Cinéma

De rouille et d’os, de Jacques AUDIARD

          Drame français de Jacques Audiard. Marion Cotillard, Matthias Schoenaerts, Armand Verdure.

          Ali arrive à Antibes avec son fils de 5 ans. Sans boulot, il s’installe chez sa soeur. Il vit de petits boulots et de combats de boxe. Il rencontre Stéphanie dans une boîte de nuit où il est videur. Elle est dresseuse d’orques et aura un accident quelques jours plus tard. Leur relation va alors prendre une nouvelle tournure. Ensemble ils réapprendront à vivre.

          Bon, soyons honnête, le résumé à lui seul me donne la nausée tant ça dégouline de bons sentiments. Mais, et c’est un gros, un ééééénorme MAIS, c’est Audiard, Audiard est un génie, et il peut faire de n’importe quelle histoire neuneu sur le papier un vrai chef d’oeuvre. C’est du moins ce que je croyais. Je ne sais trop que dire de ce film. J’ai entendu partout des critiques élogieuses : « c’est un chef d’oeuvre », « tellement émouvant », « le meilleur Audiard », j’en passe et des meilleures. Malgré une petite réticence quant au sujet, j’étais donc confiante et ne demandais qu’à me laisser convaincre.

Dès le début j’ai senti que ç’allait être difficile pour moi. J’ai eu beaucoup de mal avec l’univers mis en place par le cinéaste. Il y a trop de tout, on nage dans l’excès. Le personnage principal est trop paumé et trop vulgaire, on frôle la caricature, j’ai peiné à le supporter. Ensuite tout est improbable, que la fille rappelle un parfait inconnu 6 mois après son accident, qu’il rapplique à l’instant, qu’elle retrouve instantanément le sourire, qu’elle accepte les combats de boxe illégaux, et j’en passe… Après une demi-heure où il ne se passe rien, voilà qu’Audiard se précipite, ne prenant pas la peine de poser correctement son sujet et en faisant trop en permanence. Petite note positive tout de même, la prestation de Marion Cotillard dans le film a créé un vif débat ; moi qui ai le plus grand mal à la supporter d’habitude, pour une fois elle ne m’a pas exaspérée malgré un personnage pas facile.

          Le film aurait mérité d’être recentré sur le coeur de l’histoire : la difficulté d’assumer le handicap. Au lieu de ça il se disperse, voulant en montrer trop. Tout ce qui aurait pu susciter un peu d’émotion est escamoté. A la place on enchaîne les péripéties plus douteuses les unes que les autres. Honnêtement, ce film frôle la vulgarité. On dirait qu’Audiard est en démonstration avec ses personnages brisés et leurs histoires improbables. Un peu de décence que diable ! Quel dommage de gâcher son talent en voulant ainsi en faire des tonnes. Un film qui ne trouve pas le ton et m’a laissée de glace. C’est Audiard tout de même, on supporte donc, pensant même par moment trouver enfin cette grâce qu’on recherchait, mais la catastrophe est évitée de peu et si on ne sombre pas dans le mélo, on reste sur sa faim.

Cinéma

Sur la route, de Walter SALLES

           Drame américain de Walter Salles avec Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart .

           Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la  séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

           Je n’ai pas lu le livre de Kerouac, je ne peux donc pas juger de la qualité de l’adaptation. Ce qui quand on s’attaque à ce genre de monuments est plutôt mieux d’ailleurs : difficile de ne pas être déçu quand on a déjà son propre film en tête. On a reproché à cette adaptation de faire un peu carte postale. J’étais donc méfiante en entrant dans la salle. Finalement, j’ai bien aimé ce film. On y retrouve bien l’esprit de Carnets de voyage (en un peu moins abouti sans doute). Certes, l’aspect carte postale est bien présent, le tout est un peu lisse. Ce qui est assez étrange étant donné que les personnages sont en perpétuel mouvement et en quête d’expériences nouvelles.

           Un film qui ne trouve pas vraiment de ton pour accrocher son spectateur. J’ai passé un très bon moment, sans pour autant réellement rentrer dedans. Je suis restée spectatrice tout au long de l’histoire, sans réelle implication. Cela paraît sans doute négatif, ce côté peut-être trop policé, une attention trop grande portée à l’esthétique (si si, c’est possible, les paysages sont trop beaux tout le temps, ça manque un peu de vie), pourtant j’ai trouvé ce film vraiment agréable à regarder. Il y manque toutefois un peu de vie, un petit supplément d’âme qui aurait pu en faire un grand film. 

Théâtre

Hiroshima mon amour

          Texte de Marguerite Duras. Mise en scène, Christine Letailleur. Avec Valérie Lang et Hiroshi Ota.

          Le théâtre de la ville propose dans son annexe de la rue des Abbesses une adaptation du célèbre texte de Marguerite Duras. Deux acteurs seuls en scène dans la pénombre, une mise en scène à la fois épurée et imaginative et le texte scandée. Une pièce pour le moins surprenante.

          Voir Duras au théâtre, c’est toujours une expérience déroutante. Ses textes, qui s’apparente souvent à de longs monologues décousus, sont particulièrement difficiles à adapter, ce qui laisse le champ aux meilleures surprises… comme au pire. J’ai donc eu envie d’aller voir cette pièce, histoire de voir ce que ça donnait. Deux acteurs seuls en scène, nus, dans une obscurité presque totale. Seuls les visages sont éclairés, ils sont sur un lit et parlent d’Hiroshima.

          La manière dont le texte est récité est assez gênante au début, le débit est haché et plutôt agaçant. Les premières minutes laissent assez mal présager de la suite… Heureusement, on s’habitue peu à peu à ce jeu inhabituel. Au fur et à mesure qu’on avance dans le texte, le jeu se fait plus naturel et plus vivant. Des images du film sont projetés, ainsi que du bombardement d’Hiroshima. Une mise en scène très forte et par moment extrêmement perturbante.

          J’ai eu du mal à la sortie du théâtre à décider si j’avais ou non aimé cette pièce. Je crois que l’expérience dépasse ces banales considérations tant elle est intense. La performance d’acteurs est indéniable et la mise en scène époustouflante. Sans doute l’une des plus belles mises en scènes qu’il m’ait été donné de voir, sophistiquée et épurée à la fois. Les images projetées sont très fortes et l’intensité de la  pièce est parfois à la limite du supportable. Éprouvant et intense, un moment de théâtre hors normes.

Hiroshima mon amour

Théâtre de la Ville (annexe des Abbesses)

31, rue des Abbesses

75018 Paris

Cinéma

L’étrange histoire de Benjamin Buton

          Drame fantastique américain de David Fincher avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Julia Ormond.

          Benjamin est atteint d’une étrange maladie : il est né vieux. On a d’abord pensé qu’il allait mourir bientôt mais non, Benjamin est unique, alors que chacun vieillit, lui va rajeunissant. Il va peu à peu voir son corps retrouver sa jeunesse avant de rétrécir à nouveau et de voir son esprit s’étioler, redevant impotent. Une belle fable sur les âges de la vie.

          La nouvelle dont est extraite ce film est courte, trop courte. Bien que passionnante par les idées qu’elle met en avant (le parallèle entre l’enfance et la vieillesse notamment), j’aurais aimé qu’elle prenne plus le temps de les développer pour que tout l’arôme puisse s’en dégager. Dans le film, c’est un peu l’inverse. On eut apprécié plus de concision. C’est long long long. Et malheureusement, les ajouts n’ont pas été faits avec un grand discernement.

          Il y a de plus quelques incohérences dans le déroulement de l’histoire (le personnage principal semble rajeunir plus rapidement que les autres ne vieillissent). Le jeu d’acteur est inégal. Plutôt satisfaisant pour Brad Pitt qu’on a tout de même connu plus en forme, Cate Blanchett insupportable. Un film interminable auquel j’ai pris un plaisir très mitigé. 

Cinéma

Ecrire pour exister, de Ichard LAGRAVANESE

          Comédie dramatique américaine de Richard LaGravenese avec  Hilary Swank, Patrick Dempsey, Ricardo Molina

          Une jeune femme inexpérimentée choisit de débuter sa carrière d’enseignante dans un collège malfamé. Bien vite, elle va perdre ses illusions et se rendre compte que la littérature est bien le dernier des soucis de ces jeunes qui nagent en pleine guerre des gangs. Professeurs et élèves vivent dans deux mondes totalement différents mais elle va tout faire pour tenter d’aller à leur rencontre.

          L’absence de télé m’a permis de regarder quelques uns des DVD que j’avais en stock, dont celui-ci. On a déjà vu ce genre de films très idéalistes de nombreuses fois. Rien de bien original. A la différence près peut-être que celui-ci est tiré d’une histoire vrai. Je n’ai toutefois pu m’empêcher de penser qu’on avait dû en rajouter une couche dans la guimauve en cours de route. Il me semble en effet pour le moins improbable qu’en deux ans ‘aucun de ces jeunes ne se soit rebellé en cours de route, n’ait abandonné, ne soit mort tué par balle… Je reste donc un peu septique sur tout cet amour. Et je suis quasiment certaine que sur le moment les élèves n’étaient pas suivis en permanence par des violons. Cette manie d’en rajouter dans le pathos avec de la mauvaise musique me tape décidément de plus en plus sur les nerfs.

          Mis à part un léger problème de crédibilité (tout se passe trop bien pour sembler réel) dû sans doute à des raccourcis un peu rapides et cette manie de tout noyer dans de la musique mièvre, le film est plutôt prenant. L’histoire est forte. Tout d’abord, les incursions dans le système scolaire américain sont toujours surprenantes. Ensuite, bien qu’un brin idéaliste, cette histoire marche assez bien. La guerre des gangs est abordée d’un point de vue extérieur, en mettant en avant les personnalités de ces adolescents. Malgré les évidents défauts de réalisation (bien trop hollywoodienne pour faire réellement un bon film), ce film demeure assez convainquant et m’a donné envie d’en savoir plus sur l’histoire de ces jeunes. Un film moyen mais une histoire qui fonctionne. Un peu trop mélo mais agréable à regarder.