis-je allée voir ce film ? Voilà une excellente question. Je ne me rappelle plus. Denzel Washington, une envie d’aller au cinéma, je ne sais pas, je suppose que ça suffit. En tout cas sachez que je regrette. Amèrement. Je vais avoir du mal à vous parler de ce film tant c’est creux, je n’ai pas grand chose à en dire. C’est d’un ennui… L’histoire n’a à peu près aucun intérêt. Le personnage principal, incarné par Denzel Washington est parfaitement imbuvable et l’acteur en fait des caisses, hurlant plus fort que tout le monde et écrasant totalement le film. J’ai fini par m’endormir et je n’ai pas eu l’impression d’avoir raté quoi que ce soit à mon réveil. Ca manque cruellement de subtilité, c’est bourré de clichés et parfaitement soporifique. Totalement raté.

Loving

afficheDrame américain de Jeff Nichols avec Joel Edgerton, Ruth Negga, Marton Csokas
Mildred et Richard s’aiment et décident de se marier mais il est blanc et elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux.

On reste dans les problèmes de couple avec Loving, dont l’histoire est autrement plus intéressante. Je dois avouer que je ne connaissais pas le parcours de ce couple et j’ai été ravie de le découvrir. J’avais peur que ce soit un peu trop mièvre à mon goût mais j’ai été agréablement surprise. Il faut dire que le réalisateur avait déjà démontrer son talent avec Mud. Dans le genre, ils sont assez brut de décoffrage, assez loin du pathos qu’on aurait pu attendre. La mise en scène est classique mais efficace. Il y a peut-être quelques longueurs mais ça reste raisonnable. Pas de change, je me suis une fois de plus endormie, juste au moment du dénouement, vous n’imaginez pas ma frustration (j’ai quand même vu l’épilogue, ça va, je n’ai pas tout perdu). J’ai trouvé vraiment touchante l’histoire de ces héros malgré eux et le réalisateur parvient à traiter ce sujet brûlant avec une belle pudeur. Le film aurait peut-être mérité un peu plus de rythme mais j’ai passé un bon moment et j’ai été ravie de découvrir cet incroyable destin.

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Rire du couple

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Papa ou maman, de Martin Bourboulon

          Voilà un film dont je n’attendais pas grand chose. Je n’étais d’ailleurs pas sure d’aller le voir. J’avais peur d’une comédie très lourde et sans grand intérêt même si j’étais assez curieuse de voir ce que donnait cette histoire de couple qui se déchire pour ne pas avoir la garde des enfants. Finalement, j’ai été agréablement surprise. Sans dire que ce film soit toujours d’une grande finesse, j’ai trouvé qu’il tapait quand même plutôt juste. Les situations cocasses s’enchaînent et contre toute attente j’ai ri de bout en bout. Je pense que c’est avant tout une question de rythme : pas le temps de réfléchir tant les vannes fusent vite. J’ai assez aimé le mauvais esprit qui préside à ce film, je suis franchement friande de ce type d’humour caustique. On pourrait dire que le film va peut-être un peu trop loin, surtout sur la fin, mais j’avoue que ça ne m’a pas dérangée outre mesure. Je me suis laissée prendre à cette histoire loufoque, aussi bien ficelée que bien interprétée. L’idée de départ est originale et le résultat assez convaincant. Peut-être pas un grand film mais une bonne surprise, assurément.

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A 3 on y va, de Jérôme Bonnell

          Ce trio amoureux me tentait assez. Même si le synopsis peut sembler un peu improbable, j’avais bien envie de voir Anaïs Demoustier dans ce type de rôle. Etrangement, je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus drôle. L’histoire se prêtait au vaudeville et c’est à comédie douce-amère que l’on a affaire. Je dois admettre que ça m’a un peu déstabilisée. Cela dit ce film est loin d’être inintéressant. La manière dont le sujet est traité est assez fine et il évite en grande partie les écueils que rencontrent généralement ce genre d’histoires. Les personnages sont assez attachants et les sentiments sonnent plutôt vrai malgré la côté pour le moins incongru de la situation. C’est très bien joué et il y a une certaine fraîcheur dans ce film. Malgré tout, il m’a manqué un petit quelque chose pour totalement accrocher. J’ai trouvé que le film peinait à trouver un ton convaincant, entre l’envie de faire rire et d’émouvoir. Un film qui manque un peu de rythme mais s’avère tout de même touchant et traite un sujet difficile avec délicatesse.

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Le clan des divorcées, d’Alil Vardar

          Cette pièce tourne depuis maintenant un certain temps à Paris et je dois admettre qu’elle ne me tentait pas plus que ça. Quand me cousine est venue à Paris, je me suis quand même laissée convaincre. J’ai été plutôt agréablement surprise finalement. Certes, ça n’est pas exactement un humour tout en finesse mais il y a un certain rythme et j’ai ri plus d’une fois. Il faut dire aussi que l’enthousiasme du public y fait pour beaucoup. L’histoire est simple : trois femmes très différentes qui viennent de divorcer se retrouvent contraintes de vivre en coloc. Les comédiennes déploient une belle énergie. Certaines vannes sont un peu faciles, d’autres assez biens vues. Les personnages ont beau être ultra caricaturaux, on se retrouve forcément un peu dans certaines situations et on prend un certain plaisir à se moquer d’elles. Le sujet est porteur et touchera sans doute surtout les 40 ans et plus. Je ne suis pas une grande adepte du théâtre de boulevard mais malgré les défauts de la pièce j’ai quand même passé un agréable moment.

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