Mes lectures

Lulu femme nue – Une jolie BD d’Etienne Davodeau

          Lulu cherche un travail. Un jour, après s’être rendue une nouvelle fois à un entretien qui n’a pas fonctionné, elle décide de ne pas rentrer chez elle rejoindre son mari et ses enfants. Quelques jours de liberté durant lesquels elle va faire de belles rencontre et retrouver peu à peu le goût de vivre.

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          J’ai beaucoup entendu parler de cette BD mais ne l’avait toujours pas lue. J’ai également raté le film lors de sa sortie. Ma maman l’avait vu et beaucoup aimé, pour la fête des mères, je lui ai donc acheté la BD, bien qu’elle n’en lise pas habituellement. J’en ai profité pour lui emprunter aussi sec et la lire moi aussi (comment ça ça ne se fait pas de piquer les livres qu’on vient juste d’offrir ?). Je dois avouer que j’ai littéralement dévoré cette BD qui se lit vraiment très bien. Pourtant, j’ai eu une pointe déception au début de ma lecture.

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          Je m’attendais à une histoire très émouvante et j’ai été assez surprise par la sobriété du style. Il y a assez peu de texte et j’ai mis un certain temps à m’habituer aux silences qui prennent une grande place dans l’histoire. Mais peu à peu, ce qui m’a d’abord déroutée est finalement apparu comme un des points forts de cette BD tout en sensibilité. Les choses se mettent en place peu à peu et les sentiments sont évoqués avec pudeur et une économie de mots qui finalement lui donne une teinte peut-être un peu nostalgique que j’ai bien aimée. Le dessin, un peu vaporeux et aux couleurs pastel, renforce cette impression.

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          L’histoire de cette femme effacée qui prend goût à la liberté et se redécouvre est touchante. Il y a des moments tantôt drôles, tantôt tendres et la réaction de la famille, entre inquiétude et compréhension, est très bien construite. J’ai de suite imaginé quel film ça pouvait donner, en remplissant les blancs laissés par le texte, ça m’a donné très envie de voir l’adaptation qui en a été faite et qui doit donner une autre dimension à l’histoire. Une BD tout en retenue mais assez touchante dont l’histoire est je pense assez universelle. Une belle découverte.

Mes lectures

Mauvais genre – Chloé Cruchaudet

          Paul et Louise s’aiment et décide de se marier mais la Grande Guerre va les séparer. Dans les tranchées, Paul croit devenir fou et il profite de la première occasion pour déserter. Mais une fois à Paris, il est contraint à la clandestinité. Pour en sortir, une seule solution : il va se travestir et deviendra Suzanne. 

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          Dès sa sortie, cette BD me tentait beaucoup et les éloges que je n’ai cessé d’entendre dessus n’ont fait que renforcer mon envie de la lire au plus vite. Et puis, comme l’an passé, Priceminister nous a proposé lors du festival d’Angoulême de nous envoyer une BD de la sélection en échange d’une critique. C’est donc celle-ci que j’ai choisie sans la moindre hésitation. Après avoir entendu tant de louanges à son sujet, j’avais un peu peur d’être déçue, c’est toujours le risque quand on en attend trop. Pourtant, même si certains aspects m’ont quelque peu surprise, ç’a été loin d’être le cas.

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          J’ai beaucoup aimé les dessins de cette BD : un univers très marqué, à la fois sombre et d’une certaine douceur. Tout est quasi en noir et blanc, avec simplement des touches de rouge qui ressortent et viennent illuminer les vignettes. L’histoire, inspiré de faits réels, est absolument passionnante. Je n’avais même pas jeté un œil à la quatrième de couverture avant d’entamer ma lecture et j’ignorais que l’histoire se déroulait pendant la Première Guerre Mondiale. Ce fut une excellente surprise.

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          Le contexte historique est très intéressant et l’histoire aborde des thèmes et univers très différents : la guerre, l’amitié, le couple, le désir… L’évolution de Paul et Louise mais aussi et surtout de leur relation est rendue avec beaucoup de justesse. Des premiers regards aux disputes, on suit pas à pas ce couple que la guerre va amener hors des sentiers battus. Une histoire magnifique appuyée par un dessin très poétique. Entre humour et sérieux, entre noirceur et délicatesse : sublime. 

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Si je devais noter cette BD, je lui accorderais 18/20. Merci Priceminister pour cette très belle découverte.

Cinéma

Blue Jasmine

Comédie dramatique américaine de Woody Allen avec Cate Blanchett, Alec Baldwin, Sally Hawkins

blue_jasmine_ver2          Quand son mariage avec un riche homme d’affaire éclate, Jasmine quitte New-York et ses mondanités pour se réfugier chez sa sœur à San Francisco. Elle espère que ce changement l’aidera à remettre un peu d’ordre dans sa vie et à retrouver un certain équilibre.

blue-jasmine7          Inutile de le préciser, je tiens Woody Allen est un grand metteur en scène. Toutefois, je le trouvais quelque peu inégal ces derniers temps et j’avais été terriblement déçue par Minuit à Paris, à tel point que je n’étais pas allée voir son dernier film. J’ai été heureuse de voir qu’il délaissait un peu la comédie pour revenir à des choses plus sombres et grinçantes, comme il sait si bien les faire. J’avais donc hâte de voir ce qu’il en était même si je ne suis finalement allée voir le film que deux bons mois après sa sortie… Il m’aura fallu beaucoup de temps pour écrire cet article, et au moment de le mettre en ligne, je dois admettre que je ne sais toujours que dire de ce film que j’ai pourtant beaucoup aimé. Etrange comme il est difficile parfois de mettre ses idées en place alors qu’elles semblent si limpides tant qu’on ne veut pas les partager.

Jasmine3           Ce film n’a pas l’impertinence de certains Woody Allen mais il est impeccable de bout en bout. Il y montre une maturité (je serais tentée de dire « enfin ! ») qui manquait peut-être à certains de ses précédents longs métrages. L’histoire en elle-même est simple : une femme qui a épousé un homme riche et se sent perdue quand il la quitte pour une autre, plus jeune. Mais elle reste tout en subtilité et surtout, Cate Blanchett est magistrale. Elle est époustouflante dans le rôle de cette femme hystérique et complètement larguée. On la regarde se tenir au bord du gouffre en retenant son souffle. Sa détresse est criante de vérité ; ce n’est pas qu’on ait la moindre sympathie pour elle pour autant, remarquez. Mais c’est elle qui nous tient, nous emmène dans sa vie, nous montre son désespoir, nous agace parfois et semble vouloir nous traîner à la limite de la folie avec elle. Un film qui ne cherche pas à séduire mais qui montre la vie aussi amère qu’elle peut l’être. Captivant.

Cinéma

Le passé

Drame français d’Asghar Farhadi avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa

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          Ahmad et Marie sont séparés depuis quatre ans quand il arrive à Paris depuis Téhéran pour signer les papiers du divorce. Lors de son séjour, il découvre que Marie et sa fille ont des relations conflictuelles depuis qu’elle a rencontré quelqu’un. Des tensions qui cachent un secret trop lourd pour ses épaules d’adolescente.

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          J’aime assez le cinéma d’Asghar Farhadi, bien que je ne sois pas non plus une inconditionnelle de son oeuvre, trop intimiste à mon goût. Toutefois, j’ai toujours apprécié le côté engagé de ses films et leur sobriété. Il quitte ici sa terre iranienne pour tourner en France, un changement de décor qui n’est pas sans conséquences sur la manière de traiter le sujet même si on reconnaît sans peine ici le style du cinéaste. En effet, l’histoire construite autour d’un couple qui se sépare et d’un secret qui divise la famille, n’est pas sans rappeler Une séparationToutefois, le contexte social n’étant pas le même, le résultat est assez différent. Etant donné que l’histoire se passe en France, l’aspect politique présent dans les films précédents disparaît ici. C’est bien dommage puisque c’est justement la partie du cinéma d’Asghar Farhadi que je préfère.

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          Reste le drame familial, la réflexion sur le secret, ce que le réalisateur maîtrise particulièrement. J’ai trouvé que l’intrigue aurait mérité d’être encore épurée. Il y a moults tours et détours qui n’amènent pas grand chose, c’est un peu dommage. La toute fin m’a également un peu gênée, une dernière scène qui n’est pas tout à fait au niveau de ce qui précède. Cela mis à part, le film est impeccable. Les acteurs sont excellents (Bérénice Béjo a d’ailleurs vu sa prestation récompensée à Cannes) et il y a de très belles images. J’aime la sobriété avec laquelle c’est filmé. Pourtant, si je ne peux que reconnaître les qualités de ce film et si je l’ai apprécié, je n’ai pas non plus adoré. Ce n’est pas le genre de cinéma qui me parle, n’ayant que peu de goût pour les drames familiaux. Moi qui déteste les engueulades au cinéma, certaines scènes m’ont mise au supplice ! Malgré quelques maladresses, un très bon film, surtout tenu par un très bon jeu d’acteurs et une mise en scène efficace.

Mes lectures

J’ai aimé un pervers

          Le témoignage de 3 femmes (Carole Richard, Mathilde Cartel, Amélie Rousset) qui ont vécu de longues années auprès de pervers narcissiques qui les ont totalement étouffées. Comment devient-on une femme harcelée par son propre mari ? Comment peut-on ne pas s’en apercevoir ? On pourrait se laisser aller à penser que seule des femmes faibles ou stupides peuvent se laisser prendre au piège ; pourtant, il n’en est rien, chacune est on ne peut plus saine d’esprit. Ces trois femmes ont simplement fait un mauvais choix au mauvais moment et se sont retrouvées piégées sans s’en rendre compte.

          J’ai beaucoup aimé ces témoignages. Les histoires alternent, évitant la monotonie. On suit en parallèle chaque rencontre, chaque début de violence, puis peu à peu chaque prise de conscience. Il est intéressant de voir à quel point ces histoires peuvent se ressembler malgré des conditions et des parcours très différents. Le schéma de ces hommes semble toujours le même, et redoutablement efficace. Ils font preuve d’une rare persévérance et peuvent se montrer prévenants de longs mois durant avant de ferrer leur pauvre victime. Les violences commencent peu à peu, insidieuses d’abord : paroles dévalorisantes, jalousie excessive, petites mesquineries… plus appuyées par la suite avec des insultes, et parfois même des coups. Cette lente escalade se double d’une dévalorisation qui ôte petit à petit à la femme qui en est victime toute confiance en elle.

          Ces hommes peuvent pourtant se montrer charmants, même si cette capacité semble s’amoindrir au fil du temps. Ce changement constant de comportement sème le doute, d’autant plus qu’il démontrent un aplomb qui manque totalement aux compagnes qu’ils s’acharnent à brimer depuis tant d’années, allant jusqu’à les éloigner de famille et amis afin de mieux les tenir sous leur coupe. Un piège subtil, extrêmement bien décrit. En lisant ces témoignages, on comprend le cheminement de ces femmes qui se sont laissées détruire sans s’en apercevoir. Sans diaboliser leur compagnon, ni se poser en simple victimes, elles analysent pour nous leur parcours difficile avec un recul qui nous permet de mieux les comprendre. L’écriture est sans prétention mais reste agréable, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce type d’ouvrages. On ne sombre jamais dans un pathos excessif ou un concours d’anecdotes sordides, le ton reste assez neutre et il n’y a pas plus d’exemples que nécessaire ; une retenue qui fait la force de ce texte. Des témoignages édifiants qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement des pervers narcissiques et ne laisse aucun doute quant à la chose à faire face à eux : fuir le plus vite possible. Un livre agréable à lire et très intéressant, à mettre entre toutes les mains.

Certains hommes se comportent avec les femmes comme si elles étaient des pommes. Ils les mangent, et à la fin ils jettent le trognon… »

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Il me fait souvent remarquer que je passe trop de temps le soir à raconter des histoires aux enfants : je les empêche de dormir et je les gâtes trop. Et en effet, je finis par croire que je suis une mauvaise mère.

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Mon bébé dans son fauteuil, avec un biberon suspendu par une corde, à portée de sa bouche, sans son père à ses côtés. Vision d’horreur ! (…) Jean, en revanche, a été très content de son innovation.

Ce livre est paru aux éditions Eyrolles dans la collection « Histoires de vie ». 200 pages. 15€.